‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 35 sur 89 · LES TROIS PREMIÈRES ANNÉES DE LA MISSION DU PROPHÈTE · texte numérisé non relu

LES TROIS PREMIÈRES ANNÉES DE LA MISSION DU PROPHÈTE

I. Conversions d'Ali, de Zaid B. Harelh, d'Abii Beckr, etc.; Propagande secrète pendant trois ans. — 2. Après la mission de l'Apôtre, l'accès des cieux est interdit aux Démons.

1. Conversions d'Ali, de Zaid B. Hareth, d'Abu Beckr , etc. ; Propagande secrète pendant trois ans.

Après Khodaijah, le Prophète amena successivement à la Foi Ali B. Abu Tâleb, son affranchi Zaïd B. Hâreth et son oncle Abu Beckr; puis cinq membres de sa famille dont on cite les noms.

AU B, Abu Tâleb. — Pauvre et chargé de famille, Abu Tâleb avait consenti, dans une année de disette, à confier son fils Ali aux soins de Mahomet et son fils Jafar à ceux d'Abbas, oncle de Mahomet, qui était fort riche.

Elevé par le Prophète comme s'il eût été son fils adoptif, Ali avait dépassé l'âge de dix ans, lorsqu'un jour il vit Mahomet priant avec Khodaijah. Il fut surpris de voir qu'il n'y avait devant eux pendant leurs prosternations aucun objet d'adoration, et, la prière achevée, en demanda à Mahomet l'explication.

Celui-ci lui dit :

— J'accomplis l'adoration qu'Allah le Très Paut

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veut pour lui-même et je t'invite à croire en Lui, qui n'a pas d'associé.

Ce jour même Ali fit profession de la Foi. C'était im jeudi, le second jour après la révélation de la mission. Cependant Ali n'en dit rien à Abu Tâleb; il s'en allait chaque jour avec le Prophète à la montagne pour y prier en secret.

Un jour Abu Tâleb étant venu pour leur parler et ne les ayant pas trouvés, interrogea au sujet de leur absence la mère d'Ali, Fatimah, qui lui dit :

— Ali est très attaché à Mahomet et je crains fort qu'il ne s'adonne à des pratiques contraires à la religion de nos pères.

Abu Tâleb se mit à la recherche d'Ali et, l'ayant trouvé avec Mahomet dans une gorge, demanda ;

— Quelle religion professez -vous?

Le Prophète répondit :

— La religion qu'Allah a édictée pour lui-même et pour la propagation de laquelle il a envoyé ses Prophètes.

Puis il engagea son oncle à embrasser cette religion et à le seconder. Abu Tâleb répondit :

— Pour moi, je ne puis abjurer la Foi de mes pères, renoncer à l'idolâtrie et à la religion d'Abdul-Muttaleb. Quant à toi, accomplis avec persévérance la mission que tu as reçue. Toute ma vie, je te protégerai et t'appuierai; jamais je ne te livi*erai à un ennemi. Puis s'adressant à Ali : « Ne crains pas d'être le premier disciple de ton cousin et de suivre la vraie Foi ; Allah sera votre défenseur, votre gardien et votre soutien (i). »

(i) De ce passage et de bien d'autres, on peut conclure qu'à cette éi^oque les Arabes éclairés, étaient, au fond, monothéistes, surtout les Koréish.

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Peu après, Abu Tâleb, accompagné de son fils Jafar, rencontra de nouveau dans la montagne Mahomet et Ali faisant leurs dévotions : il invita Jafar à se joindre a eux et à embrasser leur foi.

Zaïd B, Haretk, — Zaïd B. Hareth était un Syrien qui, enlevé en bas-âge à sa famille, avait été vendu comme esclave à Khodaijah qui en fit don au Prophète. 11 avait dix ans de moins que Malioniet et s'attacha si fort à lui qu'il refusa de le quitter lorsque son père vint pour le racheter, et bien que Mahomet consentit à lui rendre la liberté.

Le Prophète fut tellement touché du dévouement de Zaïd qu'il le conduisit devant la Pierre noire et prononça ces paroles :

— Je vous prends à témoins, vous tou<^ qui êtes ici présents, que ce Zaïd est mon fils. Je l'adopte, je le constitue mon héritier, et lui, en qualité de mon héritier, m'adopte et me reconnaît pour son père.

Depuis ce moment, Zaïd fut toujours appelé le Fils de l'Apôtre de Dieu, jusqu'au temps où une révélation divine lui retira ce titre. Cette révélation eut lieu après qu'il eût divorcé d'avec sa femme Zaynab pour laisser au Prophète la possibilité d'épouser celle-ci. Elle eut pour objet de fermer la bouche à ceux qui reprochaient au Prophète d'avoir épousé la femme répudiée de son fils.

Abu Beckr, surnommé Sidiq (le çéridique), — Abu Beckr appartenait aux Béni Taym, la seconde branche des Koréish (la première étant les Béni Hashem). Il avait deux ans de moins que Mahomet et était devenu son ami intime. Intelligent et habih^, mais sans originalité, il était d'un caractère doux et sympathique, ferme cependant et résolu à l'occasion. Il avait acquis par le commerce de grandes

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richesses qu'il dépensa presque entièrement en bonnes œuvres.

Quelques jours après queZaïd B. Hareth, Taffranchi, eut fait profession de l'Islam, Abu Beckr rencontra Mahomet et lui demanda :

— Est-il vrai que tu défendes d'adorer nos dieux et que tu attaques la religion de nos pères?

Mahomet répondit :

— Je suis l'Apôtre d'Allah et son Prophète. Je t'invite à croire au Dieu Unique et sans associé.

Puis il lui récita des versets du Koran. Abu Beckr sans faire aucune objection ni alléguer aucune excuse, sans retard ni hésitation, accepta la foi.

11 était renommé pour ses manières nobles, sa charité inépuisable, ses vertus et ses talents. Il était réputé sans égal à La Mecque pour l'hospitalité et l'accueil qu'il faisait aux étrangers. Il possédait à fond les généalogies et les anciens récits.

Lorsque la noblesse de l'Islam lui eût été conférée, il mit dans la bonne voie ses amis et alliés et leur fit comprendre la vérité et l'évidence des signes et des paroles du Propliète. Ses efforts heureux firent passer des Koréish éminents et des princes arabe», du désert de l'erreur à la source de la règle du bien.

Dès le lendemain de sa conversion, quatre de ses familiers dont on a retenu les noms firent visite au Propliète pour lui annoncer leur adhésion à la nouvelle foi. On cite aussi les noms de quinze autres Koréish qui suivirent de près les quatre premiers. Beaucoup d'hommes et de femmes imitèrent leur exemple.

Pendant trois ans, le Prophète travailla en secret à faire accepter la Loi sans tache ; il convertissait les Infidèles un par un, deux par deux, en évitant les maniiestations publiques.

2. Après ravènement du Prophète l'accès des deux est interdit aux Démons.

Avant la mission de l'Apôtre, on (i) laissait les Démons monter aux Ciei^x et s'y placer chacun dans un endroit où ils pouvaient entendre les conversations des anges sur les événements d'ici-bas. Ils mêlaient beaucoup de mensonges à la vérité et venaient ensuite répandre ces nouvelles parmi les hommes. Vingt jours après que Mahomet eût proclamé sa mission, on lança contre eux des étoiles enflammées, on les chassa ainsi des positions qu'ils avaient prises et on leur interdit d'écouter à la dérobée. Dès lors, ils n'eurent plus aucun pouvoir et ne purent plus ni rendre des oracles, ni animer les idoles. Les habitants de Taïf furent les premiers informés de cette expulsion et dans le but de conjurer la disgrâce de leurs génies ils se mirent, chacun selon ses moyens, à sacrifier aux idoles en immolant presque tous leurs moutons et leurs chameaux ; enfin, lassés, ils cessèrent les sacrifices.

Quand Eblis (2) eut constaté ces faits, il pensa qu'il était arrivé dans le monde quelque fait extraordinaire. Pour s'en assurer, il se fit apporter par les génies un sachet de terre de chaque pays et flaira chaque sachet; quand il en fut à la terre du Tehamah, il afiirma :

(1) Ainsi que nous l'avons déjà dit : On désigne évidemment les Anges, les bons Esprits, en tout cas, les êtres surnaturels chargés de servir d'intermédiaires entre le Ciel et la Terre.

(a) Eblis ^st le Prince des Génies, des Démons, etc.

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— Quelque événement mémorable a dû se passer dans ce pays !

Puis il respira fortement l'odeur de cette terre. Alors le feu de la confusion dévora le cœur ulcéré du maudit et la fumée du désappointement monta dans son cerveau (i).

fi) Ce morceau est presque un hors-d'œuvre. Nous le reproduisons ici parce qu'il montre combien la croyance aux génies était générale en Orient et ancrée même chez les monothéistes. Les deux dernières lignes sont la traduction littérale de l'auteur persan. Nous en aurions pu donner une équivalente et conforme à notre goût littéraire ainsi que nous l'avons fait pour mille autres passages de ce livre. Mais nous avons voulu donner encore cet échantillon exact du style de Mirkhond et autres écrivains de la Perse. Des auteurs arabes placent cette légende à la Nativité du Prophète et déclarent qu'à partir de ce moment il n'y eut plus d'oracles et que les Pythonisses cessèrent d'en rendre.

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