‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 23 sur 89 · MAHOMET JUSQU'A L'AGE DE TREIZE ANS · texte numérisé non relu

MAHOMET JUSQU'A L'AGE DE TREIZE ANS

I, Les trois premières années; la nourrice Halimah. — 2. Des anges ouvrent la poitrine à Mahomet âgé de • quatre ans. — 3. Mahomet de cinq ans à huit ans ; son \ voyage à Médine; il procure la pluie. — 4- Mort d'Abd- ^' ul-Muttaleb; Abu Tâleb adopte Mahomet.

r>: 1. Les trois premières années; la

S' nourrice Halimah.

Les premiers jours, le nouveau-né fut allaité d'abord /par Aminah et ensuite par Nubiah, jeune esclave d'Abu LahabV qui avait nourri son propre fils Masruh et auparavant avait été la nourrice d'Hanizah B. Abd-ul-Muttaleb (i) ; longtemps après, quand on offrit au Prophète pour femme la fille d'Hamzah, il répondit : « Il ne m'est point permis àé l'épouser parce qu'elle est la fille de mon frère de lait (2): » . . ^ . *

'" Abu Lahab affranchit Nubiah pour avoir donné le

r (i) D'après quelques auteurs, la première nourrice de Mahomet, qu'ils appellent Thawiha, aurait allaité « dans {e même temps » que le Prophète non seulement Masruh et {lamzah, mais, encore Abu Salama, fils d'Abd-al-Asad, le pâkzumite: Ce fut à la prière d'Aminah que Ton changea ile nourrice., f •♦ i

ç (af D>prèii le Kama Siitra de Watsarpanah, cet empêchement au mariage existe aussi dans l'Inde brahmanique;; , y

Il8 VIE DE MAHOMET

sein à Mahomet; à cause de cette bonne action qu'il accomplit un lundi, son tourment dans l'enfer est adouci tous les lundis.

Au bout de quelque temps Nubiah fut remplacée comme nourrice par Halimah, fille d'Abu Duid, de la tribu des Beni-Saad dans laquelle les nobles de La Mecque avaient l'habitude de mettre de préférence leurs enfants en nourrice à cause de la salubrité du canton où elle était établie. On prête à Halimah le récit suivant :

« J'étais en quête d'un nourrisson dans un but intéressé ; un avertissement céleste me fit demander l'enfant d'Abd-ul-Muttaleb. Quand je le vis, sa beauté et sa grâce me ravirent au point que le lait afflua soudainement à mes mamelles. Je lui donnai le sein droit qu'il téta immédiatement. Jamais il ne voulut prendre le sein gauche (i).

Quand j'emportai l'enfant à ma demeure, mou âne, auparavant exténué, prit subitement une gaie allure et se mit en fête pour le retour, et je l'entendis se dire en lui-même : « Je revis, je porte Mahomet, la joie de ce monde et la lumièi'e de l'autre. »

En chemin, nous traversâmes un troupeau de moutons ; ils s'empressèrent autour de moi et une voix sortit du milieu d'eux pour me féliciter : « Que ton œil éclate de plaisir, ô Halimah ! Sais-tn quel est ton nourrisson ? C'est Mahomet, l'Apôtre de Dieu. » A chaque station, l'eau, l'herbe, les fruits

(i) Dans tout l'Orient, on regardait comme faste ce qui provenait du côté droit, comme néfaste le côté gauche. L'écrivain Ibn Abbas ajoute que, déjà alors, le Prophète s'inspirait de la justice et voulait que le lait du sein gauche fût donné en totalité à son frère de lait. Et celui-ci ne voulait tétep qu'après que Mahomet avait fiai.

naissaient pour nous en abondance par le pouvoir d'Allah.

Après notre arrivée dans la tribu, nos champs, nos pâturages, nos troupeaux furent si exceptionnellement favorisés que tout le reste de la tribu nous porta envie. Pour éteindre cette jalousie, Allah étendit à tous ses membres la prospérité dont il nous comblait.

« L'enfant ne se souillait jamais ; et toutes les fois que je voulus le laver, je le trouvai propre et sans impureté. Il détestait la nudité et criait quand on le découvrait. Sauf ce cas, il ne pleurait jamais et était toujours de bonne humeur, ce qui le faisait aimer de tout le monde. Les premiers mots qu'il prononça furent : « Il n'y a de Dieu qu'Allah! » Et depuis lors, il ne fit jamais rien sans dire au préalable : « Au nom d'Allah ! » Il ne prit jamais un objet de la main gauche. En un jour, il grandissait autant que les autres enfants en une semaine, en une semaine autant que les autres en un mois ; en un mois autant que les autres en une année. Chaque jour une lumière semblable à un faisceau de rayons solaires descendait sur lui et l'enveloppait. A deux ans, il était très fort; cependant, j'obtins de sa mère Aminah qu'elle me le laissât encore en raison de Tinsalubrité de La Mecque .. Dieu continua à nous combler de ses faveurs et nous devînmes les plus riches de la tribu. »

Après avoir repi»oduit le récit d'Halimah, l'auteur de cette tradition fait observer que les événements de la vie du Prophète jusqu'à l'ouverture de sa poitrine sont relatés dans de gros livres anciens et modernes et qu'Allah sait la vérité sur Içur contenu.

2. Des anges ouvrent la poitrine à Mahomet âgé de quatre ans.

Mahomet fut sevré à Tâge de quatre ans. Aussitôt après, il demanda et obtint d'Halimah la permission d'accompagner ses deux frères de lait qui faisaient paître les moutons.

Un jour, vers midi, l'un d'eux, Zobéir, fils d'Halimah, vint, dans le plus grand émoi, lui annoncer en toute hâte que deux hommes avaient enlevé Mahomet au sommet du mont ; elle y courut et y trouva l'enfant qui lui dit : « Pendant que j'étais avec mes frères, apparurent soudain deux hommes vêtus de blanc. L'un tenait à la main un vase d'argent et l'autre un plateau d'émei'aude verte. Ils me prirent et m'emportèrent au sommet du mont. L'un d'eux m'ouvrit la poitrine jusqu'à l'abdomen, sans douleur. Puis il introduisit ses mains dans mon corps, en retira mes entrailles, les lava avec de l'eau de neige et ensuite les remit en place. Alors son compagnon se leva et lui dit : « Va-t-en, tu as achevé ta tâche. » Ensuite il sortit mon cœur, le fendit et en retira un point noir enveloppé de sang caillé, qu'il jeta de côté en disant : « C'est l'écrit de Satan. » Cela fait, il remplit mon cœur d'une substance qu'il avait apportée et à laquelle aucune autre matière ne saurait être comparée pour la douceur et le parfum.

Us me pesèrent ensuite, en mettant dans le plateau opposé de la balance : d'abord dix hoinmes, puis 5oo, puis 5,ooo, Mon poids l'emporta toujours. Alors ils se dirent : « C'est assez ; son poids l'em- 4[)orterait sur ecètti d« sa nation tout entière. » Et ils s'envolèrent au ciel. »

• Halîmah ajoute : « Quand ^'e ramenai l'enfant a la maison, on me dit : « Il faut consulter un devin, car il est touché par les Génies (i). » Mahomet répliqua : a Je suis exempt et sauf de ce que vous supposez et je ne suis atteint d'aucun trouble. » Cependant un devin fut consulté et déclara qu'il fallait tuëï* Mahomet parce qu'il voudrait abolir la religion deS Lat et Ûzza. '

• L'enfant étant ainsi menacé, Halimah, de l'avis de son mari et de ses proches, le remena à son grand-père Abd-ul-Muttaleb (a>.

3. Mahomet de cinq à huit ans ; son voyage à Médixie; il procure la pluie.

Quand Mahomet fut dans sa sixième année, Aminah l'emmena avec Omm (3) AimaH à Médine où elle allait visiter son père et ses parents. Ils s'arrêtèrent d'abord un mois dans un endroit nommé Dâr-un-Baah, puis passèrent quelques jours à Médine et ensuite revinrent à Dâr-un-Baah où Aminah mourut et fut enterrée (Sjô). Quand Omm Aiman arriva à La Mecque avec l'enfant, Abd-ul- Muttaleb le prit dans ses bras en pleurant la perte d' Aminah et prit à cœur de lui donner des soins tout maternels. Jour et nuit, il veillait sur lui ; il disait souvent : « Cet enfant deviendra un chef d'Etat et d'armée. »

(i) En d'autres termes, « il est devenu fou. »

(2) D'après le secrétaire de Wackidi, Halimah rendit Tenfant à Tàge de 5 ans, parce qu'il était sujet à des crises nerveuses semblables à des attaques d'épilepsie. Muir voit dans ce tempérament l'origine de ses extases.

(3) Omm signifie littéralement : « mère »; dans l'usage, il (•quivaut an mot français dame ou madame.

laa VIE DK MAHOMET

C'est à cette époque que des devins de la tribu des Beni-Madih déclarèrent que l'empreinte du pied de Mahomet était tout à fait semblable à celle qui se trouve à la place d'Abraham (i).

Abd-ul-Muttaleb aimait Mahomet plus que ses propres enfants. On avait placé à l'ombre de la Kaaba une natte sur laquelle le vieillard venait s'asseoir avec ses fds. L'enfant aimait à s'y étendre, et Abd-ul-Muttaleb défendit qu'on l'en empêchât. Quand celui-ci dormait, personne n'osait le réveiller, que Mahomet, et il n'était permis qu'à lui de suivre l'aïeul dans les appartements intérieurs de sa maison.

Cette année-là (Sjj), une terrible famine sévissait à La Mecque. Kaquiah, fille d'Abu-Sanaï, cousin d' Abd-ul-Muttaleb, étant en état de sonmolence, entendit la voix d'un héraut invisible ;

« O Koréish, vous touchez à l'époque où se révélera à vous le Prophète des derniers jours! Par sa grâce, vous aurez des aliments sains et des pluies fécondes. Vous avez parmi vous un homme noble, de haute taille, qui a la peau blanche, le nez aquilin, le front ouvert, de longs cils. Dites-lui de prendre avec lui son fils et un homme de chaque tribu; après s'être purifiés et parfumés, ils feront ensemble sept fois le tour de la Kaaba. Puis ils se rendront au mont Abudhis, où ce personnage offrira des prières jusqu'à ce que la pluie tombe! »

Les gens de La Mecque obéirent en tout point à cet ordre d'en haut.

Abd-ul-Muttaleb, visiblement désigné par la voix mystérieuse, prit son petit-fils sur son dos et éleva

(i) La place d'Abraham porte le n' 8 sur la : « Vue du temple de La Mecque » annexée au Koran de SaleB*

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les mains de l'enfant dans les siennes vers le ciel, en implorant la pluie. Elle se déclara immédiatement.

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