LS PREMIÈRES ANNÉES DE M. BILLAUDÈLE AU PETIT SÉMINAIRE
Transplanté dans cette torre nouvelle et si bien cultivéo par les mains habiles du zélé M. Delvincourt, M. Billaudèle, jeune plante déjà si bien préparée, et placée dans une atmosphère de paradis terrestre, développa, tout à son aise, les belles vortus que renfermait son cœur, ainsi Que les autres qualités dont la nature l'avait pourvu abondamment, Sa piété, sa modestie, son humilité, sa grande exactitude dans l’obser. vance de la règle, et enfin sa parfaite obéissance lui acquirent, en très peu de temps, l'estime générale et l’affoction sincère de ses supérieurs autant que de ses condisciples,
Je ne dois pas passer ici sous silence le temps ei dangereux des vacances, qui le rappelait chaque année à la maison paternelle. Alors, à mon grand avantage, | rmençai à être témoin oculaire: 8a modestie dans tout son extérieur, sa condescendance serupulense pour déférer à tout ce que pouvaient désirer de lui ses chers rin, mais surtout sa grande piété dans
’accomplissement de ses devoirs religieux, en un mot toute sa conduite embaumait notre famille d'une odeur de sainteté, et faisait l’édification de toute la paroisse. Pour se prémunir contre les dangers de ce temps, qui favorise
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beaucoup la dissipation, il s'était tracé un petit règlement qu'il observait le plus exactement qu'il lui était possible, surtout l'article principal; c'est-à-dire l’exercice de l'oraison, Le matin, de bonne heure, il me conduisait avec lui dans l'endroit le plus retiré de la maison, et là, bien recueilli, il disait avec ferveur la prière, et faisait la méditation à haute voix, selon l'usage du séminaire. Cet exercire pratiqué avec tant de dévotion fut, pour moi, d’une grande édification, et fit sur mon jeune cœur les impressions les plus sulutaires, © bonté infinie de Dieu, de m'avoir donné un tel frère! Déjà il me préparait la voie par laquelle je devais arriver moimême un jour, à la plus haute dignité qui existe sur la terre!
A cette époque de sa vie, Dieu, toujours admirable dans ses desseins, permit qu'il fût mis à une rude et longue épreuve. Il fut travaillé de serupules, état pénible de l’âme parfois très désolant et dont il ne fut entièrement guéri que plus tard. Ce qui fut la cause principale de ses scrupuies, c'était la sainte jalousie qu'il eut touiours de conserver son innocence, Dieu seul
nnaît le nombre des glorieuses victoires qu'il remporta sur son ennemi, victoires qui lui procurèrent, comme récompense de sa grande fidélité, une surabondance de grâces, pour marcher plus tard avec courage dans la sainte voie où la divine Providence le plaça.
Daus cette rude éprouve, Dieu le traitait, comme il a coutume de traiter ses enfants les plus privilégiés; comme il devait être le directeur et l’ange consolateur d'un grand nombre d âmes affligées, il fallait, d'après l’Ecriture, qu'il ft éprouvé et qu'il apprît, par sa propre expé-
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rience, l’art des arts, celuideconduire habilement dans les voies du salut le grand nombre d'âmes qui devaient un jour lui être confiées, Ses scrupules, ainsi que le défaut extérieur qui en avait été la conséquence, lorsqu'il fut obligé de retourner dans le monde, en qualité de nrécepteur, cessèrent entiérement, Il m'avoua, luimême, que le curé de la paroisse, qui était son confesseur, l'avait aidé admirablement à se guérir de cette maladie dont il avait tant souffert, Voici un exemple de sa grande modestie des yeux, qui prouve avec quelle vigilance il évitait tout ce qui eût pu, même de loin, devenir une occasion de danger pour la sainte vertu.
Notre bonne mère, qui demeurait ordinairement à la campagne, vint à la ville pour voir son fils. C'était un dimanche, jour auquel, d’après la règle, les séminaristes doivent assister en gurplis à la messe de paroisse. La bonne mère ne manqua pas d'y assister aussi très dévotement. Mais la messe torminée, et pour procurerunesurpriseagréable à son fils, qui ignorait ga présence, elle alla se placer contre le bénitier rès duquel les séminaristes devaient passer, Novant approcher son fils, elle avance doucement derrière lui et tire légèrement son surplis; mais point de réponse: elle revient à la charge ; alors le fils, sans regarder, met la main à sa poche, lorsqu’enfin la tendre mère l'appelle par son nom. À cette voix bien connue, le jeune homme tout saisi lui répond avec respect: AA / c'est vous, chère mère; vous avez bien fait de parler, car autrement j'allais vous donner une aumône !
Sa philosophie étant terminée en 1817, et son âge lui donnant trois années d’attente avant de
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commencer son cours de théologie, il fut choisi pour être le précepteur des enfants d’une ancienne famille noble établie dans un château distant d'une lieue de son pays natal. Plus tard il me fit venir moi-même dans cette famille, où je demeurai l’espace d’une année, pour apprendre sous lui les premiers principes de la langue latine, J'ai pu connaître par là en détail la vie édifiante qu'il menait dans cette nouvelle Pau sd si dangereuse pour un jeune séminariste qui n'avait jamais fréquenté le monde, A is fort heureusement, il apportait là de fortes
ertus déjà profondément enracinées dans son âme, et qui furent comme autant de remparts à l'abri desque ls il put se mettre à couvert des tentatives insidienses de l'ennemi de tout bien. 11 avait grand soin d’y observer son règlement articulier qu il avait calqué, autant qu'il fai ivait été possible, sur celui du séminaire,
Le petit village où était situé ce château n'ayant point d'église, et la paroisse où résidait le curé étant éloignée d’une liene, c'était pour sa grande piété une extrême privation de ne pouvoir assister à Ia sainte messe que le dimanche et le jeudi. Aussi, ces jours-l, rien ne pouvait le retenir; il bravait les plus mauvais temps pour Lo remplir ce devoir, et, sans respect bumain, s'approcher des sac rements, bien qu'il sût avoir été plus d’une fois un objeé de raillerie, dans cette e par oisse où la piété était loin d'être en honneur, Pendant les trois années qu’il resta dans ce châtean, il fut toujours d’une grande édification pour cettefamille, où régnait d'ail. leurs un grand respect etun sincère attachement pour la religion, Aussi lorsque, les trois années
écoulées, M, Billaudèle dut retourner au sémi-
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naîre pour commencer 8on cours de théologie, son départ fut une véritable douleur pour cette noble famille, et, de part et d'autre, . larmes coulèrent en abondance; tant il avail su là, comme partout ailleurs, gagner l'estime de chacun par ses vertus, sa douceur et sa couversation ?,
1. Nous regrettons quo le pieux biographe ne nous fournisse aucun détail sur ! 3 étr ‘28 théologiques de son bien-aimé frère. Mais ses goûts studieux, s0n amour de la règle, son tendre amour pour les choses ecclésiastiques et spécialement pour l’Écriture sainte, l'estime singulière que ses supérieurs lui témoignèrent, en lui confiant malgré sa jeunesse des fonctions délicates et importantes, font deviner avec quelle application et quel succès il dut s'appliquer & tout ce qui peut compléter une éducation vraiment saverdotale.
C’est sans doute en considération de ces dispositions exceptionnelles, comme aussi à cause de la pénurig extrême de sujets, que les supérieurs ecclésiastiques crurent pouvoir prendre sur eux de l'appliquer d'une manière transitoire, à certaines occupations du collège pendant le temps de ses études théologiques.