CHAPITRE XÏV
CHAHITE ACTIVE DE L INSTITUT. — L INSTRUCTION DES ENFANTS. — SENTIMENT DE MADAME MOLE SUR CE POINT. — ÉTABLISSEMENT DES ATELIERS DE DENTELLE FOUR LES PETITES FILLES PAUVRES. — LETTRE DE MGR. DEPANCEMONT A POliTALlS — SI CCÈs. DE CETTE (H-.I'VRE.
Si madame Mole ii'eùl consulté (|iie ses goùls el l'instinct de sa piété, elle eût choisi pour elle et pour sa communauté une vie d'austérités extraordinaires, de silence et de solitude. Mais elle avait bien vite compris que Fesprit de pénitence revêt plus d'une forme, et que, parmi les mortifications celles delà chair ne viennent qu'au second rang. Si donc elle voulut, d'accord en cela avec Mgr de Pancemont, que ses filles spirituelles unissent la charité active à la prière et à la contemplation, ce fut, d'une part pour accomplir dans sa plénitude la parole évangéliquequi ne sépare pas P'amour actif du prochain de l'amour de Dieu, et de l'autre, pour trouver, dans le soin et l'instruction des enfants pauvres, un moyen nouveau et certain de mortification.
VIE DE >fADAME MOLE. 13d
Il n'est pas douteux en effet, que le soin continuel des enfants, spécialement des enfants pauvres, malgré l'intérêt sympathique et naturel qu'ils inspirent, ne soit pour ceux qui s'y vouent et surtout pour les religieuses une source inépuisable de peines, de soucis et de fatigue. Quand on a fui l'agitation et les ennuis du monde pour se livrer à l'amour souverain de .Jésus- Christ, il est dur d'abandonner cette paix pour retrouver, dans les enfants qu'on doit instruire, élever, corriger, punir, une image trop fidèle du monde qu'on a quitté. 11 est douloureux de ne pas s'appartenir, même pour se donner à Dieu, de rentrer dans cette suite d'efforts, de luttes, qu on appelle l'enseignement, d'avoir à combattre contre des tentations continuelles d'impatience, d'irritation, de colère même, et de se voir exposé à perdre ce calme surhumain, cette paix de l'âme qui est le premier bienfait de la vie religieuse. Tous ces sacrifices, acceptés dans un esprit de foi et de charité, se transforment sans doute et sont mêlés de douceurs et de joies surnaturelles. Mais ils n'en crucifient pas moins la nature, et il faut une grande vertu pour les accomplir avec douceur et sérénité jusqu'au bout.
En ouvrant sa maison de Vannes, berceau de sa communauté naissante, aux petites filles pauvres de la ville et des environs, le jour même où elle prit le voile avec ses premières compagnes, madame Mole ne se dissimula aucun de ces devoirs, aucune de ces , épreuves, et elle s'y livra avec la même ardeur qu'aux exercices de piété et aux offices de la vie religieuse. Elle comprit, et elle s'attacha, dés le principe, à faire
comprendre à ses filles qu'elles avaient charg> d'àmes, qu'elles étaient responsables devant Dieu el devant la société humaine, non-seulement de la piéti'^ et des bonnes œuvres des enfants qui leur étaient confiés, mais de leur développement intellectuel, de la culture de leur esprit, de leur industrie, et l'on peut admirer, en lisant ses instructions à ce sujet, l'élévation de ses vues et la fermeté de son langage, en même temps que la bonté de son cœur et la délicatesse de ses sentiments. On reconnaît dans cette supérieure de communauté la mère de famille qui s'était consacrée tout entière dans le monde à 1* éducation de ses propres enfants, et je recommande la méditation de ses conseils à toutes les mères chrétiennes, à toutes les personnes auxquelles incombe ce grand et difficile devoir.
<( La première chose, dit-elle, qui doive occupei* une personne chargée de l'éducation des enfants, c'est le soin de veiller sur elle-même. Votre exemple fera plus à un enfant que tous vos discours. Il doit trouver dans votre personne et votre conduite le modèle des vertus auxquelles vous désirez le former. Quelle autorité pourront avoir sur l'esprit d'un enfant vos avis ou vos corrections, quand il verra en vous les mêmes défauts que vous lui reprochez?
Xe reprenez jamais un enfant qu'avec justice et toujours aussi avec douceur. A moins que ce ne soit absolument nécessaire, ne le reprenez jamais dans le moment même de la faute : 1° pour l'ordinaire son esprit dans ce moment est mal disposé et ne recevrait pas d'une manière utile ce que vousfauriezà lui dire.
:i^ il serait très possible que Yous-méme fussiez un peu émue par la vivacité, l'impatience, et si l'enfant s'en apercevait, il perdrait le respect qu'il vous doit et ferait peu de cas de vos avis.
<( Si vous vous trouvez obligées d'imposer quelques pénitences à vos enfants, qu'ils voient qu'il vous en coûte d'user de sévérité envers eux, que vous ne le faites que pour leur grand bien, et après plusieurs avertissements.
^ Ayez soin dans vos pénitences de ne jamais humilier les enfants d'une manière trop pénible. Sans ce ménagement vous ne faites que les aigrir davantage, qu'augmenter leurs défauts loin de les corriger.
ft Que vos pénitences ne soient jamais qu'un remède appliqué aux défauts que vous voulez corriger, mais qu'elles ne puissent point avoir l'air dune vengeance de la faute commise. C'est ainsi que vous les rendrez vraiment utiles ou profitables. Mais usez-en le moins possible : c'est en les rendant très-rares qu'elles feront des impressions salutaires.
'c Étudiez le caractère de vos enfants et efforcezvous de gagner leur confiance, édifier en elles les vertus qui leur sont nécessaires, les corriger de leurs défauts, voilà ce dont vous êtes responsables à Dieu d'abord, ensuite à leur famille et même à la société. Songez, que dans les jeunes filles qui vous sont confiées, vous avez à former des âmes qui, comme vous, se consacreront au Seigneur, ou qui rentrées dans le monde, doivent y porter la bonne odeur de Jésus- Christ et y répandre les principes salutaires ei
l'amour de la vertu qu'elles auront puisés chez vous.
«Vous devez surtout chercher à imprimer dans le cœur de vos élèves l'amour de Dieu et de sa sainte Religion ; une grande douceur; beaucoup de modestie dans leurs pensées, leurs paroles, leurs actions, dans tout leur extérieur : c'est la vertu par excellence de notre sexe; rendez-les charitables, compatissantes pour leurs compagnes, apprenez-leur à supporter mutuellement leurs défauts ; obligez-les surtout à être sincères : rien de plus commun dans les enfants que la dissimulation qui ensuite devient fausseté ; craignez pour elles l'envie, la jalousie, et n'y donnez jamais lieu en laissant apercevoir quelques préférences..., enfin, inspirez à vos jeunes filles l'amour du travail des mains ; cela est très-important pour la suite de leur vie; carde même que l'oisiveté est la source de bien des vices, l'occupation est un grand préservatif. )>
Mais il estun autre devoir de quiconque veut exercer utilement ce sacerdoce de l'enseignement de la jeunesse,devoir que le monde accuse bien légèrement les religieuses de négliger, même de méconnaître, c'est celui de s'instruire solidement afin de pouvoir instruire les autres. Les exhortations de madame Mole à sa communauté naissante répondent éloquemment à cette accusation téméraire, et par l'esprit qui animait, dès le commencement de ce siècle, cette congrégation destinée à l'éducation de pauvres petites filles de la basse Bretagne, on peut juger de celui qui règne dans toutes les communautés du même o^enre.
Voici ce que madame Mole disait à ses premières religieuses dans une allocution très développée dont nous devons nous borner à citer quelques passages. — Après avoir indiqué qu'elles sont responsables du soin de Fesprit de leurs élèves, du soin de leur cœur, et du soin de leur corps, elle développe en ces termes le premier point.
*' Vous êtes chargées du soin de leur esprit
pour leur donner l'instruction nécessaire, pour leur apprendre à connaître, à aimer, à servir Dieu pai' la pratique de notre Sainte Religion. .Mais à cette insti uction, vous devez joindre celle qui leur est nécessaire pour êtes utiles à la société dont elles sont membres dans la classe où la divine Providence les a placées.
« Rien de votre part ne doit être négligé pouidévelopper leiu' intelligence, ouvrir leur esprit à la lumière, et former leur raison. Cette faculté de l'esprit et de la raison n'est-ellc pas la plus belle de toutes celles que Dieu nous a données ? Or, si c'est un devoir pour chacun de nous de ne pas enfouir un talent aussi précieux, il n'est pas moins commandé à ceux qui sont chargés du soin de la jeunesse de ne rien négliger pour lui en faire connaître le prix et la mettre à portée d'en faire un bon usage pendant toute sa vie. Oui, l'instruction, la culture de l'esprit et de la raison sont les plus grands services de charité que l'on puisse rendre à ces pauvres enfants, ceux auxquels nous devrions nous porter avec le plus
de zèle Si vous n'avez pas assez d'instruction
vous-mêmes,il faut que vous travailliez à en acquérir:
i4U VJE \)K MADAME MOl.É.
c'est pour vous un devoir essentiel et rigoureux dans l'état que vous avez embrassé. Notre sainte Règle ne fait-elle pas, dans un de ses premiers articles, un précepte â chacune de nous de se mettre en état d'instruire les enfants? Si nous avions été exactes, depuis que nous sommes dans cette maison, à nous acquitter de ce devoir, serions-nous aujourd'hui aussi incapables que nous prétendons l'être? Que ne
puis-je vous en faire sentir la nécessité pour vousmêmes autant que pour le prochain ? Oui, toutes sans exception, vous êtes obligées, comme chrétiennes d'abord et ensuite comme voulant embrasser l'état religieux dans cette maison, de vous instruire autant qu'il vous sera possible, et vous devez le faire avec zèle, courage et satisfaction, regardant cette étude comme un de vos devoirs principaux. . . Travaillons donc, ajoute-t-elle en terminant; je vous aiderai de mes avis et de mes prières, et j'ose espérer de la miséricorde de Dieu,pour l'amour duquel nous allons nous livrer à ces travaux, qu'il daignera bénir notre bonne volonté et faire que son divin Esprit répande en nous ses lumières pour éclairer notre entendement, en même temps qu'il embrasera nos cœurs d'un nouveau zèle. ^>
Voilà dans quel esprit madame Mole envisageait l'éducation des enfants et quelle direction elle donna dès le principe à son institut pour l'accomplissement de cette grande œuvre. Voilà, pouvons-nous ajouter, dans quel esprit les Sœurs de la charité de Saint-Louis s'y sont toujours livrées, et ont donné, de tout temps et dans toutes leurs maisons, l'exemple de maîtresses
MK hi: MADAME MOLK. lU
âges, bonnes, instruites, pénétrées de la charité de .lésus-Chrisl, respectant dans leurs jeunes élèves ! image de ce divin Sauveur, et les formant avec un iévouement infatigable, à cette céleste ressemblance. Nous pouvons dire, avec une égale vérité, que leurs • 'lèves se sonttoujours montrées dignes de telles maiiresses, que beaucoup d'entre elles se consacrent à Dieu, et que les autres sont très-recherchées comme •Hivrières ou femmes de chambre dans les meilleures maisons du i)ays. Dès l'origine, dans un document au >e trouve retracé l'historique de la fondation de la maison de Vannes, Mgr de Pancemont rend à leur do- 'iUtéetà leursprogrès dans la vertu commedans l'instruction, un éclatant témoignage. Ce document précieux est un rapport adressé par le pieux prélat à M. Portails, ministre des cultes, en 1804, alors qui! poursuivait avec madame Mole la reconnaissance officielle delà communauté naissante. Il fait ressortir sur tout le caractère social, populaire et moralisateur de l'œuvre, en laissant dans une ombre prudente ce qui dévoilerait trop clairement le caractère religieux de la communauté directrice. Quelques citations de cet écrit feront connaître parfaitement ce qu'était, lors de son établissement, la maison de charité fondée à Vannes par madame Mole, comme partie intégrante de son Institut, On comprendra que, si l'évéque parle de cette fondation comme de son œuvre personnelle, c'est dans le but d'en faciliter la reconnaissance par le gouvernement en la présentant comme dépendant de lui et lonctionnant sous sa responsable lité.
142 VIE Di: MADAME MOLE.
« Depuis longtemps dit Mgi' Pancemont, je gémissais sur la déplorable éducation du peuple, et j.e méditais sur les moyens à employer pour remédier à ces maux. Je ne pouvais me dissimuler qu'il en fallait chercher la cause dans la corruption des mœurs, qui, des premières classes de la société, était descendue par degrés jusqu'à la dernière, c'est-à-dire à la masse de la nation.
(' .l'étais rempli de ces pensées lorsque je fus nommé àrévêché de Vannes. Je crus cjue je pourrais y réaliser mes projets et qu'ils ne seraient pas sans utilité. Le peuple y est bon et facile à porter aubien, mais fort ignorant... Sans négliger la génération présente, je crus que je devais travailler à en former une nouvelle en prenant un soin particulier des enfants.
« Mes vues s'étendaient aux deux sexes. Mais lueutôt je sentis la grande ditïiculté de rien faire de stat)le pour les garçons. La proximité des côtes, le nombre des ports de mer, le cabotage et les besoins de la marine les rendent utiles de très-bonne heure.
K Je me bornai donc aux petites filles qui excitaient d'autant plus ma pitié que ce sexe participe au vice dominant du pays, l'ivrognerie... Je pensai que ce serait faire un grand bien que de soustraire ces jeunes infortunées à de si dangereux exemples, de lesaccoulumer au travail et de leur donner l'instiiiction convenable à leur sexe. A cet effet, j'établis un atelier de dentelles, et cet établissement est d'autant plus utile que ce pays est sans industrieel n'offre pas une seule m ami fa dure.
« Les enfants admises dans cet atelier habitent dans la maison, y sont nourries, entretenues gratuitement, formées au travail et à la vertu : et après cinq ans d'éducation, elles entreront dans le monde, sachantliie, écrire, calculer, formées au travail, à la politesse, à la vertu, pr.opres à devenir d'excellentes femmes de ménage et des mères capables de bien élever par ellesmêmes leurs enfants... leur nombre, qui n'est actuellement que de soixante-dix, sera porté à cent-vingt...
« Dans la maison acquise et aménagée pour
les recevoir, on voit des salles de classe, des salles de travail et un atelier bien éclairé, deux vastes dortoirs où chaque enfant a son lit, des cuisines, deux grands corridors environnés chacun de vingt chambres, une boulangerie, un grenier à blé, une infirmerie, ces trois édifices bâtis à neuf et exposés à l'airprès d'un jardin et d'une prairie... Les demandes en admission se multiplient sur tous les points du diocèse, et si j'avaispurecevoirtous les enfants qui se présentaient, j'aurais aujourd'hui plus de cinq cents jeunes filles occupées à travailler.
« Les progrès que cet établissement a faits
depuis dix-huit mois (époque de la fondation; sont surprenants et surpassent beaucoup ce que je m'en étais promis. L'émulation qu'on inspire aux élèves les a tellement attachées au travail qu'on est souvent obligé de les forcer à quitter leur métier pour prendre la récréation nécessaire àcet âge. Aussi leur ouvrage, quoique exécuté avec beaucoup de promptitude, ne laisse rien à désirer, ni pour la propreté, ni pour
Ii4 vu: DE MADAMt: MOLE.
l'élégance, ni [jour le goût. Plusieurs envois ont été faits à Paris, où ils ont été bien accueillis, et il y a lieu d'espérer que l'atelier de Vannes finira par rivaliser avec les meilleures manufactures de ce genre. • « Pendant que les enfants étaient encore externes, j'étais peu satisfait de leur conduite... Mais depuis qu'elles sont à demeure dans la maison, leurs progrés dans le bien sont aussi sensibles que l'avaient été leurs progrès dans les ouvrages manuels. Elles se dépouillent à vue d'œil de leur grossièreté, de leur ignorance, et elles substituent à ces défauts la politesse, la modestie, la douceur et les autres vertus qu'on tâche de leur inspirer.
« J'avais le plus grand désir de trouver une
supérieure digne d'étremise à la tête de cet établissement naissant et sur laquelleje pusse compter comme sur moi-même. J'ai eu le bonheur de trouver ce que je désirais dans la personne de madame de Lamoignon veuve de monsieur Mole de Champlàtreux, qui a été la fondatrice de cette maison conjointement avec moi. Elle a consacré à cette bonne œuvre sa personne, sa fortune et ses talents. Elle a madame sa mère avec elle.
« Déjà dix-sept dames, animées dumême esprit de religion et de charité, se sont jointes à elles et forment une association de vertus utiles au prochain. Tous les moments de leur journée sont employés, après les devoirs rendus à Dieu, qui seul inspire une charité constante, au service des enfants etàleurins^ truction: et en voyant leur attention, j'ai presque dit
leur tendresse pour leurs élèves, ofisfirait tenté de les regarder comme leurs véritables mères. %
Telle était, dès 1804, c'est-à-dire moins de deux ans après la fondation de la communauté des Sœurs de Saint-Louis, la situation de l'œuvre de madame Mole et de la maison qui abritait à la fois ses filles spirituelles et ses enfants d'adoption. Dix-sept religieuses., dont plusieurs faisaient encore leur noviciat, se consacraient à la prière, à la vie pénitente que nous avons décrite, et à l'éducation de 70 petites filles pauvres, avec un succès qui faisait l'admiration du peuple de Vannes comme de son premier pasteur. Madame Mole inspirait tout de son esprit, soutenait tout par ses leçons comme par ses exemples, et se montrait partout la première par le zèle, par la charité, par une bonté accomplie dans une extrême austérité, vraie supérieure, vrai modèle et vraie mère de tout ce petit peuple placé sous son autorité.
C'était une dure vie que celle de ces premières Sœurs de Saint-Louis, et devant ce labeur incessant de la direction des classes succédant aux ofllces du chœur, des soins physiques ou moraux à donner à ces petites filles chez qui tout était à former ou à réformer, plus d'une santé s'altéra, plus d'une existance se brisa, plus d'une vocation aussi chancela. Les novices accouraient en foule, mais un petit nombre demeurait, tant l'épreuve dépassait les forces d'une vertu et d'une piété ordinaires. Quelle assiduité, quelle vigilance, quel dévouement ne leur fallait-il pas pour suffire à tous les soins qu'exigeaient
l'àme et le corps de ces pauvres enfants? Quel esprit de foi et de sacrifice pour ne pas se rebuter dans une besogne parfois si répugnante à des natures tendres et délicates î Ah ! cette maison, avec son apparente simplicité de vie, était bien une maison de pénitence et d'expiation. La pieuse fondatrice le rappelait sans cesse à ses filles, etleur mettant sous les yeux rameur de Jésus-Christ pour les enfants et pour les pauvres, elle leur répétait avec son angélique charité : « Si répoux divin leur a témoigné une si grande tendresse,
que ne doivent pas faire ses épouses ? Ces enfants,
leur disait-elle encore, seront nos introducteurs auprès de Jésus-Christ, à qui nous pourrons rappeler avec confiance cette parole qu'il a dite : « Tout ce que vous ferez à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous le ferez î y>
L'atelier de charité de la maison de Vannes, maison mère de l'Institut et modèle de toutes les autres, est encore tel aujourd'hui, sauf la fabrication de la dentelle, que le décrit Mgr Pancemont dans l'exposé que nous venons de citer. Il ne fit que se développer avec le temps. En 1816, madame Mole écrivait au ministre des cultes : « Dans ma maison je reçois des petites filles pauvres auxqU':41es on fournit tout, eu maladie et en santé. Mon but a été de leur inspirer des principes de religion, de les préserver ou retirer de la corruption du siècle, et de leur faire aimer et pratiquer dés leur enfance la morale de l'Évangile et les vertus chrétiennes ; puis de leur apprendre à lire, à écrire et à calculer. Afin de les accoutumer
au travail, j'ai établi deux manufactures, Tune de dentelles et l'autre de filature de coton, plus une fabrique d'étoffes de coton. Le succès a surpassé mon attente. »
Le zèle de madame Mole ne se borna point à Téducation des petites filles pauvres reçues et entretenues dans sa maison conventuelle. Dès les premiers mois de sa fondation, elle adjoignit à cette pi'emière œuvre, qui eût suffi à une came moins enflammée deTardeur du bien, des classes pour les enfants du dehors, classes gratuites comme tout le reste, et aussi un pensionnat pour les jeunes filles d'une condition plus aisée. Ce pensionnat n'était pas, dans sa pensée et ne fut jamais en fait, un moyen d'ailleurs parfaitement légitime, de créer quelques ressources à la communauté. La rétribution y était modique, suffisant tout juste à en payer les frais, et voici en quels termes Mgr de Pancemont en fait mention dans son rapport à Portails: « L'établissement de Vannes présente aussi une ressource à des parents bien nés, mais que le malheur des temps a réduits à l'impossibilité de donner à leurs enfants une éducation convenable. On y a établi, séparément des enfants entretenues gratuitement, un assez vaste pensionnat, où, pour une modique pension, les jeunes filles trouvent des maîtresses qui leur apprennent la lecture, l'écriture, le calcul, la géographie, la grammaire, l'histoire, les différents ouvrages qui leur conviennent et les règles des bonnes mœurs. » Ce pensionnat était encore, on le voit, une œuvre de bienfaisance destinée à pour-
Ii8 VIK DK MADAME MOI.K.
vnir à (les besoins urgents et parliculièrement clignes d'intérêt, en présence de toutes les ruines qu'avait faites la Révolution .
Ainsi la charité de madame Mole avait songé, avait pourvu à tout, et cette humble maison de Vannes, fondée pour être un asile de prières, de pénitence et de réparation, se trouvait en même temps, par cette force d'expansion que Dieu a mise dans toutes les œuvres qui viennent de lui et qui ramènent à lui, un foyer admirable de lumière, de travail, d'enseignement intellectuel et moral, au sein d'une population que les crimes et les folies révolutionnaires avaient déshéritée de tous ces bienfaits. Peuple et magistrats tout le monde louait: les Sœurs de Saint- Louis, les admirait, les proclamait les bienfaitrices de l'humanité. Les applaudissements du monde que madame Mole avait voulu fuir en venant ensevelir ses jours au fond d'une province lointaine la suivaient dans son humble retraite. Nouvelle et touchante réalisation de cette grande ijarole de l'Évangile : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu, et le reste vous sera donné par surcroît. »
rv