CHAPITRE INÉDIT D'ABELLY
et méme les exercices d'ordination, comme il se pratiquait à Paris, il écrivit une autre lettre, au mois d'octobre de la même année, à MM. les Ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare de Paris, pour leur demander du secours, en leur représentant qu'il y allait de la réformation de tout un diocèse; et depuis, au mois de février 167, il leur en écrivit encore une autre, comme il achevait la quatrième mission (1), et qu'il était sur le point d'en entreprendre une cinquième, fort importante, à la Motte, près de la ville de Brioude, Il décrit par cette lettre les biens que faisait la compagnie des ecclésiastiques de la ville du Puy, qu'il avait associée à celle de la conférence de Saint-Lazare (2).
Environ ce temps-là, M, Olier connaissant, par sa propre expérience, combien Îles missions étaient profitables ct avantageuses pour le salut des peuples, et considérant d'un autre coté Ie grand besoin qu'il y avait de travailler à la perfection du clergé, il se détermina à ectte dernière œuvre; ct, pour y parvenir, il se résolut de prendre une cure dans Paris, pour y donner un modèle d'une bonne conduite de paroisse, tant pour la conduite du curé, que pour les prêtres qui sont appliqués par lui pour la desservir. Pour cet effet, il traita de la cure de Saint-Sulpice avec M. de l'icsque qui en était pour lors curé, en laquelle M. l'abbé Olier a depuis établi une grande communauté de prêtres; ét par ce moyen il y à produit de très-grands fruits, tels que chacun sait, en sorte qu'en peu de temps on a vu cette grande ct nombreuse paroisse toute changée de face, avec l'admira tion ct l'applaudissement de tout Paris. Ce qui n'est pas néanmoins arrivé sans de grandes difficultés ct traverses que l'ennemi du genre humain lui suscita, jusqu'à tel point que, sur un différend arrivé entre l'ancien cet le nouveau curé, quelques habitants du faubourg Saint-Germain prirent les armes, pour en chasser M. Olier ct les prêtres de sa communauté. Pendant cet orage, M. Vincent, qui prenait très-grande part à tout ce qui touchait ce sage abbé, faisait tout ce qu'il pouvait pour le défendre, et pour détourner cette tempête par ses prières à Dru, par ses bons conseils à M. l'abbé Olicr, et par son crédit à la Cour. Il est à remarquer qu'on attribuait en quelque façon à M. Vincent la cause de ce grand tumulte, tant parce que le peuple appelait Missionnaires les prètres de la communauté de Saint- Sulpice, quoiqu'ils ne le fussent pas et qu'eux-mêmes n'en prissent pas 1e nom, qu'à raison de ce que M. Vincent était estimé être leur chef, à cause de la mission qui avait été faite, un peu auparavant, au faubourg Saint-Germain, par MM. les ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare, que M. Vincent y avait employés. Un jour, comme on par-
(1) Vicdesaint Vincent de l'aul, parAbelly,p.33,
(?) Hbid. iv. u, ch. 11, sect, D, p. 204, 26h.
lait de ce tumulte au Conseil où il était, et qu'on en rcjetait sur lui tout le blâme, M. Vincent, au lieu de se mettre à couvert de ce reproche, en déclarant que les prêtres de Saint-Sulpice n'étaient point de sa congrégation et n'avaient aucune dépendance de lui, comme il était vrai, et commeil le déclarait toujours en d'autres occasions, quand on voulait lui attribuer le bien qu'ils faisaient, néanmoins, en ce rencontre fâcheux, quoiqu'il n'eût aucune part dans le difiérend qui était le sujet du vacarme, il ne voulut pourtant jamais dire un seul mot pour désabuser ses accusateurs cet se justifier sur les reproches qu'il en recevait. Au contraire, pour pratiquer l'humilité, et tout ensemble faire paraître l'estime qu'il avait de M. Olicr, ct la part que sa charité lui faisait prendre en tous ses intérêts, qu'il estimait trèsjustes, il prit le parti dudit sieur Olier et de MM. ses ceclésiastiques. Il défendit leurs intérêts plus chaudement ct bien mieux qu'il n'eût fait les siens propres: ct, lorsqu'on les blâmait et qu'on leuf donnait le tort, il leur servait d'upologiste, et disait tous les biens qu'il pouvait de leur vertu et de leur sainteté ct utilité de leurs emplois: en sorte que, pour conserver leur réputation, il exposa volontiers la sienne, et nc fit point de difliculté de mettre en quelque façon sa compagnie à la merci de cet orage, pour tâcher d'en exempter M. Olier et les siens, et leur procurer la paix ct la tranquillité. Ce procédé de M. Vincent, qui semblait si contraire à la prudence humaine, étonna diverses personnes; et, quelqu'un de ses amis lui ayant demandé pourquoi il avait agi de la sorte, il lui répondit : Qu'il pensait que tout chrétien y était obligé, et qu'il croyait qu'en se comportant comme il avait fait, il avait suivi les maximes de l'Evangile. C'était l'estime très-grande qu'il avait de la vertu de M. l'abbé Olier, qui lui donnait ces sentiments, ct qui lui faisait regarder ses saintes entreprises, non comme un ouvrage particulier, mais comme un bien public, à la conservation et défense duquel un chacun était obligé.
Quelque temps après cet accident, M. l'abbé Olier, voulant donner une plus ample matière à son zèle, jeta les fondedements de ce grand séminaire qui a servi et sert encore tous les jours à former tant de bons ecclésiastiques, de toute sorte de conditions, dont plusieurs se répandent dans les provinces pour ÿ communiquer, au grand avantage de l'Eglise, les grâces et les bénédictions qu'ils ont puisécs dans ce saint lieu.
Pour toutes ces grandes œuvres de M. l'abbé Olier, dont nous venons de parler, et pour les rares ct excellentes vertus dont Dieu l'avait doué, M. Vincent l'avait en grande vénération, et le regardait comme un Saint et le publiait
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