‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 112 sur 332 · MORT DE LA MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

MORT DE LA MÈRE AGNÈS

» à l'imitation de la pratique de cette bonne Sainte » en pareille rencontre ; je m'adressai même à elle » dans le Très-Saint-Sacrement, puisque les Saints » y sont présents, et que partout où JÉSUS-CHRIST »est, partout aussi les Saints le suivent. Étant » donc beaucoup affligé de sa mort, et m'adressant » à cette sainte âme, qui avait grande compassion » de la moindre de mes peines....., aussitôt je fus » remis de ma douleur, mes larmes furent essuyées, » et même, contre mon gré, je me sentis dans » l'impuissance de pleurer et de m'affliger davan- » tage : car, en ce temps, j'étais encore dans cette » niaiserie , de croire qu'il fallait s’affliger après de » telles pertes, qu'il fallait même donner ce témoi- » gnage à l'amitié d'une si sainte personne; ce qui » est une des manies du monde, comme si les » Saints ne gagnaient pas au départ de cette vie(1). »

M. Olier, ainsi consolé, songea à consoler à son tour les Religieuses de Langeac, que cette perte avait jetées dans la consternation , et dont la douleur semblait n'avoir pas de bornes. Il commença sa lettre par cette salutation :

« Mes révérendes Mères, JÉsus-Curisr délaissé de son Père, la Mère délaissée de son Fils, soient » votre consolation et votre appui.

« Quoiqu'il n'y ait rien de plus commun dans le » monde que les pertes, la vôtre ne peut être com- » mune : je le connais assez parce que j'en éprouve, » moi qui ne saurais prétendre si légitimement que » vous à la possession de votre bienheureuse Mère. * Vous avez eu sujet de gémir quelque temps, et » vous pouvez encore soupirer à l'ouverture de ma » lettre, en voyant la plaie que cette mort a faite à » mon cœur. Mais, toutefois, mes révérendes * Mères, ce qui doit nous consoler tous également, * c'est qu'étant obligés d'oublier nos intérêts pour » procurer ceux de Dieu, nous sommes assurés » qu'il gagne dans nos pertes; et qu'aujourd'hui il » possède pleinement cette âme, que l'usage de sa

(1) Mém. aut.

de M. Olier, t. 1, p.85, 86. —T.

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» liberté retenait auparavant incertaine, et dont il » n'avait encore que l'attente. Mes révérendes Méres, » que saurions-nous perdre dans un événement qui » enrichit même la majesté de Dieu? Vous avez » perdu une fille, et vous avez une Sainte; elle » était dans vos bras, et elle est dans le sein de » Dreu.

« Mais, outre cela, ne devons-nous pas nous réjouir du bonheur de votre Mère? Vous aimiez » mieux sa vie que la vôtre, comme vous me le » mandez; vous ne devez pas moins aimer sa gloire: » et si vous vous affligiez au-delà des premitres » surprises, ce serait haïr et pleurer son bonheur, » et lui faire croire, si elle en ctait capable, que » vous seriez jalouses de son repos et ennemies de » sa félicité. Ce sont là les ouvrages bien impar- » faits de nos faibles sentiments. Mes révérendes » Mères, il ne faut donc pas pleurer sur son corps, » puisqu'il attend la gloire; moins encore sur son » àme, puisqu'elle la possède. Ce serait remplir de » larmes le paradis, où ces effets de nos faiblesses » et de l’imperfection de notre foi ne doivent pas » avoir d'accès. Je vous dirai qu'il faudrait prendre » garde en cette rencontre à un malheur assez com- » mun qui suit la mort des grandes âmes , savoir, » le déclin et le déchet de leurs maisons. Ce n'est » pas que notre Dieu n'ait autant de motifs de » nous favoriser qu'auparavant, mais la méfiance » pour lui éloigne ses approches et ses caresses. » Les pertes des créatures nous unissent toujours » à Dieu, de même que leur jouissance par trop » intéressée , et leur attache trop empressée, nous » en sépare et nous en éloigne. Et, comme vous le » savez, les recherches que nous faisons de l'amour » divin et de la grâce dans les créatures , sont vi- » cieuses et blâmables, dès qu'elles s'éloignent de » la volonté de Dieu. Notre Dieu se réserve tou- » jours cet empire et cet hommage pour soi; et » veut aussi par là nous montrer que quelque

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