‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 227 sur 332 · ÉPREUVES. SOUSTRACTION DES DONS SURNATURELS · texte numérisé non relu

ÉPREUVES. SOUSTRACTION DES DONS SURNATURELS

NOTE 1, p. 275. — M. Olier expose ainsi les effets étonnants que laisse dans une âme la soustraction des dons surnaturels, lorsque Dieu veut, par ce moyen, la purifier. » Cette soustraction, dit-il, se fait à l'égard de la grâce » sensible ; car la bonté divine ne laisse pas de nous secou- » rir alors de grâces insensibles, bien plus efficaces. Le dé- » faut de ces grâces sensibles cause d'étranges effets, ct » souvent des humiliations prodigieuses dans une âme. Sous » l'influence de ces secours, la volonté et le cœur sont por- » tés à Dieu avec délices, et l'on en remarque quelque chose » au dehors, jusque dans le port et le maintien du corps, » jusqu'aux œuvres extérieures qui s'opèrent alors avec une » douceur, une modestie et une égalité non parcilles. Dieu » retirant ces dons sensibles, il laisse l'âme dans sa nudité; » et comme de ces dons naissaient auparavant de grandes » lumières, il ne reste plus alors dans l'âme que trouble et » confusion (1). »

« Touché de compassion pour moi, Dieu me fit donc la » miséricorde de m'ôter ces biens, pour me faire connaître » ce nue j'étais, et me désabuser ainsi doucement de mon »ETreur sen à «ne miséricorde non pareille, que de » nous laisser ainsi à nous-mêmes; sans cela, nous irions » nous estimant , nous appropriant ce qui est à Dieu seul, » et nous tomberions enfin dans un aveuglement semblable » à celui de Lucifer. Par-là, Dieu montre visiblement à » une âme le fond de son abjection, et achève de lui dé- » couvrir sa misère (2); car cette grâce sensible, qui tenait »en bride l'homme corrompu. venant à se retirer, tout » change aussitôt dans l'intérieur ct l'extérieur. L'Esprit » Saint lui laisse alors éprouver quel cst son déréglement » naturel, et la corruption de ses désirs. Alors il semble »que la bride soit Jâchée aux passions. On ne sent que » colère dans les moindres rencontres, envie, aversion, sen- » timents d'amour-propre, jusque-là que la superbe rejaillit » sur l'extérieur dans la contenance du corps, qui est fière »ct arrogante. Souvent néanmoins l'âme n'y contribue par » aucune pensée, ni aucun sentiment volontaire; c'est l'effet

(1) Mém. aut de M. Olier, t.1, p. 299, 300. — Vie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, t. iv, p.t481.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, 1b.

(1) Mém. aut.

de M. Olier, t. 1, p. 305, 306.

(2 Ibid. t. 1, p. 307, 308.

(8) Ibid. t. 1,

» propre d'un dégorgement de superbe, qui se fait sentir » partout en l'absence de son gouverneur, dont la présence » la réprime ct l'oblige à se cacher (1). Ainsi, quand Je Saint- » Esprit, qui avait élevé l'âme à Dieu pour un temps, vient » à se retirer, l'âme, n'étant plus soutenue par ce principe » si fort et si puissant, retombe en elle-même, et semble par » cette chute tomber dans un abîme d'obscurités, de ténè- » bres, de corruption, de confusion; dans un abîme de pas- » sions, qui, comme des bêtes farouches, se rongent et se » dévorent elles-mêmes. Enfin, il semble à l'âme qu'elle > tombe du ciel dans les enfers, tant notre fonds est épou- » vantable à nos propres yeux; combien plus aux yeux de » Dreu, la pureté et sainteté même (2! Dreu laisse ainsi au » milieu de nous cette fournaise ardente, cette concupis- » cence, qui, non moins que les cendres de Sodôme et de » Gomorrhe, nous avertit des jugements de Dreu, pronon- » cés contre Adam et sa postérité ; c'est une bouche d'enfer » que nous portons dans nos entrailles, qui vomit toujours » mille vapeurs insupportables à Dieu, et qui attirent sur » notre chair de péché le châtiment de sa main vengeresse, » Je ne parle pas ici des péchés que nous avons commis » par notre propre malice, mais seulement de l'humiliation » commune à tout le monde. Je ne m'étonne plus si les » Saints entraient quelquefois en de saintes fureurs contre » eux-mêmes; si, armés d'instruments de pénitence, ils » mettaient leur chair en lambeaux, et faisaient ruisseler » leur sang, infligeant ainsi à leur chair un juste martyre. » C'est pour cela que le Fils de Dieu, afin de montrer aux » hommes ce qu'ils devaient souffrir dans leur chair crimi- » nelle, voulut qu'on le flagellât, que son sang coulât de » toutes parts, et que.ses os fussent disloqués. De là vient » que ce secours sensible se retirant, et cette soustraction » mettant à nu notre malice, nous sommes bien aises d’être » en butte aux injures, aux outrages , aux traitements les » plus injustes et les plus rigoureux (3).

» Voilà ce qu'opèrent ces soustractions de grâces : d'abord » la connaissance visible et manifeste que nous ne sommes » que péché par nous-mêmes; et ensuite l'humilité, qui fait » que nous nous plaisons à être traités de la part de Dieu » et de la part des hommes, selon que notre péché le mé- » rite. Du ne fait ces soustractions de grâces sensibles » que pour mettre à la place d'autres grâces plus excel- » lentes, comme un jardinier qui n’arrache un arbre de son » jardin que pour en planter un meilleur. Mais comme il » ne veut pas toujours produire les mêmes opérations dans » tous les hommes , il ne les prépare pas tous de la même » manière; n'ayant pas résolu de prendre une possession si » singulière de tous, il ne les détache pas aussi universelle-

» je » bam » dou » mal

» Cond » m'ap) » peut » tâch »ct,e » m'en

> fait sentir » ment et ne les déracine pas si à fond lesunsque les autres. Il | la présence » ne fait sentir ces soustractions et ces délaissements qu'en ad le Saint- » proportion des dons qu'il veut répandre; et parce que la

2mps, vient » superbe est plus fréquente dans les dons de la grâce que

ce principe » dans ceux de la nature, et que la première lui est plus

semble par » odieuse, ce bon Maître, soigneux de notre salut, opère plus |1) Hém. aut, ;s, de ténè- » souvent ces soustractions dans les dons de la grâce que de M. Olier, t. 1, îme de pas- » dans les autres (1). » p. 304.

)ngent et sc

Aie qu'aue IL EST PRIVÉ DE TOUTE CONSOLATION EN ASSISTANT

is est épou-

aux yeux de LES MALADES

sse ainsi au ;

e concupis- NOTE 9, p. 275. — « Arrivant un jour à Bazainville, l'un

dôme et de » de mes prieurés, sur le chemin d’un lieu où l’on allait faire

EU, pronon- » la mission, au diocèse de Chartres, je vins une heure plus

uche d'enfer » tard que je ne devais. Le curé de la paroisse, ne pensant

mit toujours » pas qu'aucun malade dût avoir besoin de lui, s'était ab-

attirent sur » senté l'après-midi; j'arrivais à peine, qu'on me vint aver-

| vengeresse, »tir pour deux malades à l'extrémité; j'y courus aussitôt,

ons commis » et j'administrai l'un d'eux. Je trouvai l’autre si accablé l'humiliation » par le mal, que je ne pus lui donner le saint Viatique, e plus si les » mais seulement l'Extrême-onction. Retournant de là à ireurs contre » l'église, disposé, comme j'étais dans le temps de mes énitence, ils » peines, à m'attribuer toute espèce de mal, j'éprouvai les ent ruisseler » douleurs les plus étranges : Quoi, me disais-je, malheu-

ste martyre.- » reux que je suis! faut-il que ces pauvres gens souffrent

montrer aux » pour mes péchés, et que cette âme ait été privée des secours

chair crimi-

» que Notre-Seigneur lui avait préparés par mon ministère, ng coulât de

»et qui étaient nécessaires à son salut? Je remarquerai s. De là vient » cependant que, si je füsse allé droit à la mission, cette soustraction 4 » pauvre âme eût été encore plus délaissée; pourtant ma n aises d'être » douleur était si grande, et la violence de mon affliction si aitements les » véhémente, que, fondant en larmes et poussant des cris, » je me trouvai dans cet état que décrit le Prophète : Rugie- » bam à gemitu cordis mei; et je disais, dans l'excès de ma £ » douleur : Ah! mon Dieu! faites tomber sur moi tout le » malheur de mes crimes. Ah! Seigneur! punissez-moi, part de Dieu » perdez-moi, si vous voulez; mais que les pauvres âmes péché le mé- » n'en souffrent point. Ah! mon Dieu! apaisez votre coces MANN » lère. (2).

lus excel- Res de son is comme il srations dans L de la même possession si i universelle-

âces : d'abord s ne sommes ilité, qui fait

(2) Ibid. &1 » Ayant été appelé un jour pour exhorter une femme de p. 1717, 178. l » condition qui était à l'extrémité et qui avait mal vécu, je » m'approchai d'elle avec une froideur intérieure qui ne se » peut exprimer , comme il m'arrivait souvent alors; je » tâchai pourtant de lui procurer ce que je pus de secours; »ct, enfin, son curé vint auprès d'elle pour lui parler : je » m'en revins, croyant ne devoir pas y demeurer davantage.

» Je ne fus pas sitôt arrivé à la maison, qu'après avoir prié » un peu de temps et avoir répondu à un ecclésiastique, sur- » le-champ je prends mon manteau et me remets en chemin » pour aller la revoir; mais, avant d'arriver chez la malade, » on m'apprend qu'elle vient de mourir. C'étaient là toutes » les consolations sensibles que j'éprouvais alors, On me » dit cependant que cette personne témoigna , avant d'ex- » pirer, un grand regret de ses fautes, et qu'elle fit des » actes de contrition qui parurent sincères, quoiqu'elle eût » une grande attache pour unc personne de condition avec » laquelle elle avait mal vécu (1). E (1) Mém.aut. « Notre-Seigneur permettait, durant ce temps, que les de M. Olier,t.1, » cures qui dépendaicnt de moi, manquassent de pasteurs,

P AE — Vie , ou qu'il y en eût qui se conduisissent d'une manière in- & p AM » digne. Un curé condamné à abandonner sa cure, m'ayant

Liers, t. 1v, p. > fait souffrir mille persécutions, Dieu voulut que ce même ) 325, 426: » homme revint dans son ancien bénéfice, et que je l'assis- *

» tasse à la mort. Il daigna me faire ensuiteune grâce signa-

» lée, en me donnant un curé que je puis appeler la perle 4

» des pasteurs. C'est un Saint; et, quoiqu'il soit seul dans «

» ce lieu, il y a formé un séminaire de jeunes enfants, aux- s

(2) Ibid. t. 1, » quels Drœu donnera, je l'espère, sa sainte bénédiction. ;

p. 119. » Notre bon Maître m'a toujours accordé ses grâces après Y

(3) Ibid. t. 1, » me les avoir fait demander fort long-temss (2). Mais celles “

p. ae Pie » que je reçus pour moi ou pour les autres, dans cet état, ,

Fi ! Pre » ne m'empêchaient pas de me regarder toujours comme le

tie 1, ch. x1. — » Judas de la compagnie; je ne les considérais même pas È

Remarg. hist., » comme des grâces, ne croyant pas alors que j'en püsse s t. 1, p. 519. >» recevoir (3). » ; » I LE PÈRE IGNACE ESSAIE DE DÉLIVRER M. OLIER DE » À

SES PEINES NOTE 5, p. 276. — M. Olier, en rapportant qu'un grand

serviteur de Dreu essaya vainement de le soulager durant } ses épreuves, désigne probablement le Père Ignace, Carme »M déchaussé. Voici ce qu'il en a écrit dansses Mémoires: « Le ou EE. (4) Copie des » R. Père Ignace, homme fort doux, simple, caché (4), grand $ pd Re Mémoires aut. » serviteur de Dieu, pria beaucoup pour moi pendant mes sta à 0 du de M. Olier, 1.1, » peines. Ce saint personnage, en me recommandant à Dieu, NI J 4 pe 84: » vit un jour la sainte Vierge, de laquelle sortait un rayon » C ÆT à » qui aboutissait sur moi et me conduisait ainsi partout; » pr ë » ce qui signifiait la conduite visible de cette sainte Mère à s.4. FR (5) Mém. aut. » mon égard (5). De plus, comme je croyais alors être ré- » Te 1: 6 de M. Oüer,t.n, » prouvé ou hai de Dieu, je priai le Père Ignace de vouloir sa À ME LE p.376, 317, , bien s'intéresser à mon salut. Il arriva qu'un jour, ce sis

» grand serviteur de Dieu ayant fait une neuvaine de Messes

avoir prié tique, suren chemin la malade, it là toutes rs. On me avant d'ex- 'elle fit des iqu'elle eût dition avec

ss, que les de pasteurs, manière inire, m'ayant ue ce même ue je l’assisgrâce signaeler la perle oit seul dans nfants, auxbénédiction.

grâces après >). Mais celles dans cet état, urs comme le ais même pas que j'en püsse

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