‹ Vie de M. Pierre-Louis Billaudèle [microforme]Chapitre 4 sur 20 · PREMIÈRE ENFANCE DE M. BILLAUDÈLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ENFANCE DE M. BILLAUDÈLE

J'étais trop jeune dans le temps pour avoir pu être témoin des particularités de ses premières années, passées dans la maison paternelle. Je ne puis en dire que ce que j'en si appris de nos chers parents.

Il naquit à Tourteron, petite ville du département des Ardennes, en 1796. Il fut doué en naissant d’un caractère naturellement très doux, très pliant, mais accompagné d’une grande timidité. Aussi la vertu d’obéissance, an dire de notre bonne mère, fut une des premières vertus qu'il pratiqua dès sa plus tendre enfance, Nos parents, assez peu accommodés des biens de la fortune, mais placés par la divine Providence entre la pauvreté ot la médiocrité, ornés d'ail. leurs d’une foi vive et de toutes les vertus chrétiennes, l’élevèrent avec le plus grand soin dans la crainte de Dieu, comme tout le reste de leur famille, La mère surtout, simple mais d’un caractère ferine et parfois très rude, était inexorable pour l’accomplissement des devoirs de la religion. Aussi, mon frère m'avouait-il, lors-

ue déjà il était supérieur du petit séminaire e Charleville, qu'il corrigerait difficilement læ grande timidité que lui avait fait contracter sa première édueation, Mais il ajoutait: Bonum

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est viro,cùm portaverit jugum ab adolescentiä suà : il est bon pour l’homme d’avoir, dès son enfance, senti le joug. Et maintenant qu'il a terminé si heureusement sa glorieuse carrière, on peut lui appliquer ce proverbe sacré: Adolescens juxtà viam suam, etiam cum senuerit, non recedet ab ei : l'homme suivra dans la vieillesse la voie qu’il aura commencé à suivre dès ses premiers ans.

A l'âge de 7 ans, on le choisit pour être enfant de chœur. Obligé qu'il était, par office, d'être fréquemment dans le lieu saint, on vit se manitester en lui, par son profond respect et sa ærande modestie, cette tendre piété qui a été ia vertu dominante de sa belle vie. Doué d’une voix angélique et d’une mémoire très heureuse, il apprit en peu de temps et chantait par cœur presque toutes les parties de l'office divin, Lorsqu'on l’envoyait dans les champs pour s’y occuper selon son âge, son bonheur était de faire retentir les échos des louanges du Seigneur; etille faisait de manière à enchanter tous ceux qui pouvaient l’entendre. Ilne comprenait pas encore Îles divines louanges qu’il chantait si bien; mais pourtant, comme il m’avoua füi-même plus tard, il éprouvait un charme qui s’accrut et se développa, à mesure qu'il fut initié à la connaissance de la langue latine, connaissance qui lui procura un goût extraordinaire pour la sainte Ecriture et qui fit les délices de toute sa vie, À cette époque deux accidentsfâcheux faillirent lui faire perdre Ia vie, Muni de la permission de sa bonne mère, il était allé deux fois jouer avec ses pelits camarades; la première fois il tomba dans une espèce de puits qu'avait creusé le ruisseau, et d’où il fut tire à temps par un des

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plus courageux de ses camarades, les autres ayant déjà pris la fuite, La seconde fois, sur la place du village où sont Les jeux de quilles, il fut frappé à la tête d'un coup ne le renverse ans Connaissance, Pendant quelque temps on le crut mort; mais le sang ayant bientôt jailli pax la bouche, le nez et les oreilles, cette hémor. rhagie salutaire lui fit recouvrer l'usage de ses sons, etle mit hors de danger. Il profita de cette dernière st forte legon que lui donna ia divine Providence, pour éviter avec plus de soin la compagnie de ceux de son âge, et pa ce moyen, conserver plus sûrement sa belle vertu d'innocence, Dieu veillait d'une manière particulière sur les jours de ce cher enfant É 2e que, dans ses desseins toujours admirables,

| voulait en faire un instrument pour travailler au salut des âmes.

Guae t à - ei communion, cet acte le plus solennel et le plus important de la vie d'un Chrétien, il ne me souvient nullement qu'il lait accompli au pays de sa naissance, car il n'avait que dix ans loTRqU il quitta la : maaise 31} pater nelle, Je crois qu'il eut l'avantage de la faire ue dans ies plus heureuses dispositions, entouré soins et de la sollicitude pastorale de l'excellent À prêtre qui lui donna sa première éducation ecclésiastique,

A L'AGE DE DIX ANS ENVIRON, M. BILLAUDÈLE 'OMMENCE SES ÉTUDES DE LANGUR LATINE.

Le bon prêtre qui se chargea de sa première éducation n'est pas M. Blanchard, auteur de La morale en artion, conume on l’a ern et publié,

mais M, l'abbé Marv, caré de Guincourt, pa- “OISS6 610 onee d'une lieue de Tourteron, Ge jeune prêtre, élevé par les RR, PP, Jésuites, et ordonné vers la fin de la grande révolution de

France, avait pris auprés de ses excellents mafñ. tres, un goût décidé pour l'éducation de la jeunesse, Doné d'un assez riche patrimoine, 4 l'ernplovait généreusement à cette belle BUvVré, vraiment cafi olique, à vette époque SUrTLOUC., où il était très ! recent de remédier au srand \ ide qu'avait fait la tourmente révolutionnaire dans tous les diocèses de France. Animé d'un saint

zèic pour la gloire de Dieu et le salut des âmes,

& dione ecclésiastique avait fait de gon pr'es-

vtère une sorte de pelit séminaire, d'où sorti-

"ent plusieurs excellents Vrétres, entre autres

M. Billaudèle, Lorsqu'il s'occunait de réunir À

{ un Certain nombre de jeunes élèves, il vint demander en particulier à M. le euré de Touricron el trait pas dans sa Dai 01886 quelque jeune entant qu'il saurait doué de bonnes qualités, M. le curé lui désigna le petit Billaudèle, enfant

nur, et qui déjà ravissait tout le monde

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par sa voix angélique et par sa piété dans le Len saint. M, Mary vint de suite chez nos parents, et les pria de lui faire voir leur fils. On s’empressa d'aller le chercher à l'école du village; qu'il fréquentait, surtout l'hiver, depuisses plus tendres années, À la vue de ce petit ange, le bon ecclésiastique fut tellement enchanté que, du consentement des parents et de l'enfant, il l’emmena de suite avec lui—-(1806).

À partir de ce moment on ne vit plus le jeune Billaudèle à la maison paternelle que pendant les quelques jours de vacances qu'on voulait bien lui accorder. Sous la direction d’un si excellent maître, les précieuses vertus de piété, de modestie, d’obéissance, dont il avait montré les germes précoces, commencèrent à se développer d'une manière admirable, Son jugement et sa mémoire plus qu'ordinaires lui procurèrent l'avantage de faire de très rapides progrès dans l'étude de la langue latine, et le rendirent capable, après ë ou 6 ans, d’être admis au petit séminaire de Charleville. Il continua à faire les délices de M. Mary, qui, parfois, prenait plaisir à mettre à l'épreuve le talent de son jeune étudiant,

Un dimanche, après l'office des vêpres, il lui fit faire un sermon, que le petit prédicateur prononça avec tant d'aplomb, et sur un ton si angélique, que toute l'assistance resta dans l’admiration. S'il se fût trouvé là un prophète, il n’eût pas manqué de dire: cette voix enfantine et si gracieuse retentira un jour dans les deux mondes pour la plus grande gloire de Dieu, et pour le salut de bien des âmes. Après avoir conduit son cher élève jusqu'en 5me ou 4me, M. le curé crut qu'il était temps de le faire recevoir au séminaire; et comme la sr ou

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m'était pas en état de pourvoir à toute la dé pense de l'éducation, il y suppléa générousement, lui prépara son petit trousseau, et le conduisit lui-même au séminaire de Charle- “ville (1811),

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