CHAPITRE PREMIEll INVOCATION
Nous traduisons, mot à mot^ pour ainsi dire^ cette sorte ^Invocation, afin de donner de prime- abord au lecteur une idée du genre littéraire et de la tournure d'esprit de Mirkhond (Vauteur persan d'après lequel nous écrivons cette Vie de Maliomet); car ce genre, cette tournure d* esprit sont à fort peu près ceux de tous les écrivains de la Perse, au moins dans les sujets religieux. Dans la suite de Vouvrage nous épargnerons au lecteur — et à nous mêmes, la fatigue de ce style, nous n'osons dire : de ce galimatias.
Ainsi présentée sous la forme énumérative, cette Invocation donne un aperçu des attributs que les Chiites prêtent à Dieu : toutes les sectes orthodoxes ne sont pas d'accord sur le nombre et la nature de ceux qu'il faut lui reconnaître, et cela a même causé autrefois de longues et subtiles controverses entre théologiens musulmans ; toutefois il y a quatre-vingt-dix-neuf de ces attributs que les Croyants de toutes sectes admettent aujourd'hui à peu près sans dlscusm sion fij.
Au nom d'Allah le Miséricordieux, le Clément!
Ces mots expriment la louange et l'hommage adressés
A Dieu^ qui par un seul rayon de sa bonté et de sa libéralité donne l'existence à toutes choses !
Au Bienfaiteur Magnifique, dont le trésor iné-
(i) Voir Garcin de Tassy : L'Islamisme d'après le Coran, etc., etc. Diigat : Histoire des Philosophes et des Théologiens musulmans, Paris, Maisonneiive.
puisable de bonté a revêtu toutes les créatures de la robe de Texistence (i).
Au Sage, dont la Science Eternelle embrasse les arcanes des révolutions des Sphères, aussi bien que les habitants du centre de la terre !
Au Tout Puissant, dont la plume, par la juxtaposition de deux Lettres (2) a tiré du Néant toutes les essences simples ou composées pour les produire à la lumière de la Vie !
Au Clément, qui a manifesté l'abondance de sa miséricorde par la révélation du verset : « Nous te rapportons la meilleure des histoires (3) . . . » promulguée pour la consolation des Chérubins des Cours célestes !
Au Généreux (rémunérateur) dont le verset : « Et ceux qui combattent pour nous (4). . . » montre la parfaite munificence !
A V Auteur, qui avec l'instrument (5) de la Grâce a fait étinceler (6) la lame du cimeterre du langage
(i) Dans la formule ordinaire, le Takbir, qui est « Dieu est grand et miséricordieux », Tattribut prédominant est la puissance: ici, la miséricorde est seule mentionnée : c'est là un trait caractéristique du Chiisme, par lequel il se rapproclie du Bouddhisme.
(2. Ces deux lettres sont (en arabe) K et N, consonnes radicales du verbe Etre, et équivalent à Sois.
(3) Koran : Sourate XII, v. 3. Dans la traduction de KasU mirski, ce verset est donné comme suit :
« Nous allons te raconter, ô Mohammed, la plus belle des histoires révélées dans ce Koran, une histoire dont tu ne t'es point douté jusqu'ici. »
(4) L'ordre de combattre pour la religion, et la promesse de récompenses aux Croyants qui l'auront exécuté, reviennent fréquemment dons le Koran; ex. : S. IV. v. 97 — S. VIII, v. 63 — S. X, V. I — S. VII, V. 5; etc.
(5) Littéralement : l'instrument polissant, le polissoir.
(6) Littéralement : reluire.
VIE DE MAHOMET (k)
pour la faire servir, avec l'art de la rhétorique, à mettre en pièces les arguments des opposants, et à réfuter ceux qui nient les « signes évidents » (i) !
A VInventeiir, qui a doté l'homme du roseau à écrire (calamus) à Taide duquel il peut donner libre carrière à l'éloquence et aux élans de la pensée (2) !
Au Fort, dont la sollicitude a jeté sur les yeux des ennemis un bandeau qui leur a fait prendre une toile d'araignée plus mince qu'une feuille de rose (3) pour un obstacle pareil à la muraille de Zulgarnein (4)!
Au Victorieux, qui par les cimeterres étincelants des guerriers, instruments de conquête et de victoire, a fait tomber dans la misère et l'ignominie les Arabes restés dans l'endurcissement ; et a infligé aux adversaires de la Religion orthodoxe un chàti-
(i) Le mot arabe employé dans le Koran : Ayat signifie à la fois : Signes et Prodiges.
(2) Littéralement reportée en français, cette strophe aurait un aspect plus « contourné », mais le sens n'en serait pas profondément modifié. Il faudrait : nAVInçenteur,qm a accéléré la marche à Tamble du coursier du roseau à écrire (calamus) en le dotant d'un moteur merveilleux à Taide duquel on peut donner, et«. »
(3) Voir ch. XXII, ci-après. Il faut remarquer que le miracle est ici attribué à Dieu et non à Mahomet, qui s*est toujours défendu de jouir d'un pouvoir surnaturel.
(4) Rauzat-us-Safa : Bible de V Islam (traduction E.Lamairesse) ch. VIII-6, p. 3i : « Pour préserver ses sujets de leurs déprédations (des peuples descendants de Gog et Magog, anthropophages des bords de la Caspienne), Zulgarneïn, roi voisin, lit construire avec un alliage de fer, de cuivre et de plomb, coulé sur place, une muraille de 5o milles de largeur, 43o milles de longueur et 800 coudées de hauteur, qui s'élevait jusqu'au faîte des montagnes formant la limite de ses états, en fermant tous les débouchés. — Il existe à Derbend, sur la Caspienne, des ruines que les musulmans prétendent être celles de ce rempart ou muraille. »
ment dont la fumée comme celle d'un holocauste est montée jusqu'au zénith. . .
Allah fait et commande tout selon son bon plaisir!...
Nous offrons ici les bouquets des plus excellentes salutations, les parfums des louanges les plus exquises!. . .
Au Génie Exalté; au Saint-Sépulcre ; au Mausolée pareil à VEden ; au Grand Arbre du Jardin de la Prophétie; au Rosier du parc d'amour; à Y Objet de la sollicitude des Habitants des deux, en vue duquel ont été créés les habitants de la Terre (Mahomet) (i);
Au Lieu le plus illustre du monde (La Mecque) et au Sanctuaire incomparable du Meilleur des Hom^ mes et de Y Intercesseur au jour de la Résurrection;
Ahmed (Mahomet) est le meilleur des Hommes.
Les deux mondes lui obéissent !
Qu'Allah le bénisse avec ses compagnons, ses parents et amis, aussi longtemps que les deux Flambeaux (le Soleil et la Lune) brilleront, et que le jour et la nuit se succéderont !
A eux tous, une infinité de salutations humbles et pieuses ! . . .
(i) D'après le Hadith {la Tradition sacrée) Dieu a -dit à Mahomet : « Lao lâka ma klulikât-ulla flâka. » (Les sphères n'ont été créées qu'à cause de toi.)
Un auteur du ii* siècle, Vitriaco, a écrit dans son Histoire de Jérusalem : t< Diciint etiam quod antequam Deus a principo cielum et terram creasset, nomen Machometi quasi in conspectu Dei Consistebat; et nisi ipse Machometus futurus fuisset, nec cielum, nec terra, nec infernus, nec paradisus l'uisset. » Gesta Dei per Francos, p. io54. Hanovre, 1611 )
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