L'ABBÉ DE SAINT-CYRAN
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pas inutile de faire remarquer, à cette occasion, le premier motif de l'éloignement de M. Olier et des siens pour ce patriarche de la nouvelle secte. Ce fut son orgueil révoltant qui les éloigna peu à peu de sa personne; car il osaïit bien, lorsqu'ils le visitaient séparément, témoigner un grand mépris pour le concile de Trente *, soutenir qu'il n’y avait plus d'Eglise, et que, depuis six siècles, personne que lui n'avait entendu le dogme de la grâce. M. de Bassancourt, M. de Foix, M. Brandon, et tous les autres ayant rompu tout commerce avec cet abbé, il s’efforça alors de séduire M. Bourdoise, et usa tour-à-tour de mille flatteries pour le gagner. Il paraît que celui-ci, peu familiarise avec les matières de théologie, ne se tint pas assez en garde contre l’austérité hypocrite du sectaire : il écouta trop volontiers ses discours captieux, dit l’ancien auteur de sa Vie, et en eut mème l'esprit un peu embarrassé (1). Pour l'éblouir, Saint-Cyran feignait sans doute de vouloir concerter avec lui les moyens d'arracher les scandales de l'Eglise, et de ramener dans le clergé la sévérité et la discipline des premiers temps. Mais à la fin M. Bourdoise reconnut le piège, et cessa de fréquenter cet abbé. Alors on usa d'un autre artifice. Les prétendus disciples de saint Augustin résolurent d'introduire. dans la communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, un des disciples cachés du patriarche de la secte, pour qu'il y répandit secrètement le poison de l'erreur. M. Bourdoiïise n'aperçut pas d'abord ce nouveau stratagème ; mais M. Olier et ses amis l'ayant bientôt découvert, dans leurs visites à Saint-Nicolas, crurent devoir lui déclarer qu'ils seraient contraints de rompre tout commerce avec lui, s'il recvait ce sujet; et M. Amelote, comme supérieur de la petite société, lui en écrivit en ces termes, le 4 octobre 1640, de Saint-Maur-les-Fossès : « Si » vous gardez M. N.... à Saint-Nicolas, vous refroi- » direz nos Messieurs ; et vous gâterez plus, en un
*NOTE 25, p.
Bourdoise, Ms.
in-4°, p. 671.
» jour, que vous n'aurez pu faire en beaucoup de
» temps. Vous savez avec quel soin il faut entretenir
» ces commencements.... Mais vous pouvez vous as-
» surer que nous sommes munis contre toutes
» sortes d'attaques, et résolus d'aimer la religion
» et l'Eglise. Vous savez comme je parle franche-
» ment... Continuez-nous votre charité; nous pro-
(1) Vie de M. » fiterons de tout (1) » Cette lettre produisit sans
TNT LD) doute son effet (2); car M. Bourdoise continua de
(2) Vie du mé- les instruire, et de les exercer comme auparavant
me, par le Père aux fonctions de leur état. Il paraît qu'elle n'em-
Au Pa pècha pas néanmoins ce faux frère de séjourner
sus, Ms. in-folio, quelque temps à Saint-Nicolas; et ce fut lui proba-
pu PANAENE blement qui pervertit un ecclésiastique de mtrite
hd 16 et de talents, attache depuis huit ans à cette mai-
son, dont il semblait devoir être un jour et l'orne-
ment et la gloire: nous parlons de Claude Lancelot,
qui se fit un nom dans les lettres, ct illustra même
Port-Royal. Le perfide émissaire lui fit envisager,
comme une grâce singulière, l'honneur d'être ad-
(3' Histoire de mis au nombre des disciples de Saint-Cyran (3); et
pan il y réussit si bien, que Lancelot ne revint jamais
soigne, 1. 1v,p. de son fol enthousiasme. Après avoir tiré Lancelot
Lu de Saint-Nicolas, cet abbé enleva Antoine Singlin
à saint Vincent de Paul, et s'attira encore Tous-
tiens saint des Mares, qui commençait à se faire, dans
Port-Royal, par la chaire, une brillante réputation (4). Nous aurons
Petitot. — Re- occasion de parler de ces deux derniers dans la
cueil de mémoi- +
res, elc.t. XXXII. suite.