CHAPITRE VIII
XlIIe ANNËE DE LA VIE DE MAHOMET ET SI; IVANTES(582à593).
i". Abu Tàleb emmène Mahomet en Syrie ; séjour auprès du moine Bahira. —2. De la xiv'à la xxiv* années de la vie de Mahomet. .. : . . . ;
l.Abu Tâleb emmène Mahomet en
Sjrrie ; séjour aujprès du moine
Bâhira. \ . \ : .
- Mahomet" avait treize ans lorsque Abu Tàleb entreprit un voyage de commerce en Syrie (SSa). En voyant que Ton faisait les derniers préparatifs de départ, l'eiifant se mit à pleurer et Abu Tâleb devinant la cause de ses larmes, se décida à l'emmener avec lui. La caravane des Koréish s'arrêta à deux farsaks de Missrah à proximité de l'ermitage de Bahira (i), docteur chrétien très vénéré pour son
(i) D'après Prideaiix, ce Bahira ne serait autre que Sergius, inoinei' souvent cité par les écrivains latins. "
Tous' les auteurs musulmans rie donnenVpâs^ la même version de rentrévue de Mahomet et de Bahira. Comme ce fait est' acquis à l'histoire^ nous le rapportons ici d'après d'âiitrés'riaVratèurs. Disons 'd'abord que la ville de Bôstra ôu^Bosïrâï, près de laquelle ils' placent la résidence de Baliira,^èst''la'" même que MissraT Aboulfêda en fait la capitale du^ltàuràn,' située à 4 journées au sud de Damas, par 60-8' de^longr'et 3>35' de latit. (d'après Al Biruni).
L'événëmérif clphf il est ici question arriva sous le règne de Kosroès Hormitz^ llls^'dè Kôsroès Anolirchivan. '
ascétisme et sa piété. L'étude des livres sacrés lui avait appris que le Dernier des Prophètes serait reconnu à certains signes et que sa venue dans ce pays rendrait jaloux les hôtes du paradis. En prévision de cette visite, le solitaire avait converti en chapelle? un ermitage qui se trouvait dans le village de Kufr. Dans Tattente de cet heureux événement, il vivait étranger au monde, tout entier à la prière. Lorsqu'arriva la cai»avane fortunée, Termite l'aperçut de loin : elle était préservée de la chaleur du soleil par un nuage qui la couvrait sans cesse ; puis il vit un arbre et un bloc de pierre qui s'inclinèrent profondément devant un des voyageurs. Les arbres et les rochers criaient : « Salut à toi, Apôtre d'Allah ! » Bahira eut dès lors la certitude que le Prophète faisait partie de la caravane. Il se hâta de préparer un repas auquel il invita sans distinction tous ceux qui la composaient. Tous les Koréish s'y rendirent, excepté Mahomet, qui, sur l'avis d'Abu Tâleb, resta à la halte.
Le moine Bahira (Sergius, ou Félix), était nestorien et résidait au monastère d'Abd-al-Kaïs {Abul''Ha8an Alitai" Masudi) ; ii était lils de Jonas, lils d'Abd-ai-Salibi.
Abu-Tàleb, appelé en Syrie pour ses affaires, « mena avec lui son neveu..., etc. Ils ne furent pas plutôt arrivés à Bostra, ancienne ville de la Syrie Damascène, qu'ils allèrent visiter un monastère, où ils trouvèrent un moine, etc., qui les reçut avec beaucoup de distinction et leur donna un festin magnifique. » Ce serait en baisant la veste de Mahomet par derrière, que Bahira aurait vu « le sceau de la prophétie » entre les deux épaules de son invité. Le moine aurait dit alors, « se tournant vers Abu-Tâleb : Retournez-vous-en avec cet enfant, et prenez bien garde qu'il ne tombe entre les mains des Juifs, car votre neveu deviendra un jour un homme extraordinaire. » [Ahmed hen YuseJ ; Abul Hasan Ali Al Masud ; Ahnl Hasan Al Beckr; Ahoulféda ; etc.). Suivant ces auteurs, Bahira ou Baheira n'était que le surnom du moine.
Bahira ne voyant sur aucun des convives les signes attendus, demanda s'il manquait quelqu'un et insista pour qu'on fi venir le jeune homme laissé à la garde des marchandises (i). Après le repas, il examina Mahomet et fit à son sujet plusieurs questions, entre autres celle-ci :
(c Est-ce que la rougeur qu'on remarque dans ses yeux est passagère ou persistante? » — « Persistante )), lui fut-il répondu.
Il demanda ensuite à voir à nu le dos de l'Elu à la hauteur des épaules et y reconnut le sceau de la prophétie. Alors il s'écria : « Voilà le Prince des habitants du monde qu'Allah leur a envoyé dans sa miséricorde. » Ces paroles donnèrent aux Koréish la plus haute idée de Mahomet.
Mais sur l'avis de Bahira, qui craignait quelque attentat des Juifs contre son jeune neveu, Abu Tâleb ne l'emmena pas avec lui au-delà de Missrah (2).
(i) Ces détails sont identiques à ceux de la reconnaissance du jeune David par Samuel; voir la Bible de Tlslam* Ils en sont probablement la reproduction.
(2) Mirkhond ajoute sans explications qu'Abu Tâleb renvoya son neveu à La Mecque. Mais l'historien persan ne dit pas par quels moyens et en quelle compagnie, ni comment tous deux purent se résoudre à une aussi longue séparation. On est plutôt porté à croire que Abu Tâleb confia Mahomet pour quelque temps aux soins de Bahira, qui était depuis longtemps son ami, et des religieux du couvent voisin, dont Bahira était peut-être le supérieur, et qu'il le reprit en s'en retournant en Arabie. Il est d'ailleurs très probable que ce fut pendant ce séjour auprès de Bahira que Mahomet acquit les premières connaissances qu'il possédait du christianisme.