L'ÉTABLISSEMENT ET LA DIRECTION DES SÉMINAIRES
En ordonnant à ses disciples d'établir un séminaire , le père de Condren, comme on a vu, les avait assurès que Dieu ferait réussir cette œuvre ; et on ne tarda point à reconnaitre la vérité de ses promesses, quelque invraisemblables qu'elles cussent paru d'abord. Quoique jusqu'alors on eût regardé comme impossible l'établissement d'un séminaire diocésain, et que M. Olier eût tenté une entreprise plus impraticable encore, en établissant le sien pour le clergé en général ; on y vit accourir à l’envi des sujets de divers points du royaume, sans aucune invitation, sans avertissement qui fit connaître le dessas du fondateur : en sorte que dans le cour: des deux premières années, on en reçut des diocèses de Troyes, de Saint- Flour,de Montpellier, Verdun, Rouen, Nismes, Nevers, Toulouse, Orléans, Apt,Aix, Tours,Angers, Comminges,Clermont, le Mans , Nantes, et de plusieurs autres ; et qu'enfin , dès les premiers temps le séminaire se composa d'environ cent ecclésiastiques. Il est vrai que M. Olier accueillait avec joie tous ceux qui avaient des intentions pures, et procurait même à plusieurs, sans qu’il leur en coutât rien , outre l'instruction, la nourriture et le vêtement,
Mais une œuvre destinée à procurer un bien si universel à l'église de France, devait comme toutes les œuvres de Dieu, s'établir au milieu des persécutions. M. Olier ne l'ignorait
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1643.—16%4.—PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER, 253 pas. Dès son entrée dans la cure de Saint-Sulpice, et avant mème d'avoir transféré son séminaire de Vaugirard à Paris, il avait eu une vue surnaturelle des contradictions que cette œuvre éprouverait pour s'établir dans la capitale. Il avait connu qu'avant que trois ans se fussent écoulés, tout le monde se soulèverait pour la détruire dans sa naissance ; que lui-même et tous les siens seraient chassés honteusement du presbytère de Saint-Sulpice ; et que toutefois cette violente persécution , au lieu de mettre obstacle à l'établissement du séminaire, servirait, au contraire à l'affermir davantage et en assurerait la stabilité. Cet orage éclata dès le commencemient du ministère pastoral de M. Olier ; nous avons difléré jusqu'à présent d'en faire le récit, afin de mettre dans un plus grand jour l'heureuse issue qui le suivit, et de montrer avec combien de raison l'établissemeut du séminaire fut regardé généralement comme l'ouvrage de la sagesse et de la puissance divine. Pour le fonder d'une manière stable, il fallait que l'abbé de Saint-Germain l'érigeat en communauté et que le roi en confirmat ensuite l'érection par des lettres patentes ; mais ce prélat s'étant laissé prévenir contre le nouvel Ctablissement , toutes les démarches que M. Olier avait pu faire, depuis l'année 1643, étaient restées infructueuses. Lorsqu'il cutreprit d'arracher comme on l'a vu dans la seconde partie de cet ouvrage, tant de scandales que causaient l'hérésie, l'impiétéet le débordement des mœurs,ce saint pasteur n'avait épargné ni recommandations, ni sollicitations , ni instantes prières, auprès de ceux qui pouvaient l'aider de leur autorité; et plusieurs au commencement n'entrant pas dans ses vues, et même s'irritant de son zèle, lui suscitèrent souvent des difficultés tantôt cachées et tantôt ouvertes. Les libertins surtout et les sages du monde, furent d'abord si irrités contre lui, qu'ils faisaient retentir leurs plaintes en toute rencontre ; et il n’y avait pas jusqu'à ses proches, qui ne censurassent sa conduite, et n'improuvassent hautement ses desseins. « Je me vois dans les traverses de tout genre, dont
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Dieu veut se servir pour m'immoler à sa gloire, écrivait-il alors, les peines du dedans, les contradictions du dehors : loris pugneæ,intus timores.De plus, ayant laissé entrer dans mon esprit quelques pensées de l'avenir, me demandant ce que je deviendrais, si les desseins de mes adversaires réussissaient ; j'eus le bonheur de connaitre que ces préoccupations étaient contraires à la confiance que je devais avoir en Dieu. Je vis clairement qu'elles lui déplaisaient beau coup, et que l'âme qui lui est abandonnée doit ne regarder que le présent, et vivre daus une confiance entière en lui, comme un enfant qui repose dans le sein de son père. Toutefois , pour dissiper la crainte que j'avais de la ruine du séminaire, la bonté divine me disait : L'œuvre subsistera en moi, Je voyais qu'à l'exemple de mon maitre, je devais souffrir seul, sans être assisté ni soulagé de personne ; et il me faisait entendre qu'ilétablirait son œuvre sur ma confusion, me montrant par là qu'il fallait désirer d’être détruit et anéanti pour l'établissement de la gloire de Dieu, et que pourvu que son œuvre se fit, nous devions ûtre contents. » Durant mon action de grâces, je sentais des désirs extrèmes de donner mille vies pour le salut de tous, et comme Jésus-Cnrisr les accepta au jardin des Oliviers. Me trouvant par basard devant un tableau qui le représentait dans la circonstance de sa passion où l'ange lui offrit le calice, il me semblait que Notre-Seigneur me disait : Peux-tu boire aussi ce calice ? Et je lui disais alors de tout mon cœur : O mon tout, mille el millions de vies pour votre amour. Je comprenais cependant, que quoique par un juste jugement, Dreu voulût m'immcier comme une victime, ce châtiment n'irait pas jusqu'à la mort... Je voyais en esprit mon Dieu me châtier d'une main si douce et d'une verge si agréable , que je ne puis rien concevoir
» de plus aimable que cet état. Si j'eusse pu baiser alors mille » et mille fois cette main et ces verges si douces , je l’eusse
j'acceptais toutes ces peines pour la conversion des prêtres