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qui lui permettait de travailler presque sans relâche, et toujours la plume à la main : « Voilà trois mois, disait- » il un jour, que je parcours dix volumes, et j'en ai » déjà fait quatre mille extraits.» A l'ardeur pour les recherches il joignait le talent de les classer dans son esprit et de se les rappeler au besoin, De là cette abondance de citations qui rendaient ses classes si solides et ses conversations si agréables. De là encore l'estime que lui témoignaient ses élèves. Sa maturité comme directeur n'était pas moins remarquable et n'inspirait pas une moindre confiance,
Malgré l'occupation que lui donnaient la préparation de sa classe et la direction d'environ quarante séminaristes, il trouva le moyen de commencer à Lyon un autre genre d'apostolat pour lequel la Providence semble l'avoir spécialement choisi. C'est à Lyon qu'il écrivit ses premiers ouvrages. Nous n’en parlerons pas en détail dans cette notice, nous le ferons dans un travail plus étendu où il sera permis de retracer, avec les développements convenables, les actions et les vertus de ce saint prêtre, et de donner sur ses nombreux et importants écrits tous les renseignements qu'on peut souhaiter. Nous nous bornerons ici à le faire connaître comme auteur de la Vie de M. Olier, ne mentionnant ses autres ouvrages qu'autant qu'ils ont quelque rapport avec celuilà. M. Faillon a été jugé depuis longtemps comme hagiographe et comme antiquaire ; On à dit de lui qu’il avait la patience et l’érudition d’un Bénédictin. Ce n’est pas trop dire: on peut même ajouter qu’il a fait des œuvres de Bénédictin sans aucun des secours qui ne manquent jamais au Bénédictin. Les secrétaires, copistes, collaborateurs subalternes, correspondants ‘{e., ont fait défaut, du moins ordinairemet eux Sulpicien. Il à fait lui-même loul 5 et n’a jamais eu de secrétaire n ir. pr'emiers travaux eurent pour & 4 M. d urtevent, M. Démia et M. de Lantages liés lous les trois par le cœur au fondateur de Saint-Sulpice. « Je crois, disait-il en » 1838, que Dieu m'avait préparé de longue main à faire
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» la Vie de M. Olier, et que tout ce que j'ai fait jusqu'à » présent n'a été qu'une préparation à cela. J'avoue que » sans ces travaux analogues que j'ai eu occasion de » faire jusqu'ici, cette Vie passerait mes forces et mon » courage, au lieu qu’elle est pour moi une occupation » aussi agréable qu'édifiante. »
Il avait passé quatre ans à Lyon lorsqu'aux vacances de 1829, M. Garnier l’appela à Paris et lui confia avec une chaire de dogme au séminaire de Saint-Sulpice, la direction des catéchismes de la paroisse. Avant d'entrer dans ces nouvelles fonctions, il voulut aller visiter Notre- Dame de Chartres, et ce pélerinage qu'il fit à pied, le
remplit de ferveur etde consolation. Il s’y était proposé,
entre autres fins, d'obtenir d'abondantes bénédictions pour ceux avec qui il aurait des rapports dans l’œuvre des catéchismes (1); il en rapporta en outre un vif attrait pour la lecture des écrits de M. Olier et un grand désir de marcher sur les traces de ce saint prêtre. Malgré ses nombreuses occupations il trouva le moyen de suffire à tout. Il avait déjà l'habitude, qu’il a conservée toute sa vie, de se lever chaque jour à quatre heures et de ne lire aucun journal; cette économie de temps, jointe à son infatigable application, lui permit encore, dans les premières années de son séjour à Paris, de composer plusieurs ouvrages en faveur de l’œuvre des catéchismes de Saint-Sulpice. Il les fit pendant que la capitale était livrée aux agitations de 1830 ou aux frayeurs que le choléra y répandit en 4832. La paix inaltérable dont il jouissait le mettait en état de travailler partout. « Je vous » prie de croire, disait-il à ses parents, en ces pénibles » circonstances, que je suis fort calme et fort joyeux au » fond de mon âme. J’abandonne toutes choses entre les » mains de la Sainte-Vierge. Ma grande joie est de sa- » voir que je suis à Dieu et que personne ne peut me » soustraire à son aimable empire. »
Nous ne dirons rien du ministère de charité qu’il rermsplit en 1832 auprès des cholériques, ni du cours de
(1) Vie de Mademoiselle Momper, t. 1, p. 192.
patristique dont il fut chargé en 1833, au séminaire de Saint-Sulpice, ni enfin d’un nouvel ouvrage qu’il publia en 1835 sous le titre de Monuments de l'église de Sainte-Marthe à Tarascon. Il corrigeait les épreuves de ce livre lorsqu'il commença à faire des recherches sur la Vie de M. Olier. En lui confiant ce travail, M. Garnier ne se proposait d’abord que de faire réimprimer, avec quelques additions, la Vie composée par M. Nagot ; mais, dans ls mains de M. Faillon, la nouveile édition devint une nouvelle Vie beaucoup plus éüifiante et plus riche en faits que la première, Il entreprit ce travail avec l'amour d’un fils, et s’y appliqua, durant cinq ans, avec un zèle et une patience infatigables. La Vie donnée par M. Nagot était tirée, en grande partie, de celle que M. de Bretonvilliers avait laissée manuscrite; on y trouvait aussi les principaux faits conservés par MM. Baudrand et Grandet. Tout cela, selon le goût d’une époque qui n’aimait pas les citations, avait été fondu et rajeuni dans une narration qui ne manquait ni de grâce ni de chaleur. Sans méconnaître le mérite de ce travail, el tout en formant le dessein de lui emprunter plusieurs” passages qui reproduisaient bien les sources, M. Faillon résolut de recourir immédiatement aux pièces originales. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les citations sans nombre qui couvrent les marges de son livre, pour se faire une idée de la diligence avec laquelle il recueillit ses matériaux. € Rien ne lui coûtait pour cela, dit un » ecclésiastique qui l’aida quelquefois dans ses recher- » ches: ün jour, après un léger déjeùner au séminaire, » il m'emmena avec lui à Versailles pour explorer les » archives de la Marine et voir s’il ne s’y trouvait rien » sur la colonie de Ville-Marie. Nous y passâmes toute » la journte, et nous ne revinmes que le soir sans avoir rien mangé et rien trouvé, M. Faillon était » néamoins très-content de son expédition. Au moins, » disait-il, je suis assuré de ne laisser derrière moi » aucun document important (1). » Que de courses
(1) Souvenirs de M. de Ch.
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semblables, que de séances longues et fatigantes dans les bibliothèques publiques, aux archives de la nation, au dépôt de la Marine et des Colonies, et partout enfin où il espérait trouver quelque détail sur les personnes et les choses dont il voulait parler! Disons en passant que son air plein de candeur, de modestie et d’affabilité, disposait les esprits en sa faveur, et qu'il a trouvé généralement auprès des fouctionnaires préposés à la surveillance des bibliothèques, archives et dépôts, une obligeance qui facilitait beaucoup son travail et dont il est demeuré très-reconnaissant, Mais ce serait s'écarter tout-à-fait de ses progres sentiments que d'attribuer à la bienveillance des hommes ou à sa sagacité personnelle les heureuses découvertes dont, plus d’une fois, ses recherches ont été récompensées. Quand on le félicitait à ce sujet, il ne manquait pas de répondre que c'était Dieu, l'ami des pauvres et des misérables, qui, voyant sa détresse, lui faisait trouver les choses, juste au moment où ii en avait besoin. C’est bien ainsi, en effet, qu'il trouva les Mémoires de M. du Ferrier où il a puisé tant d’utiles renseignements. Il ne soupçonnait même pas leur existence, et l’eût-il connue, jamais l’idée ne lui serait venue de les chercher dans la section du droit canonique où ils se trouvent classés. Aussi leur découverte inattendue lui parut-elle d'abord un rève. Ilen fut d'autant plus reconnaissant envers Dieu, que, sur le désir de M. Garnier, qui voyait avec quelque peine ses fréquentes sorties du séminaire, il devait terminer ce jour-là les recherches que depuis longtemps déjà il faisait dans les bibliothèques. La découverte des Mémoires de M. Baudrand ne lui parut pas moins providentielle, Il les croyait perdus sans retour, quand on les lui présenta à la Bibliothèque nationale, où un chiffonnier les avait portés depuis quelques mois seulement. Son grand esprit de foi lui fit voir dans ces heureuses rencontres un nouveau motif de s'appliquer avec ardeur à un travail dont il semblait que Dieu favorisât sensiblement le dessein, Au printemps de 1837, il se retira au séminaire d’Issy, pour y commencer plus à loisir la dis-
position des matériaux qu'il avait recueillis, Deux ou trois fois la semaine, il passait quelques heures au séminaire de Saint-Sulpice pour faire sa classe et voir ses pénitents: le reste de ses longues journées était donné tout entier, après le devoir de la prière, à l'étude attentive de ses manuscrits et au classement des extraits nombreux et variés qu’il y avait accumulés. Ce travail le remplissait de lumières et de consolation ; au contact de M. Olier, dont il lut alors tous les écrits, il fit de nouveaux progrès dans la perfection et s’éleva rapidement à ce haut degré de sainteté qui est nécessaire pour écrire la Vie d’un saint. Pendant les vacances suivantes, M. Mollevaut ayant été déchargé de la supériorité de la Solitude, M. Caduc occupa sa place et M. Faillon lui fut donné pour l'aider dans cet emploi. On eût difficilement trouvé quelqu'un plus rempli de l'esprit du fondateur et plus en état de former les novices de la Compagnie. Bientôt se montrèrent aux regards de tous, les trésors de doctrine, de bons conseils et de saintes conversations qu'il avait puisés dans l’étude de M. Olier. Partout il parlait de ce saint prêtre, rappelant ses exemples, développant ses maximes, invoquant son autorité, citant ses paroles, conseillant de recourir à lui et de l’invoquer avec confiance, comme tant de vertueux prêtres de la Compagnie et saint Vincent de Paul lui-même l’avaient autrefois pratiqué. Il avait un talent merveilleux pour intéresser dans les récréations ; on ne se lassait jamais de l'entendre, tant il racontait agréablement les choses instructives et édifiantes dont sa mémoire-était pleine. Du reste, sa vue seule donnait de la joie : « Quel homme » du ciel que M. Faillon, disait un de ses disciples ! je » ne pense pas qu'il y ait sur la terre un homme plus » aimable : Quand j'ai le front ridé, je vais frapper à sa » porte. !l me suflit de voir cette figure sur laqueile
ayonne le bonheur des anges, et la paix se fait en » moi. »
M. Faillon n'avança pas beaucoup son travail sur M. Olier pendant les neuf ou dix mois que durèrent les exercices de la communauté; mais aux vacances, étant
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allé dans un séminaire de province pour y être moins dérangé, il en rapporta les deux premières parties à peu près terminées. En revenant à la Solitude, il passa à Chartres pour y faire hommage de son travail à Marie, de qui seule il attendait tout le succès. « Je suis étonné, » dit-il dans une de ses lettres, de voir les soins de » notre sainte Mère dans le travail que je fais. Souvent » ce ne sont que des riens, de petits morceaux pris de » droite et de gauche, et puis tout cela s'adapte, s’unit, » etjesuis surpris toujours davantage. Je ne sais que » penser des desseins de Dieu qui a voulu tirer tout cela » de la poussière, je dirais presque de la confusion, du » chaos et du néant.» Il était surtout consolé par les bons effets que la lecture de son manuscrit commençait à produire. «Je vois par là, écrivait-il, que la sainte » Vierge veut faire connaître et aimer M. Olier, pour » attirer par lui les cœurs à Elle, et pour les donner » Elle-même à Notre-Seigncur: fat, fiat. » Tout le monde, au séminaire de Saint-Sulpice, où la première partie était lue en manuscrit à la communauté, ne partagea pas d’abord la satisfaction de l’auteur. Il est curieux aujourd’hui de voir les jugements divers portés alors sur ce livre qui depuis a été reçu avec tant de faveur dans la Compagnie de Saint-Sulpice, dans le clergé et même parmi les gens du monde. On en voit quelque chose dans une lettre de M, Faillon. « Il s’en faut bien » que je sois découragé, disait-il à un confrère qui l’en- » gageait à continuer malgré les critiques. Le bon et » saint M. Mollevaut n'aime pas cette nouvelle Vie, » qu'on lit à Paris. Il voulait qu’on se contentât de par- » ler des vertus de M. Olier, et qu'on fit venir sous divers chefs les principaux traits de sa vie, Il dit que toutes ces histoires sont des longueurs. M. Galais se fâche presque contre lui, M. Carrière est un peu de l'avis de M. Mollevaut ; M. Garnier goûte au contraire ces détails ; M. Gosselin ne veut pas qu'on les retranche. Au reste, ces Messieurs ne sont pas encore assez avancés pour en juger. Ils en sont encore à Vaugirard, à cause des prédications de nos séminaristes qui