‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 134 sur 235 · OO CORRE · texte numérisé non relu

OO CORRE

voudrais qu'il me füt permis, dit un auteur qui écrivait un peu après cette époque, de représenter la paroisse de Saint-Sulpice dans l'état où elle se trouvait au moment de l'établissement du séminaire, C'était alors comme le cloaque de tous les désordres et de toutes les abominations qu'on peut imaginer. Ce faubourg ressemblait à cette fameuse ville, que le prophète Isaïe dépeint sous le nom d'une adultère ou d'une femme prostituée : tant les crimes les plus abominables s’y cemmettaient en grand nombre. Cette nouvelle Sodome était le refuge de tous les libertins, des athées et des hérétiques qui y vivaient impunément au gré de toutes leurs passions. Ce ne fut pas sans une providence particulière sur ce faubourg , que Dieu suscita M. Olier et ses zélés coopérateurs, qui, brülant du désir de procurer sa gloire, défrichèrent cette terre ingrate, remplie comme celle de Chanaan, avant l'entrée des Israélites, de toutes sortes d'abominations. Par les travaux infatigables de ces

ouvriers évangéliques , elle devint une terre de promissiof, où chacun apprit à son voisin à connaitre et à glorifier Dieu. Il fut aisé de remarquer ce changement par les confessions fréquentes, les restitutions nombreuses, la soumission aux lois de l'Eglise, l’empressement à assister aux offices divins, la faim insatiable d'entendre la parole de Div, la douleur et le repentir d'une multitude d’enfants prodigues , qui venaient, dans l'amertume de leurs consciences, détester ices déréglements de leur vie passée ; et, pour tout dire en un mot, dans cette paroisse où la sainte Table était autrefois déserte, l'ardeur de se nourrir de la divine Eucharistie devint si universelle, que chaque année on comptait jusqu'à deux cent mille communions faites dans la seule église paroissiale, quoiqu'il y eût sur la paroisse environ trente églises de communautés ouvertes au public. » Un trait bien honorable pour ls fidèles de Saint-

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1649. — PREMIÈRE GUERRE DE PARIS. 223 Sulpice, est la rencontre que fit un prétre de la commu nauté d’une pauvre jardinière de cette paroisse, qui exprimait à Dieu les affections de son cœur par la belle et touchante paraphrase du Pater, connue depuis sous le nom de Pater de la jardinière, et que cet ecclésiastique s'empressa de mettre par écrit.

Les troubles de la Fronde qui désolèrent la capitale, fournirent à M. Olier une nouvelle occasion de faire éclater son ardente charité pour ses paroissieus, et montrèrent combien ceux-ci avaient su profiter des instructions de leur pasteur, qui, en public et en particulier, ne cessait de leur recommander l'obéissance à l'autorité légitime. Car dans toute l'étendue de la paroisse de Saint-Sulpice, on ne vit point de barricades, et la tranquillité ne cessa d'y régner pendant que tout était en désordre dans les autres quartiers de Paris. Dès qu’il eut connu les préparatifs de cette guerre civile, se prosternant les genoux en terre, il s'offrit à la justice de Du, et livra son âme à une si vive douleur, que M. de Bretonvilliers l'ayant vu dans cet état, en fut, dit-il, plus vivement touché, que des plus fortes prédications qu'il eût jamais entendues de sa vie. En sa qualité de pasteur, M. Olier se regarda comme chargé des péchés de tous, et se condamaa à faire chaque jour des austérités extraordinaires. Il exhorta puissamment son peuple à la pénitence, s'efforça de lui faire comprendre que Dieu ne châtiait le pécheur dans ce monde, que pour le convertir ; et qu’au lieu de s'accuser les uns les autres des maux extrêmes où l'on se voyait réduit, chacun devait confesser qu’il méritait, pour ses péchés, des chàtiments encore plus sévères. Il les conjura tous de se réconci— lier sans délai avec Dieu, dans le tribunal de la pénitence, afin d’en être ensuite écoutés plus favorablement, ou du moins afin que leurs souffrances pussent leur mériter une récom— pense éternelle ; et il eut la consolation d’en voir un grand nombre mettre à profit un si salutaire conseil. Lorsque la Reine régente, par une résolution contraire à sa douceur,

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eut ordonné le siège de Paris, pour réduire les mécontents, et que la disette commença à se faire sentir dans cette capitale, M. Olier assembla les notables du faubourg, et prit des mesures pour pourvoir au soulagement des pauvres. Ensuite, il fit la visite générale de tous ces indigents, dont il trouva quatorze ou quinze cents ménages tous réduits à la dernière nécessité. Quelque grand que füt leur nombre, sa charité inépuisable entreprit de les assister tous ; et, dans ce dessein, il associa au frère Jean de la Croix, M, Gibily, prêtre de la communauté, plus connu sous le nom de Confesseur des pauvres, Ces deux hommes, qui consumèrent leur vie dans les œuvres de la charité, allaient porter les secours spirituels et temporels partout où M. Olier ne pouvait se transporter lui— même. Frère Jean leur distribuait les aumônes ; et M. Gibily, les engageant à souffrir patiemment la misère où la Provi-dence permettait qu'ils fussent réduits, les disposait à s’ap— procher avec fruit des sacrements.

Outre ces visites, M. Olier faisait rechercher toutes les fa milles indigentes, dont le nombre augmentait de jour en jour; {l et, à chaque tournée, la somme qui se trouvait distribuée par | ses ordres montait ordinairement à deux mille livres. Il ou— D Pc

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1649. — PREMIÈRE GUERRE DE PARIS. 225 besoin qu'il ne voulùt soulager ; pain, viande, potage, habits, linge, instruments de travail pour les artisans : tout était (fourni à ceux que : disette avait mis dans l'impuissance de subsister, autrem, àt que par les soins et les efforts de la cha— rité chrétienne. Enfin , la rigueur excessive du froid s'étant jointe à la disette universelle , il fit faire de grands amas de bois et de charbon, qu'on distribuait selon les besoins de chaque famille indigente, surtout aux pauvres honteux.

On a peine à comprendre qu'il ait pu trouver assez de ressources pour fournir à tant de besoins divers, quand on considère surtout que les vivres étaient alors d'une cherté excessive, et qu'il donnait sans mesure. « Frère Jean m'a assuré, » dit M, de Bretonvilliers, que si, dans les autres temps, » M. Olier Ctait libéral, crus l'hiver de 1649, qui fut très-ri- » gourcux, on pouvait en quelque sorte lui reprocher d'être » prodigue. »

Les aumônes ordinaires de ses paroissiens ne pouvaient cependant suffire à tant de familles, réduites à manquer de tout ; car, d'un côté, le nombre des nécessiteux devenait toujours plus considérable, et de l'autre , les secours, loin de croitre à proportion, diminuaient de jour en jour. Il se voyait d'ailleurs privé des aumônes des personnes les plus opulentes de sa paroisse, qui avaient quitté Paris pour suivre la cour, ou pour se mettre en sûreté. Dans cette nécessité, il vendit tout ce qu'il possédait en biens de patrimoine, et en distribua le prix à ses paroissiens. Et, à la fin, ne trouvant plus aucune ressource dans la ville, il résolut d’en chercher hors de Paris.

Par suite des arrêts que le Parlement avait rendus, il était difficile et périlleux d'en sortir ; les soldats Polonais et Allemands, répandus tout autour, exerçaient d'ailleurs sur les transfuges les dernières violences. Mais , pressé par les mouvements de son zèle, et comptant pour rien sa propre vie, s’il peut à ce prix conserver celle de ses ouailles, ce généreux pasteur forme le dessein d'aller faire une quête à Saint-Germain-en-Laye , où

la cour était alors. La prudence ne lui permit pas äc faire 19°

11, PART, 1649. — PAROISSE, ; résolution, qui l'aurait rendu suspect; et, pour

contail l'exécuter, sa charité lui inspira ce stratagême. I pria l’un de ses amis de le conduire, dans son carrosse, sur les limites du faubourg Saint-Germain, du côté de la campagne. Là, n'étant va de personne , il descend du carrosse , se coule dans la neige qui couvrait les chemins, et, accompagné seulement d'un pieux laïque, il s'éloigne de la ville et se dirige du côté de Saint-Germain. Le froid étaitextrême, la neige très-abondante, et la Seine extraordinairement débordée. Malgré la difficulté des chemins dont souvent il lui était impossible de reconnaitre la trace, et malgré la multitude de soldats qui dépouillatent tous les passants, il traverse les ponts, les corps de troupes, sans être arrêté par personne , et arrive enfin à Saint-Germain, après des fatigues excessives, ayant delaneige jusqu'aux genoux, et quelquefois jusqu'aux reins.

Dieu bénit une démarche si héroïque. Quoique la cour eût ordonné le siége de Paris, M. Olicr la trouva sensible aux misères de ses habitants; surtout personne ne fut plus touché de ce récit que la princesse de Condé, la propre mère du prince qui en commandait le siége. Il lui exposa l'état affreux où étaient réduites tant de familles désolées ; et cette princesse, toujours pleine de pitié et de charité envers les malheureux, ser bla se surpasser elle-même dans cette rencontre. il en reçut une somme très-considérable; et, ce qu'on ne peut attribuer qu'à une protection visible de Dieu, il revint à Parisavec son compagnon , chargés l’un et l’autre grosses de aumônes, sans tre dépouillés. Cette action , qui ne tarda pas à étre connue, bien loin de le rendre suspect aux magistrats , les plus animés contre la cour, leur inspira, au contraire, une nouvelle estime pour sa personne, et chacun en parlait avec admiration. Quelqu'un étant venu Île visiter après son retour, lui demanda comment il avait pu traverser les ponts, malgré les soldats qui les gardaient «Je n'en sais rien, lui dit M. Ofier; » tout ce que je sais, c'est que la charité donne beaucoup de » force. » Les aumônes qu'il avait apportées de Saint-Ger-

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