S. FRANCOIS DE SALES BENIT M. OLIER
Evèque , accablé par le mal, n'en put proférer aucune ; il leva
cependant, quoique avec peine, son bras presque défaillant par suite d'une abondante saignée , et il la bénit. Madame Olier désira pour ses enfants la même faveur, et ne pouvant, sans doute à cause de ses sanglots , en exprimer la demande au saint Evèque lui-même, elle pria l'un des assistants, M. l'Evèque de Damas, de la demander pour eux. Saint François de Sales leva de nouveau le bras et les bénit, C'était le jour des saints Innocents. Quoique les historiens du saint Evèque de Genève ne nous aient point transmis les circonstances de cette entrevue, on est fondé à croire que , dans ce moment, le cœur si aimant de saint François de Sales répancit sur le jeune Olier les plus doux sentiments de sa tendresse, et que ce père mourant pria le Seigneur d'achever dans son fils adoptit l'ouvrage qu'il était contraint de laisser imparfait; car l'un de ses historiens remarque que lorsque le saint Evèque bénit les enfants de madame Olier, le mal ne lui avait point oté la présence d'esprit; et un autre ajoute que quoiqu'il ne püt les bénir qu'avec peine, il le fit néanmoins avec une façgon assez contente el paisible. « Je ne doute point, dit M. de » Bretonvilliers , que cette sainte bénédiction n'ait été la » source de plusieurs grâces que M. Olier a reçues depuis, et » ne lui ait obtenu de très-grandes faveurs de Notre-Sei- » gneur, » M. Olier en conserva toujours un précieux sou— venir, môlé d’une tendre et ferme confiance aux mérites de ce saint protcieur. Il ne cessa de l'invoquer, et, dans plusieurs circonstances , il éprouva l'effet de ses puissantes intercessions, comme on le verra dans la suite.
Déjà il avait atteint sa quatorzième année, et était parvenu à cette époque de la vie où l'amour de la dissipation et du plaisir entraînent la plupart des jeunes gens. Son naturel bouillant et son tempérament sanguin devaient l'exposer plus qu'un autre aux surprises de cet âge. Mais son bienheureux père veillait tellement sur tous ses pas , qu'il lui fut comme impossible de contracter jamais l’habitude du vice. Il rap-
42 1. PART. 1623. — PROTECTION DE DIEU SUR M. OLIER. porte lui-même que, dès qu’il s’était rendu coupable de quelque infidélité, un nuage épais obscurcissait aussitôt son esprit, jusqu'à le rendre incapable de la moindre application à ses devoirs d’études. « Je remarquerai ici, dit-il, que je » n'ai jamais rien pu apprendre que par grâce et dans le » temps que j'étais en grâce, selon qu’il me semblait. Etant au » collège, dès que j'avais commis un péché, j'avais l'enten- » dement tout bouché et tout aveuglé, et me trouvais comme » impuissant de rien apprendre et retenir , si bien qu'il me » fallait aussitôt aller à confesse. Je me souviens aussi que » voulant entreprendre quelque action publique, il fallait » par nécessité que long-temps auparavant je me tinsse dans » la grâce. Le plus grand étonnement que j'eusse en ces » temps-là, était de voir des gens dans le péché, qui néan- » moins étaient savants et apprenaient bien leurs leçons. J’ad- » mirais comment cela se pouvait faire, m'imaginant que tout le monde fût comme moi. »
Par ces châtiments sensibles, et si propres à faire impression sur l’esprit d’un écolier, Dieu voulait lui inspirer un grand amour pour la vertu, qui fait le plus bel ornement de la jeunesse ; et, dans une circonstance périlleuse, il daigna récompenser d'une manière comme miraculeuse ses généreux efforts. « À l’âge de quinze ans, un jour que je me baignais, » je traversai , dit-il, un bras de la rivière à la nage; ce qui » me mit hors d’haleine, Au moment d’ahorder sur le rivage, » j'y aperçus quelques personnes qui me voyaient , et n'osant » paraitre devant elles dans un état qui eût blessé la pudeur, » je voulus repasser à l’autre bord sans prendre haleine ; » mais n'étant encore qu'au milieu, et déjà n’en pouvant plus, € je commençais à enfoncer, lorsque miraculeusement je ren- » contrai un pieu caché dans l’eau et enfoncé dans le sable ; » je m'y appuyai d'un pied,en attendant qu’on me vint secou- » rir, ou queje prisse haleine, ce qui me tira du danger. Je » remercie la divine bonté de m'avoir donné souvent la vie, et » jela prie qu’elle me la conserve pour son service seulement. »
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4623—4627. — ÉTUDES DE M. OLIER. 43 Vers ce temps , 1 léprouva de vifs désirs d’embrasser la vie religieuse. Son attrait le portait à entrer dans l'ordre des Chartreux, et souvent il visitait la Chartreuse de Lyon, en grande réputation de ferveur. « J'avais eu ce dessein et » éprouvé ce mouvement, dit-il, dès l'âge de quinze ans , Ce » qui m'avait fait souvent solliciter ces bons Pères de me re- » cevoir parmi eux , grâce que je ne pus toutefois obtenir , » étant bien vrai que je ne la sollicitais pas si ardemment » comme je l'eusse pu, mes péchés, mes études et mes voya- .» ges interrompant successivement ce dessein. Tous ces obs- « tacles cependant ne m'empéchaient pas d'aller toujours » visiter ces saints déserts dans toutes les provinces où j'en » rencontrais. »
Peu après, M. Olier père fut promu de la charge d'Intendant de Lyon, qu'il exerçait depuis huit ans, à celle de Con-
% seiller d'Etat. Il ramena alors ses enfants à Paris; et ce fut dans
l'Université de cette grande ville, que celui dont nous écri- ‘vons la vie acheva ses études. Il eut pour professeur de philo- «sophie un des plus habiles maitres qui fussent alors, Pierre *Padet, professeur au collége d'Harcourt, sous lequel avait ‘étudié Alain de Solminihac, depuis abbé de Chancellade. Les succès de M. Olier répondirent aux espérances qu’il avait données jusqu'alors ; et à la fin de son cours, il soutint avec “des applaudissements universels un acte public, en latin et “en grec, sur toute la philosophie. Son professeur rendit même ce témoignage à la capacité de son élève, que dans ses “thèses comme dans ses réponses aux difficultés, il avait réussi aussi bien qu’il était possible de le faire.
Après être sorti du collége d'Harcourt, il commença à fr(— “quenter les écoles de Sorbonne, où il eut encore les mêmes
“succès, Il se proposait de parcourir la carrière de la licence,
et pour s'y disposer , il suivit pendant plusieurs années de
: vleçons, les plus habiles docteurs. « La bonté divine, écrivait- > il dans la suite, m'a donné pour maitres des personnages des plus capables qu'il y eût dans l'Université; feu mon père
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