‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 15 sur 89 · CHAPITRE IV ABDULLAH, PÈRE DE MAHOMET · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV ABDULLAH, PÈRE DE MAHOMET

AbduUah, huitième fils d'Abd-ul-Muttaleb, était le plus beau des Koreish : il était le Joseph de son temps. Il possédait au plus haut degré toutes les qualités.

De sa figure rayonnait déjà la lumière de l'étoile prophétique de Mahomet. Son aspect, qui gagnait les cœurs, resplendissait de l'éclat du soleil de l'apostolat.

Celui qui a la marque de Tamour de l'Ami (le Tout Puissant) La porte radieuse sur le front.

A cette époque, le bruit courait parmi les prêtres juifs et les devins du Hedjaz que ce jeune homme serait le père du Dernier Prophète.

Ainsi que les docteurs d'Israël en avaient lu la prédiction dans leurs Livres anciens, lorsque ce fils d'Abd-ul-Muttaleb naquit, la robe ensanglantée de Jean-Baptiste suinta du sang.

Quand il eut atteint l'âge de la puberté, les dames de la tribu des Koreish et les belles Arabes aux yeux noirs furent tellement ravies par sa beauté et enflammées du désir de l'avoir pour amant, qu'elles ôtèrent de leurs chambres les tapis de l'acte conjugal et refusèrent d'avoir aucuns rapports avec leurs époux.

Essuie du tableau de ton esprit la poussière de Tamour

[pour tout autre qu'AbduUah, Car il n'y a pas d'amour quand il n'y a pas un seul cœur

[et un seul amant.

(j^ VIE DE MAHOMET

Klles s'ingénièrent à étaler leurs charmes sur le théâtre de la beauté et de l'amour, donnant à Abdullah leurs cœurs, et lui oJVrant les présents délicieux (les faveurs amoureuses) avec toutes sortes de séductions et de coquetteries.

Cependant, par la faveur divine et avec l'aide du Tout Puissant, le jeune homme s'abstint de s'unir à ces Houris à figures de fées, à l'aspect radieux comme le soleil, et il ne salit pas sa robe d'innocence des souillures de la concupiscence.

(^uand approcha le temps où la Perle Vierge (Mahomet) devrait être nourrie dans la coquille de la noblesse, où le Précieux diamant devrait être formé dans la mine de la prospérité, des Juifs et des bandits sanguinaires de Syrie, au nombre de soixante- dix, complotèrent de se rendre à La Mecque pour trancher le lîl des jours d'Abdullah. Ils firent le trajet secrètement, en marchant de nuit, et, ai'rivés près de la ville, ils s'arrêtèrent aûn d'attendre une occasion favorable pour accomplir leur dessein.

Tout à coup, ils rencontrèrent AbduUah, qui était à la chasse, et ils fondirent tous ensemble sur lui. Mais Wahab, fils d'Abd-Munaf, qui chassait dans la même partie du désert avec une suite nombreuse, vint à passer près de là : il vit son neveu aux prises avec des brigands. Il se mit à la tête de ses gens, chargea les assaillants avec impétuosité et les dispersa.

Des écrivains affirment que la déroute fut consommée par une légion d'anges montés sur de» chevaux piç8, qui se précipita des hauteurs du ciel sur la terre au secours d' AbduUah.

Quoi qu'il en soit, cette aventure donna à Wahab l'intuition des hautes destinées réservées à la femme

VIE DE MAHOMEt qS

qui serait réponse d'Abdullah. Il dépêcha sa femme à Ahd-ul-Muttaleb pour l'informer qu'il avait élevé ehea lui, dans la retraite, une jeune nièce qu'il désirait unir à son fils AbduUah par les liens du mariage. Abd-ul»Muttaleb consentit à cette union dès qu'il coîinut la beauté et l'innocence d'Amii^ah (i). On prit des deux parts les dispositions d'usage et à une heure faste, celle de la conjonction des planètes Vénus et Jupiter, Aminah, belle comme un astre, fut unie à Abdullah, à la face radieuse comme celle de la Lune.

Cependant ce mariage jeta la désolation dans la noble ville de La Mecque. Parmi les dames amoureuses d'Abdullah, deux cents moururent de chagrin.

Le souffle de la séparation éteignit les yeux et les cœurs

[qui brillaient Comme la brise du matin éteint la lampe de la veillée.

Les autres victimes de l'amour que le destin épargna chantèrent en plaintes mélodieuses leur douleur de renoncer aux joues tendres et roses d'Abdullah.

Le destin n'avait pas décrété que les blessés périraient par

[l'épée ; S'il l'avait ordonné, ton cœur impitoyable ne peut être

[blâmé .

Elles préféraient la mort à une existence pleine désormais pour elles de regrets.

En même temps que ce mariage, fut célébré celui d'Abd-ul-Muttaleb avec Haïlah, ûUe de Wahab, qui fut la mère d'Hamzah.

(i) C'est ici le premier exemple des usages arabes pour la conclusion des alliances matrimoniales à cette époque reculée; on en verra plusieurs autres dans cet ouvragCé

Abdallah fit un voyage en Syrie avant la naissance de Mahomet : s'étant à son retour arrêté à Médine, il y contracta une maladie qui l'emporta rapidement. Il n'avait que trente ans. Il fut inhumé dans le terrain appelé Dar-un-Naïlah.

Dans ce monde fragile, maison à deux portes (entrée et

[sortie) Ne jette point de fondements, car l'édilice de la vie est

[bientôt rasé.

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