CHAPITRE XXI II
)ERNIÈRE MALADIE DE MADAME MOLE. — SA MOHT, SES OBSÈQUES. — SON TESTAMENT. — LETTRES DE MONSIEUR xMOLÉ. — GUÉRISONS OBTENUES PAR L'INTERCESSION DK LAMÈRE SAINT-LOUIS.
Après ce que nous venons de raconter et de citer de nadame Mole, nous n'avons plus, on Ta compris, ju'à raconter ses derniers moments et sa mort. Ses nfirmitéslongtempsstationnaires avaient pris depuis iinq ans un développement inquiétant, et les effets si louloureux de sa maladie de cœur se faisaient péni- Dlement sentir. Peu à peu il lui fallut modérer son activité, renoncer à une partie de ses travaux, garder plus souvent la chambre, et, privation plus sensible pour elle que toutes les autres, se priver de la communion quotidienne. Ce pain des anges dont elle se nourrissait tous les jours depuis vingt-cinq ans, comme elle le disait elle-même, l'alimeut de sa vie spirituelle, la consolation de ses épreuves, la source de ses joies surhumaines, ne lui fut plus donné qu'à
308 vin: de madame uulk.
certains jours qui allaient s'éloiguautde plus en plus. Les nécessités de sa maladiejes ordres des médecins auxquels elle obéissait avec son humilité habituelle, l'obligeaient de rompre lejeùne ecclésiastique, et elle ne pouvait se consoler de l'absence du divin consolateur. Elle s'y résignait cependant, puisque c'était la volonté de Dieu, mais sans la communion, la terre lui apparaissait de plus en plus comme un lieu d'exil et dans les longues méditations qui remplaçaient maintenant pour elle les fonctions actives du gouvernement, les yeux de son âme étaient sans cesse fixés sur le Ciel.
A quel moment commença ce qu'on a coutume d'appeler la dernière maladie, il est difficile de le préciser. Dans ces maladies organiques, on avance pas à pas, jour pour jour, vers le tombeau, et un matin, on se trouve en danger imminent de mort, sans qu'aucun accident apparent soit survenu depuis la veille. H en fut ainsi de la Mère Saint-Louis: un jour arriva où l'enflure de son corps, l'aspect de son visage, ce je ne sais quoi de formidable et de solennel qui annonce l'approche de la mort frappèrent les médecins, les sœurs qui la soignaient et, avant tous les autres, madame de La moignon, sa mère. Cette sainte femme qui avait tout quitté pour ne pas quitter sa chère Louise, qui avait vécu de sa vie depuis son entrée en religion, menant elle-même à s€S côtés, presque sous ses ordres, l'existence d'une religieuse, âgée déjà de prés de quatre-vingt-cinq ans, devait avoir le chagrin de la perdre et de lui survivre.
mi: DK MAliAMt MOLK. "ÎOU
Elle eul du iiioius la consolatiou de la soigner jusqu'au dernier moment, de se dire qu'elle ne tarderait pas à la rejoindre.
Les souffrances de madame Mole devenaient intolérables. Ceux qui ont été témoins de ces spasmes, de ces étouffements horribles des maladies de cœur arrivées à la période suprême, se rendront compte de ce qu'elle dut souffrir. Toujours résignée et douce, toujours victime, suivant l'habitude et le vœu de son àme, elle acceptait tout comme un bienfait, de la main du divin Époux. Quand les crises étaient plus violentes, elle prenait le petit crucifix qui, autrefois, avait été le compagnon et le consolateur de ses angoisses dans les prisons de la Terreur, et qui ne l'avait jamais quittée depuis. Elle le portait à ses lèvres, le pressait sur son cœur et unissait ses souffrances à celles de son cher Sauveur. Si on la plaignait, elle vous regardait avec un air de résignation qui voulait dire : Dieu est le maître. Lui disait-on qu'on allait prier ce Dieu bon et puissant d'apaiser ses souffrances et de lui rendre la santé, elle répondait d'une voix faible : « Demandez plutôt que sa volonté soit faite. »
Quelque temps avant sa mort, ses Filles qui, soit par leur éioignement de Vannes, soit par leurs fonctions, ne pouvaient être admises à l'approcher, lui ayant fait exprimer leur peine de ne plus la voir au milieu d'elles et d'être privées de ses leçons et de ses exemples, elle voulut leur donner un dernier témoignage de sa tendre charité en Jésus-Christ. Elle ras-
sembla dune :5es forces, et parvint, après beaucoup d'efforts et en s'y reprenant à plusieurs fois, à leur écrire une lettre qui a été conservée avec un soin pieux dans les archives de la communauté et qu'on peut considérer comme le testament et l'adieu de la fondatrice, de la supérieure, de la mère de famille, à ses filles spirituelles.
« Mes chères et bien-aimées Filles, je reçois avec une vive sensibilité les nouveaux témoignages que vous me donnez de votre attachement. Vos cœurs sont bien affligés de voir votre mère dans un état continuel de souffrances. Ah! croyez que le sien ne Test pas moins profondément d'être privée du bonheur qu'elle aurait d'être au milieu de vous.
« Bénissons la main toujours paternelle de Dieu. Lors même qu'il nous frappe, adorons les desseins de sa divine Providence et soyons-y soumises.
'x Tant qu'il m'en a donné la force et les moyens, j'jii cherché à vous être utile. A présent qu'il m'a clouée sur un lit de douleurs et que je ne puis plus rien que souffrir, croyez bien que je lui offre encore souvent mes souffrances pour vous. Puisse-t-il répandre sur vous de plus en plus ses bénédictions, et vous faire marcher avec une nouvelle ardeur dans les voies de régularité, d'obéissance, de charité, des vertus en un mot qui conviennent à votre saint état. Tels sont les vœux que je lui offre pour mes chères et bien-aimées enfants. — Votre Mère Saint-Louis.»
Ce fut la dernière exhortation, la dernière parole de madame Mole à la communauté qu'elle avait fondée
il les vœux de la sainte mourante ont été exaucés. — )epuis ce moment,elle ne s'occupa plus qu'à paraître levant Dieu, et n'eut plus de rapports en ce monde [u'avec son confesseur M. le Gai, M. l'abbé Jarry, 'aumônier de la maison de Vannes, sa mère et 'hérèse Prévoteau qui ne la quittaient pas, et les [uelques sœurs admises, dans l'intervalle de ses rises, à venir prier un moment auprès de son lit.
Trois semaines environ avant sa mort, elle eut à outenir un dernier assaut du démon. Son âme lassa par le jardin de l'agonie, et des pensées de lésespoir, de découragement, d'abandon de Dieu, 'accablèrent pendant quelques heures. Elle poussait ntérieurement le cri du Sauveur sur la croix : « Mon )ieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné?» ue fut un dernier trait de ressemblance qu'elle eut ivec son bien-aimé Seigneur, et comme un eflet ;uprême du pacte qu'elle avait fait avec la croix en ;e donnant tout à Dieu. Puis la tentation s'éloigna 30ur ne plus revenir, les flots agités de son âme se calmèrent pour jamais, et elle connut la douceur de jette grande et surnaturelle tranquillité qui, à la parole le Jésus-Christ, succèdeaux horreurs de la tempête. Depuis ce moment jusqu'à sa mort, la sérénité de son ^egard, le sourire de ses lèvres, l'air animé de son dsage, révélaient à tous les yeux la paix céleste de jon cœur et donnaient aux témoins de ses derniers lours l'espérance et l'assurance sensible de la bientieureuse éternité qui l'attendait.
Le 2o février 1825, sa faiblesse parut si grande
quuji lui douiia les derniers sacrements. Elle les reçut avec une foi profonde, une paix et une charité admirables. Alors, elle eut quelques jours de délire, et quand elle en fut sortie, elle dit d'une voix mourante à M. Tabbé Jarry, qui se trouvait près de son lit : (' Le bon Dieu me frappe dans le physique et dans le moral; que son saint nom soit béni! » Cette parole d'humilité et d'abandon fut presque sa dernière parole. Elle passa quelques jours encore n'ayant plus qu'un souffle de vie, les yeux ou fermés ou fixés sur le crucifix, respirant toujours la plus parfaite sérénité.
Enfin, le 3 mars, elle entra dans une douce agonie. La connaissance lui fut conservée jusqu'au dernier moment, et elle témoignait encore de sa tendresse et de sa gratitude à ceux qui fentouraient par de faibles serrements de main. Sa mère, madame de Lamoignon, l'assista jusqu'au bout. M. le Gai penché sur sa couche lui parlait encore de Dieu. Ses filles agenouillées dans la chambre priaient et pleuraient. Ce fut au milieu de ces prières, de ces bénédictions et de ces larmes quelle rendit son âme à Dieu, le 4 mars 1825, vers deux heures du matin. Elle était âgée de soixante et un ans et cinq mois, et avait fait sa profession religieuse vingt-deux ans auparavant, presque jour pour jour.
Dans sa communauté tout le monde la pleura comme la plus tendre des mères. Les larmes des orphelines élevées dans la maison s'unirent à celles des religieuses et coulèrent bien longtemps après sa
mort. Quant aux prières, files ne Ini manquèrent point, mais ses Filles se sentaient plutôt portées à la prier qu'à prier pour elle, et toutes avaient la persuasion intime que son âme, ornée de tant de mérites, accompagnée de tant d'œuvres admirables et purifiée par les souffrances de sa longue et cruelle maladie, était entrée en possession immédiate du Dieu qu'elle avait tant aimé et tant fait aimer sur la terre. Ses funérailles eurent lieu avec la simplicité qui convient à une religieuse, pauvre volontaire, servante des pauvres et épouse d'un Dieu crucifié. Elles eurent pour ornements les larmes des assistants. Le chapitre de la cathédrale et les directeurs du séminaire de Vannes voulurent y assister pour honorer cette grande et sainte mémoire. M. le Gai qui présidait aux obsèques pleurait si abondamment,malgréson austérité habituelle3 que nul n'osa au sortir de la cérémonie lui adresser la parole de peur de troubler sa douleur. Le corps de la Mère Saint-Louis fut enterré dans la chapelle funéraire qu'elle avait fait construire à l'extrémité du jardin et où l'attendait depuis dix-huit ans la dépouille mortelle de Mgr de Pancemont. Son cœur, embaumé par les soins de madame de Lamoignon, fut enfermé dans un reliquaire d'argent et placé dans une grande salle de la communauté, dite salle des reliques, où se trouvait déjà le cœur de Mgr de Pancemont. Dans cette salle, qui sert de nos jours aux exercices de la communauté, se trouvaient déjà les reliques de saint Louis, patron de l'Institut et de la fondatrice, d'autres reliques de saints, une portion
de la vraie croix que madame Mole avait reçue jadis des religieux franciscains de Terre-Sainte,et une parcelle de la sainte couronne d'épines.
Outre le cœur de sa fondatrice, la communauté possède une mèche de ses cheveux que madame de Lamoignon avait fait encadrer et entourer d'un ruban d'or sur lequel sont gravés ces mots : « Ils sont plus précieux pour moi que l'or et les pierreries. »
La pieuse mère de madaoïe Mole ne voulut point quitter la maison de Vannes où on l'aimait et on la vénérait presque à l'égal de la fondatrice elle-même. Elle n'avait pu, à cause de son âge et de sa douleur, accompagner sa chère fille jusqu'à sa dernière demeure. Pendant Tinhumation, elle était restée à la chapelle de la communauté, répandant devant Dieu ses prières et ses larmes, jusqu'au retour des Sœurs qui la reconduisirent ensuite à sa chambre. Là, répondant à leurs interpellations anxieuses sur ce qu'elle allait faire, elle leur dit en pleurant : « Soyez tranquilles, mes chères petites, je resterai toujours avec vous près de la tombe de ma fille. »
Elle y resta en effet, continuant à suivre autant que son grand âge le comportait, les exercices de la communauté, et elle y mourut doucement et saintement au mois d'août 1831, six ans et demi après sa fille, âgée de quatre-vingt-onze ans. Son souvenir est resté vivant clans l'Institut comme celui de madame Mole, et on l'y appelle comme autrefois, notre bonne Mère de Lamoignon. Elle fut inhumée à côté de sa fille, et leurs tombas reçoivent
chaque jour la visite des Sœurs de Saint-Louis qui viennent s'y prosterner après leur récréation.
La chapelle funéraire est simple, mais pieuse, et respire la paix du ciel, La pierre tombale de Mgr de Pancemont est devant Tautel, celles de madame Mole et de madame de Lamoignon sont placées à sa droite et à sa gauche. A côté est la tombe de M. l'abbé Jarry, le premier compagnon de madame Mole quand elle arriva à Vannes pour acheter la maison, qui fut aumônier de la communauté depuis la mort de Mgr de Pancemont en 1807 jusqu^en 1846, et qui mourut, plein de jours et de mérites, au milieu de ses chères Filles de Saint-Louis.
On a pu remarquer que dans le récit trèssuccinct, faute de documents, que je viens de faire des derniers moments et des obsèques de madame Mole, rien n'indiquela présence de ses enfants. Le vicomte de Lamoignon, son frère et son gendre, était déjà très-souffrant à cette époque, d'une blessure à la jambe reçue à Quiberon, qui s'était rouverte après plus de vingt-cinq ans et dont il devait mourir deux ans plus tard. Son absence s'explique donc d'ellemême. Quant à celle de M. Mole, nous en ignorons la cause, mais la lettre qu'il écrivit à la supérieure des Sœurs de Saint-Louis après la mort de sa sainlemére semble indiquer un état de santé qui, joint à ses graves occupations politiques, l'expliquerait également. Il est probable d'ailleurs que, dans le cours de cette longue maladie qui, pendant plusieurs mois, tint constamment madame Mole en danger imminent
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de mort, ses enfants vinrent recevoir ses bénédictions et ses adieux suprêmes; et s'ils ne revinrent point assister à ses funérailles, peut-être fût-ce pour obéir à un désir de la mourante, désir dicté par l'esprit d'humilité, de pauvreté et de détachement qui faisait d'elle une parfaite religieuse.
Quoi qu'il en soit, les relations entre les enfants et la mèxe, telles que nous les avons racontées, et ce qui se passa après la mort de madame Mole, ne permettent point de mettre en doute un seul instant les sentiments de tendresse et de piété filiale que M. Mole et sa sœur témoignèrent jusqu'à la fin àleurmère.La lecture du testament qui leur fut immédiatement envoyé, et que nous allons i^eproduire en son entier, et la réponse de M. Mole à cette communication mettent en pleine lumièi^e la confiance et l'affection mutuelle de la sainte femme et de ses enfants, et montrent de quelle vénération ceux-ci entouraient la mémoire de leur mère.
« En présence de la très-sainte et adorable Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, après avoir recommandé mon âme à Dieu, et l'avoir supplié, par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de me faire la grâce de continuer à vivre et de mourir dans le sein de notre sainte Mère l'Église catholique, apostolique et romaine, voulant prévenir le moment de ma mort, j'ai résolu de faire connaître à mes enfants, dans ce testament, mes sentiments, afin qu'ils en profitent, et mes dernières volontés pour qu'ils s'y conforment religieusement.
« Oui, mes chers enfants, puisque le Ciel m'a destinée à terminer ma pénible carrière loin de vous, et qu'un des sacrifices qu'il me demande est de ne vous avoir pas près de moi dans mes derniers instants pour vous parler en mère chrétienne et bien tendre, je confie aujourd'hui au papier les secrets de mou cœur; ils vous seront transmis après ma mort, et j'espère qu'ils ne feront qu'augmenter le respect et la tendresse que vous avez toujours témoignés à votre mère.
« En me sép.ii ant de vous, mes chers enfants, pour iïL!ensevelir dans une retraite profonde, n'en doutez pas, j'ai fait à Dieu le plus grand sacrifice. Serait-il possible que vous n'en fussiez point convaincus, après les marques de tendresse que je n'ai cessé de vous donner tant que j'ai été au milieu de vous ?
« Prévenue, dés ma plus tendre jeunesse, des grâces du Ciel, la solitude et la retraite eurent toujours pour moi des charmes et furent l'attrait de mon cœur ; cependant mes parents, dès l'âge de quinze ans, m'unirent à l'homme le plus vertueux, comme aussi le meilleur: que vous êtes malheureux de n'avoir pu le connaître davantage ! Les exemples de foi qu'il vous aurait donnés, ainsi que de toutes les vertus chrétiennes et sociales, qu'il possédait si éminemment, auraient été pour vous des leçons bien touchantes et bien convaincantes : Dieu l'a appelé à lui, et j'espère, de la manière religieuse et héroïque dont il a terminé sa carrière, qu'il a reçu le prix de ses bonnes œuvres. Cette espérance seule fait ma consolation; il est
réuni dans le ciel, j'en ai la confiance, à ceux de nos enfants qui Font précédé ; travaillons à les rejoindre un jour. Le ministre de la religion qui vint m'annoncer la perte que je venais de faire de mon époux reçut, au même instant, le sacrifice que je fis à Dieu de ma libertés! cruellement recouvrée, sacrifice dont l'accomplissement ne fut retardé que par les soins que je devais à l'éducation de mes enfants et à leur établissement. Aussitôt que j'eus rempli ces devoirs, je ne m'occupai plus qu'à consacrer à Dieu et à la charité le temps qu'il me laissait encore à passer sur cette terre, que je n'ai jamais conaidérée que coaime une terre de passage et d'exil.
« Croyez-vous, mes chers enfants, avoir été étrangers au parti que j'ai pris? Vous vous tromperiez bien. Je vous voyais établis dans le monde, au milieu de tout ce qui s'appelle bonheur et prospérité : mais votre mère, désabusée du bonheur du monde qu'elle avait goûté, et dont elle avait reconnu la vanité, remplie des pensées de l'éternité, craignait pour ses chers enfants.
« Que pouvait-elle? sinon accomplir des bonnes œuvres, faire des sacrifices et les oflVir à Dieu, pour attirer sur eux les bénédictions du Ciel : voilà ce qui m'a occupée sans cesse dans l'œuvre sainte et religieuse à laquelle j'ai sacrifié mon existence et ma personne. Je conjure mon fils et ma fille, que j'ai toujours aimés avec une tendresse dont j'espère que la divine Providence leur fera éprouver quelques salutaires effets, de conserver la
mémoire d'une mère qui a bien souffert, mais qui souffrirait encore davantage, de bien bon cœur, si elle pouvait par ses souffrances, assurer leur bonheur dans l'autre vie, dans laquelle ils trouveront la félicité qu'ils chercheraient en vain dans ce monde.
Oui, mes très-chers enfants, n'oubliez jamais les leçons, les exemples de piété que j'ai cherché à vous donner. Vivez et élevez vos enfants dans un inviolable attachement à la foi de vos pères et à TÉglise cathoHque, apostolique et romaine.
«Je prie mon gendre et mon frère de n'oublier jamais qu'en lui donnant ma fille, j'ai dû m'attendre à trouver en lui les sentiments d'un bon fils ; il ne peut m'en donner un témoignage plus précieux qu'en continuant de se consacrer au bonheur de sa femme.
« Je recommande à mes enfants et spécialement à mon fils, de s'intéresser et de protéger, de tout leur pouvoir, mes pauvres maisons de charité, et de considérer que, si j'ai employé mon petit patrimoine (dont ils n'avaient pas besoin et qui n'eût pas augmenté leur fortune) à former ces établissements, ils renferment des autels d'où s'élève incessamment l'encens de la prière pour leur père, pour moi, pour eux et pour leurs enfants, et que, dans leur enceinte, repose ma cendre. Respectez-les, mes tendres enfants, et accomplissez religieusement les dernières volontés de votre mère.
«Je donne et lègueà l'établissement de charité que j'ai fondé à Vannes, dit du Père-Éternel, la maison
350 VIE Di: MADAME MOLE.
qu'il occupe avec tous les meubles et eflets mobiliers généralement quelconques, qui s'y trouveront à mon décès sans aucune réserve.
« Je donne et lègue à l'établissement d'Auray tout ce qui, à mon décès, pourra s'y trouver m'ayant appartenu, sans en rien retenir.
Je conjure mon fils et ma fille, au nom de la tendresse que j'ai toujours eue pour eux, et que je ne doute pas qu'ils m'aient rendue, d'abandonner au soutien de mes établissements ce qu'ils pourraient encore trouver, lors de mou décès, des débris de ma petite fortune. Pourriez-vous, mes enfants, assez peu respecter et chérir ma mémoire, pour ne pas vous faire, je ne dis pas seulement un devoir, mais une consolation, un honneur de consolider, par \m si léger sacrifice, l'œuvre de votre mère?
« Voudriez-vous rendre à l'infortune, à la misère, un si grand nombre de malheureux que votre mère a eu la consolation d'en retirer? Non, vous n'en seriez pas capables. Héritiers des vertus de votre père, religieux observateurs des dernières volontés de votre mère, vous vous déclarerez les protecteurs, les pères de ces établissements; vous leur abandonnerez tout ce que votre mère aura laissé à son décès, de fortune, et ils trouveront en vous des appuis solides qui ne les abandonneront jamais.
«Les lois, je le sais,ne m'autorisent pasà disposer en entier du peu que je possède ; mais, mes bien chers enfants, j'invoque, dans ce moment, une loi bien plus précieuse, et que je ne doute pas qui ne
soit gravée dans vos cœurs, celle du respect et de la tendresse filiale ; écoutez-la, et elle vous dira de consolider, par cet acte de générosité, l'œuvre de charité que la piété de votre mère a élevée, qui a fait sa consolation sur la terre, et qui, je l'espère, lui aura peut-être fait trouver miséricorde devant Dieu, tout indigne qu elle en est. Par ce don, vous attirerez sur vous et sur vos enfants, les bénédictions de Dieu, non-seulement pour cette vie mais pour l'éternité bienheureuse. Ce sont les bénédictions du pauvre qui nous ouvrent les portes du ciel ; ce sera en continuant, après ma mort, cette œuvre de charité, que nous pourrons espérer de nous réunir un jour dans notre véritable patrie.
« Telles sont mes dernières volontés, mes'derniers sentiments que je veux qu'ils soient ponctuellement exécutés.
« Fait à Vannes le vingt-sept novembre mil huit cent dix.
<t Signé: Lamoignon,veuveMolédeChamplâtreux.»
Après avoir pris connaissance de ces pages si pleines de tendresse maternelle et qui renfermaient un appel si touchant et si confiant à leur respect filial et à leur charité, M. Mole et sa sœur n'hésitèrent pas un instant. Depuis longtemps déjà, ils connaissaient les actes et les désirs de leur mère ; ils savaient que Tavenir de ses établissements pieux et charitables reposait sur l'exécution de ses dernières volontés,
3^2 Mt DE MADAME MOLE.
et il est hors de doute qu'ils avaient acquiescé d'avance à l'emploi qu'elle avait fait de sa modeste fortune.
M. Mole, au nom de sa sœur comme en son nom personnel, fit à la communication des religieuses de Saint-Louis deux réponses, Tune adressée au notaire de Vannes, dépositaire du testament, l'autre à la supérieure générale de la communauté. Les voici Tune et l'autre: elles honorent grandement la mémoire de l'homme éminent qui lésa écrites.
'( Monsieur, les pièces el les renseignements que vous avez eu la bouté de nvadresser et dont je vous fais mes sincères remerciements, ne nous ayant rien laissé à désirer, nous nous empressons, ma sœur et moi, de vous envoyer une procuration pour renoncer en notre nom à la succession de ma mère. Les termes en ont été calqués sur ceux du testament, de manière à ce que les intentions de la testatrice soient en tous points respectés et remplis. Par ce moyen, nous n'avons plus à intervenir dans aucun acte subséquent.
« Je joins ici le testament lui-même et son enveloppe, pour que le dépôt en soit fait devant qui de droit. C'est maintenant aux établissements qui recueillent le legs à se faire mettre en possession.
« Agi'éez de nouveau. Monsieur, l'expression de ma reconnaissance pour les détails dans lesquels vous êtes entré avec moi, et toute l'obligeance que vous avez bien voulu me témoigner en cette circonstance.
« Comte MoLÉ. »
vit: DE MADAME MOLE. 32o
Après la lettre d'affaires, voici la lettre du fils et du chrétien, adressée à la Mère Sainte-Julie, supérieure de rinstitut des Sœurs de Saint-Louis :
« Madame la supérieure, j'ai bien regretté que ma santé et mes occupations ne m'aient pas permis de répondre plus tôt à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 14 du mois dernier ; il me tardait de vous exprimer ma reconnaissance pour les sentiments qu'elle renferme et de vous dire combien j'avais été touché de ses expressions.
« Votre communauté et vous-même, madame la supérieure, ne pouviez douter que les volontés de mon excellente et sainte mère ne fussent sacrées pour ses enfants. Ce que nous avons fait à cet égard est si naturel et si simple que je ne saurais accepter, pour ma part, les éloges que vous nous donnez. Mais ce que je puis vous offrir et ce que vous accepterez, je Fespére, c'est l'assurance de ma vénération et de mon inaltérable intérêt pour de pieux établissements auxquels ma mère avait consacré son existence, sa fortune, et où elle donna si longtemps rédification de ses célestes vertus.
Agréez, Madame, l'hommage de mon respect.
Comte MoLÉ.
Une autre lettre de M. Mole en date du 13 janvier 1833 prouve que son intérêt pour la fondation de sa mère ne s'était pas refroidi: «Croyez, écrit-il, à l'intérêt qiip je pnrtppai touiour> à des établisse"
;324 vit Dt MADAME MOLE.
ments auxquels se rattache pour moi uii souvenir si cher. »
Cette renonciation, faite avec des seutiments et en des terme-; si généreux et si élevés, consolida {'œuvre de madame Mole et assura son avenir au point de vue temporel. Elle en fit aussi dans une certaine mesure l'œuvre de ses enfants, car ils auraient pu, la loi à la main, revendiquer la plus grande partie de l'héritage de leur mère et, en l'abandonnant sans réserve, ils devinrent les bienfaiteufs de la communauté. Celle-ci leur en resta toujours profondément reconnaissante, et sans cesse des prières montent vers le ciel ducœur des religieuses et des orphelines qu'elles élèvent, pour la famille de leur sainte fondatrice.
La congrégation a pris, depuis la mort de madame Mole, de grands développements; elle compte aujourd'hui dix maisons, cent-cpiatre vingt-douze Sœurs, vingt-trois novices et huit postulantes. Elle nom rit et élève plusiew^s centaines d'orphelines, instruit des milliers d'enfants, et la couronne de la Mère Saint- Louis s'accroît et s'embellit de jour en jour, avec les saintes œuvres de ses filles spirituelles et la bonne odeur de Jésus-Christqu'elles répandent autour d'elles. Le nom des Sœurs de Saint-Louis et de leur fondatrice est populaire en Bretagne, et par une juste disposition de la Providence, madame Mole, en quittant le monde, en ensevelissant dans un monastère tous les dons qu'elle avait reçus de la terre et du ciel, a ajouté une gloire nouvelle aux gloires de sa famille, et une page illustre à l'histoire des Mole.
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Dieu semble avoir voulu consacrer par une action directe de sa toute-puissance le renom de sainteté delà fondatrice des Sœurs de la charité de Saint-Louis, et quoique l'Église seule ait la mission et le droit de constater l'intervention divine, il est permis àl'nistorien de rapporter les faits extraordinaires que l'autorité spirituelle définit plus tard, et qui servent de base à la béatification et à la canonisation des saints. C'est dans ces limites et sous ces réserves que nous rapporterons, pour compléter l'histoire de madame Mole, quelques guérisons, en apparence au moins miraculeuses, obtenues par son intercession.
Nous ne dirons qu'un mot de la guérison d'une Sœur, attaquée d'une violente fièvre typhoïde et réduite à la dernière extrémité, qui revint à une parfaite santé, à la suite d'une neuvaine faite par la communauté sur la tombe de la sainte fondatrice, parce qu'on n'a gardé le souvenir précis ni du nom de la religieuse guérie, ni de l'époque et des circonstances de sa guérison. Mais il en est autrement des faits que nous allons raconter.
Le 24 juin 1837, au sortir de la retraite annuelle de la communauté, pendant que toutes les Sœurs prenaient la récréation d'usage en cette circonstance, une jeune Sœur, Léocadie Noëlen, en religion Sœur Saint-Ephrem, qui avait fait profession depuis treize mois seulement, fut prise d'un vomissement de sang tel que, pour qu'elle ne fût pas inondée, on dut arracher dans le jardin où l'on se trouvait, des feuilles de choux qui en un instant furent remplies. C'était au
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bord de Tallée qui conduit à la chapelle où repose la dépouille mortelle de madame Mole. On mena la malade pas à pas et à grand' peine jusqu'à la charmille qui en ombrage rentrée. Là, elle fut administrée, pendant qu'où courait chercher le médecin.
Le docteur Lorvol, effrayé de l'état de la malade, demanda l'assistance d'un autre médecin. Celui-ci; appelé en toute hâte, examina le sang- qui continuait à couler abondamment des lèvres de la mourante, et dit tristement: «Que voulez-vous que nous fassions, le sang est tout décomposé. » Il prescrivit néanmoins quelques remèdes et recommanda par-dessus tout de ne pas transportei^ la malade, le mouvement devant à coup sûr amener la mort. On prépara donc un petit lit sur la tombe même de la fondatrice, et la Mère Sainte-Julie, dans sa douleur, se jetant à genoux, s^écria au milieu des larme* de toutes ses Filles désolées : « 0 ma Mère, si vosFilles s'en vont ainsi, que voulez-vous donc que devienne votre congrégation ?» Les médecins n'avaient laissé aucune espoir et avaient dit en s'en allant que c'était seulement une affaire de temps. Mais les Sœurs de Saint-Louis espéraient un miracle, et elles continuèrent à prier et à pleurer près de la tombe de leui' Mère en implorant son secours.
La mourante demeura deux jours étendue sur la tombe de madame Mole; alors, se sentant mieux, elle demanda à étie transportée à l'infirmerie. Elle y arriva sans accidents et ne tarda pas à se remettre assez complètement pour pouvoir reprpndre la vie de
VIE DK MADAMK MOLE. >Z/
communauté. Bien qu'elle restât toujours délicate et oppressée,, elle vécut pins de trente ans, et ne mourut qu'en 1809, après avoir gouverné les maisons de Pontivy, r,uer et Paiinpont. Elle fnt toujours convaincue, ainsi que toutes ses Sœurs, que son retour à la vie était dû à l'intervention de la sainte fondalrice. L'autre fait est i^lus frappant encore. L'auteur de cette histoire le tient de la bouche même de la Sœur Marie-Fidèle, aujourd'hui supérieure générale df l'institut, qui fut guérie dans les circonstances suivantes d'une maladie réputée mortelle.
Le 19 mai 18o3, la Sœur Marie-Fidèle, directrice du pensionnat d'Auray, revenait à Vannes, souffrant d'une maladie de poitrine déjà bien avancée. Elle crachait le sang, avait perdu un poumon presque entier, toussait beaucoup, était d'une faiblesse extrême et présentait, en tin mot. tous les symptômes d'une phthisie très-caractérisée.
Elle trouva à l'infirmerie une autre jeune Sœur Jeanne Guellant, en religion Sœur Saiut-Édouard. atteinte également d'une maladie de poitrine sans espoir. Sœur Marie-Fidèle n'avait pas trente ans; sa compagne était plus âgée de quelques mois. Cette petite Sœur Sainl-Édouard était un ange de douceur et de paix, toujours souriante au milieu de ses souffrances, invitant très-gaiement ses compagnes à ses funérailles, remplie des charmes de la venu, en un mot une religieuse parfaite, dès son début dans la vie du cloîti-e. La mailresse des novices, les supérieures l'aimaient tendrement,ses Sœurs la vénéraient malgré
sa jeunesse, et les enfants près desquelles elle avait été employée la considéraient comme une sainte.
Les deux jeunes malades étaient donc réduites, dans la force de l'âge, à un état qu'on voyait désespéré. Le médecin, M. le docteur Mauricet, s'étail nettement prononcé. La Sœur Sainte-Euphémie,assistante, lui ayant demandé un jour ce qu'il pensait de Sœur Marie-Fidèle: «Madame, répondit-il, je ne connais pas ces dames par leurs noms : mais ce que je puis vous dire, c'est que la maladie de la Sœur d'Auray marche vile et qu'elle sera morte avant l'autre. « On ne s'étonnera pas de ce pronostic, quand on saura que la Sœur Marie-Fidèle en était arrivée à ce point de tousser régulièrement toutes les nuits, crachant sans relâche depuis deux heures jusqu'à cinq ou six heures du matin, et trempant chaque nuit non pas des mo\ichoirs qui ne suffisaient plus, mais des serviettes entières.
La communauté désolée recourut au ciel. On proposa une neuvaine à la sainte fondatrice. Les deux maladesse souciaient peudevivre,elless'entretenaient ensemble de la mort comme d'un bonheur prochain et se disaient l'un à l'autre : « Ma Sœur, faut-il demander notre guérison ? nous serons si bien làhaut î »
Cependant, elles réfléchirent que la communauté avait besoin de sujets pour des fondations nouvelles, et qu'il ne fallait pas refuser le travail. Elles résolurent donc de s'associer à la neuvaine sans arrièrepensée. Seulement la Sœur Saint-Edouard confia à
VIK m: MADAAfE MOf.K. 329
la maîtresse des novices, la Mère Aimée de la Croix, qu'elle se sentait inspirée des'offrirenvictimepourle cas où Dieu ne voudrait rendre la santé qu'à l'une d'elles. « Mon Dieu, disait-elle dans sa simplicité et son humilité d'ange, moi, je ne suis pas bonne à grand'chose, tandis que ma Sœur Marie-Fidèle peut être bien utile à la Congrégation. S'il vous faut une victime, prenez-moi, Seigneur, et conservez-la. » On va voir qu'elle fut exaucée.
La neuvaine commença : la communauté priait avec ferveur. Les deux malades, on peut dire les deux mourantes, descendaient chaque jour péniblement de l'infirmerie, et pour traverser le jardin et gagner la chapelle, étaient forcées de s'arrêter trois ou quatre fois en route. Sœur Marie-Fidèle surtout était si faible, si oppressée, si réduite, que sa compagne se faisait avec joie son soutien. Ainsi appuyées l'une sur l'autre, elles se traînaient jusqu'à la chapelle, et là, sur la tombe de madame Mole, elles allumaient le cierge consacré à la neuvaine, faisaieat une prière, puis s'en revenaient aussi péniblement qu'elles étaient venues.
Or, pendant cette neuvaine, une nuit, alors qu'un magnifique clair de lune répandait sa lumière dans toute l'infirmerie , voici ce qui se passa. Sœur Marie-Fidèle, contre son habitude, sommeillait tranquillement. Sœur Saint-Edouard ne dormait pas encore. Tout à coup, elle entend vers la cheminée un léger bruit qui attire son attention. Elle se penche un peu hors de son lit. et aperçoit la vénérable Fonda-
trice. C'était bien elle! Elle était là, comme dans le portrait qu'on possède à la communauté, avec ce petit bonnet à tuyaux, ce chàle noir croisé sur la poitrine, ce costume enfin tel que le portaient les premières religieuses de Saint-Louis. On comprend de quelle émotion ce spectacle remplit lajeuneSœur. Elle regarde et regarde encore, la Mère Saint-Louîs semblait ne pas toucher le sol, et cependant on entendait comme le frôlement de sa robe.
Le lit de Sœur Saint-Edouard touchait la cheminée; mais ce n'est pas vers elle que se dirigea l'apparition. Elle s'avança à travers Tinfirmerie jusqu'au lit de Sœur Marie-Fidèle, entrouvrit les deux petits rideaux blancs, se pencha sur la malade qui respirait doucement, y demeura quelques instants, puis laissa retomber les rideaux, et se retira en se dirigeant vers la porte, sans se tourner vers son autre Fille qui suivait, haletante, tous ses mouvements.
Sœur Saint-Edouard ne dormit pas de toute la nuit; elle attendait, anxieuse, le réveil de sa compagne qui dormit profondément jusqu'au matin. — Eh bien ! ma Sœur, lui dit-elle dès qu'elle la vil ouvrir les yeux, avez-vous eu une bonne nuit? — Je crois bien, répondit Sœur Marie-Fidèle. J'ai dormi comme je ne l'avais pas fait depuis bien longtemps. Voyez maserviette toute blanche ; je ne m'en suis pas servi une seule fois : Je ne comprends rien ta cela ! ■—Oh! moi, je comprends très-bien. N'avez-vous donc rien vu celte nuit ? — Moi ? Rien du tout, chère Sœur : comment voulez-vous ? j'ai dormi tout le
temps. — Poiirtaiil, ma Mère Fondatrice est allée à vous, elle vous a regardée, elle s'est penchée sur vous comme pour vous parler. »
L'émotion de Sœur Marie-Fidéle se comprend plus qu'elle ne peut se définir. Elle doute , elle fait des objections : « Vous avez dormi, vous avez fait un rêve. — Oh! pas du tout, je n'ai dormi ni avant, ni après: c'est une réalité. » Et elle persiste à le dire. Sœur Marie-Fidèle demande alors : « Est-ce que notre Mère n'est pas allée à vous, ma Sœur-? — Non, elle n'est pas venue à moi. Je mourrai, et vous, vous serez guérie. »
En effet, à partir de ce jour, il se fit, dans l'état des deux malades, un changement extraordinaire. L'heureuse visitée revint à la vie et fit des progrès rapides vers la santé, à tel point que, quelques semaines après, elle était en état de reprendre un emploi actif dans la communauté.
La Sœur Saint-Edouard, au contraire, déclina à vue d'œil et ses compagnes la virent s'acheminer à grands pas vers le ciel pour rejoindre la Mère qu'elle avait contemplée en cette nuit mémorable. Elle mourut le ^Onoveaibre de cette même année 1854, dans des circonstances qui rappellent celles de l'apparition. Ses derniers moments approchaient, elle était assistée de la Mère Aimée de la Croix. On attendait son derniei' soupir. Tout à coup, après une crise suprême et terrible, son visage s'illumine; elle devient rayonnante. Ses yeux se raniment ; elle se soulève sur sa couche, elle tend ses bras amaigris, élève ses mains corn m»-
332 VIF, DE MADÂ.MF. MOrÉ.
pour atteindre un objet invisible; ses lèvres s'agitent, un sourire du Ciel y passe pour ne les plus quitter : Qu'avez-vous, mon enfant, dit la Mère Aimée de la Croix tout émue, qu'avez-vous? — Et la mourante, sans détourner la vue de la vision qui l'attire : « Mère! Mère! » et elle répète d'un accent pénétrant : '( Mère ! Mère î )^
Qu'avait-elle vu î Était-ce la sainte Vierge? Était-ce la Mère Saint-Louis? Dieu seul le sait. Mais il est permis de croire que c'était la sainte fondatrice, qui, après avoir apporté du ciel la santé à l'une de ses Filles, venait chercher l'autre pour l'introduire au paradis.
La Sœur Marie-Fidèle orna elle-même le lit funèbre de sa bien-aimée compagne, à laquelle des liens si doux la rattachaient pour jamais, et peut-être se ditelle, en la contemplant, sereine et souriante sur sa couche mortuaire, qu'elle avait reçu la meilleure part.
Suivant les prévisions de la Sœur Saint-Edouard, elle fut bien utile à la Congrégation. Successivement maîtresse des novices, assistante en même temps qu'économe et secrétaire, elle est, à l'heure où nous traçons ces lignes, supérieure générale de la Communauté.
Ces grâces extraordinaires obtenues sur le tombeau de madame Mole accrurent encore, si c'est possible, la vénération de ses Filles pour sa mémoire et leuiconfiance en son intercession prés de Dieu. Elles expliquent la pieuse habitude des Sœurs de la maison
(le Vannes qui, après leur récréation quotidienne dans le jardin, ne manquent jamais d'entrer dans la chapelle funéraire de leur sainte fondatrice et de prier sur son tombeau. C'est là qu'elles lui exposent leurs besoins temporels et spirituels, qu'elles demandent et qu'elles obtiennent les lumières et les grâces nécessaires à leur sanctification, au salut et aux progrès de la Communauté.
C'est là aussi, en terminant cette histoire de la sainte femme dont j'ai l'insigne honneur d'être le petit-neveu, que j'ose me prosterner à mon tour en esprit, comme je l'ai fait plus d'une fois en réalité. Sur cette tombe sacrée et sur celle de madame de Lamoignon, ma vénérable aïeule, je ne veux demander qu'une grâce, la seule qu'il convienne de demander ici, celle de vivre et de mourir comme elle, avec tous leurs descendants, dans la foi, dans l'espérance et dans la charité de Jésus-Christ.
nx,
NOTICE SUR LA FONDATION ET L ETAT ACTUEL DES DIVERS ÉTABLISSEMENTS DE LA CONGRÉGATION DES SŒURS DE LA CHARITÉ DE SAINT LOUIS, AUTRES QUE CEUX DE VANNES ET d'AURAY DONT IL A ÉTÉ LONGUEMENT PARLÉ PRÉCÉDEMMENT.
Pléchâtel, (Ille-et- Vilaine), 14 septembre 1816.
La situation de la maison, ancien prieuré, sur une éminence ; la belle promenade, dite la Levée, qui y conduit ; la vue magnifique dont on jouit de tous côtés; la rivière qui coule au bas de la propriété du couvent, la solitude, le calme, font de Pléchâtel une vraie maison de prière et de méditation.
Des ateliers de toile avaient été établis dans cette maison pour lui donner des ressources, car les terres sont très-ingrates et très-difficiles à cultiver et ne fournissaient point aux besoins des sœurs et des enfants.
:î38 APPENDICE.
LU peiisioiiiiat y fut aussi î'oimé à côté des classes externes.
En 1864, M. Bellamv, recteur de Plécliâtel et supérieur de la maison, qui est mort le 7 août 1879, conçut le projet .rétablir à Pléchàtel des retraites à l'instar de celles d'Auray. L'affaire fut examinée avec soin, approuvée, et les retraites s'organisèrent (i86&). L'établissement fut agrandi par les soins du bon supérieur ; une jolie chapelle s'élève maintenant dans la communauté et peut recevoir bon nombre de reli'aitants.
Cette œuvi p a reçu les témoignages de la plus vive sympathie de Monseigneur l'archevêque de Rennes, qui assista à la bénédiction de la chapelle, faite par Mgr Bécel, évêque de Vannes, en présence d'un grand nombre d'ecclésiastiques, de M. le maire et des notables du lieu (1871).
Les Missionnaires portent beaucoup d'intérêt à l'œuvre des retraites qu'ils dirigent, et lui donnent des secoui's de plus d'une sorte.
Les enfants internes ne purent être gardées dans la maison; elles furent conduites à Vannes, mais les classes se continuent comme du vivant et dans les intentions lies fondateurs.
APPKNDICE. 339
Saint-Gildas. 8 mai 18-2f..
La sainte Fondatrice signa sur sou lit de luoit l'acte (l'acquisition de la propriété de Saint-Gildas de-Rhuys. (.a maison était une ancienn*^ alibaye des Bénédictins, fonibant en ruines de loutes parts, et .[ni appartenait alors à la famille Brissori, de Lorient.
La Mère Sainte-Jalie, qui succéda à la fondatrice, envoya des religieuses à Saint-Gildas en 182(), à la prière des recteurs de cette paroisse et des environs, qui gémissaient de voir les enfants srrandir dans l'iimorance.
Les sœurs eurent de grandes difficultés, non-seulement quant au matériel, mais aussi eu égard à la mauvaise impression restée dans ce pays, au sujet des moines, depuis la Révolution.
Les bâtiments étaient dans l'état le plus pitoyable, les toitures étaient enlevées en grande partie : les seuils des portes, et quantité d'autres pierres avaient été emportées par les gens des environs pour réparer ou construire leurs demeures. Pas un seul appartement n'était convenable. La vaste pièce au rez-de-chaussée de la maison conventuelle était transformée en écurie et les immondices des bestiaux s'écoulaient dans la belle cave voûtée, par un immense trou pratiqué danla terrasse de cette pièce.
:ViO vppENDior:.
Le reste était à ravenant : le jardin négligé, les terres en friche, les murs écroulés ; il y avait là un champ immense au dévouement, à l'abnégation la plus complète.
On doit rendre cet heureux témoignage à toutes les sœurs, qu'elles sont allées avec plus de joie là où il y avait plus de peine, comprenant, aimant et pratiquant ce point de leurs saintes règles : « Il est plus conforme à leur vocation de s'attacher de préférence aux lieux les moins pourvus des avantages qui flattent la nature, afin d'être plus conformes à leur divin Maître.»
Ici la nature ne pouvait être flattée, car dès les premiers jours, on sentait toutes les rigueurs de la pauvreté. Un jour, les trois premières sœurs furent réduites au pain et à l'eau : l'une d'elles pourtant, triste de voir souiïrir ses sœurs, s'en alla chercher une petite écuellée de lait, dont chacune eut une part pour tremper son pain : ce fnt tout leur repas.
La première supérieure fut une sainte religieuse qui a laissé après elle des parfums de vertu : Mademoiselle Rialan, en religion Sœur Sainte-Dosithée, fille d'un Président du tribunal de Vannes.
On ouvrit une école ; un petit pensionnat se forma peu à peu. En 1830, on commença à recevoir des internes gratuites ; elles furent d'abord huit, puis dix et douze, et enfln maintenant on en reçoit ordinairement quinze. Ces jeunes filles, au lieu des travaux à l'aiguille qui occupent ordinairement les orphelines, sont formées à la culture des terres, ce qui est plus confurnie à leur position. Du reste, elles apprennent aussi
APPRNDinE. oïl
à coudre et à avoir soin du ména2:e. Elles ont leurs heures de classe et d'étude.
Leur première maîtresse fut sœur Saint- Arsène, dont nous avons déjà parlé. Elle a donné là des exemples de dévouement que l'on n'oublie pas. Ainsi, les enfants n'ayant pas suffisamment de vêtements de rechange, la bonne mère s'en allait de grand matin au lavoir, nettoyait, lavait les effets de ses chères petites» chargeait des habits tout mouillés sur ses épaules, revenait à la communauté, et, comme souvent, le son de la messe la prenait en ce pénible exercice, elle s'en allait ainsi à l'église, ne voulant pas manquer, pour se changer, le saint sacrifice qui allait s'offrir.
L'établissement des bains de mer date de 1833 ; Sœur Saint-Étienne était alors supérieure.
Les Sœurs soufflaient jusque là tellement que Mère Sainte-Julie fut sur le point de rappeler ses religieuses. Le pensionnat était tombé, et les terres, malgré toutes les fatigues et les travaux des pauvres sœurs qui s'exténuaient, ne produisaient pas de quoi soutenir la maison ; les classes se continuaient et portaient leurs fruits: les enfants répondaient au dévouement de leurs Mères.
Après les épreuves vint le succès. La maison se releva peu à peu. Les soins donnésaux terres reçurent leur récompense. Nous pourrions parler de Sœur Anne Marie, Sœur Saint-Jérôme, etc., qui lassaient les hommes robustes tant elles étaient courageuses. Puis les bains de mer prospéraient ; on connaissait, on aimait Saint-Gildas : chaque année on y venait en plu.s
grand nombre. En iSoo, sous le gouvernement de Sœur Saint-Zoziiiie, on recevait trente personnes à la fois ; l'année suivante, il y en eut cinquante, et il s'en est vu jusqu'à quatre- vingts ensemble, à certains moments de l'année.
Les personnes qui Iréquentent Saint-Gildas dans l;i saison des bains veulent échapper au bruit des villes. aux fêtes, au mouvement que l'on trouve dans les grands établissements de bains, et c'est dans la vue de .satisfaire ces désirs de calme, de paix et de solitude que Ton a accunilli les demandes faites à cette occasion.
Une chapelle, dédiée au Sacré-Cœur, commencée en 1863, fut terminte et bénite le 10 juillet 1866 pai" 31gr Bécel, évéque nommé de Vannes.
La maison de Saint-Gildas a été considérablemeul agrandie ou réparée par les dilîérentes supérieures qui en ont eu le pouveinemenl.
Loi'ipiit. Maison 'in |h ProvirlHiiee, 1"" mars I8'i/
Vers la fin de 1836, mademoiselle Guilloux, présidente de Tœuvre du Bureau de bienfaisance à Lorient vint trouver Mère Sainte-Julie pour la prier de vouloir bien envoyer de s^s religieuses continuer Tci^uvre commencée par plusieurs dames, œuvre qui allait
APPLNDÏCL. '543
• rouler manque de bonne direction, el qui était sem- !>lable à celle de Vannes en ce que 50 jeunes filles pauvres étaient recueillies et qu'on leur apprenait à travailler pour les placer ensuite comme domestiques ou ouvrières.
L'œuvre était dirigée par des dames qui, à tour de rôle, visitaient les enfants, surveillées par des personnes gagées à cet eiïet.
Mère Sainte-Julie dut rétléchir et fut grandement portée à ne pas accepter sur certaines représentations qui lui turent faites que l'on ne réussirait pas, vu le manque de ressources.
Mais monsieur Gharil, vicaire de Lorient à cette époque, fit tant d'instances et donna tant d'assurances que Mère Sainte-Julie y envoya trois Sœurs de chœur et deux oblates.
Une Sœur, qui s'y trouvait, nous a fait la description de la maison qu'elles occupèrent et raconté quelque chose de ce que l'on eut à souffrir surtout pendant les quatre premiers mois.
Jamais plus de misères de toutes sortes. En fait de logement, la maison insuiTisante, située dans le fond de l'impasse de la rue du Morbihan, était très-malsaine. Les fenêtres disjointes et sans rideaux permettaient au froid d'y pénétrer de toutes parts et aux voisins de plonger leurs regards dans les appartements, ce qui était plus gênant encore. Les religieuses qui couchaient près des enfants étaient obligées de mettre chaque soir leur tabliei' aux fenêtres pour se dérober aux veux des curieux.
■y^'ir APPKNDICE.
Pour lieu de promenade et de réci éatiou, une cour d'un mètre de large sur huit de long ou une mauvaise cave dans les temps de pluie.
La salle de travail, un grenier, dans la toiture duquel on avait pratiqué des lucarnes.
Pour dortoirs deux petites chambres ; dans chacune logeaient 2o en.ants et la religieuse, toutes bien pressées, déjà h un premier étage, car au-dessus de chaque lit, il y en avait un autre, auquel on arrivait au moyen d'une échelle.
L'air nanivait que par deux petites teuétres ouvrant sur l'impasse. Cet air vicié et malsain donnait lieu à des maladies : les Sœurs trouvèrent, en arrivant, au milieu de leurs petites compagnes , deux enfants atteintes de la fièvre typhoïde. Vite on les sépara, on leur donna les plus grands soins, et, contre l'attente du médecin, elles se rétablirent.
Les Sœurs n'avaient pas de quoi se nourrir. Pendant le premier carême, elles jeûnèrent plus qu'il ne fallait. Leur collation habituelle était une beurrée avec linéiques salsilis qu'on leur avait donnés et qu'elles mangeaient sans assaisonnement. Un soir elles s'amusèrent beaucoup ; elles n'avaient, avec leur pain, que quatre noix à partager entre cinq.
Les ustensiles ordinaires eussent été du luxe : des bouteilles servaient de chandeliers, etc., etc..
Et l'on souffrait en patience. Enfin, par une circonstance providentielle, on sut l'état de la communauté. Alors les bons haliitanls de Lorient, qui toujours se sont empressés de venir en aide aux Sœurs, accou-
APPENDICE. 34o
iLii-eiit à leur secours. Le cure surtout, M. Hivalain, devint pour les sœurs un vrai père. Il serait trop long de nommer toutes les personnes qui devinrent les protectrices de l'établissement et de raconter toutes ies bontés dont les Sœurs furent l'objet. Parfois même les provisions leur arrivaient en trop grande abon- < lance, ce qui donnait lieu à de nouvelles mortifications, .omme on va voir.
Les poissonnières appelaient souvent les passants, les ecclésiastiques surtout et les engageaient à acbeter leur poisson àbonmarcbé pour les religieuses et leurs enfants. Il arriva donc une fois qu'elles en reçurent tant qu'il y en eut pour buit jours. A la fin. Mères et enfants se Ijoucliaient le nez en entrant au réfectoire.
M. le curé envoya souvent des plats tout préparés à ses bonnes Filles, des pièces de toile pour le vestiaire, etc..
Bientôt voyant l'impossibilité de demeurer dans une maison aussi incommode, M. le curé et mademoiselle Guilloux firent une quête dans la ville ; cette quête, annoncée par le curé, avec l'accent du plus sincère intérêt, produisit un bon résultat. Des souscriptions furent ouvertes, et l'on put entrer en jouissance d'une maison située rue de l'Hôpital, qui est celle que les sœurs possèdent aujourd'bui.
Mais les locataires ne voulurent point en sortir avant que leur bail fût écbu; la maison de l'impasse était louée, d'un autre côté, pour le 1^^ septembre. Comment faire ! Habituées k la souffrance, les Sœurs ne
.'Jib At^PKNDIGE.
s'éiiuiieiil i>a> puiti' si peu. Elles vinrent liahiter. rue derHôpital, les chambres disponibles, eurent l'ennui des locataires pendant quelque temps, puis, comme il fallait de grandes réparations et ti^ansformations aux différentes pièces de la maison pour la rendre propre à son nouvel usage, on s'entassa de nouveau pendant trois mois. Au bout de ce temps, on respira un peu; le travail marchait liieii ; les enfants étaient maintenant au nombre de soixante, et dans la suite, ce nombiv s'accrut encore.
Il fut décidé à cette époque que l'établissement cliangerait son nom de Bureau de liienfaisance et s'appellerait Maison de la Providence des Sœurs de la Charité de Saint-Louis.
Au milieu de toutes ces peines, les Sœurs eurent de grandes consolations avec leurs enfants : ces chères petites, répondant aux soins dévoués qu'elles recevaient, devinrent dès le commencement douces, dociles, respectueuses, pleines de vénération pour leurs Mères. Elles écoutaient avec une attention qui comblait de joie les religieuses, les catéchismes, instructions, observations qu'on leur faisait, se pressant pour mieux entendre et ne détachant pas les yeux des maîtresses. Souvent les larmes de ces enfants coulaient pendant les instructions : elles s'adonnèrent à la piété, et leur plus grande récompense était les exercices de dévotion et les pratiques pieuses.
M. l'abbé Gharil n'avait jamais négligé cette œuvre qui était bien la sienne, car, sans ses vives instances,, les sœurs n'y seraient pas allées. Il les visitait >ou-
vent, leur témoignait beaucoup d'intérêt et vénérait la bonne supérieure, Sœur Saint-Arsène, mademoiselle le Petit, qui succomba le 14 juin 18i0, à l'Age de trente-neuf ans. Nous avons déjà parlé de cette grande et sainte religieuse, dont le nom seul suffît encore pour amener sur la physionomie des personnes qui l'ont connue, une expresssion qui témoigne de leur vénération et des sentiments les plus sympathiques.
Chaque année un bazar s'organisait au protit de la maison ; un sermon de charité était prêché à cette même lin. Mademoiselle Guilloux et plusieurs autres dames s'en occupaient avec un zèle qui mérite toute reconnaissance ; elles recueillaient aussi les souscriptions, amenaient des secours; enfin demeurèrent toujours les protectrices de l'œuvre.
Aujourd'hui, la maison agrandie considérablement, possède une jolie chapelle, construite en
Le nombre des enfants internes est d'au moins quatre-vingts. Une école pour les enfants de familles aisées a été ouverte en 1852. Les Sœurs ont, en outre, la direclion de la salle d'asile communale de Lorient et de celle de Merville ; une école libre et une classe communale aussi à Merville. En moyenne, elles s'occupent de douze cents enfants, internes ou fréquentant les classes et les asiles.
34IS appenpicf:.
Paimpont, JUe-et-Villaine), l"" mai 1846.
Ici encore, pour la quatrième fois, la Congrégation prit possession d'un ancien couvent, et y ramena le dévouement et la prière.
Une bonne fille de ce pays, Anne-Marie Renault, fut rinstrument dont Dieu se servit pour préparer, à la famille de Saint-Louis, une nouvelle demeure. Anne- Marie avait passé deux années au noviciat à yannes,de 1823 à 1823 : elle dut le quitter, n'ayant pas les moyens voulus pour remplir les obligations qu'impose le vœu de l'éducation ; mais elle avait gardé bon souvenir de son séjour a Vannes. Elle s'entendit avec le recteur, M. l'abbé Fourmond. Les Sœurs auraient pu occuper une maison, dépendant autrefois de l'abbaye, qui était attenante à l'église et qu'Anne-Marie occupait alors: elle donnerait son mobilier, etc.. Les Sœurs feraient la classe aux enfants.
Les négociations s'entamèrent avec Mère Sainte- Julie, la fondation fut décidée en conseil et acceptée. Le V mai 18 i6, la petite colonie, composée de trois religieuses de chœur, et d'une oblate, entra à Paimpont. Elle fut accueillie avec grande joie, mais ne trouva pas moyen de se loger dans la maison qui était dans un état pitoyable. Une seule pièce au rez-de^
chaussée, celle qu'habitait Anne-Marie, était passable, fl fallait des réparations urgentes.
Le recteur offrit aux Sœurs la plus cordiale hospitalité dans son presbytère; elles s'y retirèrent avec reconnaissance, toutes dans une même chambre, en attendant qu'elles pussent aller habiter la maison, qui, réparée et entretenue, fut achetée plus tard en 1850, par la Congrégation, d'Anne-Marie Renault et de Métayer.
Les commencements de cette fondation furent laborieux et pénibles. Les Sœurs ont beaucoup souffert : heureusement elles n'avaient qu'un pas à faire pour aller se fortifier près de Notre-Seigneur. D'un de leurs appartements, on pénétrait dans la tribune de l'église, et cela les consolait de tout et les soutenait.
Elles recevaient en filles aimantes et joyeuses les saintes rigueurs de la bonne mère, la pauvreté, et quand leur pain était couvert de moisissures et dur comme pierre, ce qui arrivait souvent, elles en mangeaient ce qu'elles pouvaient.
Lorsque les classes purent s'ouvrir, les rétributions donnèrent quelques secours aux Sœurs; M. Duval, directeur des forges, leur envoyait du bois ; le travail de la sacristie et quelque peu de couture donnaient aussi quelque petite chose ; on sortit de la première misère, mais longtemps encore on subit des privations de tous genres.
En vraies pauvres de Jésus-Christ, les Sœurs n'auraient même pas songé à se plaindre. Elles étaient si
heureuses, si contentes, que de leur vie, elles n'avaient été si gaies. Elles Font dit, et on en a la preuve dans une lettiv adressée par M. Fourmond à la Mèi'ê Sainte-Julie, lorsqu'il s'agissait de faire ériger la maison en succursale. Cette lettre est datée du 25 septembre 1847 : " Un petit mot en finissant sur la Communauté : Grâce à Dieu, tout va bien La paix, la
joie et le bonheur régnent dans la maison. Je vais de temps en temps m'édifier et me réjouir avec elles. » Les religieuses étaient aimées, estimées, vénérées des parents; onleurconliait de petites pensionnaires, et plusieurs des élèves, touchées de la grâce de Dien. entendirent la voix du Seigneur et voulurent, à l'exemple de leurs Mères, se dévouer au service de Dieu. Depuis la fondation, vingt-trois jeunes filles de Paimpont sont venues prendre place au noviciat de Saint-Louis.
Guer. (Morbihan). Il août 1851.
Mademoiselle Bonnet, grande pensionnaire chez les Sœurs irAuray, possédait à Guer une maison qu'elle songea à offrir à la Congrégation pour qu'on y établît une communauté. Elle vint donc à Vannes, tout aveugle qu'elle était, avec madame de Vitton, sa sœur ; ces dames causèrent à Mère Sainte-Julie du projet de fondation, et il fut résolu qu'on enverrait sur les Heux
APPENDICt:. -jol
pour voir si la réalisation en était possible. La Sœur Sainte-Marie (Aimée-Guilmoto) , alors supérieure à Paimpont, fut chargée de cette mission. Accompagnée de Sœur Sainte-Clotilde, conseillère secrétaire, elle se rendit à Guer. Monsieur le Curé, Tabbé Daniélo, chez qui les Sœurs se présentèrent, était absent. En l'attendant, on lit une dernière prière pour le succès de la cause.
Monsieur le Curé reçut les visiteuses avec grande politesse, mais lorsqu'elles lui Orent part du motif de leur voyage, il répondit que l'institutrice suffisait à l'instruction des enfants, et que ce n'était pas le moment aux religieuses de venir à Guer. « Cependant, ajouta-t-il, si vous y restez, certainement je ne vous renverrai pas. »
Monsieur Gai, de la Telhaie, maire de la commune, chez qui les Sœurs se présentèrent ensuite, Ht la même réponse.
Monsieur Daniélo, qui fut député à l'Assemblée nationale, était demi-frère de la SœurSainte-Ephrem. Il offrit rhospitalité aux deux voyageuses. La Sœur Sainte-Marie écrivit à Mère Sainte- Julie, lui dit l'état des choses, et lui demanda la permission de rester à Guer, la priant, en outre, de lui envoyer une Sœur pour la classe. Sœur Sainte-Clotilde, emportant cette lettre revint à Vannes peu rassurée.
Sœur Sainte-Marie, restée seule, fit visite aux personnes les plus considérées de la ville, et leur parla du projet. Partout elle reçut le meilleur accueil : des mères qui n'avaient jamais eu Tintention de con-
352 Al^PENDICE.
fier leurs filles à rinstitiitrice, furent tout heureuses de les remeltre entre les mains des religieuses. Au liout de {îeu de temps, on fut assuré d'un petit groupe d'élèves. Sœur Sainte-Rose vint de Paimpont rejoindre la Sœur Sainte-Marie et ensemble elles entrèrent dans la maison, qui jusque-là, avait été louée en grande partie à un fermier inintelligent, qui, sur l'avis qu'on lui avait donné quelque temps avant de tailler les arbres fruitiers, les coupa jusqu'à la racine et en fit du bois à brûler.
Les deux chambres réservées à mademoiselle Bonnet furent occupées par les Sœurs : elles y trouvèrent pour tout mobilier deux lils, trois chaises, une table longue et un long banc de bois : M. le Curé, qui les avait conduites à leur dem^.ure, leur donnait gaiement quelques paroles de compassion ; il promit de revenir les voir: il leur accorda tout son intérêt, les regarda comme ses filles et fut toujours depuis le bon et paternel conseiller de la maison.
Les deux premiers jours, on reçut les personnes qui avaient été visitées, et comme elles venaient en plus grand nombre qu'il n'y avait de chaises, on leur présentait gracieusement le banc de bois, qu'elles acceptaient avec la même grâce. Les provisions de bouche arrivèrent par le même moyen. Un peu de mobilier, des ustensiles nécessaires arrivèrent de Vannes, et mieux que tout cela, une Sœur de plus.
Les excellentes dames de Guer se plaisaient à faire des surprises aux Sœurs ; il y en eut de charmantes et parfaitement délicates.
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La charité qui animait les cœurs les comblait de jole; l'œuvre de Dieu se faisait. Les élèves venaient plus nombreuses ; enfin tout marchait pour le mieux.
A cette petite maison, on en joignit bientôt une autre. Ni Tune ni l'autre n'existent aujourd'hui ; on a dû les abattre il y a quelques années, car elles menaçaient ruine, et on a élevé, à leur place, une vaste maison, avec cours et préau. L'école est devenue communale depuis 1857.
Pontivy, l" mars 1852.
Les commencements de la Communauté de Pontivy, fondée quinze ans jour pour jour après celledeLorient, ne rappellent pas mal les difficultés, les travaux, les misères que les Sœurs avaient eu à supporter en 1837.
M. l'abbé Allèosse, alors vicaire à Pontivy et aujourd'hui chanoine titulaire de la cathédrale de Vannes, fut le principal agent dont Dieu se servit pour cette fondation.
D'excellentes dames patronnesses, attendaient les religieuses avec impatience et leur furent toujours très-dévouées.
M. l'abbé Le Breton, curé de Pontivy, prit la direction de cette affaire.
Nos Sœurs trouvère- nt, en arrivant, une maison louée pour l'œuvre dans la rue Neuve : cette maison
était meublée et pourvue de linge. Les enfants y étaient déjà réunies au nombre de quinze. C'était comme Vannes et Lorient, un établissement pour les enfants pauvres. Bientôt elles y furent trente et an bout de six mois trente-cinq. C'est à ce moment que la croix pesa sur les Sœurs. La maison ne devait pas leur rester aussi longtemps qu'on Pavait promis : il fallut cbercber un logement. Où ? comment?.. Elles n'avaient pas de ressources.
Une ancienne caserne de gendarmerie était à vendre; la Congrégation la paya au prix de sacrifices qu'elle connaît, et des Sœurs y entrèrent en 1853, ayant passé dix-buit mois dans la rue Neuve, où pendant un an, elles avaient connu des privations et des souffrances incroyables. Le nombre croissant des enfants nécessitant deux religieuses de plus, elles durent coucher par terre sur leur paillasse et matelas, il n'y avait pas de bois de lit, mais cela leur paraissait un jeu, et elles étaient très-heureuses, aussi bien que de se rationner d'un mauvais pain si grossier que la Sœnr qui faisait la cuisine dit que bien des chiens n'en auraient pas mangé. Les Sœnrs portaient .iiaiement leur peine, mais les deux premières supérieures qui se sont succédé pleuraient souvent, n'ayant pas un sou à donner pour acheter le dîner ou le souper.
Quand le bon M. AUéosse savait la détresse de la communauté, vite il envoyait chercher chez lui des provisions ou bien disait de prendre dans sa bourse. Mesdemoiselles Richard faisaient de même : les dames patronnesses étaient très-bonnes, mais malpfré ces
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Charités, ces attentions, la pauvreté se faisait rigoureusement sentir.
La SœurSainl Eplirem, Léocadie Noëlen, première >upérieare eut surtout beaucoup à souffrir : elle était restée délicate depui^ un vomissement de sang qui aurait dû la faire mourir, et l'on conçoit qu'elle ne pouvait recevoir des soins que son état demandait.
Des faits très-intéressants se rattachent à cette époque; mais il serait trop long de les citer,
La maison de la gendarmerie n'était pas suffisante, on était enlassé les unes sur les autres : une maison voisine, séparée seulement par une petite cour de trois k quatre mètres était à vendre ; on Tacheta par les mêmes moyens que la première. La municipalité venait, du reste, d'olîrir aux Sœurs de prendre les enfants de l'hospice, ce qui portait le nombre des petites filles à cinquante-cinq ; il fallait bien les loger; puis un mauvais voisinage était à craindre d'ailleurs.
Avec ces enfants, on reçut les marchandises dépendant du magasin de commerce de leur atelier: chacune avait son lit complet et son trousseau.
Quand les locataires eurent quitté la maison nouvellement acquise, ce qui ne fut pas facile à obtenir, les dortoirs des enfants y furent élaljlis convenablement ainsi que leur atelier de travail. Le magasin de laine que l'on avait eu de l'hospice prospérait.
Les maisons aisées de la congrégation venaient gênéreusement en aide ; plus tard une classe payante fut ouverte ; on reçut aussi des pensionnaires et demipensionnaires, et la maison, après de longues et dou-
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loureuses épreuves, est aujourd'hui sur un bon pied.
Là, comme partout dans les fondations, on était heureux au milieu des privations ; les Sœurs qui se sont trouvées dans ces nécessités, s'accordent toutes à dire qu'elles n'ont jamais eu plus de bonheur.
La communauté de Ponlivy possède aujourd'hui une jolie chapelle, dont M. Yételet a été l'architecte, et qui fut bénite par Mgr Duhreuil, en 1862.
Grédin, (Morbihan), 8 mai 1855.
Ici, nous ne trouverons pas le dénùment des fondations précédentes. Grâce au bon et dévoué fondateur, les Sœurs trouvèrent tout prêt à les recevoir, et n'eurent pas à endurer les privations qui accompagnent ordinairement un conunencement d'œuvre.
M. Tabbé Le Groni, chanoine de la cathédrale de Vannes, avait fait construire à Grédin, sa paroisse natale, une jolie maison destinée à une communauté religieuse et l)àtie en conséquence ; elle est à la sortie du bourg, séparée par une cour de la route de Rohan. Un jardin entouré de murs, et placé derrière la maison, devait fournir légumes et fruits. Une petite ferme et quelques parcelles de terre étaient aussi destinées aux religieuses.
Les sœurs donneraient gratuitenient l'instruction aux enfants pauvres de la paroisse et iraient visiter les malades à domicile.
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M. le Gioiii offrit celle uiaison à la congrégation, jiii accepta, et le 7 mai 1855, les Sœurs partirent pour cette fondation.
La Sœur Marie-Claude Chaperon, en religion Saint- Etienne, conduisait la petite colonie composée de deux autres Sœurs de chœur et d'une oblate.
Les religieuses furent reçues avec la plus grande joie. Le 8 mai, on lit Tinstallalion solennelle. Tous les ecclésiastiques des environs furent de la fête. On chanta la grand'messe, puis les Sœurs furent conduites processionnellement à leur maison, qu'on bénit avec solennité.
M. le Crom eut toujours de la prédilection pour cette petite communauté qu'il avait fondée. Il l'aima jusqu'à la fin, et ne cessa pas un instant de lui témoigner le plus sincère intérêt. Aussi la Congrégation lui demeura-t-elle à jamais reconnaissante.
Un nouveau bâtiment a été construit dans la cour pour les classes en 1870, aux frais de la Congrelion.
Rohan, 1" octobre 1877.
A une lieue emiron de Grédin, se trouve la petite ville de Rohan. Jalouse du bonheur de ses voisins, elle voulut aussi posséder des religieuses et elle voulut des Filles de Saint-Louis.
Depuis longtemps on les désirait vivement, on en
parlait sans cesse : entiu des iieguciatious sérieuses s'entaQièreiit, et le 1^' féviier 1877, le coQseil, sur la proposition de la Mère Marie-Fidèle, supérieure générale accepta cette fondation.
Une maison relativement grande avec cour, jardin et autres dépendances, devait être acquise par la Conpfrégation, et destinée à recevoir les religieuses.
On devait donner l'instruction aux petites filles ; une Sœur devait soigner aussi les malades.
La classe est communale ; elle s'ouvrit le !«'' octobre 1877, non dans la maison que les Sœurs occupent aujourd'hui, car on n'avait pas reçu du ministère Tautorisation de l'acquérir, mais dans une autre qu'on avait louée pour quelque temps.
L'autorisation ayant été donnée, la colonie de Rohan se compléta à la fin de novembre, mais comme la maison acquise avait besoin de réparations, les Sœurs n'y entrèrent que le !'■• janvier 1878.
Sœur l'Ange Gardien, née Eupiirosine Launay, en est la première supérieure.
Le dévouement de la Mère et des Filles ne faillit pas devant les travaux et les fatigues que nécessita la transformation et l'organisation de la maison.
Les parents et les enfants ne se lassent pas de fairn reloge des religieuses et d'admirer comment elles savent se donner aux autres pour Dieu.
Les Sœurs, dès leur première entrée dans la ville, avaient été accueillies avec les plus vives démonstrations de joie : on parlait de leur arrivée comme d'une fête, et on se préparait à leur faire une espèce d'ova-
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lion. Mais, comme la communauté ne s'installa ifu'ainsi que nous l'avons dit, les sœur s entrèrent tout paisiblement dans leur demeure.
La fête pourtant n'était que remise, et remise pour être célébrée avec plus de solennité.
Monseigneur l'évéque de Vannes devait, au mois de septembre de cette année 1878, visiter la paroisse de Kohan et y donner la continuation. Sa Grandeur bénirait en même temps la nouvelle Communauté.
En elfet, le jeudi o septembre à huit heures et demie du matin, Monseigneur est reçu à l'entrée de la ville au milieu des témoignages de la plus liliale vénération conduit processionnellement à l'église, où il administre le sacrement des Torts, puis, après la cérémonie, la procession se reforme et Ton s'avance vers la maison des religieuses. Toute la population suivait le clergé et les sœurs, ou se tenait sur le passage. La communauté fut bénite avec solennité. Monseigneur accorda la faveur tant désirée de garder le Saint-Sacrement dans l'oratoire préparé avec grand soin. Sa Grandeur promit de venir le soir, donner, dans cette petite chapelle, la première bénédiction du Dieu de l'Eucharistie. Ce fut un jour de grand bonheur, mais ce fut surtout une heure d'indicible joie que celle qui réunit au pied de l autel, autour du premier pasteur, le clergé de la vdle et plusieurs ecclésiastiques des environs, les magistrats, les bons habitants, qui venaient ainsi témoigner aux hlles de Saint-Louis leur sympathie, leur respect et leurs meilleurs sentiments.
M. Charles Fanneau de Lahurie avait été le principal
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asfeiit (Ifiiis l'affaire de la fondation. Sou activité persévérante avait amené la solution de bien des difficultés et pas un seul instant son dévouement n'a fait défaut.
M. Rouault de La Vigne, ancien maire de Rolian, se disait heureux puisqu'il avait pu voir entrer dans la ville, sous son adniinistiation, un Frère de l'instruction chrétienne et des religieuses.
Tout le monde étail heureux, et les bons haltitants de Rohan, pleins de lecojmaissance de ce que la congrégation a bien voulu faire eu leur faveur, ne cessent de témoigner toute leur gratitude.
Les petites filles, dociles et tout alfectueuses pouileurs mères, protitent admirablement de^ leçons cl des exemples qu'elles reçoivent.
[.a Mère Générale a donné la premièn^ supériorité de cette maison à Notre-Dame du ^'acré-Cœur et y a envoyé une jolie statue. On ne connaissait pas encore à Rohan ce nouveau titre donné à Marie. Mais vite on l'a aimé, et maintenant la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœui- est la dévotion chérie.
Saint Louis, dont la statue ornait déjà l'église paroissiale, ce (lui frappa vivement la révérende Mère, lors de sa première visite, Saint Louis est aiLssi prié avec ferveui', plus connu et mieux honoré.