‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 282 sur 332 · VAUGIRARD. LE FRÈRE CLAUDE · texte numérisé non relu

VAUGIRARD. LE FRÈRE CLAUDE

» fût entièrement anéanti. Il demandait encore à » Dieu que je fusse le général de ces capitaines, » lesquels pourraient former ensuite chacun un » grand nombre de soldats. Ces prières, qu'il fai- » sait avec un zèle ardent, étaient produites en lui » par le pur mouvement du Saint-Esprit; car » il ne savait rien de ma vocation pour le clergé, » et je ne sache point que personne lui en eût » jamais rien dit. Cela me montre clairement com- » bien Notre-Seigneur désire que je le serve en » lui formant des prêtres (1). Dieu lui imprima » même une si vive affection pour moi, pendant » que j'offrais le saint Sacrifice, qu'il n'en pou- » vait plus supporter la violence. Ayant eu occa- » sion de le voir l'après-midi, il me dit dans les » transports de l'amour divin qui le consume: » Il y avait si longtemps que je cherchais un » frère sans pouvoir encore le trouver ! vous êtes » celui que je cherchais: je n'en ai point ren- » contré jusqu'à présent de semblable; je ne puis » plus vous quitter, tant Notre-Seigneur m'a lié » étroitement à vous. Les circonstances de cette » entrevue m'ont fait sentir, plus que jamais, que je » ne suis de mon fond que néant et péché, n'étant par » moi-même qu'abomination et malédiction de Dieu. » Je vois, plus clair que le jour, qu'il y a au dedans » de moi quelque chose qui n’est point moi-même : » c'est celui qui oblige ces saintes âmes à s'appro- » cher de moi, et à dire ces paroles de bénédiction » qui ne tombent que sur Notre-Seigneur(2). » Ainsi favorisé des dons de la grâce et rempli de la lumière d'en haut, M. Olier, durant son séjour à Vaugirard ne pouvait annoncer qu'avec de grands fruits la parole de Dieu, aux fidèles de cette paroisse, quand c'était à lui à remplir cette fonction, pour suppléer le curé, toujours absent. Aussi accourait-on en foule pour l'entendre. « La veille du » jour de l’Incarnation, 24 murs, on m'envoya dire, » écrit-il, d'aller exhorter le peuple pour qu'il se

(1) Mém. aut.

de M. Olier,t.u, pag. 327, 330, verso.

(2) Ibid.t.n,p.

331, verso, 332, 337, verso, etc.

M. Olicrannonce la parole de Dieu au peuple de Vaugirard.

» préparât à la fète, et communiât dignement. » Aussitôt je me rendis à l’église, quoique sans au- » cune lumière dans l'esprit ; et Dieu prit plaisir à » me faire expérimenter mon ignorance naturelle » et ma faiblesse. Car je ne pouvais rien trouver à » dire. Vous-même, à mon Dieu! avez voulu me » faire oublier tout ce que j'avais appris autrefois, » par mon étude et mon propre travail, afin de me » tout donner par grâce une seconde fois, et de ne » me laisser rien qui ne fût de vous. Deux fois je » fus sur le point de dire à celui qui m'avait envoyé » chercher, que je n'avais aucune pensée dans l'es- » prit. Mais comme je suis accoutumé à sentir de la » sorte mon impuissance, je m'abandonnai tout de » nouveau à l'esprit qui éclaire les aveugles et fait » parler les muets. Aussitôt la lumière de Dieu » m'éclaira, et je remarquai encore davantage le » secours de l'Esprit divin, par l’efficace et la puis- » sance des paroles, qu'il me faisait proférer,et qui » touchaient vivement tous les auditeurs et me tou- » chaïent aussi moi-même : tellement que, sans me » mettre en peine d'autre chose, je rendaïis ce qui » m'était donné; et je continuai de la sorte pour » Jésus et Marie. Le succès fut tel, que tout le » peuple, ému ettouché, vint le lendemain en foule » pour se confesser et communier; et nous ne » pûmes achever de l'entendre qu'à une heure ou » deux après midi. Il parut si affectionné, que, de- » puis cinq ou six heures, ce bon peuple ne quitta » point l'église qui ne désemplit pas. Je dirai aussi, » en passant, ce qui marriva dimanche dernier. » Pendant la prédication, et lorsque j'étais dans la » ferveur de mon discours, il entra dans l'église un » Religieux de l’ordre de Saint-François, qui avait » quitté l’habit de son Ordre. Aussitôt, sans le con- » naître, je comment: à parler de la sainteté de ce » grand patriarche, et ,: le faisais ressortir avectant » d'éclat, que ce pauvre apostat en était couvert de » confusion. Après le sermon, il vint me visiter,

FF y

Page 1