‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 50 sur 331 · PAR MARIE · texte numérisé non relu

PAR MARIE

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les rentôftrait assez souvent lorsqu'elles allaient à cette église, frappé de la mère de Matel, conçut le désir de la peindre, sans oser cependant lui proposer la chose par la érainté d'un refus. Il s'en ouvrit à Marie Rousseau qui, sachant que ce peintre était protestant, et voulant l'obliger. découvrit son désir à la mère de Matel. Elle s'y refusa d'abord. L'autre insista et lui dit que cette complaisance de sa part pourrait être un moyen facile pour convertir cet hérétique, par l'occasion naturelle qu'elle lui offrirait de causer aveé lui durant son travail. La mère de Matcl fut touchée de ce motif de zèle, et, par ses conversations, le convainquit en cffet si parfaitement de la vérité de la religion catholique, que lé peintre prit la ferme résolution de renoncer au plus tôt à l'hérésie. Mais ayant alors sur les bras un procès qui devait être définitivement jugé le lendemain, il voulut aller solliciter immédiatement ses juges, afin de faire son abjuration avec plus de calme, après son affaire décidée; et il arriva que Ie lendemain même il mourut d'un excès de joie occasionné par le gain de son procès, au moment où il en donnait la nouvelle à sa femme. Marie Rousseau et la mère de Matel, justement affigées d’une mort si imprévue, s'empressèrent d'aller consoler sa veuve qui, sachant les dispositions dans lesquelles était mort son mari, se convertit elle-même avec sa filleet son beau-frère; et Maric Rousseau se trouva présente à leur abjuration. « Je la priai de me dire, » ajoute la sœur de Belly, «ce qu'était devenu le portrait de notre mère. » Elle me répondit qu'elle l'avait toujours conservé fort » chèrement, et qu'elle me le ferait voir (1). »

Elle raconte un autre trait remarquable, touchant la mère de Matel elle-même. Par une conduite assez particulière, dont nous parlerons plus en détail au premier Appendice de cette Vie, cette mère, quoique fondatrice et supérieure de son ordre, demeura dans l'état et l’habit séculier, jusqu'au jour qui précéda immédiatement celui de sa mort. Ellg avait obtenu du Légat à Latere, le cardinal Louis de Vendôme, un bref qui, en la dispensant du noviciat d'usage dans son ordre, l’autorisait à en prendre l'habit et à en faire la profession solennelle le même jour. Mais elle ne crut pas devoir en user encore, jusqu'à ce qu'enfin, parvenue à l'âge de soixante-quatorze ans, et se sentant près de sa fin, elle jugea que le moment des vœux solennels était venu pour elle, et fit prier à plusieurs reprises le prieur de l'abbaye Saint-Germain, dom Vincent Tixier, de lui donner l'habit. Le prieur différa d'abord de venir; il se rendit ensuite au monastère, mais avec l'intention de retarder cette cérémonie, jusqu'à ce que la mère de Matel eût révoqué une donation de tous ses biens, qu'elle avait faite depuis peu en faveur

Tom. mr. 8

enr.

(1) Mém. de la sœur de Belly,1.

1, ch. 15, p. 93.

(1) Vie de la mère de Matel, par le P. Boissieu, liv. vn, ch, iv, Lyon, 1691, p. 264.

(2) Mém. de la sœur de Belly, t.

1, Ch.xL, p. 231, 233, 234, 235, 238. — Ch. xLi, p, 241, 242.

(8) Ibid. t, 1, chap. xv, p. 93, 95,

de sa secrétaire, la sœur Gravier, encore séculière. Marie Rousseau, à qui cette sœur avait écrit ces délais, arriva sur ces entrefaites au monastère. Là, apprenant de la tourière que le Père prieur était au parloir, elle y monte et lui demande le permission d'entrer dans la clôture, pour savoir, dit-elle, l’état de la santé de la mère de Matel, qu'on supposait n'être pas si près de sa fin. Comme Marie Rousseau avait accès auprès de plusieurs personnes de considération, à cause de sa piété, le prieur qu'elle connaissait, n'osa lui refuser cette permission. Elle entre donc, s'approche de la mourante et lui dit : « Ne voulez-vous pas recevoir le saint » habit ? Oui, répondit-elle, mais je n'ai pu encore l'obtenir » du Père prieur.» Là-dessus, Marie Rousseau va le trouver, lui témoigne sa grande surprise de son peu d'empressement à la satisfaire, ajoutant : « Qu'on donnerait l'habit » avec joie à la dernière postulante, qui le demanderait en » danger de mort; qu'assurément il devait se faire grand » scrupule de ses délais; qu'il ne perdît donc pas de temps » et commençât la cérémonie. » Se voyant ainsi pressé, le Prieur donna enfin à la mourante le voile blanc avec les noms de Marie de Jésus, C'était le 10 septembre 1670, la veille même de sa mort. « Sans Madame Rousseau, dit la » sœur de Belly, le prieur aurait différé encore; » et nous aiouterons, que probablement la mère de Matel fût morte an: l'état et l'habit séculiers. Car après que le prieur se fut retiré, les forces de la mourante diminuant à vue d'œil, on lui administra sans délai le sacrement de l’extrême-onction, Pendant ce temps le prieur, en retournant à l'abbaye, rencontra sur son chemin M.Colombet, curé de Saint-Etienne en Forez (1), qui se trouvait à Paris, et connaissait beaucoup la mère de Matel ; et celui-ci lui demanda l'autorisation de lui faire faire lui-même la profession religieuse, en cas d'accident. Le prieur y consentit; et M. Colombet, arrivant lorsqu'on achevait de lui donner l'extrème-onction, procéda immédiatement après à la cérémonie de la profession solennelle (2. Il paraît que la sœur de Belly écrivit ces particularités avant la mort de Marie Rousseau arrivée, comme on l'a dit, en 1680. « Je ne puis me dispenser, écrit-elle, de rapporter » ici ce que j'ai appris en l’année 1676 de Madame Rous- » seau, alors supérieure d'une communauté de filles qui est » au faubourg Saint-Germain, où elle fait apprendre gra- » tuitement à des filles pauvres à travailler. Cette pieuse » supérieure, qui fut des amies de notre révérende Mère dès » l'année 1628, me dit plusieurs particularités de sa vie, »ct m'entretint des vertus solides qu'elle lui avait vu » pratiquer, surtout de son amour pour la pureté, qui » lui faisait fuir tout ce qui pouvait y donner quelque » atteinte (3), »

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