‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 331 · ER · texte numérisé non relu

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74 PARTIE II, LIVRE 11. — 1649 et suiv.

exercice envers saint Jean et sainte Elisabeth, à qui elle porta la connaissance et la grâce du Rédempteur (1) +.

Ce sentiment si honorable à la très-sainte Vierge, et si cher à la piété de ses dévots serviteurs, n'est point du reste particulier au fondateur du sémiaaire de Saint-Sulpice. Il est soutenu par plusieurs Pères et thcologiens, des plus saints et des plus doctes; et, au jugement du célèbre Evèque de Meaux, il n'e5t mème que la conséquence d'une vérité clairement énoncée dans les livres saints. « Dieu, dit-il, » ayant une fois voulu nous donner Jisus-CHr1sT » par la très-sainte Vierge, cet ordre ne se change » plus, et les dons de Dieu sont sans repentance. Il » est ct sera toujours véritable qu'ayant reçu par » elle une foisle principe universel de la grâce, nous » enrccevions encore par son entremiseles diverses » applications dans tous les états différents qui com- » posent la vie chrétienne (2). Marie est la coadju- » trice de Dieu dans l’ordre de notre salut, dit en- » core Bourdaloue ; et comme le salut a commencé » par elle, et par son consentement à la parole de Dieu, c'est par elle et par sa coopération qu'il doit » être consommé (3). » Gette conséquence n'a pas été tirée, il est vrai, par le commun des anciens Pères de l'Eglise, quoique quelques-uns l'aient aperçue (4); mais c'est le propre des vérités chrétiennes de recevoir successivement leur développement, selon les âges de l'Eglise et les desseins de la Providence ; et Dieu semblait avoir réservé l’exposition de celle-ci, principalement à l'âge des thcologiens et des docteurs, qui écrivirent avec plus de précision et plus de méthode que n'avaient fait les Pères. En effet, saint Jean Damascène, qui donna une nouvelle forme à la théologie, et dont les décisions sont reçues par les Grecs avec le même res-

Ft Ce ‘ableau représente sainte Elisabeth qui honore l'enfant Jésus vivant en sa sainte Mère, et lui adresse la prière : O J£su, vivens in Maria.

sUiv.

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ESPRIT DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE 75 pect que celles de saint Thomas chez les Latins, “SaintThomaslui-mème,Albert-le-grand,son maître, saint Bonaventure, saint Anselme, Pierre de Blois, saint Antonin, Gerson, saint Bernardin de Sienne, et une multitude d'autres docteurs, enscignent par anière de simple aflirmation, et comme on a coutume de faire lorsqu'on parle d'un point dont tout le monde doit convenir, que Marie cest le canal de toutes les grâces”.

Mais ce furent principalement les réformateurs du clergé dans ces derniers temps qui donnèrent un nouvel éclat à cette doctrine; et l’on peut dire “que, par le ministère des Pères de Btrulle et de Condren, suscités les premiers en France pour le renouvellement del'ordresacerdotal,elle pritcomme une nouvelle vie dans l'Oratoire, où M. Olier, le Père Fudes et beaucoup d’autres vinrent la puiser, pour la répandre à leur tour. «Si la sagesse de Dieu, dit » M. Olier, n'a pas voulu, dans le commencement » destemps, manifester par les saints Pères au com- » mun de l'Eglise les hautes communications de » JÉsus-CnrisT à la très-sainte Vierge sa mère, » l'union éminente qu'il a avec elle, et qui la fait » regarder et nommer par toute l'Eglise, Semblable » au soleil de justice, par communication parfaite de » lui-mème : Ælecta ut sol; il est juste à présent de » s'appliquer aux saints mystères que la Providence » prend plaisir de manifester dans le progrès des > siccles (1). Le séminaire de Saint-Sulpice, entrant » dans le dessein de Diev, se dévoue et se consacre » à respecter ce trésor magnifique, et à manifester > par la sainteté de ses mœurs cette vie inconnue. > Car il se propose de puiser dans cette source in- }» tarissable d'esprit et de vie divine tout ce qu'il » pourra acquérir dedons, degrâceset de vertus(2)+.

+ En signe de cette dévotion, M. Olier ajouta aux Litanies ) de la très-sainte Vierge, et, à ce qu'il purait, avec l'approà bation de l'assemblée générale du clergé de France de 1651, l'invocation Regina clert '3), que l'on récite encore au sémi-

* NOTE 3, p.

Le séminaire de S.-Sulpice doit honorer ct faire honorer la vie intcrieure de Ma ric.

(1) Recueil de divers écrits de M. Olier, 1° 42,

(2) Hbid., fat,

verso.

(3)Divers écrits spirit. de M. 0lier, tr,

(Dibid.,f°438,

(2) Mém. aut.

de M. Olier.

Offrir tout à Dizu par Marie, dévotion des plusessenticlles au séminaire de S.- Sulpice.

(3) Saint Bernard,t.1,p.1014.

Serm. de aqueæductu, n. 7.

(4) Ibid., p.

() Saint Bonatent. Specul.

lecl. ut, p. 157,

(6) Regist. des assemblées du séminaire de S.- Sulpice, 26avril 1662, 41, p. 17.

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» C'est aussi ce qui doit beaucoup exciter les clercs » à se nourrir de la vie intérieure de Jésus en Marie, » pour correspondreaux intentions deJisus-CHrisr, » qui ne nous montre rien deses richesses que pour nous en rendre participants (1).

» O Bonteé, soyez bénie à tout jamais! qu'à pré- » sent nous commençions tout de nouveau à servir, à aimer, à honorer cette Princesse si aimable ets » incomparable! que nous la servions, que nous l'aimions et l'honorions plus que jamais, puisque les nouvelles lumières que vous nous donnez nous y obligent! Sainte Princesse, Vierge Marie, je me jette à vos pieds pour vous renouveler mes vœu > et mes obtissances. J'entre dans les desseins du grand Dieu qui veut dans ce siècle renouveler » l'amour envers votre grandeur; jé vous vénère » et vous aime telle que vous tes en vous-même. » et que la foi me l'apprend, mille fois plus parfaite » que les hommes ne peuvent le dire et le penser » puisque vous êtes faite sur l'idée la plus belle que » Dieu ait pu former en lui-même pour donner : son Fils une mère sortable à la grandeur de & » personne. Je dis des merveilles infinies en disant » ce seul point (2). »

Les constquences naturelles que M. Olier tirai du principe, que tous les dons nous viennent pa Marie, et qu'il eut si fort à cœur de consacrer dans la maison, étaient celles mèmes que saint Bernart exprimait par ces paroles : Totis ergo medullis cor. dium, totis præcordiorum affectibus, et votis omnibus Mariam veneremur : quia sic est voluntas ejus, qu totum nos habere voluit per Mariam (3); et à l'exempk de ce saint docteur (4), de saint Bonaventure (5) &

naire de Saint-Sulpice, et dans toutes les maisons qui en de pendent. Il parait même que le Saint-Siège autorisa cette pratique ; au moins cst-jil certain que le pape Alexandre VII permit en 1662 d'ériger dans le séminaire de Saint-Sulpit! unc confrérie, en l'honneur le la très-sainte Vierge, sousls titre de Reine du clergé cet de tout l'ordre hiérarchique(6).

et suiv.

xciter les clercs Jésus en Marie, cJésus-CHRIST, hesses que pour

nais ! qu'à pré- )uveau à servir.

» si aimable etsi ions, que nous jamais, puisque us donnez nous

‘ge Marie, je mh veler mes vœux!

les desseins du

iècle renouveler"

je vous vénère en vous-même.

ois plus parfaite ire et le penser la plus belle qu pour donner i grandeur de s nfinies en disant

M. Olier tirai us viennent par : consacrer dans he saint Bernart go medullis coret votis omnibus, oluntas ejus, qu 5) ; et à l'exempl

s maisons qui en dé Siège autorisa cette pape Alexandre VI re de Saint-Sulpic

hiérarchique (6).

nnaventure (5) tt

Linte Vierge, souskh

ESPRIT DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE 77 de plusieurs autres Saints (1), il voulait que, puis- Que toute grâce descendait sur la maison par Marie, hacun s’efforçât d'offrir aussi par elle toutes ses ctions à Dieu. Pour rendre cette dévotion plus failière et plus facile, il fit graver, sur les desseins de Le Brun, deux estampes fort répandues depuis. Dans l’une, qui exprime la vie de Jésus en Marie, on voit la très-sainte Vicrge dans des nuces, les mains roistes sur la poitrine, où l'Esprit de Notre-Seineur, sous la forme d'une colombe, répand toutes es richesses de sa grâce. Elle a les yeux élevés au iel et fixés sur le monogramme de Jésus Sauveur es hommes, pour signifier que si le Saint-Esprit fut oujours le principe de ses actions, l'amour de JE sus ct du salut des âmes en fut la fin et le terme. Dn lit au-dessous ces paroles, qui sont comme une nvitation pour s'unir à ses dispositions intérieures : um ipsa, per ipsam, et in ipsa.

La seconde gravure exprime l'abandon de soimème entre les mains de cette aimable et puissante “protectrice. Elle est représentée recevant dans ses bras ct soutenant amoureusement l'âme fidèle, qui, anguissante de la durée de son exil, paraît mettre oute sa joie à se reposer ainsi en Marie (2), à qui lle adresse la touchante invocation qu'on lit au-desous : c'est la prière O Domina mea, attribuée à saint françois d'Assise (3), et que, dans les séminaires épendant de celui de Saint-Sulpice, on récite tous les jours”. Dieu, qui veut bien attacher des grâces particulières au culte des saintes images, quand on sen sert en esprit de foi et de religion, sembleavoir pris plaisir à accréditer celles-ci par les bénédictions dont elies ont été l'instrument (4) +. A peine furent-

+ La Mère de Belly, religieuse du Verbe incarné. dit d'elle éme, à l’occasion de sa rentrée au monastère de son Ordre à l’aris en 1671. « Comme j'avais apporté avec moi un taæ bleau de la très-sainte Vierge, où était représentée unc âme qui est entre les bras de cette princesse du ciel et de la terre, je la fis passer premicre, à dessein d'entrer sous >» Ses auspices dans notre monastère (5). »

(1)S.Ephrem.

t. 11, grœcé, p.

539. — S. Jean Damascèn.,t.n, p.382 et alibi. - Gerson Tractat.

super Magnifical,

(2)Esprit de M.

Olier, tu. p.242, 243. — Vie par M. de Bretonvilliers, t.1n, p.462,

(3) Drexellii Rosæ selectissimarum virlutum, part. 1, ch.

IX, 22. De conversatione cϾlestiinterris etc.

* NOTE 8, p.

(1) Abrégé de la vie de Jeanne- Françoise et Marie de Biron, religieuses de la Visitation, in-12 - Vie de M. Olier par M.de Bretonvilliers, t, 1, p.

(5) Recueil de ce qui s’est passé, etc., 11, pe 25,

X VITIT,

S. Jean l'TEvangéliste donné pour patron au scminaire; raisons de ce

choix,

(1) Panég. de S.Jean l'Evang.

Ms. aut. de M.

Olier.—Vie,par M. de Bretonvilliers, 1.11, p. 97, 98, — Mém. aut.

de M.Olier, t. vi, p. 9.

(2)Bossuet, 1° sermon pour la fête de l’Assomption. 3° point, 1.

XV, p. 430, 431.

(à) Lett. du P.

de Condren, lett.

uvn, à l’abbesse de Fontcvrault.

(4) Mém. sur la Vie de M. de Bretonvilliers,p.61, — Vie Ms, de M.

Bauin,

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elles connues, que toutes les Âmes picuses voulurent les avoir devant les yeux; etñil est difficile, en effet, de les considérer avec une religieuse attention, sans ètre touché de quelque sentiment de piété et de confiance.

La dévotion singulière envers Marie dont le stminaire de Saint-Sulpice devait faire profession, fut le motif qui porta M. Olier, ou plutôt qui détermina la divine Providence à donner à cet Ctablissement Saint Jean l'Evangéliste pour l'un de ses patrons (1). Quel autre Saint pouvait plus justement y être proposé sous ce titre, que celui dans le cœur duquel Jésus mourant fit passer l'amour filial qu'il portait à sa sainte Mère? (2). « L'amour de Jésus et de » Marie était si saint, disait le Père de Condren, » qu'il fallait qu'il en restât quelquechose dans l'E- » glise; et, afin de le conserver, saint Jean fut sub- » stitué à Jisus-CririsT, qui dit de lui à sa sainte » Mère : Voilà votre fils, et non pas, un autre fils. » Aussi Marie le reçut comme son propre fils qui » se survivait ainsi à soi-même, et saint Jean, de » soncôté,s'oubliant soi-même pour prendrela place » de Jésus, continua de rendre à Marie les mêmes » devoirs, et de la servir avec le même amour filial » que Jésus lui témoignait. Je voudrais bien, ajou- » tait le Père de Condren, renouveler dans les es- » prits cette grâce, cette première odeur du ciel, » cette bénédiction singulière qui fut donnée au » commencement ; mais parce que je n’en suis pas » digne, je supplie Notre-Seigneur de donner abon- » damment son Esprit à quelques autres pour un » si bon effet (3). » On peut croire avec fondement que M. Olier fut l’un de ceux en qui cette prière du Père de Condren à été exaucée. Au moins s’efforçat-il d'inspirer à tous les chrétiens, surtout aux prètres (4), la tendre confiance et l’amonr filial de saint Jean pour Marie.

Il rapporte mème que le Père de Condren, saintement jaloux de le rendre participant de ses dévo-

uiv.

es voulurent cile, en effet, tention, sans e piété et de

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nt y ètre procœur duquel qu'il portait Jésus et de de Condren, ose dans l'Eean fut sub- 1i à sa sainte an autre fils.

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tions les plus chères, lui donna une image où saint : Re nt on te MtIE de Det.

| C'était pour le faire entrer de plus en plus dans les “Bentiments intérieurs de ce bienheureux disciple, 4 tle porter, à son imitation, à mettre entre les mains de Marie le fruit du saint Sacrifice, pour qu'elle en dispost elle-même à son gré. « Comme + > latrés-sainte Vierge, dit M. Olier, quoique rem-

> plie de la plénitude de l'esprit du sacerdoce, n'en

A avait point le caractère (2), et par conséquent ne “» pouvait en exercer par elle-même les fonctions; L le Sauveur lui donna saint Jean au Calvaire, non-

seulement pour qu'il lui tint lieu de fils en sa >» place, mais encore pour qu'il lui donnât par les “» saints Mystères, qu'il célébrait pour elle et selon ses intentions, le moyen de satisfaire aux désirs ardents de son cœur pour l'établissement de l'Eglise; comme aussi de se consoler de l'absence de son Fils, par le bonheur qu'elle avait de s'en nourrir tous les jours. Voilà pourquoi Dreu ne laisse pas à la sainte Vierge saint Joseph pour gardien, ni quelque personne séculière, qui ne fût pas declarée prêtre de la loi nouvelle; il ne lui laisse pas même quelque femme pour gardienne, ce qui eût paru plus convenable aux yeux du monde. Mais “h il lui laisse une personne qui est vierge et prêtre “ tout ensemble, un homme pur comme un ange, et supérieur aux anges par l'office de sacrificateur de JÉsus-Cnrisr, dont il est revêtu, afin qu'il D offrit sur l'autel la continuation du sacrifice de #» la croix dans les intentions de la très-sainte » Vierge (3). »

Quelque extraordinaire que puisse paraître la dévotion dont parle ici M. Olier, elle n'en est pas moins appuyée sur des principes incontestables. Il est à remarquer, en effet, quetous les Saints du ciel, bla très-sainte Vierge elle-même, n'obtenant rien dans leurs demandes que par le Sacrifice du corps et du sang de JÉsus-CnrisT, unique source de tous

(1) Abrégé du 9° cahier des Mémoires de M. Olier.

(2) Rich, à S.- Laurentio, apud Albert. Magn., quest. 43,22, p.

(3) Panégyrique de saint Jean l'Evangélist.Ms.

aut. de M. Olier.

La pratique de célébrer danslesintentions de Marie a été commune à tous Îles membres de

l’Oratoire.

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