‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 42 sur 331 · TABLEAUX DE LE BRUN · texte numérisé non relu

TABLEAUX DE LE BRUN

NOTE 5, p. 66. — Dans le tableau de la Pentecote, Le Brun a su rendre toutes Ies circonstances historiques du mystère avec cette supériorité de talent et cette manière savante qui annoncèrent dès-lors un grand maître. L'ébranlement soudain de la maison, ct le vent impétueux qui y souffla au moment où le Saint-Esprit descendit sur l'assemblée, lui ont inspiré ces attitudes si hardics, si variées et si heureuses qu'il a données aux Apôtres, ct qui expriment avec autant de vérité que de noblesse, la surprise, l'admiration, de respect et les autres mouvements dont ils durent alors être saisis. La très-sainte Vierge est à genoux et comme accoudée sur une table; il n'y a rien de plus doux et de plus dévot que son visage, où éclate néanmoins le feu de l'amour divin. Le Brun se surpassa lui-méme dans ee hel ouvrage, et à l'exemple de Raphaël, du Titien, de Paul VE ronèse ct des plus grands peintres, qui se sont représentés dans ceux de leurs tableaux qu'ils ont voulu distinguer du

(1)Vie de Louis:

Marie Grignon de Montfort, Pa:

ris 1785, p. 70.

— Vie dumème, 1839,in 8°,p.71.

(1) Description de la vilie de Paris, par Germain Brice,t.un,1b.— Voyage pittores-

tous les autres, il eut le désir des'y peindre, et en demanda la permission à M. Olier. I] l'obtint, et s'y peignit en effet (1). Comme il mettait une grande importance au succès de cet ouvrage, il vint au séminaire une multitude de fois pour le

que de Paris, ib- perfectionner par de nouvelles retouches. Ce fut ce qui donna

— Desrription hist. de Paris, par Piganiol de la Force, t. vu, L'È 354 ’ 175. — Guide des ama-

lieu à M. Gilles Marie, dans la suite curé de Saint-Saturnin à Chartres, de dire un jour à quelques ecclésiastiques du séminaire qui admiraient ce chef-d'œuvre : « Ah! que les » enfants du siècle sont bien plus intelligents que ceux du » royaume de Dieu! Si nous avions la même assiduité que

teursetdesétran- » M. Le Brun, nous ajouterions tous les jours quelques

gers à Parisetc., tn, p. 439. — Mém. de M. Baudrand, p. 42.

Gilles Marie, in- 12, 1736, chap.

(3)Cabinet des Estampes de la Bibl. Roy. à Paris. Œuvres de Le Brun.

(4)Mém. de MH, Baudrand.

» nouveaux traits à l'image de Jésus-CHRrisT que nous tà- » chons de retracer dans notre cœur, ct elle deviendrait » bientôt ressemblante à ce divin Modèle (2), »

Non content d'avoir donné tous ses soins à ce tableau. Le Brun en fit faire, par ses meilleurs élèves, plusieurs copies correctes que lui-même retoucha. On en voit une aujourd'hui dans la galerie du Louvre, qu'il fit, dit-on, par l'ordre de Louis XIV pour le château de Versailles. Le tableau du séminaire, que le cardinal Fesch avait obtenu du gouvernement après la révolution, fut transporté à Rome et placé quelque temps dans la galerie de éc cardinal. Après la mort de celui-ci, il fut mis en vente et acquis en 1843 pour le compte du séminaire de Saint-Sulpice, qui le possède de nouveau. Ce tableau a été gravé par Audran: et la peinture du plafond l'a été par Simonneau en deux feuilles, ou plutôt en trois, que l'on trouve difficilement réunies. Le Brun se proposait de dédier cette dernière gravure au grand-duc de Toscane; mais n'ayant point assez vécu pour voir terminer un ouvrage de si longue haleine, il chargea Charles Le Brun, son neveu et son héritier, de faire en sc a nom cette dédicace. C'est ce qu'on y lit sous les armes de ce prince.

« Serenissimo Principi Cosmæ III, magno Etruriæ Duci, > beatissimæ Virginis post victam in Ephesina synodo Nesto- » rianam hæresim, asserto Deiparæ titulo triumphantis, imagi- » nem apud Sulpitianos olim coloribus depictam, nunc tandem » ex œre fideliter expressam, quam Carolus Le Brun, pictor » regius primarius, fato interceptus offerre non potuit: Carolus » Le Brun, pictoris ex fratre nepos, et ex asse hæres, supremis » morientis patrui mandatis obediens, dicat et consecrat (3). » Le tableau de la Visitation, exécuté par cet artiste sur l'idée que M. Olier lui en avait fournie, a été gravé plusieurs fois; mais le serviteur de Dieu -étant mort avant que ce tableau eût été achevé, Le Brun refusa de l'envoyer au séminaire, malgré les demandes réitérées qu'on lui en fit pendant plus de vingt-quatre ans (4. Néanmoins, touché de quelque reproche de conscience, il alla trouver M. Tronson, au mois de février de l'année 1685, et lui témoigna la

n demanda en effet (1).

ccès de cet fois pour le : qui donna it-Saturnin stiques du h! que les ue ceux du siduité que s quelques LE nous tâdeviendrait

tableau, Le eurs copies aujourd'hui l'ordre de tableau du du gouverme et placé rès la mort 43 pour le possède de et la peineuilles, ou es. Le Brun grand-duc voir termiharles Le nom cette e prince.

uriæ Duci, odo Nestontis, imaginc tandem un, pictor it: Carolus es, supremis ecrat (3). »

sur l'idée sieurs fois; ce tableau séminaire, t peñidant de quel- Tronson, moigna la

Se ns

disposition où il était de remplir les engagements qu'il avait pris par écrit avec M. Olicr, en achevant les peintures de la chapelle (1). Cette résolution réjouit beaucoup M, Tronson et ses confrères qui, malgré l'état de gène où ils se trouvaient alors, furent tous d'avis de faire un effort « pour » achever un ouvrage projeté et résolu par M. Olier : surtout >cette occasion n'ayant point été recherchée et semblant » venir de la Providence (2). » Néanmoins, malgré cette généreuse résolution du séminaire, Le Brun ne reprit pas son travail, quoiqu'on lui eût proposé de diminuer le nombre des tableaux convenus, et de lui payer en entier le reste de le somme totale promise dans le même contrat par M. Olier. La grande réputation qu'il s'était acquise depuis Jui fit apparemment porter ses prétentions beaucoup plus haut qu'il n'avait fait au début de sa carrière. Quoi qu'il en soit, non seulement il n'exécuta aucun des autres tableaux qu'il avait promis, mais il persista toujours, comme auparavant, dans son refus d'envoyer celui de la Visitation au séminaire: ce qui fut causc qu'en 1697 M. Tronson demanda le même sujet à Verdier (3), élève de Le Brun qui excellait à copier les originaux de ce grand maitre.

Les autres projets de tableaux que M. Olicr avait donnés par écrit à Le Brun sont perdus aujourd'hui. On trouve cependant, dans les Mémoires du serviteur de Dieu, la description circonstanciée d'untableau projeté de la Présentation de Notre Seigneur au temple, destiné pour la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, et qui entrait dans le plan général qu'on a indiqué; car il devait porter cette inscription : Christus sacerdos in Virgine, se ipsum offert hostiam Deo Patri, in manibus ejus (4). Ce sujet fut exécuté, conformément au projet de M. Olier, par Le Sucur, pour la chapelle de la petite communauté, et fut gravé par Duflos, qui dédia son ouvrage à M. Le Peletier, abbé de Saint-Aubin (5) et dans la suite supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, qui, par respect pour M. Olier, avait fait les frais de ce tableau. En 1718, M. Leschassier, quatrième supérieur du séminaire, résolut d'accomplir les instructions du fondateur, au moins en partie, en procurant à la chapelle du séminaire le nombre de grands tableaux que Le Brun avait refusé de peindre, malgré ses engagements. À la Visitation reproduite par Verdier il ajouta la Présentation de la très-sainte Vierge au temple, qui fut peinte par Marot; la Nativité de Notre-Seigneur par Le Clerc; et un tableau de la Purification que M. Le Pcletier se chargea de faire peindre pour remplacer celui de Le Sueur, qu'il avait placé dans la chapelle de la petite communauté, dite des Robertins (G).

DU LIVRE DBUXIÈME

(1) Registre des assemblées duséminaire de S.- Sulpice, 21 fév.

1685, t nn p.210,

(2) lbid., 12 nov. 1680, pag.

M, Tronson, 21 avril1697,/157, verso.

(4) Mém. aut.

de M. Olier, t.vi, p. 38, 4.

(5)Cabinet des Estampes à Paris. OEuvres de le Sueur.

(6) Registre des assemblées du séminaire de S.-Sulpice, 4 déc.1718,p.1746, 747, tu

(1) Vies Mss. de Grandet : Vie de M. de Bretonvilliers.

(2) Propre des fêtes, etc. Paris 1675, in-4°,

(3) Vérit. dévotion à la mère de Dieu.etc.,3° édit.

Toulouse 1791, in-12,t.n, p.239, 244, 247, 250.

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