‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 81 sur 235 · ES US ST YU OS · texte numérisé non relu

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416 1.PART.1641.— DERNIÈRE MALADIE DU PÈRE DE CONDMEN. » je trouvai qu'il était malade d'une inflammation de poi- » trine;'et comme les médecins avaient défendu qu'on le

» fit parler, il ne me fut pas possible de pénétrer jusqu'à

» lui.

» Pendant sa maladie, qui ne dura que huit jours, je ra- » contai à mes amis ce qu'il m'avait dit, et où il avait ter-

» miné son ‘atretien, Ils furent bien aises de cette déclara-

» tion que je leur faisais de sa part; seulement M, Amelote

» témoigna quelque surprise de ce que le père de Condren

» ne lui en avait jamais parlé, Comme la maladie devenait

» périlleuse, et que je craignais qu'il ne mourût sans ache-

» ver de m'instruire, je m'avisai, le soir des Rois, d'envoyer » au père Bouchart, qui était toujours auprès de lui, un » billet par lequel je le priai de conjurer le pére de Condren, » si Dieu l’appelait à lui, de laisser son esprit et sa lumière » à quelqu'un, sur le sujet dont il avait commencé de m'en- » tretenir. »

M. du Ferrier envoya ce billet la veille même de la mort

4 du père de Condren, et nous verrons bientôt l'effet dont il | fut suivi. Avant de mourir, ce grand homme parut affligé

pi des maux que l'hérésie du Jansénisme devait causer à l'É-

il glise : « Ce qui me fait gémir , dit-il à ses pères réunis, c'est

j1 1! » le schisme que je prévois, et qui paraîtra dans deux ans, »

il | prédiction que l'événement justifia à la lettre; et comme s’il

| ML eût voulu éloigner ce fléau de sa congrégation, il la bénit

{} en faisant à Jésus-Curisr cette prière : « Venez, Seigneur at » Jésus, et vivez dans vos serviteurs dans la plénitude de

» votre force, et dominez sur la puissance ennemie, vous qui » vivez et régnez dans les siècles des siècles. » Sa vie avait été une image très-parfaite de celle du Fils de Dieu ; sa mort eut encore avec la sienne des caractères de ressemblance. Il parut participer à l’agonie du Sauveur par la tristesse mortelle, et presque incroyable, dans laquelle son âme fut alors plongée, et par un sentiment si vif de la pureté de Duu,

qu'il craignait de ne pouvoir le soutenir davantage. Dans cet

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1641. — MORT DU PÈRE DE CONDREN, 117 état, se regardant comme le plus grand pécheur de la terre, et croyant que tout univers eût dû s'armer contre lui, pour venger honneur de Dieu, il aurait désiré qu'après sa mort, on allachät son cadavre aux fourches patibulaire:, ou qu'on léteudit sur la roue, afin qu'il servit au moins alors à inspi. rer de la terreur aux méchants, [se sentit aussi comme brün d'un feu inconnu, qui le fit souffrir cruellement , et qui lui semblait être le feu de la justice divine; et néanmoins il don= nait de la joie à tous ceux qui l'approchaient ; il parlait et traitait de toutes choses avec une liberté non pareille, On croyait voir en lui, comme en la personne du Rédempteur, uue de bienheureuse dans un corps souffrant, et, avec cette liberté, cette joie, cette paix, élevant les yeux au ciel, et prononçant d'une voix nette, avec un courage extraordinaire, ces paroles : Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains, ilrendit Fesprit.

Sa mort ressembla encore à celle du Sauveur par la gloire qui la suivit, « Le séjour du père de Condren sur la terre, » dit M. Olier, a été inconnu comme celui de Notre-Seigneur. » Pendant sa vie, il n’a jamais passé pour rien; souvent » M. Vincent en a parlé en des termes incroyables, et, tou- » tefois, on ne l’a pas ouf. Mais, à sa mort, il est devenu » tout-à-coup célèbre, Son nom était dans toutes les bouches ; » et l'on disait de lui, comme de Notre-Seigneur après qu’il » eut expiré : Vraiment cet homme était un homme de Dieu; » jusque-là que M. Vincent, se jetant à genoux et se frap— » pant la poitrine, s’accusait, les larmes aux yeux, de ne » l'avoir pas autant honoré qu'il méritait de l'être. » Louis XIIT, sans égard aux dernières intentions du défunt, ordonna qu’on lui rendit les honneurs dùs à ses vertus éminentes ; et la Reine, pénétrée des mêmes sentiments, chargea M. de Virazel, évêque de Saint-Brieuc, de prononcer son oraison funèbre. À ses obsèques, le concours fut prodigieux, et on témoigna pour lui la vénération la plus ex'raordinaire. « Qui ne sait que dans le moment de son trépas, dit

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418 1. Part. 4641. — MORT DU PÈRE DE CONDREN.

» M. de Virazel, tout le monde accourut ? Que de respects, » que d'estime, que d’acclamations, que d’honneurs, que » d’admiration, que de iouanges ! Il fallait que sa gloire fat » très-grande, comme ses grâces ont été extraordinaires. » Enfin, lorsqu'ii était exposé dans l'église de l’Oratoire, l'éclat dont brilla tout-à-coup son visage, plus vermeii qu’il ne avait jamais été, excita l'admiration universelle, au point ou’on douta s'il ‘ait mort; et que le père Bernard , dit le pauvre prèlre, avec quelques autres, ayant levé ses paupières et vu son œil plein de vie, s’écrièrent qu’il était encore vivant.

Parmi la foule des spectateurs se trouvaient M. Olier cet ses anis ; ils assistèrent aussi à l'inhumation , retardée jusqu’à l'entrée de la nuit à cause de l'affluence du peuple. En considérant ce saint corps , M. Olier, malgré l’accablement où le mettaient ses peines, se sentit extraordinairement touché. « Notre bienheureux père, dit-il, nous donnait part, le plus » qui pouvait, à ses dévotions ; et nous étions deux ou trois » qu’il espérait laisser les héritiers de son esprit. Je ressentis » les effets de cette bonne espérance après sa mort; car, pen- » dant le temps que son corps fut exposé, plus je le considé- » rais ét plus aussi il me tenait pénétré de son esprit d’anéan- » tissement : tellenent que je ne pouvais avoir d'autre » occupation intérieure , étant entièrement rempli de celle-là, » C'était ce grand anéantissement et ce vide total de lui-même » qui excellait en lui , et le rendait si capable d’être possédé » de Dieu, et si rempli de Jésus-Curisr : en sorte que c'était » plutôt Jésus-Curisr vivant dans le père de Condren , que » le père de Condren vivant en lui-même. Maintenant encore, » le souvenir de ce saint homme, la vue de cet intérieur ad- » mirable, de cette vertu si pure et si éminente , me confond » au point que je ne puis l’exprimer. Rien ne me fournit une » idée plus sainte, plus élevée de Notre-Seigneur , le pontile » saint par excellence , innocent , sans tache , séparé de toutes » les créatures, régnant dans les cieux; en un mot, rien n€

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1641. — MORT DU PÈRE DE CONDREN. 119 » me fait autant comprendre sa sainteté incomparable , que la » pensée du père de Condren. »

Cette haute opinion n'était pas particulière à ses disciples : l'évêque de Saint-Brieuc , dans loraison funèbre qu'il prononça , ne Craiguit point de le montrer à ses auditeurs comme triomphant déjà dans la gloire. « Le ciel l'ayant reçu, dit-il, » il faut que la terre le loue. Ne dois-je pas dire : Mortuus » est ad osculum Domiini? Le Fils de Dieu ne lui a pas dit » comme à Moïse : Ascende, el morcre ; mais, Morere, et as-— » cende. Si vous me demandez en quel état il est dans le ciel, » je vous répondrai : Sa gloire n'est pas concevable, et je dirai » avec l’Apôtre : Nec oculus vidit, nec auris œudivit, nec in » cor hominis ascendit que præparavit Deus diligentibus se. » Sa gloire le fait être parfaitement à Dieu ; et sa charité, qui » cest très-accomplie, l'oblige, heureusenent pour nous, d'être » toujours dans les pensées, les soins , les désirs du salut, du » bonheur, du progrès, de tous ceux qu'il servait sur la terre.»

Les disciples du père de Condren reçurent les premiers des témoignages de sa gloire, et tout à la fois des marques de cette parfaite charité, Nous avons vu que M. du Ferrier lui avait fait demander que, si Dieu t'appelait à lui, il éclairàt quelqu'un d'eux sur le sujet dont il avait commencé à lui parler touchant les séminaires. « Hi le fit en effet, dit M. du Ferrier » lui-même ; car le lendemain de son enterrement, où nous as- » sistèmes, M. Meyster (qui était venu à Paris, sur la nouvelle » de sa mort) , me fit le récit d'une vision qu'il avait eue cette » nuit, Le père de Condren , revêtu de ses habits sacerdotaux » et environné de gloire, lui apparut, et le délivra d’une » peine d'esprit qu'il m'avait déjà communiquée , ainsi que

| » de la pensée qu'il avait de se séparer de nos Messieurs. Il lui L »dit de n’y point songer, et de se donner patience, parce

» que , dans peu de temps , Dieu ferait lui-même cette sépa—

à » ration ; voulant qu'ils cessassent les missions , pour s’appli= à » quer à former des ecclésiastiques dans un séminaire ; que à » cette maison produirait un grand bien pour l'Eglise, et

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