‹ Vie de Madame MoléChapitre 16 sur 29 · CHAPITRE XIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIH

ESPRIT DE L'INSTITUT DES SOEURS DE LA CHARIIE DE SAINT LOUIS. — PÉNITENCE ET CHARITÉ. — PENCHANT DE MADAME MOLE POUR LES MORTIFICATIONS CORPO- RELLES ET SPIRITUELLES. — AMOUR DE LA CROIX. — MS^ DE PANCEMONT LA MODÈRE EN CE POINT ET ADOUCIT LA RÈGLE.

L'œuvre refléta toujours l'esprit de l'ouvrier, et celte loi se retrouve au plus haut degré dans cette œuvre par excellence qu'on appelle une fondation religieuse. Pour connaître l'espril de l'Institut fondé par madame Mole, examinons donc dans quels sentiments elle se trouvait elle-même au moment qu'elle l'établit, et nous verrons ensuite les modifications que la sagesse de Mgr de Pancemont, son évêque et son directeur spirituel, apporta à la règle méditée et préparée par elle.

La vocation religieuse de madame Mole, née dans les larmes et dans le sang, se ressentait de cette douloureuse origine, et c'est comme un époux de sang, suivant l'admirable parole des livres saints (Exode 'j-2o) que .Tésus-Christ, le divin fiancé, apparnt à la

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jeune veuve à l'heure même où elle apprit que son époux selon la chair venait d'expirer sur réchafaud. Les horreurs de sa captivité, les crimes et les hontes de la Terreur, l'abaissement inouï de la France, acceptant tout de ses misérables bourreaux, ne firent que développer en elle ce sentiment profond de la nécessité d'une expiation publique, incessante, en quelque sorte professionnelle, et c'est à ce point de vue surtout qu'elle considéra la vie religieuse.

Ses lettres à son directeur spirituel et ses nombreux écrits portent tous l'empreinte trés-vive de ce sentiment, qui est d'ailleurs le sentiment chrétien par excellence. La rédemption du monde par un Dieu crucifié en est l'expression suprême, et depuis le sacrifice de la croix, quiconque est vraiment disciple de Jésus-Christ, sait qu'il doit yparticiper non-seulement pour expier ses propres péchés, mais pour contribuer à l'expiation des péchés des autres. C'est le fondement même de la vie religieuse, et l'explication de ces pénitences prodigieuses, de ces mortifications presque surnaturelles, qui se remarquent chez tous les saints et spécialement chez les religieuses.

Écoutons madame Mole, et admirons avec quelle énergie elle exprimait ce sentiment qui remplissail son âme et en débordait en traits brûlants, quelquefois sublimes.

Dès le début de son œuvre, alors qu'elle préparait les constitutions de sa communauté naissante, elle écrivait à Mgr de Pancemont :

a Je crois devoir vous manifesterl'espritque Dieu m'inspire. Si je ne me trompe, c'est un esprit de pé-

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nitence, je dirai même de victime, pour tous les crimes qui ont été commis en France. »

Et un peu plus tard, après avoir reçu la réponse approbative du prélat :

« Quels sont les desseins de Dieu sur son œuvre et surmoi?Il m'est permis dédire que je n'en doute plus, puisque, au témoignage intérieur de ma conscience et de ce divin Esprit qui, depuis tant d'années, me fait entendre sa voix, je joins encore le vôtre, et que vous êtes le seul organe par lequel je puisse connaître d'une manière certaine et sensible la volonté de Dieu. Vous *avez prononcé qu'il était vrai que cette œuvre devait être une œuvre d'expiation, dr pénitence et de réparation pour mon malheureux pays ; que tels en étaient le but et l'esprit. Qu'il est consolant pour moi d'avoir cette assurance î Mon pays m'a persécutée ; je l'ai haï. C'est pour cela que je me trouve plus portée à m'immoler pour lui. Oui, je donnerais tout à l'heure ma vie pour y voir la foi de Jésus-Christ triomphante. Si vous me le permettez je donnerai plus que ma vie ; car j'accepterai de bon cœur de vivre encore longtemps, s'il le faut, pourvu que ma vie ne soit qu'un long martyre de satisfaction, d'expiation et de pénitence. »

Quelle grandeur dans cette âme de femme, de religieuse, et quel admirable enseignement elle propose aux âmes amollies et amoindries de nos jours ! Elle a haï son pays, à la vue des massacres de septembre, du meurtre parricide du roi et de la reine de France, des horreurs de la Convention, des crimes et des lâchetés de la Terreur, elle Ta haï

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comme Française en face de toutes ces infamies, comme épouse en présence de l'assassinat de son mari, comme mère en présence de remprisonnement et des souffrances de ses pauvres enfants. Mais sous l'influence divine de la foi, cette haine s'est changée en un amour poussé jusqu'au plus héroïque dévouement^ jusqu'au besoin, à la passion même de souffrir, de se donner, de s'immoler pour cette ingrate nation, instrument ou spectatrice servile de tous ses malheurs. « Mon pays m'a persécutée, je l'ai haï. C'est pour cela que je me trouve plus portée à m'immoler pour lui. î. C'est du sublime tout pur, et Corneille n'a rien dit déplus beau. De nos jours, on n'est plus capable de ces haines vigoureuses produites par le spectacle des crimes des uns et de la lâcheté des autres; mais on est plus incapable encore de ces sacrifices généreux, de ces dévouements surhumains qui font qu'on se donne tout entier et qu'on meurt au besoin pour cette patrie détestée un moment à cause de ses crimes, mais aimée toujours pai' devoir, par souvenir de ses grandeurs passées, par confiance en ses destinées futures. C'est dans les couvents, sous la robe des moines ou des religieuses qu'il faut les chercher aujourd'hui, comme aux premier temps de ce siècle où la France ressuscitait, après avoir été comme ensevelie pendant dix ans dans un tombeau sans gloire.

Cette soif d'immolation, cet esprit de victime, cet amour de la croix, se retrouvent dans tous les écrits de madame Mole avec la même intensité de sentiment et d'impression. A peine religieuse, elle fait vœu de

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j»asser loule sa vie dans les travaux et les larmes de la pénitence, pour fléchir la colère de Dieu irrité contre la France. »

« J'ai demandé à Dieu d'être marquée du sceau de la croix, écrit-elle à son directeur, et je l'ai obtenu... J'appelle la croix de toute l'ardeur de mes désirs, el quand Dieu me fait la grâce d'en sentir le poids, j'éprouve un vrai regret en voyant qu'il ne m'en accorde que de petites parcelles. Gomme je .suis convaincue queje bonheur de vivre et de mourir attaché à la croix avec Jésus-Christ n'est accordé qu'aux âmes fidèles, je veux détruire en moi, jusqu'à la racine, tout ce qui pourrait y mettre obstacle. Je veux pour l'amour de Jésus-Christ, souffrir avec lui et me rendre victime, dans la seule espérance que j'obtiendrai ainsi la grâce de souffrir encore davantage, car il n'y a de bonheur pour l'âme qu'il a percée des traits de son amour, qu'à le suivre au Calvaire pour y partager ses tourments et mourir avec lui. y>

« Je ressens, écrit-elle encore, des douleurs trèsvives qui, en m'ôtant la possibilité de tout mouvement, m'imposent aussi la privation la plus douloureuse à mon cœur. Cependant, je me sens portée non-seulement à ne pas demander à Dieu la délivrance de mes infirmités, mais à renouveler le pacte que j'ai fait avec la croix. J'ai des moments bien durs à passer et où il me semble que je suis prête à me décourager, mais il en est d^autres où je sens si fortement les douceurs de la croixqueje regarderais comm^^ un malheur d'avoir la plus légère diminution dans mes souffrances. Je les aime jusqu'à en «Hre avare. "

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« J'ai cm aimer la croix, dit-elle une autre fois, lorsque je ne la voyais que de loin et qu'une ferveur sensible me soutenait; mais quand cette ferveur a cessé et que cette croix tant désirée s'est présentée à moi toute sèclie, toute nue, avec ses délaissements et ses amertumes, au lieu de me jeter dans ses bras.. je me suis crue perdue; j'ai oublié toutes mes belles promesses. Que cette lâcheté m'a causé de pertes î que je la déplore aujourd'hui ! Pour la réparer, je renouvelle le vœu par lequel je me suis donnée à la croix, acceptant non-seulement les souffrances du corps, mais encore celles de l'esprit et du cœur, les sécheresses, les délaissements qu'il plaira à Dieu de m'envoyer, renonçant même à lui demander jamais d'en être délivrée ni même soulagée. »

Enfin, car il faut abréger ces citations où cette grande âme chrétienne se dévoile dans toute sa mystique beauté, longtemps après, elle s'écriait avec un accent digne de sainte Thérèse : « Il y a quinze ans que j'ai fait ce pacte avec la croix. Un jour que je l'exprimais à Jésus-Christ avec toute l'ardeur de mon âme, j'entendis .une voix intérieure qui me disait, comme aux fils de Zébédée : « Pouvez-voiis boire au calice que je boirai ? » Cette parole suspendit l'élan de mon cœur. Mais un instant après, misérable que je suis î j'eus bien la hardiesse de répondre : « Oui, mon Dieu, c'est votre calice que je veux boire ; c'est de votre baptême de sang que je veux être baptisée. » La même voix me fit entendre alors que cette grâce m'était accordée. Depuis ce temps, malgré mes nombreuses infidélités, je puis

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dire que mon désir, mon amour pour la cioix n'a jamais changé, et je serais prête encore à renouveler mon pacte téméraire. »

Avec de pareils sentiments, on devine dans quel esprit de pénitence et de rigueur madame Mole du concevoir et préparer les constitutions de son Institut. Elle avait emprunté aux Règles des premiers cénobites, à celles de saint Benoit dans l'antiquité, de saint Bernard et de s.ainte Thérèse dans des temps moins anciens, une grande partie de leurs mortifications corporelles, jeûnes très-fré({uents en dehors de ceux prescrits par l'Église, abstinence perpétuelle de viande, interruption du sommeil et descente au chœur pendant la nuit pour prier et louer Dieu pendant que le reste des hommes Toublie dans un légitime repos ou l'outrage dans des veilles coupables. Mgr de Pancemont dut modérer ce zèle excessif, lui faire comprendre les nécessités et la différence (ks temps, les tempéraments apportés par l'Église à l'austérité des premiers siècles et du moyen âge, tempéraments exigés par les modifications profondes des mœurs, des habitudes, des forces humaines, et par l'impossibilité de concilier des mortifications corporelles trop grandes avec la fatigue du soin des enfants, de leur surveillance et de leur instruction.

Aussi humble qu'austère, madame Mole se rendit sans hésiter à ces sages observations. Elle retrancha de sa règle tout ce que Mgr de Pancemont y trouvait d'excessif, et elle reporta sur la mortification de l'esprit et de la volonté tout ce qu'elle retranchait de h\ mortification du corps. Elle s'inspira en cela de

J:^S VIF. MK MAhAME MOLE.

resin'il du grand saint Fraurois de Sales, dont la Règle, si terrible sous son apparente douceur, prend toute l'âme de la religieuse pour la donner sans réserve au divin Époux, ne lui laissant sa liberté, son jour, sa respiration que du côté du ciel, et qui a lait ainsi de ses monastères de la Visitation des maisons admirables de prière, de saintes œuvres et de pénitence, accessibles à toutes les santés, à la condition que ces corps fatigués, que ces enveloppes délicates renferment des âmes d'anges.

Madame Mole entra si bien dans cet esprit que tout en conservant pour elle-même et pour les religieuses éprouvées, le privilège de mortifications cachées dont son corps gardait les traces douloureuses, elle insista it souvent dans ses instructions à ses filles sur le danger des austérités corporelles en dehors de la Uègle et sur le devoir de ne s'en imposer aucune sans la permission expresse des supérieurs. En voici im passage, outre beaucoup d'autres, dont la sagesse et l'élévation me semblent tout à faitremarquables.il s'agissait d'expliquer Tarticle de la Règle qui ne prescrit d'autres jeûnes que ceux de l'Église.

« Le premier point de cet article, mes chères tilles, vous prouve que tout, dans la vie religieuse, que même nos l>ons mouvements, nos pieux désirs, ne peuvent être agréables à Dieu et par conséquent nou> devenir méritoires pour l'éternité qu'autant qu'ils sont revêtus du mérite de l'obéissance et du renoncement entier à notre volonté et à notre attrait. Saisissez bien l'esprit de notre saint fondateur qui nous t\<t si Itioii L'X[)riiné dans la sainte règle qu'il

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nuus a laissée. Elle nous interdit toutes mortiticalions corporelles, sauf Tautorisation de nos supérieurs; mais en nous les interdisant, quelle loi sévère ne nous fait-elle pas de la mortification intérieure ? Chaque page, chaque article ne nous prescrit-il pas ce renoncement entier, absolu, toujours si pénible à la nature, mais si agréable à Dieu ? A quoi nous servirait en effet de macérer notre corps, si notre volonté, notre cœur ne sont pas réellement brisés et crucifiés? Je vous l'ai dit et vous le répète, les mortifications corporelles sont du plus grand danger pour une âme qui, avant de les pratiquer ne peut se rendre le témoignage que tout son intérieur est immolé à Dieu. Et pourquoi lui sont-elles si dangereuses? Parce qu'elles Feutreliennent dans Tillnsion. On croit par ces moyens satisfaire à la justice de Dieu, lui prouver son amour, et l'on vit souvent dans une fausse paix. C'est le cœur qui est capable d'aimer : c'est donc lui qui est cette victime dont il nous faut faire à Dieu un holocauste parfait. »

Tl ne faut pas croire cependant que la régie des SœAirs de la charité de Saint-Louis ne renfermât point toutes les conditions de la vie la plus mortifiée. Pous n'en citer qu'un exemple, elle contient un article ainsi conçu, et sur l'exécution duquel madame Mole revient sans cesse dans ses instructions : « On observera constamment le silence le plus absolu, hors le temps et les lieux de la récréation. Les Sœurs qui seront chargées de l'instruction des enfants ou de la surveillance des salles parleront le plus bas et le moins qu'il leur sera possible. »

Certes le silence est une des conditions essentielles de la piété, surtout de la piété dans les cloilres. Jl est le gardien du recueillement, de l'esprit intérieur, de la présence de Dieu. Il préserve de toutes les fautes contre la charité et contre la vérité, dont les conversations inutiles, rnéme entre religieuses, sont la source originelle et la cause presque certaine. Il conserve la paix de l'àme, édifie le prochain, et madame Mole pouvait dire sans exagération dans un de ses entretiens spirituels avec ses filles :

« Les divers fondateurs des ordres religieux ont jugé le silence si nécessaire qu'ils l'ont tous ordonné. La régularité se soutient dans une maison tant qu'il y est gardé et à proportion de l'exactitude que l'on apporte à ne le point rompre. Si l'on veut réformer une observance, on commence par y rétablir le silence. Dès qu'il n'est plus en vigueur dans un endroit, on y chercherait en vain quelques apparences des vertus religieuses.... On a coutume de comparer les maisons religieuses où on ne garde pas le silence à des bâtiments ouverts de toutes parts et qui sont sans portes et sans fenêtres. On y entre comme on veut, il n'y reste aucun frein contre les passions et les

[lervers instincts de la nature corrompue Au

contraire, les séculiers qui ont occasion de voir des maisons bien réglées, y respirent dés l'entrée une i)deur de recueillement, de dévotion et de sainteté qui les pénètre et les embaume. Ils ne peuvent s'empêcher de s'écrier, ainsi que le patriarche Jacob à la vue de l'échelle mystérieuse : « Le Seigneur est vraiment dans ce lieu-ci, et je ne le savais pas! » On

trouve Que maison pleine de monde, et on n'y entend personne. 11 semble qu'on entre dans une vaste église où tout le monde n'est appliqué qu'à prier et adorer Dieu. »

Dans son amour des mortifications dont le silence est une des plus pénibles à la nature, elle eût voulu interdire absolument le parloir à ses religieuses, mesure excessive, puisqu'elle les séparait absolument de leur famille, et impraticable dans une communauté où des ateliers de loile et de dentelle et réducation des enfants pauvres établissaient des rapports indispensables avec les personnes du dehors. Mgr de Pancemont s'y étant opposé, elle eût désiré au moins que la loi de la solitude et du silence absolu put être imposée à celles de ses sœurs qui désireraient se consacrer tout entières à la vie contemplative :

« Je désire vivement, écrivait-elle au pieux prélat, que dans cet asile, les âmes vraiment appelées à la vie contemplative et unitive pussent suivre leur attrait.... Après avoir bien éprouvé la vérité de leur vocation, je voudrais qu'elles pussent se retirer à Fécart dans cette maison, et que là, vivant seules avec Dieu seul, n'ayant de communication qu'avec le directeur et la supérieure, elles observassent un silence continuel, et accomplissent cette parole de saint Paul : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. » Elles se réuniraient cependant à la communauté pour les exercices spirituels ; leur vie serait plus austère que celle des autres ; elles seraient solitaires. »

\?,i MF. DE MADAME MOLE.

Là encore .Mgr de Paiicemont dut modérer le zèle de la sainte fondatrice, en lui faisant remarquer qu'il ne saurait y avoir deux Règles et en quelque sorte ^ deux troupeaux dans une communauté, et que les personnes appelées à une vie purement contemplative devraient chercher ailleurs, chez les Carmélites par exemple, la satisfaction de leurs désirs angéliques. Suivant ses conseils, madame Mole se contenta donc d'imposer le silence à toutes ses religieuses, hors les lieux et les heures de récréation, et sauf les nécessités de l'instruction et de la sitrveillance des enfants. Même réduite à ces proportions, cette obligation était encore si mortifiante, si pénible à la nature, que de toutes les prescriptions de la Règle, elle fut la plus difficile à maintenir et celle qui donna lieu aux plus nombreuses infractions. Pour les religieuses qui irétaient pas employées à l'éducation des enfants, c'était le silence perpétuel, sauf deux heures à peine sur vingt-quatre, et certes il faut une grande vertu, un grand esprit de pénitence et de sacrifice, une grande union intérieure avec Dieu, pour l'accepter résolument, la pratiquer joyeusement et n'y man^ quer jamais de propos délibéré.

Si donc la pensée première de madame Mole ne se trouva pas complètement réalisée dans son institut^ si elle dut renoncer en partie à son idéal, formulé en ces termes: « Il faut que le monde soit frappé de respect et d'admiration à la vue des grandes austérités de f'ette maison, et comprenne par là la nécessité de la pénitence, » on peut dire que l'esprit de mortifica-^ lion en demeura un des caractères essentiels, et qu'à

défaut de grandes austérités le monde put y admirer et y admira en effet de grandes vertus, des sacrifices généreux et unecliarité souvent héroïque. Cette charité qu'elle manifestait envers Dieu par des prières incessantes, par le silence presque continuel, et par les trois vœux annuels de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, se manifestait envers le prochain par la plus parfaite et la plus pénible des œuvres, celle de l'éducation des enfants et des pauvres. C'est le second caractère de l'institution des Sœurs de la charité de Saint-Louis, que nous allons étudier avec non moins d'édification que le premier.

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