‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 43 sur 332 · PRÊTRE DE SAINT-SULPICE ET AUTEUR DE LA VIE DE M. OLIER · texte numérisé non relu

PRÊTRE DE SAINT-SULPICE ET AUTEUR DE LA VIE DE M. OLIER

Etienne-Michel Faillon naquit le 3 Janvier 1800, à Tarascon, ville de Provence où se conserve le tombeau de sainte Marthe. Ses parents étaient bons chrétiens, et dès l’enfance ils lui inspirèrent l'amour de la vertu. Vers l’âge de onze ans, il fut placé par son père au lycée d'Avignon pour y commencer l'étude de la langue latine. Il n’avait point alors en vue l’état ecclésiastique ; cependant ses condisciples, frappés sans doute de sa régularité et de sa modestie, lui donnèrent l'honorable surnom d’abbé, Le jour de sa première communion, Dieu commença à lui révéler sa vocation, du moins il

crut entendre intérieurement une voix qui lui disait:

Tu seras prêtre; mais cette impression ne tarda pas à s’effacer, Quant à sa première communion elle-même, il en conserva une si grande reconnaissance que jusqu'à la fin de sa vie il ne passa jamais à Avignon sans aller, pour en remercier Dieu, offrir le saint sacrifice dans l'église du lycée.

Il faisait sa quatrième quand les évènements de 1814 l'obligèrent de rentrer dans sa famille; il y poursuivit ses études en suivant, comme externe, les cours du collége de Tarascon, qu'avait relevé un ancien doctrinaire, l'abbé Guérard. Il arriva à la fin de ses humanités sans

goût décidé pour aucune carrière. Le sous-préfet d'Arles, M. le comte de Barrême, qui l’affectionnait, tenta par deux fois de le faire entrer dans une école spéciale, où il pût cultiver les heureuses dispositions qu'il avait pour le dessin : il se prêta d'assez mauvaise grâce et par pure complaisance à cette démarche, qui n’aboutit pas. Il copiait un plan du département dans les bureaux de la sous-préfecture, quand, dans les derniers mois de 4817, les Missionnaires de France, sous la conduite du Père Rauzan, arrivèrent à Arles et y ouvrirent une mission qui eut un plein succès. Nous hésitons à compter parmi ses fruits le changement merveilleux qui s'opéra alors dans les dispositions de M. Faillon. Dieu, qui le destinait à devenir l'historien de M. Olier et son très-fidèle disciple, voulut en effet que, comme ce saint prêtre, il fût immédiatement redevable à la très-sainte Vierge de toutes les faveurs célestes qui devaient le sanctifier : « Je dois à cette divine Mère, dit-il plus » tard dans une circonstance mémorable, tout ce que » je suis dans l’ordre de ma sanctification, ou plutôt je » lui dois tout au spirituel et au temporel. Je serais » coupable de la plus noire ingratitude si je ne le con- » fessais à ses pieds; et je déclare que si j’ai un jour le » bonheur d'arriver au ciel, comme j'en ai la douce » espérance, ce sera à Elle, et à Elle seule, que j'en » serai redevable après Dieu. »

Ces paroles, comme l'indique expressément la note autographe à laquelle nous les empruntons, faisaient surtout allusion à la grâce insigne que M. Faillon reçut alors. Il assistait, le 21 novembre, fête de la Présentation, à une cérémonie solennelle que les missionnaires faisaient dans l’église de Saint-Trophime, lorsqu'il se passa en lui quelque chose d’extraordinaire, Il lui sembla que la Sainte-Vierge l’environnait d’une lumière éclatante, et il crut entendre intérieurement sa voix qui l’invitait à s’abandonner à Elle, lui promettant que désormais Elle serait tout pour lui, qu’Elle le conduirait où il devait aller, l’aiderait et l’assisterait même dans les moindres choses, pourvu qu'il fût fidèle à se confier

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en son secours. En ce moment il sentit son âme inondée de consolation, et, rentré chez lui, il ne put prendre ni nourriture ni sommeil. À dater de cet heureux jour, qu'il inscrivit dans son Calendrier spirituel avec ces mots sortis de son cœur : ETERNELLE RECONNAISSANCE, M. Faillon fut un homme nouveau. Il se levait de grand matin, priait longtemps, assistait à la messe tous les jours, et communiait très-souvent. Dès le premier dimanche de décembre, sa vocation à l’état ecclésiastique avait été décidée par le Père Rodet, un des missionnaires, et en attendant qu’il put entrer au séminaire, il se livrait à l’étude de la rhétorique, sans négliger le dessin et même la peinture, dont il prit alors quelques leçons. Sa conduite était si édifiante, que le curé de sa paroisse, selon l'usage alors reçu dans le diocèse, le désigna pour l’ordination de la Trinité, et il fut en effet tonsuré à Montpellier, le 49 mai 4818.

Le 16 octobre suivant, il entra au grand séminaire d’Aix et se mit sous la conduite du vénérable M. Dalga, qui eut toujours pour lui la plus tendre affection. Ce fut par le conseil de ce sage directeur, qu'après avoir étudié la philosophie et suivi pendant deux ans les cours de théologie à Aix, il se détermina, en 4824, étant déjà sous-diacre, à aller terminer ses études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Sulpice. «En y entrant, je fus ravi, » (lisait-il plus tard, de voir la grande dévotion envers » Marie dont on fait profession dans cette maison, etsur- »tout la solennité et la piété avec lesquelles on y célé- » bre la fête de la Présentation.» Le cours élémentaire de théologie terminé, il suivit pendant un an ou deux les leçons de M. Carrière et fit sous cet habile maître de nouveaux progrès dans la théologie. Il était dès lors chargé d’un catéchisme à la paroisse de Saint-Sulpice, et ce ministère, qui lui demeura toujours cher, servait d’aliment à l’activité de son zèle et de sa piété. Les succès qu’il y eut le firent nommer, en dernier lieu, chef du catéchisme de persévérance pour les filles, ce qui, alors comme aujourd’hui, était la fonction la plus importante des catéchistes de Saint-Sulpice, « Dans cet

» admirable catéchisme, dit un éloquent Prélat qui y » travaillait avec lui, on comptait quatre ou cinq cents » jeunes personnes de toute condition qui persévéraient » à y revenir après leur première communion pour » s'instruire plus à fond de notre sainte religion, pen- » dant deux, trois, quatre, huit et dix ans, et même » généralement jusqu’à l’époque où elles entraient dans » le monde et se mariaient, ou le quittaient pour se » faire religieuses (1). » Par son zèle et son activité industrieuse, M. Faillon se montra digne de succéder aux ecclésiastiques de mérite qui l'avaient précédé dans cette place.

Ordonné diacre vers la fin de 14829, il fut appelé à recevoir la prêtrise la veille de la Trinité, en 1894; mais les grandes occupations que lui donnait le catéchisme de première communion des garçons dont it était chargé, quoique chef de celui de persévérance des filles, lui firent désirer un ajournement : « L'Ordination étant » une circonstance qui ne se présente qu’une fois dans » la vie, écrivait-il à sa mère, j'aime mieux attendre et » m'y disposer comme il faut.» [1 fut ordonné par Monseigneur de Quélen, le samedi des Quatre-Temps de septembre, et le lendemain il célébra sa première messe dans cette chapelle des Allemands si aimée et si souvent le théâtre de son zèle. Toutes les associées du catéchisme de persévérance s’y trouvèrent réunies pour recevoir sa première bénédiction et se nourrir du pain des Anges que sa parole avait consacré. Ce fut pour lui une touchante cérémonie; mais dès qu’elle fut achevée, il se retira à Issy pour y méditer à loisir sur les grandes merveilles qui venaient de s’accomplir en lui. « Aujour-

d'hui, écrivait-il à sa mère, j'ai paru pour la pre-

mière fois dans l’église revêtu des ornements sacerdotaux, et je me suis dit à moi-même: me voilà maintenant établi pour le salut ou pour la ruine des âmes qui me seront confiées. Ne pensez pas toutefois

(1) L'OŒuvre par excellence, etc., par Monseigneur Dupanloup, p. 591,

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» que ces réflexions portent l'abattement dans mon » âme; c’est en les faisant que j'ai reçu l'imposition des » mains et l’onction sacerdotale qui consacre les prêtres : » je m'en suis nourri tout le temps de cette redoutable » cérémonie, afin de ne jamais les oublier ; et, en rani- » mant mon ardeur, elles n’ont servi qu'à fortifier ma » confiance en Dieu. »

En ce moment, M. Faillon n'était pas encore fixé sur son avenir: un instant il avait pensé à la Société naissante de Saint-Hyacinthe destinée par Monseigneur de Quélen, son fondateur, à former des prédicateurs pour le diocèse de Paris; de nouvelles réflexions lui firent demander d’être admis dans la Compagnie de Saint-Sulpice, et le 16 février 1826, M. Duclaux l'envoya à la Solitude d'Issy pour y faire son noviciat. M. Mollevaut, dont les vertus ont brillé d’un si vif éclat, et dont le nom sera longtemps vénéré à Saint-Sulpice, dirigeait cette fervente communauté. Malgré son ardeur pour l'étude et son goût pour les œuvres de zèle, particulièrement pour la prédication, il se trouva heureux dans ce lieu de recueillement et de prière, et de bon cœur il répétait les paroles qu’il avait lues sur la porte d'entrée : Mihi solitudo paradisus. La célébration des saints mystères, en particulier, était pour son âme une source abondante de consolations. « Qu'il est bon, disait-il à sa » mère, de se nourrir tous les jours des saints mystères ! » Comme toutes les choses du monde sont sans goût » lorsqu'on descend de l'autel ! »

Aux vacances de 14826, M. Faillon fut chargé d'une classe de dogme au séminaire de Lyon. Il eut d’abord à enseigner le traité de l'Eglise qui, en ce moment, faisait naître une difficulté spéciale par suite des ordres qu’avait donnés le gouvernement : « Tous mes élèves savent, » écrivait-il plus tard au cardinal Fornary, que l'en- » seignement des quatre articles, d’après notre mé- » thode, m'a servi d'occasion pour leur montrer plus à >» découvert les fondements de la plénitude de puis- » sance du souverain Pontife.» Dès son début dans le professorat, M. Faillon montra cette force d'application

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