LA VOCATION DE M. OLIER UNIE A-CELLE DES. BENOIT D
» pontifes, tant d'évêques, tant de curés firent pro- » fussion de l'ordre et de la règle de saint Benoit : » si bien que le clergé se trouva fondu dans l'ordre » de ce saint patriarche, l'espace de trois ou quatre + cents ans. Et cela selon la conduite ordinaire de » Dieu, qui suscite de nouveaux serviteurs, lorsque
1) Mém. aut.
» les anciens se rendent infidèles (1). » à: siééhaé
Ayant donc résolu de renouveler l'Eglise de V. France au XVIIe siècle, Dieu avait choisi M. Olier Saint Benoit
4 t une infl | à celle doit aider M.
pour qu'il y exerçât une influence analogue à celle Olierdansl'acs
qu'avait eue saint Benoit sur l'Eglise universelle :
: 1 FAR € complisscequelque différence qu'il dût y avoir d'ailleurs entre ent de sa vosa vocation et celle de ce grand patriarche. Et par- cation. ce que les saints continuent dans le ciel par leurs
; M , Q (2) Missale prières les œuvres qu'ils avaient commencées sur ,,5, prœfut. Ala terre par leur travail (2), il voulut que saint Be- postolorum. noit intervint de nouveau dans ce renouvellement, non pas comme autrefois, en remplissant par ses religieux les rangs de la hiérarchie, mais en coopérant à l'établissement de la société de Saint-Sulpice, soit extérieurement par les chefs de son ordre qui le représentaient alors d'une manière visibie, soit (3) Mém. part., invisiblement par ses prières (3) : et ce dessein ex- an. 1642. plique pourquoi la nouvelle société dut son établissement, dans un sens très-véritable, au zèle et à l'autorité du supérieur général et du procureur de l'ordre de saint Benoit. « Je me souviens que jeudi,
» 10 juillet 1642, écrivait M. Olier, avant d'avoir » quitté Vaugirard, m'en revenant de la. promenade » avec nos messieurs, nous disions ensemble l'of- » fice de la translation de saint Benoit, à quoi je les » avais préparés par quelque disposition particu- » litre, leur disant que ce grand saint serait celui » qui réformerait l'Eglise. Et pendant cette récita- » tion, je vis en esprit tout le ciel spectateur de tous
» tant que nous sommes, et comme dans l'attente (4) Godescaru ‘ 25 janvier t. 1,
Maur, qu'il envoya en France pour y porter son institut(4). p. 231.
Saint François d'Assise, quoique fondateur d'un ordre
nombreux, ne reçut point non plus l'ordre de la prêtrise.
| » de ce que nous allions faire. Au mème temps, une 4 | » autre personne qui nous suivait, qui est grand ke 1 » serviteur de Dieu, me dit avoir eu cette mème vue ‘1
» sans que je lui parlasse de la mienne, et ajouta » que non-seulement il avait vu tout le ciel ouvert u ns » nous considérant, mais même la sainte Trinité, » qui regardait toute la compagnie avec plaisir : ce 4 » que je pense être très-véritable, à cause de la à ra du tn, > pureté dans laquelle elle marche, et du zèle avec p 330, » lequel elle profite au service de Dreu (1). Comme » donc il plut à Notre-Seigneur de renouveler au- » trefois le christianisme par saint Benoit, il me » semble que cela se va faire et que, pour ce motif, » Notre-Seigneur m'associe si étroitement avec le » révérend Père général de ce saint ordre et le Père » Bataille son procureur, que tous trois nous ne » devons être qu'un, en travaillant au service de É. (2) Mi. ete. ? l'Eglise. C'est pourquoi il me les avait montrés, 3 t.u,p. 322,323. » il y a dix-huit mois, comme mes directeurs(2), et Se Li t.1, » comme ceux que sa sainte mère me destinait (3). » VI Conformément à cette vocation, Dieu fitconnaitre Le séminaire à M. Olier que, comme saint Benoit avait autrefois ‘ de S.-Sulpice donné à l'Eglise par les diverses raisons de son destiné pour ordre un très-grand nombre de ministres, le sésé le rOYau- minaire de Saint-Sulpice était destiné à former des | prètres, non pour un diocèse particulier, mais pour tous les diocèses du Royaume. « Maintenant que À » Dieu va nous établir sur la paroisse de Saint-Sul- Ne » pice, écrivait-il, il nous montre qu'il veut former | » dans ce lieu un séminaire cuvert à toutes les pro- » vinces. Voilà pourquoi il l'établit dans un lieu qui n'est ni borné ni retréci par aucune juridiction » particulière ; car cette paroisse n'est d'aucun dio- re cèse : elle ne relève immédiatement que du Pape : : et ceux qu'il commet pour la servir, sont comme » ses membres et ses substituts, qui suppléent àce L- » qu'il ne peut faire par lui-même. Ce séminaire étant destiné pour l'Eglise universelle, il était con- » venable qu'il fût fixé dans un lieu qui n'eut d'au-
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'S, une grand ne vue ajouta Juvert rinité, ir : CC de la avec mme r auil me motif, vec le Père 1s ne ce de trés, 2), et (5). »
aître efois son e sér des pour que Sulmer pro- | qui tion dio— Lpe ; me à ce aire onau—
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» tres bornes ni d'autre dépendance que celles du » Saint-Siége, à l'honneur duquel il se consacre en- » titrement (1). » De telles assurances ne pouvaient être justifiées que par la toute-puissance de DrEu, puisqu'au temps où M. Olier les mettait par écrit, on aurait dù, à n’en juger que par l'expérience du passé et par la raison, les condamner comme le comble de la présomption et de l'extravagance. Après qu'on n'avait pu réussir encore à former en France un seul séminaire diocésain, comment espèrer qu'un séminaire destiné, dans la pensée du fondateur, pour toutes les provinces de ce royaume, pôt avoir plus de succès : alors surtout, qu'il n'y avait aucune obligation pour personne de faire quelque séjour dans une institution de ce genre, tant pour recevoir les grades académiques que pour être promu aux bénéfices et aux ordres sacrés? ou plutôt, alors que l'établissement des séminaires était regardé comme impossible (2)? Aussi, avant la formation de ce séminaire à Vaugirard, Marie Rousseau ayant représenté à Dieu que les ecclésiastiques choisis pour le commencer ne croiraient pas ce qu'elle avait ordre de leur dire, comme nous avons vu que la chose arriva en effet, elle assurait que Dieu lui avait répondu en ces termes : « Je ne » pourrai donner à ceux qui ne tecroiront pas une » plus-grande preuve de la vérité de tes paroles, » que de leur faire voir un jour ma toute-puissance » par l’'accomplissement même de ce que tu leur » diras de la venue de mes ouvriers, et de leur éta- » blissement à Saint-Sulpice. Je ne dis pas seule- » ment que tu auras des pierres pour la construc- » tion des bâtiments où ils se logeront : cela n'est » rien encore ; mais ce que je dis, c'est qu'il n'y au » homme sur la terre qui ait le pouvoir d'attirer » de toute part en i'église de Saint-Sulpice des » hommes qui viendront pour être mes sacrifica- » teurs ; et des hommes tels que ceux que je ferai » venir. Qui en doutera après cela? (3).
(1) Mém. aut.
de M. Olier, t. u, p.330.
(2) Hém. de M.
du Ferrier, p.
(3)Mém.part., an. 1641,
| Quelque invraisemblable que fütcette promesse, on la vit s'accomplir à la lettre dès que M.Olier eut
{ transféré son séminaire à Paris. La divine Providence y attira de divers points du Royaume un grand nombre de sujets, et parmi eux des Abbés,
des prieurs, des chanoines, des docteurs, des ba-
cheliers, qui, sans aucune invitation, sansavertisse-
ment qui fit connaître le dessein du fondateur, ac-
couraient à l'envi, les uns pour se préparer de loin,
par une vie d'oraison et d'étude, à recevoir les saints
ordres; les autres pour se pénétrer de l'esprit de
leur état; et tous, comme faisant partie du clergé
de la paroisse, célébraient dans l'église de Saint-
Sulpice les offices divins +. Dans le cours des deux
premières années, 1642 et 1643, on en reçut des
diocèses de Troyes, Saint-Flour, Montpellier, Ver-
(1) Catat. d'en. dun, Rouen, Nimes, Nevers, Toulouse, Orléans,
trée au séminai- Apt, Aix, Tours, Angers, Comminges, Clermont, re de S.-Sulpice,
an. 1642, 1613, le Mans, Nantes et de plusieurs autres (1). Pour
+ C'est ce qu'on a vu se perpétuer jusqu’à ce jour dans l'église paroissiale de Saint-Sulpice, où les offices divins ont toujours été célébrés par les ecclésiastiques du séminaire, appartenant par leur naissance-à tant de divers pays. Le 7 juillet 1745, le jour de la dédicace de l'église actuelle de Saint-Sulpice, commencée par M. Olier un siècle aupa-
(2)Sermons de + Chi % 5e 28 TE # laTour du Pin,t. ravant, M. de la Tour du Pin, prédicateur du Roi, parlait ainsi 4 viin-12,2*point de l'édification que tous ces ecclésiastiques donnaient à la à p. 241,244. capitale, dans cette même église (2). » Quel édifiant spec-
» tacle me charme, me ravit, me transporte! je crois voir » renaître ces jours heureux de l'Eglise primitive, où la vertu » seule formait l'émufation parmi les chrétiens. N'êtes-vous » pas saisis d'admiration, lorsqu'à l'ombre de ce tabernacle, » vous voyez un clergé aussi brillant que nombreux imiter » la ferveur des esprits célestes? Quels exemples! Modestie » sans affectation, piété sans hypocrisie, ordre édifiant dans » toutes les cérémonies, qui semble leur donner une majesté » plus éclatante; sage lenteur, qui, dans la célébration des » mystèresdivins, inspire à l'impie même un ravissement se- ÿ » cret : chant toujours religieux qui semble exprimer la no- ni » blesse des pensées, et donner de l'âme aux paroles. Que ë » dirai-je de ce religieux silence, si expressément recom-
» mandé, siexactement observé ? Hélas! un tel éloge devrait-
» il être particulier à ce temple! »
AE PME de Tan 707
tout dire en un mot, dès les premiers temps, le
(1)Mém.de M.
séminaire de Saint-Sulpice se composa d'environ j} perrier, p. cent ecclésiastiques (1); et les deux maisons où M. 180.
Olier les avait logés ne suffisant plus, il se vit dans la nécessité de rétablir celle de Vaugirard, en y plaçant une division de séminaristes (2).
Dieu lui fit connaître aussi que, comme saint Benoît avait occupé par ses enfants les dignités de l'Eglise, les cures, les chanoïnies, les évèchés,
{2)Mém. de M.
Baudrand sur
M. Olier, p. 24.
VII, Le séminaire
de S.-Sulpice destiné à for-
il était appelé lui-mème à quelquechose d'analogue ser un grand par les disciples que le séminaire de Saint-Sulpice nombre d'Eformerait. « Je vois, écrivait-il, que ce dessein ira à vêques, ct
» donner à l'Eglise beaucoup de bons sujets, que le » Roi, imbu de nos procédés, et de notre façon de
d'autres ministressacrés.
(3) Mém. aut.
» vivre, tirera de notre maison, et je pense qu'à de. Olier, tan, » l'avenir on viendra les choisir cheznous(3).» Cette P- 81:
vue, quelqu'étrange qu'elle eût pu paraître alors, fut néanmoins vérifiée immédiatement ; et jusqu'ici elle n'a cessé de l'être de la manière la plus incontestable, personne ne pouvant ignorer que depuis M. Olier la plupart des évèques de France aient été formés dans leséminaire de Saint-Sulpice. Déjà, dix ou douze ans après qu'il l'eut établi, il écrivait lui-même au souverain Pontife : « Jusqu'à présent, » il a donné grand nombre de curés, de chanoines, » de dignités, et même d'évêques en ce royaume (4).» Dans un ouvrage publié en 1694, le Père Hilarion de Nolay disait sur le même sujet : « L'Eglise galli- » cane envisage le séminaire de Saint-Sulpice, » comme une école de sainteté, qui forme les évêques » à l'esprit de l'Eglise, etcomme un arsenal d'où ces » princes du christianisme tirent des armes offen- » sives et défensives contre l'Empire du démon, et » des prètres aussi éclairés que vertueux, poar les » dispenser dans le royaume et instruire les peuples » et les ecclésiastiques(5). » Dom Beaugendre, de la congrégation de Saint-Maur, appelle le séminaire de Saint-Sulpice : « une pépinière féconde de tant » d'illustres et savants prélats, et de tant d'ecclé-
a) Lett. aut.
de M. Olier, p. 1.
(5) Lagloire du tiers ordre de saint François.
Lyon1694,in-4°, p. 259.
Joly, chanoine de S.-Etienne de
Dijon , in-8°, p.
(?) Mém., an.
1709, t, vi, p.
(3)Collect, des pracès-verbaux , t. vu, pièces jus-
tificatives de
1730, n° vtr, p.
339. — Vie de la MèreAgnés1808, p. 443, 444. — Rem. hist.,t, in, p. 89.
Le séminaire de S.-Sulpice destiné pour l'Eglise universellc.
(4) Arch. de l'Empire, sect.
hist, M. 421.
» siastiques distingués par leur piété et par leur » zèle pour le service de l'église (1). » En 1709, le duc de Saint-Simon, dans ses Mémoires, l'appelait aussi : une pépinière d’évêques (2); ce qui faisait dire à l'assemblée générale du clergé de France, écrivant à Clément XII en 1730 : « C'est de ce sémi- » naire, comme d'unésorte de citadelle de lareligion, » que sort une multitude innombrable soit de pré- » lats, soit d'ecclésiastiques de tous les rangs, puis- » sants en paroles et'en exemples, fermes dans la » foi, fondés et enracinés dans la charité, et préparés » à toute sorte de bonnes œuvres (3). »
La vocation de saint Benoît n'avait pas étc bornée au bien d'un royaume en particulier, elle s’était étendue à toute l'Eglise en général. Dieu fit connaître à M. Olier que le séminaire de Saint-Sulpice était aussi destiné à sa manière pour l'Eglise universelle; en sorte que pour justifier la vérité de cette promesse, il fallait qu'on s’y rendit de diverses nations; etc'est, par la miséricorde de Dieu, ce qu'on a vu constamment jusqu'à ce jour. Déjà en 1664, quelques années seulement après la mort de M. Olier, le cardinal Chiggi, légat à Latere pour le pape Alexandre VII, attestait dans un acte public « que dans ce séminaire on voyait des clercs accou- » rus non seulement des provinces voisines, mais » encore de plusieurs autres contrées de l'Europe, » qui, de retour dans leurs pays,se montraient au- » tant d'ouvriers très-fervents, et très-habiles pour » les missions et les autres fonctions du ministère » ecclésiastique; d'où il résulte, ajoute-t-il, que la » vigne du Seigneur répand une odeur plus suave, » et donne des fruits en plusgrandeabondance(4).» Enfin, ce concours de clercs étrangers à la France n'a jamais cessé, et encore aujourd’hui on y voit accourir régulièrement chaque année, de la Savoie, de la Suisse, de l'Angleterre, de l'Irlande, de l'Ecosse, du Canada, des Etats-Unis de l'Amérique, du Brésil, de l'Arménie, quelquefois de la Belgique, de
l'Allemagne et d'autres pays, des aspirants au sacerdoce, qui arrivent au jour fixé pour l'ouverture de cette maison, sans aucune sorte d'invitation préalable, et sans être attirés par aucun avantage temporel; ayant au contraire à supporter les frais de pension, d'entretien et de voyage, et ne se proposant d'autre fin que de puiser l'esprit et la science ecclésiastiques dans cette maison.
Après avoir été formés aux vertuset aux connaissances de leur état, tous ces jeunes prêtres retournant dans leurs pays; et d'autres, qui sont nès en France, se consacrant de leur côté aux missions étrangères, justifient encore aujourd'hui ces assurances données autrefois par Marie Rousseau aux ecclésiastiques de Vaugirard, pour les encourager à poursuivre leur entreprise: « Ilen viendra detout » côté à ce séminaire pour s'instruire; et puis ils »iront, comme des lampes ardentes et brillantes, » porter la fri partout : allant aux quatre coins de » la terre ntrer l'étendue du sacrifice de JÉsus- » CHrif ..aurt pour tous les hommes ; et envoyer » de tous ces lieux des âmes au ciel. Car la maison » de M. l'abbé Olier est devant Dieu l'image du cé- » nacle des Apôtres; et ceux qui s'y formeront à » l'avenir seront la richesse de l'Eglise,et pour Rome » elle mème, comme un petit trésor (1).» Une vocation si importante dans ses effets, et si étendue dans ses conséquences, était de nature à inspirer à M. Olier des sentiments de vive crainte et de profond antantissement, comme il nous l'apprend luimême (2). Elle explique pourquoi, au rapport d'Abelly, saint Vincent de Paul regardait lesentreprises de M. Olier à Saint-Sulpice, non comme un ouvrage particulier, mais comme un bien public à la conservation et à la défense duquel chacun était obligé ; et pourquoi aussi la divine Providence a fait subsister le séminaire de Saint-Sulpice depuis deux siècles jusqu'à ce jour, nonobstant tous les bouleversements occasionnés par nos orages politiques.
(1)Mém.part., an. 1641, 1643, 1649,
(2) Mém. aut.
de M.Olier, t. in, p. 140,
Vincent. Chap.
XxXXH, Liv. 1, in édit.
12 PARTIE If. LIVRE 1. — 1649