XX PRÉFACE
sans prévention les écrits de M. Olier, seront d’abord convaincus de son entière sincérité; et, quant à ce qui regarde la réalité de ces grâces, il leur sera diflicile de se persuader que de pures imaginations missent les âmes dans un état aussi saint et aussi divin que celui où nous le verrons élevé, et surtout que des illusions eussent eu un accomplissement si précis, et des résultats si exactement vérifiés par l'événement : comme il est arrivé de plusieurs visions de M. Olier, que nous rapporterons dans la suite, et qui sont essentiellement liées à sa vocation.
En publiant cet ouvrage, nous ne pouvons nous dispenser de parler des Vies du serviteur de Dieu qui ont déjà paru, et d'indiquer au lecteur les sources où nous avons puisé nous-même.
. Malgré l'éclat que la vertu du fondateur de St.-Sul-
pice avait jeté dans son siècle, Le souvenir de ses actions s’affaiblit insensiblement, sans doute par le peu de soin que l’on eut de les faire connaitre; car ce ne fut guère que trente ans après sa mort que parut la première notice sur sa vie; encore ne forme-t-elle qu'un volume in-18, d’environ 150 pages. « Il y a longtemps, lit-on dans » l’Avis au lecteur, que le public soupire après » la Vie de M. Olier : l’assiduité de ses enfants à » travailler plutôt qu’à écrire, nous a caché jus- » qu'à ce jour ce précieux trésor; nous le de- » vons au R. P. Giry, provincial des Minimes, » qui l’a mis à la fin de la Vie des Saints. » L’éditeur ne produisit cet abrégé, que comme un échantillon de la pièce entière, qu'il faisait espérer de voir bientôt paraitre. Ce fut néanmoins,
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PRÉFACE. XXi
pendant près de 140 ans, la notice la plus complète qu’on eût sur M. Olier. Une autre Vie beaucoup plus considérable à été composée peu de temps avant la Révolution, par M. Nagot +, mort supérieur du séminaire de Baltimore, en Amérique. Cet ouvrage publié il y a quelques années en un volume in-8° est entièrement épuisé aujourd’hui. Les fruits d’édification qu’il a produits dans plusieurs ecclésiastiques, nous déterminent à publier une nouvelle Vie de M. Olier qui renferme beaucoup plus de faits que la précédente, et qui, par là, fera connaitre davantage les œuvres et les vertus de ce saint prêtre, l’origine et les progrès de sa compagnie, et la part qu'il a eue, dans son siècle, à la réformation du clergé.
Les matériaux qui nous ont servi à la rédiger, sont principalement les manuscrits mêmes du serviteur de Dieu, à qui le Père Bataille, l’un de ses directeurs, ordonna en 1642 de mettre par
+ M. Nagot cependant assure dans sa Préface (1), qu'un religieux de l’ordre de Saint-Dominique publia en 1657 une petite Vie de M. Olier de 50 pages in-4°. Il parle de celle que composa le Père de Saint-Vincent, et qui parut pour la première fois, non en 1657, mais en 1709, à Amiens, dans la première partie du mois de septembre de l'Année Dominicaine. On en a détaché quelques exemplaires; et comme on y lit à la marge la date 1657, qui est l’année où M. Olier mourut, M. Nagot a cru. par mégarde, que la notice avait été publiée cette année même. La Vie écrite par ce dernier est tirée presque dans son entier de celle que M. de Bretonvilliers avait composée; on y retrouve aussi quelques fragments du Mémoire de M. Baudrand, et de la notice sur M. Olier par Grandet. Comme nous nous sommes attachés dans celle-ci aux pièces originales, nous n'avons cité que rarement M. Nagot. Nous n'avons pourtant pas fait difficulté d'emprunter à ce pieux et estimable écrivain, quelques narrations qui nous ont paru reproduire heureusement les sources.
Matériaux de cette nouvelle Vie.
(1) P. vi.
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(1) Mém. aut.
de M. Olier,t.n, p. 323.
(2) Vie Ms. de Grandet. t. 1, p.
Xxi) PRÉFACF.
écrit toutes les grâces qu’il avait reçues jusqu’alors. M. Olier obéit avec la docilité d’un enfant, et raconta en détail, dans ses écrits, avec une grande simplicité, tout le bien que Dieu avait daigné opérer en lui ou par son ministère. C’est ce qui explique pourquoi il parle si souvent de lui-même, et quelquefois dans des termes qu’on pourrait trouver peu conformes à l'humilité chrétienne, si l’on ne savait qu’il n’écrivait que pour son directeur, et si l’on ne trouvait d’ailleurs à côté de ces récits, les expressions les plus fortes et les plus naïves du profond mépris qu’il avait pour lui-même. « Mon courage, disait-il, est par- » fois tout abattu, voyant les impertinences que » j'écris. Elles me semblent être de grandes pertes de temps pour moi et pour mon cher direc- » teur, que j'ai crainte d’amuser. Je plains les » heures qu’il doit employer à les lire; et il me » semble qu'il devrait me faire cesser d'écrire » ces niaiseries et ces impertinences, tout-à-fait » insupportables (1). »
A mesure que M. Olier avait écrit un cahier, il le mettait entre les mains du Père Bataille, et celui-ci, après la mort de son pénitent, les remit tous aux directeurs du séminaire de Saint-Sulpice (2). C’est la source principale où nous avons puisé, Nous avons mis aussi à contribution beaucoup de lettres et décrits spirituels du serviteur de Dieu, la plupart inédits jusqu'ici; comme aussi un grand nombre d’autres manuscrits appartenant aux bibliothèques publiques, ou à diverses archives de Paris et de plusieurs autres villes; enfin beaucoup d'ouvrages imprimés, mais
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