Abd-ul-Muttaleb désosbtrue le puits Zexnzem
La tribu de Joram et les descendants de Moràr sur le territoire desquels se trouvaient le puits Zemzeni et la Kaaba, avaient été bien des années auparavant de véritables oppresseurs pour les gens établis auprès du Temple. Ils s'emparaient de force des offrandes que, de près et de loin, on envoyait à la Kaaba et détournaient de leur destination les legs faits à la Maison d'Allah, en sorte que les habitants et les pèlerins souffraient beaucoup de leurs méfaits. Ces procédés révoltèrent les autres Arabes et la tribu de Joram menacée par celle, beaucoup plus puissante, des Béni Bekr, se vit forcée de demander la paix et de quitter La Mecque. Mais avant de s'éloigner, Amru B. Areth, le chef des Béni Joram, arracha par vengeance Isi pierre noire de l'Angle de la Kaaba où elle était placée et l'enfouit, avec des armes et deux faons d'or, présents d'un roi de Perse, dans le puits Zemzem. Il combla ensuite si
(i) Abd-ul-Muttaleb peut être regardé comme un des ouvriers de la première heure de l'unité arabe : « L'Hedjaz avait donné un grand exemple en repoussant Tinvasion d'Abraha ; La Mecque avait glorieusement reconquis le titre de métropole qu'on avait voulu lui enlever. Abd-ul-Muttaleb cherche à rattacher à ce centre commun toutes les tribus indépendantes, etc. » Sédillot : Op. cit,
bien le puits qu'il n'en resta plus de traces jusqu'au temps d'Abd-ul-Muttaleb,
Celui-ci reçut dans trois songes consécutifs Tordre de rétablir le puits Zemzem (i), après le troisième de ces songes, un messager céleste lui indiqua remplacement, près de deux idoles des Koréish, Asaf et Nailah : il devrait creuser, le lendemain, à Tendrolt même où il verrait un corbeau fouillant la terre de son bec et découvrant un nid de fourmis.
Abd-ul-Muttaleb se j^répara à obéir aux ordres d'en haut. Il n*avait encore qu'un fils et il était très affligé de n'en pas avoir davantage (2) : aussi fit-il avant de se mettre à l'ouvrage le vœu, s'il réussissait et s'il avait un jour dix enfants mâles, d'en, immoler un à Dieu devant la Kaaba. Après quoi, il parvint avec l'aide de son fils à désobstruer le puits jadis comblé. 11 y retrouva les précieux objets que le chef des Boni Joram y avait enfouis. Les Koréish réclamèrent pour eux une part de ce trésor, mais
(i) Ce fut environ 5oo ans après que le puits avait été comblé qu' Abd-ul-Muttaleb eut ces songes.
(2) Les Arabes comme les Israélites considéraient comme une honte ou un maUieur de n'avoir pas une nombreuse postérité mâle. Abd-ul-Muttaleb, malgré ses grandes qualités et le respect que l'on avait pour sa personne, fut ttn jour insulté par un de ses compatriotes parce qu'il n'avait qu'un seul lils.Tous les historiens rapportent ce vœu d' Abdul-Muttaleb, mais pour la plupart ils passent sous silence l'épisode du puits, n est cité cependant dans VHistoire uniçerselle (de 1760). Ouvrage excellent au point de vue de l'érudition mais souvent partial contre Mahomet. D'après cet ouvrage, les Koréish mirent d'abord obstacle aux recherches d' Abd-ul-Muttaleb, mais « le nombre de ses fils s'étant accru jusqu'à douze, il travailla liant à la main et conformément à l'ordre céleste qu'il avait reçu, il ouvrit le puits de Zemzem ». 11 n'est question dans cet ouvrage ni du, vceu ni du saoriiiQe de» chameaux,
Abd-ul*Muttaleb refusa de céder à cette prétention, alléguant que les faons d'or et les armes devaient faire retour à la Kaaba où ils avaient été dérobés, et qu'en tous cas, si quelques-uns de ces objets pouvaient être distraits du trésor du Temple, il en revendiquait pour lui-même la propriété . L'on convint alors pour trancher le différend (le s'en remettre nu sort, que l'on consulta, suivant l'usage, en tirant d'un sac où on les avait mises et mêlées des flèches de différentes couleurs. On mit dans le sac deux flèches jaunes pour la Kaaba, deux noires pour Abd-ul- Muttaleb et deux blanches pour les Koreish. Le sort se prononça en faveur de la Kaaba et d'Abd-ul* Muttaleb : celui-ci eut les armes en partage et les faons d'or furent suspendus à la porte de la Kaaba, où ils restèrent jusqu'à ce qu'Abu Laliab les vola de nouveau, comme on le verra plus loin,
Cependant, Dieu bénit A]>d-ul-Muttaleb, et, en récompense de ses services, lui envoya une nombreuse postérité : il eut douze fils et six fUles (i). Il se souvînt alors de son serment, et malgré le déchirement de son cœur il réunit les dix plus âgés de ses flls poui^ le leur révéler, et engager celui que le sort désignerait à se soumettre à sa destinée.
Le sort désigna précisément son préféré, Abdullah, qui s'écria :
S'il faut donner sa vie à un père aimé comme toi, Comment celui qui possède une vie pourrait-il vouloir la
[garder î
(i) Entre 028 et 069 de J.-C. Il faut remarquer toutefois que dix seulement de ces lils, les principaux, figurent au Tableau généalogique de Mahomet. Les deux autres sont Al-Ghldak et Al-Makawam. D*aprês Abul Féda, même, Abdul-Muttaleb aurait eu un treizième lils, Abd-al-Caàba. Il faut remarqaer que les divers auteurs et généalogistes ne placent pas tous ces personnages dans le même ordre.
Cependant les Béni Makzum, parents d'AbduUah du côté maternel persuadèrent à Abd-ul-Muttaleb de ne pas accomplir son vœu cruel sans avoir consulté la divinité par Tentremise de Shujaa, pythonisse du Kaïbar, qui n'avait pas son égale pour la divination.
Elle lui prescrivit de tirer au sort entre son fils et un lot de dix chameaux dont la valeur représentait suivant la loi dans sa tribu (c41c était juive) le montant de l'amende à payer pour le meurtre d'un homme (i). Le sort étant tombé sur Abdullah, dix autres chameaux durent être ajoutés aux dix premiers pour procéder à un nouveau tirage au sort. Celui-ci donna encore le même résultat. Alors on ajouta encore dix chameaux et ainsi de suite jusqu'à ce que le nombre de chameaux atteignit cent. Ce fut seulement alors que le sort favorisa Abdullah. Les cent chameaux furent immolés en sacrifice.
3. Les Oiseaux Ababils lapident les compagnons de l'Eléphant.
Pour détourner les pèlerins de la Kaaba, Abraha, gouverneur de TYémen, fit construire dans la ville de Sanaa une église haute comme la voûte du firmament, où l'architecture, la sculpture et la peinture avaient réuni à l'envi toutes leurs merveilles ; il oubliait, dans sa folie, que le créateur de toutes les formes ne permettrait pas longtemps à la matière grossière de braver ainsi le ciel. Il en informa son
(i) Selon Tabari et M. C. de Perceval, le tirage au sort pour divination en toute circonstance importante de la vie privée, sociale et politique s'effectuait ainsi : on mettait dans un sac sept flèches sur chacune desquelles était fixée une réponse et on tirait du sac une flèche qui formait oracle. Mahomet abolit cette superstition.
souverain, le Négus d'Abyssinie. On accourut de tous côtés à Sanaa ; les uns y venaient par piété, les autres par curiosité.
L'Arabe Naufil, de la tribu de Kamanah, fut indigné de cette vogue et alla pendant la nuit souiller Téglise de ses ordures. Abraha rendit tous les Arabes responsables de ce sacrilège et il se prépara à marcher contre La Mecque pour détruire la Kaaba.
Le Négus, sur sa demande, lui envoya pour cette campagne l'éléphant Mahmud (louable) ainsi nommé parce que la victoire l'accompagnait partout. Il était d'une blancheur si éclatante que sa vue aveuglait et de taille si haute qu'en le regardant de bas en haut, l'œil n'apercevait pas distinctement ce qui était audessus de ses genoux. Il était accompagné de plusieurs autres éléphants pareils à des montagnes, et ayant l'aspect de démons si terribles que, si lun d'eux dans sa colère avait frappé la terre de sa trompe, l'univers en aurait été ébranlé jusqu'à la planète Mars. Après avoir défait Zu-Yaqar, chef de la tribu des Hemiar, Abraha entra dans le pays d'Hedjaz que ses soldats pillèrent et où ils prirent deux cents chameaux appartenant à Abd-ul-Muttaleb. Ses succès et ses forces intimidèrent les tribus arabes qui avaient d'abord tenté de lui résister, telles que les Koreish et les Hozail. Il envoya vers les premiers un nommé Hattana, des Béni Hemiar, afin de leur déclarer qu'il ne faisait la guerre qu'à la Kaaba, et que s'ils désiraient la paix, ils devaient lui envoyer un de leurs chefs pour traiter avec lui. Les Koreish désignèrent Abd-ul-Muttaleb qui impressionna fort Abraha par sa belle apparence, et ses signes divins, mais se borna à lui réclamer ses deux cents chameaux. Quant à la Kaaba il déclara
86 VIE DK MAHOMET
qu'il s'en remettait pour sa défense au Tout Puissaut, son maître et son gardien.
De retour à La Mecque, Abd-ul-Muttaleb invita les habitants à se disperser ou à se retrancher dans les montagnes. Quant à lui, il entra dans la Kaaba, et implora la protection du Maître de la gloire con* tre rinimitio du l'oi* Tout à coup, il aperçut une nuée d'oiseaux AbabiU (i) planant au-dessus des compagnons de l'Eléphant. Cette vue le combla de joie, il acheva sa prière et s'en alla rejoindre les chefs des Koreish sur le montHarra.
Abraha fit orner les éléphants de harnachements variés, et les mit à l'avant-garde de son armée avec l'éléphant Mahmud en tête ; une foule de guerriers les suivait, semblable à une mer furieuse. Mais quand Mahmud s'approcha delà Maison sainte, il se détourna de la ligne droite, prit l'oblique et malgi'é qu'on lui envoya le Pion de l'admonition, il persista k reculer comme le cavalier du jeu d'échecs. Le roi fut fait mat ainsi que son armée et tous restèrent à l'échec (a). A ce moment une armée divine fit son apparition sous forme d'une troupe d'oiseaux Ababil» dont chacun tenait une pierre dans son Ijec et deux dans ses serres, chaque pierre portant le nom d'un ennemi écrit par la main du Tout Puissant (3).
(i) Des auteurs européens ont supposé que ces oiseaux étaient des hiboux ou des outardes ; d'autres qu'ils ressemblaient à des hirondelles ou des ohauves-souris. On admet maintenant que cette armée a été détruite par la petite vérole.
(2) L'auteur a fait ici une métaphore tirée du jeu d'échecs.
(3) Koran : C V ; L'éléphant : i . As-tu vu comment le Seigneu)^ â traité les compagnons de l'Eléphant? 3. N'a-t-il pas envoyé contre eux les oiseaux ababils ? 4* ^^ lancé sur leurs têtes des pierres portant des marques imprimées au ciel? 5. 11 les a foulés comme le grain broyé parles bestiaux.
YIK DE MAHOMET 87
Ces pieri'es furent lancées de telle façon que celles qui atteignaient un homme monté ressortaient par l'abdomen de sabête et que celles qui frappaient un fantassin sortaient de son corps par Tanus. C'est ainsi que la colère du Tout Puissant extermina tout, hommes et animaux. Mahmud échappa seul au désastre. Abraha s'enfuit jusqu'en Abyssinie où il arriva dévoré par une terrible maladie ; aussitôt qu'il eut fait son rapport au Négus, l'oiseau Abal)il qui s'était attaché à lui avec le plus d'acharnement pendant le combat, et qui depuis n'avait pas cessé de le suivre, le tua avec une pieiTe.
Cependant les Koreish, du haut du mont Harra, virent que l'armée n'avançait pas et voulurent se porter à sa rencontre; mais Abd-ul-Muttaleb leur représenta qu'ils devaient craindre quelque stratagème et il s'offrit à aller seul en reconnaissance. Sa proposition fut acceptée et il profita de cette occasion pour prendre et cacher tous les objets de prix qui se trouvaient dans le camp abandonné. Puis il fit son rapport aux Koreish qui se partagèrent le l'esté des dépouilles. C'est ainsi qu' Abd-ul-Muttaleb accrut sa fortune et son pouvoir (i).
4. Des visions dans le sommeil; des songes vrais et faux ou confus (2).
Le sommeil est un état du corps dans lequel nos sens externes cessent de fonctionner parce que l'es-
(i) On peut voir par cet exemple combien les biographes ont amplidé les récits du Koran.
D'après AI Juzi, ce serait Abdallah qui, envoyé en reconnaissance par son père Abd-uI-Muttaleb, aurait rapporté aux Koreisch la nouvelle de la défaite miraculeuse de l'armée d'Ablraha.
(a) La théorie des version» et de» «onge» «i comme celle
88 VIE DK MAHOMET
prit qui les anime s'est renfermé dans Tintérieur (du cœur).
Un songe est l'impression que l'âme reçoit dans
des révélations, la plus graude importance au point de vue religieux musulman.
a Le Prophète a dit : ce Les bons songes forment une des quarante-six parties du Prophétisme... » Quand il sortait de la prière du matin, il avait l'habitude de demander aux Compagnons si quelqu'un d'entr'eux avait eu un songe cette nuit, espérant trouver dans cette manifestation quelque bon présage pour le triomphe delà religion. i^IbnKhaldoun, traduction de Slane; Isis Moderne, t. I, n° 5 : Magie et Divination chez les Arabes,) On trouvera dans Ibn Khaldoun la théorie longuement exposée de Tinterprétation des songes; d'après les docteurs de l'Islam, c'est l'islamisme qui donna à cet art son plus grand développement et c'est des premiers musulmans que tous les peuples en ont acquis les règles.
Voir encore sur ce sujet : E. Lamairesse ; Bible de Vislam et dans les Annales de VExtrême-Orient : Mémoire sur les religions de l'Algérie,
La théorie des songes que nous donnons ici, d'après Mirkhond, est en résumé la même que celle donnée par Ibn Khaldoun. Dans ces deux auteurs, cela ressemble à un morceau de scolastique du Moyen- Age.
La révélation par les songes tient aussi une grande place dans l'histoire de la Religion chrétienne; voici ce qu'en dit un auteur catholique :
« Les lumières de Dieu, quel que soit le chemin qu'elles I^rennent pour pénétrer dans la conscience, qu'elles viennent dans la veille ou dans le sommeil, par des inspirations subites et directes, des voix intérieures ou des voix du dehors, par celles de la nature ou de l'homme, les lumières de Dieu éclairent jusqu'au fond. L'esprit sait, la volonté se résout et l'homme agit. » (Père Didon, Vie de Jésus-Christ, Les Origines de Jésus, chap. I*% pages 4^470
Cette doctrine s'impose évidemment à toute religion fondée sur la révélation.
D'un autre côté, les médecins reconnaissent que des jeûnes prolongés joints à un grand surmenage intellectuel produisent des hallucinations. C'est ainsi que les adver-. aaires de Mahomet interprétaient ses visions et révélations.
cet état et qui peut être vraie ou fausse (ou confuse). Le songe est vrai quand l'âme est soustraite à Tempire des sens par la conformité de son essence avec les essences supérieures et sa liaison aux entités célestes ; elle reçoit alors la communication d'images auxquelles elle est prédestinée depuis le commencement des choses. Les souffis et les philosophes pensent que les images du monde inférieur existent dans les âmes célestes et que dans Timagination de l'homme peuvent être projetées et se graver toutes sortes d'images. Néanmoins quand la faculté de raisonner (la raison) est forte et l'imagination faible, celle-ci ne peut arranger à son gré ou altérer les sublimes secrets qui lui sont l'évélés pendant le sommeil, mais les transmet tels qu'elle les a reçus, à la mémoire ; en sorte que, en s'éveillant, on retrouve gravée dans l'esprit l'idée que les célestes avaient retournée d'en haut à l'âme humaine. Dans ces conditions, un songe est vrai et n'a pas besoin d'interprétation. Quand, au contraire, l'imagination prédomine, elle agit sur les impressions venues d'en haut, les revêt à sa façon et les livre ainsi à la
Lui-même craignit d'être la victime d'effets semblables, ainsi qu'on le verra plus loin. Il n'avait rien d'un thaumaturge et se déclarait impuissant à opérer des miracles ; en outre, il avait le mépris ou la haine des poètes, des devins, des sorciers ; il les considérait évidemment comme des malades ou des charlatans, ou des suppôts de Satan, et ne craignait rien tant que de devenir un des leurs. Cette disposition provenait séuis aucun doute de Tabus qui avait été fait en Perse du magisme mêlé au culte du feu ou du moins de la lumière. Cette religion qui, à cette époque, triompha pendant quelques années, dans la personne des Chosroès, de la Chrétienté byzantine, avait, par ses outrages aux Saints Lieux, inspiré l'horreur en Arabie, en Palestine et en Syrie. De là la conquête de la Perse par les successeurs immédiats de Mahomet.
mémoire ; dans ce cas, le songe est encore Vrai, mais a besoin d'être interprété.
Il y a donc deux sortes de songes vrais, comme de songes en général.
Les songes vrais sont évidemment le privilège des pieux et des justes. En outre, quand l'esprit qui reçoit des visions est faible et l'imagination forte, celle-ci prédomine toujours sur celui-là dans lès assimilations, ressemblances, liaisons et arrangements d'idées qui ont lieu dans les songes; de cette façon, elle empêche cet esprit de prendre connaissance du monde spirituel.
L*humeur mauvaise qui domine dans un tempérament Ne disparatt jamais, eUe persiste jusqu'à la mort.
Comme la fonction de l'imagination est de tout combiner (i), elle confond ensemble des détails dotit la nature est d'être séparés et à l'occasion séparé des choses réunies ; et ainsi elle enfante des absurdités et des monstruosités. Il arrive quelquefois que Tutiê des quatre humeurs prédomine dans le corps et que par l'effet de celle-ci, l'imagination fournit à l'esprit des images.concordantes. Par exemple, quand le tempérament est sanguin, l'image que l'intellect, avec l'aide de l'imagination, a reçue dans l'état de veille, s'étant imprimée sur les sens internes Correspondants, se manifestera dans le sommeil.
S. Songe vrai d'Abd-ul-Muttaleb.
Parmi les songes vrais, on cite souvent celui qu'Abd-ul-Muttaleb, fort troublé, vint confier k une célèbre Pythonîsse dans les termes suivants s
— Je vis, sortant de mes reins, une chaîne blanche
(i) On définit assez généralement l'imagination : Faculté de combiner les images.
qui avait quatre extrémités, dont une touchait le ciel, lautre la terre, la troisième le levant, et la quatrième le couchant. Tout à coup elle se transforma en un arbre frais et vert chargé de fruits de toutes les espèces. Au pied se tenaient debout deux vieillards d'un aspect serein et vénérable. Sur ma demande, ils m'apprirent qu'ils étaient Noé et Abraham, et ils ajoutèrent : « Cet arbre de noble origine est descendu de tes ancêtres jusqu'à toi, tu l'entretiendras et il continuera à vivi*e et à pousser des rejetons d'âge en âge, selon le pacte d'alliance. »
La Pythonisse répondit : c< Si ton récit est vrai, il naîtra dans ta famille un homme sur lequel les habitants des tabernacles des cieux et des régions de la terre fixeront unanimement le manteau de l'obéissance et les pendants d'oreilles de la soumission. La chaîne signifie le renforcement des lois de la religion et la multitude des auxiliaires (Fidèles), ses anneaux constituent l'établissement et la confirmation de la dignité de cet Elu, et quiconque lui résistera sera englouti dans la tourmente de la misère et le gouffre de l'anéantissement. Cet homme fortuné fera de si grands efforts et ravivera si énergiquement les préceptes de la religion d'Abraham que, jusqu'à la fin du monde, les fondements de la citadelle de sa Prophétie et de son Imamat ne subiront jamais aucune altération (i). »
Plusieurs prédictions semblables annonçant la mission de son petit-fils furent ainsi faites à Abd»ul- Muttaleb d'une manière authentique ; il serait trop long de les rapporter. D'ailleurs, il lui était recommandé de ne point les divulguer, afin que les Juifs ne puissent rien tramer contre le Dernier Prophète.
(i) Littéralement : dégradation, avarie.
Abcl-ul-Muttaleb eut, comme nous l'avons dit, de ses nombreuses épouses douze (ils et six filles. Presque tout ce qui concerne les dix principaux de ses fils est rapporté dans la suite de ce livre.
Son second fils, Abu-Lahab, prit part au deuxième vol des faons d'or de la Kaaba. Une nuit qu'il se livrait à l'orgie avec d'autres jeunes gens, ses compagnons de débauche et lui se trouvèrent sans argent, et dans leur ivresse ces jeunes insensés ne trouvèrent rien de mieux, pour sortir d'embarras, que de détacher les faons d'or de la porte de la Kaaba pour les vendre. Abd-ul-Muttaleb, passant par hasard près de la maison où ils s'étaient réunis, entendit des chanteuses qui célébraient leur exploit et en informa les Koreish. Ceux-ci mirent toute la bande en prison et punirent les coupables.
Abu-Lahab épousa Omm Jamil, fille d'Harb et sœur d'Abu-Soffian, qui fut l'ennemi mortel du Prophète ; elle était la tante de Moawia ; c'est à elle que fait allusion le verset : « Ainsi que sa femme porteuse de bois (i). »
Le cinquième fils d' Abd-ul-Muttaleb, Zuvar, et le sixième, Zobeir, étaient deux poètes renommés chez les Arabes.
(i) Koran : CXI, 4 ^ « L^i femme d'Abou Lahab, nommée Omm Djemil (lamil) excitait son mari contre Mahomet; on dit même qu'elle jetait des épines sur le chemin où Mahomet devait passer. C'est pourquoi il l'appelle Porteuse de bois. Elle descendra dans l'enfer chargée d'une ramée, j^ Kasimirski (Note de la S, ÇXL)