‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 137 sur 235 · CR · texte numérisé non relu

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4651.—M. OLIER DEMANDE L'ÉLOIGNEMENT DU CARD. 933 adressa à cette princesse de graves considérations sur Îles malheurs de l'Etat ; et lui donna aussi, sur l'exercice du pou voir, de sages et d’utiles conseils, qui sont comme une expression de cet heureux mélange de force et de douceur dont Ja divine Providence use tour-à-tour elle-même dans le gouvernement des hommes. Après avoir témoigné ses remerciments à la Reine, pour les aumômes qu'elle lui avait envoyées , il lui parle en ces termes :

« Madame, la providence de Dieu me donnant l'ouverture » d'écrire à Votre Majesté, je dois lui dire, par la fidélité par- » ticulière que je lui ai vouée, qué ses fidèles serviteurs sont » dans l'abattement ct la dernière aflliction, voyant l'état de » son royaume et celui de la religion, que le Ciel menace de- » puis long-temps, et qui est à la veille de sa dernière désola- » tion. Madame, la douleur qui presse le cœur des vôtres, » c'est de voir que ce soit sous votrerégence, queces malheurs » doivent ncsaccabler, quoique vous ayez dans les mains de » quoi détourner cet orage. Peut-être que Dieu étant irrité » au point ou il l’est maintenant, quelque remède que vous y » puissiez apporter, le fléau de sa colère ne laissera pas de » tomber sur nous , et d’accabler toute la France. Mais, Ma- » dame, qu’il ne soit pas dit que ce malheur nous soit arrivé » par vous ; et que, pour suivre le conseil de quelques flat- » teurs intéressés, vous ayez méprisé le reste des conseils im-— » portants de l’État, et provoqué la révolte universelle de tous » vos peuples irrités et mutinés contre un ministre, qui ne » pourra jamais procurer tant de bien à votre royaume, qu'il » lui fait de maux, eten attire sur votre personne sacrée.

» Il est vrai , Madame, que c’est une extrémité facheuse à » une Reine comme vous , qui a eu tant de bontés et de ten— » dresse pour son État, et qui a tant souffert pour le régir, » de se voir obligée, par la mutinerie et l’insolence de ses » peuples, à chasser son ministre. Mais, Madame, cela n’est » pas sans exemple dans l'État : les plusgrands rois, vos pré- » décesseurs, en ont usé de la sorte ; et par leur prudence, ils

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» ont cru que ce leur était assez s'ils régnaient sur leurs peu- » ples, cts'ils avaient leurs cœurs , faisant peu de cas si c'é- » tait d'une manière ou d'une autre qu'ils avaient les esprits » assujétis à leur autorité. I faut abandonner les circons- » tances pour posséder le fond, et laisser l'accessoire pour » avoir Ie principal. Les pères en font de même dans leurs fa » milles : souvent ils cèdent au dépit de leurs enfants, de peur » de leur donner occasion de perdre le dernier respect et de » se soustraire à leur obcissance. Il faut, dans ces renconp tres, user de cond :d:ce envers les inférieurs, et de » soumission parfaite au ordre de la divine Providence, qui » vous témoigne son opposition à vos désirs, par celle qui » éclate dans tout votre royaume.

» Oue pouvez-vous , Madame, espérer de consolation et de » joie d’une soumission forcée qui vous coûte tant à obtenir, » et que vous ne posséderez jamais qu'avec l’aversion de vos » peuples ? Si Drev ne fait les choses, on n’en peut espérer de » succès : or, ce n’est point l’ordre de Dueu de vouloir y arri- » ver malgré les oppositions et la contradiction universelle, » surtout dans une chose qui doit se faire par l'amour et le » concours volontaire d’une communauté. Car un ministre ne » gouverne pas comme un roi : les peuples obéissent à celui- » ci par nécessité, à raison de sa naissance ; et ils se soumet- » teut à l’autre par amour , et reçoivent ses ordres par un » agrément volontaire , et une persuasion d'estime et de res- » pect pour sa capacité. Les personues publiques sont mises » des mains de Diu ( à la tête des peuples). Dieu lui-même » leur donne des talents admirables pour exécuter ses des- » seins ; et comme il règle et conduit tout avec suavité et » puissance , il imprime pour leurs talents et leurs qualités » l'estime et le respect dans leurs inférieurs. Quoique vous » soyez persuadée , Madame, de la fidélité de votre ministre » envers votre personne, ce n’est pa. tout ce qui est néces- » saire. Il faut à vos peuples une vue de beaucoup d’autres » qualités, et une persuasion qu’il n'est pas en la puissance

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1652.—-M. OLIER DEMANDE L'ÉLOIGNEMENT DU CARD, 935 » des rois d'imprimer dans les esprits et dans les cœurs. C'est » étre demi-roi que de régir l'Etat par son conseil et sa sa— » gesse. Il faut donc qu'un tel homme soit établi par la maia » de Dieu pour la direction et la conduite de l'État ; il faut au » Roi enfant le supplément de la sagesse divine. Par consé- » quent, Madame, si la providence de Dieu n'agrée pas celui » dont vous faites le choix, et que vous croyez vous être utile, » soumettez votre jugement; renoncez à votre sens particu— » lier, demandez à Dieu qu'il use de la personne qu'ik a choi- » sie pour vous aider à la conduite du royaume. Celui qu'il » vous donnera aura l'approbation et l'estime des peuples ; au » moins n’aura-t-il pas la contradiction ouverte et manifeste, » et ne donnera-t-il pas lieu au péril évident du renverse- » ment de l'État et de la religion.

» Quel malheur ne serait-ce pas, si à la faveur de ces trou- » bles, les ennemis de la foi entraient dans le royaume, ev: » qui, autrefois, y ont fait tant de ravages, et qui, aujour- » d'hui, enflent le cœur et le courage aux hérétiques de l’État, » Il ne faut pas, Madame, que vous preniez aucrüe confiance 5 aux pârolés de ceux-ci : car, n'ayant point de fidélité pour » Du, ils en auront bien moins pour vous. Jusquà présent, » comme ils ont eu par ruse et par finesse tout ce qu'ils ont » voulu , ils n'ont pas osé recommencer leur révolte et leur » rébellion, n'ayant pas encore les forces qu'ils désiraient. » Mais présentement qu'ils fortifient leurs places, comme à » Montauban et ailleurs , sous prétexte de se défendre de » M. le Prince; aussitôt, Madame, qu’ils se verront en état » de se soulever, ils le feront ; n’en doutez aucunement.

» Madame, dans cette agitation générale, vous pouvez don- » ner la paix et apaiser tous les troubles, en éloignant le sujet »* qui donne lieu à vos peuples de se soulever. En vous pri- » vant pour Dieu des services de cette personne, vous ferez » un sacrifice qui lui sera très-agréable, et qui attirera sur » Votre Majesté l'amour et les respects de tous vos peuples, » que vous devez gagner par-dessus toutes choses. Ce sont

236 1652. — 11. PART. — PAROISSE, » les sentiments de celui dont vous avez toujours souffert la » liberté de vous parler etde vous écrire , connaissant le fond » de son cœur et ses intentions pour votre service. »

M. Olier écrivit cette lettre vers-la mi-janvier 1652. Si la Reine eût mis aussitôt à exécution des avis si sages, elle eût épargné bien des maux à l'État. Mais elle temporisa, et ne se détermina enfin à renvoyer son ministre, que lorsqu'elle s'y vit contrainte par la force des événements. Il n'est pas de no— tre objet d'exposer, dans un plus grand détail , les troubles de cette seconde guerre. Nous ne dirons rien non plus des moyens que M. Olier sut employer pour nourrir alors ses paroissiens, afin de ne pas répéter ici ce qu'on a déjà dit ailleurs. Mais nous ne saurions omettre deux actions qui signalèrent sa charité dans ces nouveaux désastres, Faisant un jour la visite de ses malades indigents, il rencontra, près de la Croix- Rouge, une fille qui lui demanda l’aumône. Elle Ctait venue fi d'un village voisin, se réfugier dans Paris, pour éviter la fufi reur du soldat, et chercher le moyen de conserver sa vie. En à la voyant, ce charitable pasteur se sentit touché de compassion, tant à cause de l’extrême indigence à laquelle elle était réduite, que du péril imminent que courait sa vertu; et l'émotion qu'il éprouva lui inspira un dessein bien extraordinaire dans ce temps de calamité publique : ce fut d'ouvrir un asile à toutes les filles de la campagne qui seraient exposées aux mêmes dangers. Une telle entreprise étonna plusieurs personnes : on s’empressa de lui représenter la difficulté de l'exécution, et surtout la grandeur de la dépense. Mais toujours ferme dans son dessein, il répondait : « La bourse de » Jésus-Cunisr est inépuisable pour ceux qui mettenten lui » leur confiance : il n’y a qu’à commencer , il nous assis- » tera. » Il ouvrit donc à ce dessein une maison , en chargeant le frère Jean de la Croix de la fournir sans délai de tous les meubles nécessaires ; et elle servit d'asile à deux cents pauvres villageoises, auxquelles ce généreux pasteur fournit, tant que durèrent les troubles, la nourriture et le vêtement. S'oc-

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4652. — DEUXIÈME GUERRE DE PARIS. 237 cupant avec plus de sollicitude encore de leurs besoins spirituels, il profita de cette occasion pour leur faire connaftrel'obligation qu'elles avaient de servir Dieu, et de travailler à leur salut; il leur procura les exercices d’une mission , et des ecclésiastiques pleins de zèle pour les instruire et pour les confesser. Toutes s'approchèrent plusieurs fois du tribunal de pénitence, avec une dévotion et une modestie touchantes, et firent ensuite leur communion. Par ce moyen il ne conserva pas seulement la vie de l'âme à celles qui étaient dans l'occasion inévitable de la perdre, il fit trouver encore une piscine salutaire à celles qui avaient à gémir sur des fautes passées.

Les religieuses des environs , et celles même de plusieurs provinces voisines, n'étant pas moins exposées à périr de faim et à souffrir les derniers outrages , étaient venues se réfugier aussi dans Paris, On en voyait un grand nombre dans les rues recourir pour subsister à la charité des fidèles ; et plusieurs ne connaissant personne dans cette ville, s'étaient logées sans le savoir dans des maisons où elles étaient en danger de perdre l'esprit de leur état, Touché de douleur en voyant ces vierges consacrées à Dieu errer çà et là sur sa paroisse, exposées à mille dangers, M. Olier résolut de leur offrir aussi un asile; et ayant trouvé tout à propos une maison commode et spacieuse, accompagnée d’un jardin, il y réunit toutes celles qui désirèrent vivre , autant que les circonstances le permettaient, selon l'esprit de la vie religieuse. On les y mitdonc en clôture, et quoique elles fussent de sept ou huit ordres différents , on leur fit pratiquer à toutes une règle commune, sous une supérieure , qui reçut du prieur de Saint-Germain tous les pouvoirs nécessaires pour les régir et les gouverner. M. Olier leur donna des directeurs, des prédicateurs , et un aumônier qui leur disait la sainte Messe; en un mot, il n’y eut aucun moyen propre à les conserver et à les faire avancer dans la perfection qu'il n’employät avec joie, les considérant comme les épouses de Jésus-Curisr, qu’il fallait loger, assis-

ter et honorer en leurs personnes. Aussi, pendant quatre mois qu'elles demeurèrent dans cette maison, elles y firent pa= raitre une piété solide et une régularité parfaite ; jusqu'à ce qu’enfin, après la conclusion de la paix, aidées des secours que le serviteur de Dieu leur procura, elles retournérent chacune dans son monastère.

Au milicu de tant de désastres, la Reine mère ne cessait de recommander la pacification de l'Etat aux prières de tout ce qu'elle pouvait découvrir de saints personnages. Elle donna même ordre à l'un des ecclésiastiques de M. Olier, qu'elle avait en grande vénération, M. Picoté, de faire vœu, en son nom, de l'œuvre de piété qu'il jugerait le plus propre à fléchir la justice divine, La pensée qui le toucha davantage, fut celle des profanations qui se faisaient tous les jours des églises, des lieux saints, et surtout de l'adorable Sacrement de nos autels, Il voua donc, au nom de la Reine, l'établissement d'une maison religieuse, consacrée spécialement au culte de la très-sainte Eucharistie, et à la réparation des outrages faits à ce divin Sacrement.

Tout porte à croire que la Peine fit à M. Olier une semblable demande : au moins rédigea-t-il alors, pour cette princesse, la formule d'un vœu à l'archange saint Michel, protecteur de la France, à qui il désirait qu’on eût surtout recours dans les troubles de l'Etat. Cet acte est un monument trop honorable à la piété de la Reine et au serviteur de Dieu, pour n'en pas donner ici un extrait.

« Vœu ct dévotion (d'Anne d'Autriche), très-humble ser- » vante de J£sus-Cnrisr.

» Abimée dans mon néant et prosternée aux picds de votre » auguste et sacrée majesté, honteuse dans la vue de mes » péchés de paraitre devant vous, d mon Dieu, je reconnais » la juste vengeance de votre sainte colère, irritée contre moi » etcontre mon Etat ; et je me présente toutefois devant vous,

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1652, — VOŒU D'ANNE L'AUTRICHE, 239 » au souvenir des saintes paroles que vous dites autrefois à » un prophète, su sujet d'un Roi pécheur, mais pénitent : » J'aurai pitié de lui, et lui pardonnerai, à cause que je le » vois humilie en ma présence, En cette confiance, Ô mon » Dirt, j'ose vous faire vœu d'ériger un autel à votre gloire, » sous le titre de saint Michelet de tous les Anges: et, sous » leur intercession , y faire célébrer solennellement, tous les » premiers mardis des mois, le très-saint sacrifice de la Messe, » où je me trouverai, s'il plait à votre divine bonté de m'y » souffrir, quand les affaires importantes du royaume me le » pourront permettre, afin d'obtenir la paix de l'Eglise et de » l'Etat, »

M. Olier, pour imprimer dans le cœur de la Reine-mère une vive confiance à saint Michel, ajouta à la formule du vœu ses sentiments si dignes de la piété des Rois trèschrétiens.

« Glorieux saint Michel, Priace dela milice du Ciel, et » général des armées de Diru, je vous reconnais tout-puis- » sant par lui sur les royaumes et les États, Je me soumets » à vous avec toute ma cour, mon État et ma famille, afin de » vivre sous votre sainte protection, et ie me renouvelle, aue » tant qu'il est en moi, dans la piété de tous mes prédéces- » seurs, qui vous ont touiours regardé comme leur défen— » scur particulier. Donc, par l'amour que vous avez pour » cet État, assujétissez-le tout à Dieu ct à ceux qui le repré- » sentent, Grand saint , qui avez réprimé Ja superbe des im— » pies, les avez bannis du Ciclen y faisant régner une paix » très-profonde, produisez ces mêmes efots dans ce royaume. » Faites qu'il plaise à Dieu, après tous les troubles apaisés , » de voir régner en paix Jisus-Curisr, son cher Fils, dans l'Eglise : désirant de ma part contribuer à le faire régner , soit par tous les exemples de piété ct de religion que je pourrai donner en ma propre personne, soit par les autres voies sur lesquelles vous me ferez la grâce de m'éclairer. » Comme ce vœu demeura sans doute secret, nous ne con-

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