‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 219 sur 332 · DÉCLARATION DU P. DE CONDREN · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU P. DE CONDREN

» Père de Condren; et comme il venait de dire la » sainte Messe, je lui proposai ce que j'avais à lui » demander pour mon instruction. Dans les ré- » ponses qu'il me fit, il redit encore qu'il fallait » faire quelque chose de mieux que ce que nous » avions fait jusqu'alors. Mais, lui dis-je, mon Ptre, » que peut-on faire de meilleur que les missions, » où l'on voit tant de pécheurs se convertir? — Je » vais vous le dire, me répondit-il, — Aussitôt je » me ravisai, lui demandant pardon de ma curio- » sité indiscrète, et le priai dene pas me faire con- » naître ce que c'était. — Non, me dit-il, ne vous »troublez pas : ce n'est pas curiosité ; c'est un effet » de la Providence de Dieu, qui veut que je vous dé- »clare, enfin, ce qu'il demande de vous; le »temps est venu. Mais puisqu'il est tard, remetstons à demain matin: je vous attendrai à huit heures. Je le quittai et me retirai.

» Le lendemain, après avoir dit la sainte Messe, »je merendis, à huit heures du matin, à la chambre » du Père de Condren, où je trouvai M. de Renty, » qui se retira, lorsqu'il lui entendit dire, que j'étais » fidèle à l'heure du rendez-vous. Etant doncseuls, vilcommença à me parler : et après m'avoir montré que le fruit des missions, quoique excellent, se » perd, s'il n'est pas conservé par de bons ecclésiastiques, parce qu'il n'est que passager, il conclut » qu'il fallait nécessairement travailler à en former » dans l'Eglise, sans compter sur ceux qui sont déjà »avancés en âge, et promus aux Ordres sans prépavration, parce qu'il n'arrivait presque jamais qu'un "mauvais prêtre se convertit. C'est donc, ajoutat-il, une raison qui doit nous convaincre de la né- »cessité d'élever les jeunes gens dans l'esprit cléri- ‘cal: ce qui ne peut se faire que dans des séminaires, comme le Concile de Trente nous l'a sainte- »ment montré. Sur cela, je lui exposai des difficul- »tés qu'on croyait alors insurmontables, et lui rap-

» pelai la persuasion où chacun était qu'inutilement

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» on travaillerait à établir des séminaires, après » qu'on avait vu depuis plus de soixante ans que » ceux de Toulouse, de Bordeaux, de Rouen, » n'avaient pu réussir, nonobstant les soins des car- » dinaux de Joyeuse et de Sourdis. Il me fit voir » qu'on se trompait; qu'il n'y avait rien de plus » aisé que d'en établir utilement, pourvu qu'on n'y » reçût que des jeunes gens avancés en âge, et dont »le jugement, déjà formé, pût faire juger, après »les avoir éprouvés quelque temps, s'ils étaient » appelés au service de l'autel. Il s'étendit beaucoup » là-dessus, me donnant courage pour attendre le » secours que Dieu donnerait indubitablement à » cette œuvre. Il ajouta même qu'il ne fallait point » perdre de temps pour commencer, parce que » l'esprit malin ne manquerait pas de faire naître » des divisions et des troubles, pour empêcher de » former de bons ecclésiastiques. Nous étions alors » dans une grande tranquillité, et on ne parlait point » encore de ces opinions, qui ont jeté depuis la di- » vision, avec un dommage extrème, dans l'Eglise. » Il m'avertit enfin, de ne prendre aucun parti que » celui du Pape, et d'éviter les combats de paroles » et les contentions, selon la recommandation de » saint Paul.

» Dix heures sonnèrent, et Frère Martin, quiétait » son assistant, vint l’avertir de dire la sainte Messe ; » il lui dit d'attendre encore. Le Frère revint à » onze heures et le pressa un peu: alors je fus sur- » pris d'entendre le Père de Condren, cet homme » si sage et si circonspect, lui faire cette réponse : » Mon Frère, si vous saviez ce que je fais, vous ne me » presseriez pas ; car ce que je fais vaut mieux, que ce » que ce que vous voulez que je fasse. Enfin, après » avoir continué à me parler jusqu'à midi, il me dit »alors: Frère Martin se fâcherait, remettons la » suite pour demain matin. Il alla donc dire lasainte » Messe; je me retirai et ne l'ai jamais plus revu. Car, » y étant retourné le lendemain, je trou vai qu'il était

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