‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 136 sur 235 · À $ À ] ; «| { KA · texte numérisé non relu

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de Saint-Ger-

1651. — ANNE D'AUTRICHE, 227 main, et d'autres que la Providence lui envoya, le mirent en état de continuer à assister tous ses pauvres, jusqu'à l'entière cessation du fléau.

Pendant ces troubles politiques, la Reine, comme on sait, fut contrainte de renvoyer, malgré elle, le cardinal Mazarin, son premier ministre, et de donner la conduite des affaires à des personnes qui ne possédaient pas sa confiance au même degré. Considérant d'ailleurs l'opposition déclarée et presque générale des Parlements, l'exaspération universelle du peuple, les mouvements de la noblesse contre le cardinal, elle se vit accablée d'inquiétudes et de chagrins sur la fin de sa régence. Dans cette extrémité, elle fit appeler M. Olier auprès d'elle, pour trouver dans ses paroles quelque motif de consolation, ct apprendre à porter avec soumission ses disgrâces. Car cette princesse témoigna toujours pour Île serviteur de Diru une estime et une Confiance singulières. Elle assistait fréquem— ment à ses discours, et pendant long-temps elle le pressa avec de vives instances d'accepter la direction de l'abbaye du Yal-de-Grâces, où elle allait souvent, alin de se ménager par ce moyen la facilité de l'avoir auprès d'elle pour sa propre édilication. Quoique M. Olier ne crut pas devoir accepter cetemploi, ii ne laissa pas néanmoins de donner à la Reine régente des avis spirituels, toutes les fois qu’elle eut recours à son ministère. Nous ne connaissons pas en détail ceux qu'il lui donna dans les circonstances malheureuses dont nous parlions ; on peut cependant en avoir quelque idée par une lettre qu'il lui écrivit alors , et qui est un des plus beaux monuments de son zèle apostolique. Elle montre que si personne ne rend plus de respect aux rois de ia terre que les saints prêtres, personne aussi n'use d’une plus généreuse li berté pour leur découvrir les obligations de leur état, qu’un si petit nombre de leurs sujets osent leur faire entrevoir. Sous le ministère du cardinal Mazarin, M. Olier n’avait pu s'empêcher de gémir en secret sur les malheurs de l'Eglise, en voyant les bénéfices, surtout les évêchés, accordés à la

faveur, ou donnés comme une sorte de récompense pour les services rendus à l'Etat. Ce ministre, quoique clerc tonsuré, était beaucoup plus versé dans les maximes du siècle, que dans la science des canons; et se voyant gêné dans ses vues politiques, par l'assistance de saint Vincent de Paul, au conseil de conscience, il avait imaginé un expédient pour l'en écarter , et pouvoir par-là disposer à son gré des b'néfices. Ce moyen fut de n'avoir point de jour fixe pour le conseil, sous prétexte de la multitude de ses autres affaires : en sorte qu'il disposait lui seul, comme sous le bon plaisir de la Reine, des abbayes et des évêchés. Le renvoi du cardinal offrant donc à M. Olier une occasion si favorable pour éclairer la religion de cette princesse, il lui écrivit la lettre suivante :

« Madame,

» La confiance avec laquelle Votre Majesté me témoigna » ces jours derniers, qu’elle ne faisait pas tout l’usage qu'elle » devait des adversités que Dieu lui envoie, m'a donné la » pensée de lui écrire. En prenant cette liberté, je compte » sur la bonté qui l’a portée, jusqu’à ce jour, à recevoir » avec plaisir les choses que je lui ai dites dans la sincérité » de mon cœur, pour le bien de sa personne, et surtout de » son âme dent j'ai toujours désiré le salut, avec des senti- » ments tout extraordinaires. Voici les dispositions où doit » s'établir Votre Majesté dans ces temps si précieux et si im— » portants pour sa sanctification, quoique pénibles au vieil » homme, et quel saint usage elle doit faire de ces fâcheuses » rencontres.

» C’est de lever les yeux vers Dieu avec humilité et révé- » rence, et d’adorer sa conduite sur Votre Majesté, vous » soumettant à sa justice, qui veut punir, sur la fin de votre > régence, ies fautes que vous y avez commises. Elles ne » sauraient être petites, à cause des devoirs de votre état, » dont les moindres omissions ont des suites immenses ; car,

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1651.—LETTRE A LA REINE. COLLATION DES ÉVÈCHÉS. 229 au témoignage de l'Ecriture , les puissants seront puissamment lourmentés. Dans vos tribulations, reconnaissez la bonté de Dieu , qui ne remet pas à la vie future à punir sévérement vos fautes : le privilége de celle-ci étant de pouvoir expier les plus grands maux par de légères satisfac— tions. C'est maintenant le règne de la clémence et de la miséricorde ; et les moments si rapides de cette vie, sanc— tifiés par la patience et la résignation , égalent les satisfac— tions des siècles entiers de l’autre. Mais si nous n'acceptons pas ces châtiments, quoique légers, Dieu remet à l’autre vie à nous punir, et alors nous serons forcés d'en porter de bien plus cruels et de bien plus sévères.

» Soumettez-vous donc, Madsme , à la justice de Dieu, en vous voyant ôter d'entre les mains la personne qu'il vous avait donnée, et en qui vous mettiez votre confiance. La Providence, qui a permis son éloignement , a eu en cela des motifs et des raisons inconnus aux hommes, Il faut les adorer dans la foi, au milieu des troubles et des obscurités de la vie. C’est là le repos et le port assuré des chrétiens dans les tempêtes et les orages de ce monde : que ce soit aussi le vôtre, Madame, et le fonds assuré sur lequel votre esprit puisse s'arrêter.

» La miséricorde de Dieu sus vous éclate dans cet arrèt même de sa justice. Il veut purifier de plus en plus votre âme ; afin qu’en la renouvelant dans la ferveur première de son amour , elle puisse porter plus de fruits. Considérez les paroles que, dans l’'Ecriture, Notre-Seigneur adresse à un évêque, comme à un roi spirituel dans le royaume de son Eglise. Voulant lui reprocher la tiédeur de son cœur, et le refroidissement de sa première charité : Je m'en vais, lui dit-il, renverser ton royaume, si tu ne t’humilies ; songes à te repentir,, et à reprendre les œuvres que tu faisais en entrant dans ta régence. Ce reproche si sévère, et toutefois plein de miséricorde, le raffermit dans son devoir, et le maintint dans sa royauté. Madame, donnez-vous de

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» nouveau à l'esprit de royauté de Notre-Seigneur, qui doit » vivre en vous, pour faire régner Dieu sur votre royaume » en tout ce qui dépendra de vous. Reprenez donc la ferveur » première avec laquelle vous aviez commencé votre sainte » régence. Car vous y étiez entrée avec un zèle et un désir » ardent de faire régner Dieu dans son Eglise, et de défen- » dre tous ses intérêts avec un merveilleux courage ; vous » aviez pris des mesures excellentes pour la collation des bé- » néfices et surtout pour la nomination aux évêchés, afin de » les donner aux plus dignes de votre royaume, comme vous » y êtes obligée en conscience. Dieu a vu , Madame, que cela » ne se faisait plus, parce que vous .en laissiez dispose: à » cette personne, qui n'avait ni le zèle, ni la force néces- » saires pour résister aux demandes et aux importunités : » abus qui à causé au royaume de Dieu un dommage, dont » vous ne Connaitrez la grandeur qu’au jour du jugement, » êt qui fait périr quantités d'âmes, dont la moindre vaut >» mieux que tout un royaume et tout un monde matériel ; » dommage auquel il vous est peut-être impossible de porter » remède. Madame, c'est une simonie que de donner des » bénélices, pour récompenser , dans les enfants, les servi- > ces que leurs pères ont rendus au royaume. La fin que Dieu » se propose en appelant des hommes à ces dignités, c’est » d'être honoré et servi dans son Eglise, par des ministres » fidèles, zélÿs pour sa gloire et le salut des âmes ; et eu les » conférant de sa part, vous ne devez point en avoir d'autre. » Reconnaissez, Madame, la miséricorde de Dieu sur vous : » vous aviez pris confiance dans votre ministre, pour vous » décharger des soins pénibles de l'Etat, et de la conduite » des affaires importantes ; mais, comme la cause de Dieu ct » de l'Eglise en souffrait , et que votre âme demeurait char- » gée de cette collation indigne des abbayes et des évêchés, p Dieu vous a ôté l'appui sur lequel vous vous reposiez, la » personne qui les dispensait en votre nom, afin que vous » ouvyriez de nouveau les yeux sur une obligation aussi ca-

qui doit royaume | ferveur re sainte un désir e défenue ; VOUS 1 des bé , afin de ame vous que cela ispose à *e néCes— rtunités :

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1651.—LETTRE A LA REINE. COLLATION DES ÉVÈCIHÉS.234 pitale. Il a voulu ôter cet empèchement à votre salut, et vous donner de nouveau le moyer. de commencer à le servir, en procurant le bien et la sanctification de votre royaume, par des nominations qui soient selon sa vo— lonté.

» Souffrez donc, Madame , avec amour et avec joie l'éloignement de votre ministre. Remerciez Diet de n'avoir pas voulu que votre âme s’engageàt davantage, comme elle le faisait tous les jours, dans de nouvelles omissions, dont

» elle demeurait étrangement chargée, quoique par la faute

d'autrui. Souffrez cette adversité, premièrement pour sa tisfaire à votre obligation, et, ensuite, pour réparer autant

» que vous pourrez tant de nominations qui n'ont pas été » pesées au poids du sanctuaire. C'est de là que dépend tou

tefois l'honneur de Dieu dans son Eglise, le salut de tant d'âmes, et, en particulier, Madame, le bonheur ou le malheur éternel de la vôtre. Ne vous tiez donc plus à une personne qui puisse mettre votre salut en danger. Ne vous

» déchargez pas du soin capital de conférer les bénéfices sur » d’autres que vous-même; examinez les sujets, en vous en—

» tourant des lumières des serviteurs de Dieu ; prenez de

leurs mains de bons mémoires sur les plus dignes ecclésiastiques de votre royaume; destinez à ceux-ci les bénéfices ; et ainsi prévenant la mort des évèques, vous préviendrez les importunités des courtisans. Vous ne devez

» jamais y céder, puisqu'il ne vous est pas permis d'exposer » votre salut, eelui de tant d’âmes, et surtout la gloire de

Du. Soyez inflexible en cela, et ne vous en relàchez pour quelque considération humaine que ce puisse être, et qui est toujours nulle devant Dieu. Au reste, il saura bien réparer , en vue de votre fidélité à son servire, les suites que pourrait avoir votre juste refus. Si vous êtes fidèle à maintenir son reyaume, qui est l'Eglise, et à ne point le laisser déchoir de sa splendeur, il sera vigilant à vous maintenir dans le vôtre.

» Comme ma profession ne me permet pas de m'appliquer » à la considération des choses du monde, je ne vous parle » que des omissions considérables, relatives au clergé. L'af- » fliction et la douleur que nous en éprouvons , nous font » languir tous les jours jusqu’à mourir ; et c'est ce qui me » fait prendre la liberté de vous parler en toute sincérité, » comme je crois que votre cœur le désire. J'ai la confiance p que vous permettrez à votre serviteur et sujet, de vous » faire ses plaintes et de gémir à vos pieds, pour demander » que Dieu soit glorifié dans tout le royaume , et surtout dans » le cœur de la Reine, puisqu'il veut régner en elle et par » elle sur tous ses sujets. »

Ces remontrances produisirent leur effet sur l'esprit d'Anne d'Autriche. Elle ouvrit les yeux sur une obligation si importante, reconnut qu'elle avait suivi trop aveuglément les avis de son ministre, et, dans la suite, ne disposa guère des évéchés, sans avoir tenu un conseil particulier avec saint Vincent de Paul.

Quoique M. Olier ne crut pas devoir donner à la Reine des conseils sur la conduite des affaires politiques, néanmoins dans la seconde guerre de Paris, son zèle pour la religion le détermina à lui adresser d'humbles, mais de généreuses remontrances que nous croÿons devoir rapporter ici. La Reine avait rappelé en France le cardinal Mazarin , et ce rappel fut le signal d’une nouvelle guerre civile. Outre la misère publique où Paris se vit alors replongé, les Calvinistes du royaume, abattus autrefois par le cardinal de Richelieu, profitèrent pour remuer, de ces divisions intestines. La si-

tuation des affaires ne pouvait être plus alarmante, et les hommes sages s’attendaient aux derniers malheurs. Dans ces circonstances, M. Olier, considérant que la présence du cardinal mettait la religion et l'Etat dans un péril si imminent, osa bien demander à la Reine l’éloignement de ce ministre. Usant donc d’une sainte et courageuse liberté, sans s'écarter pourtant du respect que les sujets doivent aux souverains, il

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