‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 34 sur 89 · Des diverses manières dont se fait la Révélation · texte numérisé non relu

Des diverses manières dont se fait la Révélation

La révélation peut se faire par un songe véridique. D'après les chroniqueurs, les visions véridiques ou directes constituent un des cinquante-six privilèges de la prophétie (une révélation par vision directe pour cinquante-cinq révélations d'autres sortes). On fait dire à Aïschah : « L'Apôtre d'Allah obéit avant tout à une vision véridique ou directe. » — Autre mode de révélation : Gabriel apparaît au Prophète dans sa forme propre, sans y rien changer et communique ainsi le message divin. — Troisième mode : Gabriel apparaît sous la forme humaine et lui récite des versets du Koran avec les paroles du Seigneur. — Autre mode : Gabriel imprégnait de matières secrètes le cœur de Mahomet, sans que le Prophète le vît, l'inspirait sans qu'il en eût conscience ; Allah a dit : « L'Esprit fidèle (Gabriel) a rempli ton cœur de lui-même, afin que vous prêchiez tous les deux ensemble. » — D'autres fois (5^ mode), la révélation s'entendait comme un tintement de clochettes ; c'était la révélation la plus bruyante et la plus pénible ; si, en ce moment, l'Apôtre se trouvait monté sur un chameau, l'animal, dans un état d'excitation étrange, fléchissait les genoux de devant, puis se relevait brusquement; quelquefois, il se tenait comme immobile, les jambes rigides, puis il les secouait comme s'il voulait les rejeter ; quelquefois, les traits du Prophète s'altéraient subitement et il tombait à terre comme un homme ivre ou vaincu par le sommeil. Aïschah a raconté que, même quand une révélation avait lieu dans la saison froide, elle voyait le front du Prophète inondé de sueur par l'effet de la souf-

l6o VIE DE MAHOMET

france qu'il éprouvait. Un jour qu'il était assis sur le terre-plein devant la Kaaba, en compagnie d'Otliman B. Muttawuni, il leva tout à coup les yeux au ciel, puis les fixa à terre et ensuite les tourna à droite. Il semblait écouter une leçon. Puis il porta un doigt à son front, et quelques instants après regarda de nouveau au ciel, en jetant un coup d'œil à Othman. Celui-ci lui dit :

— O Apôtre d'Allah, je ne t'ai jamais vu dans un état semblable !

Il répondit :

— Un envoyé du ciel vient de m'apporter un message !

— Quel est-il?

— Allah vous commande d'être justes et bons, d'aimer les membres de votre famille, d'éviter la dissipation et l'iniquité et de ne pas vous tromper mutuellement. Sans doute vous vous en souviendrez (Koran, Gh. XVI, 92).

Dès ce moment, Othman fut conquis à la foi et à lamour du Prophète.

On lui prête le récit suivant :

— J'étais un jour assis près de l'apôtre ; il s'agenouilla sur mes genoux et récita le verset : « Ceux qui resteront chez eux seront-ils traités sur le même pied que les combattants, etc. » (Koran, ch. IX), que je couchai par écrit (i). Alors une vieille aveugle, Omm Maklum, vint dire au Prophète : « Je

(i) Ces mots se rapportent soit au v. 82, soit au v. 92. Mais nous devons faire observer que l'ensemble de la sourate parait avoir été donné à une époque postérieure. En effet, il y est lait mention de la bataille de Honeïn, qui n'eut lieu qu'en Tan VIII de THégire et à d'autres événements qui snwirent la fuite à Médine.

VIE DE MAHOMET \6l

ne vais pas à la guerre parce que je ne le peux pas. Je dois être excusée. » Aussitôt furent révélés les mots : i( Exceptés les infirmes ». Othman ajoute : « Par la pénétration de la révélation, le corps du Prince devint si lourd que je craignais que mes cuisses ne se rompissent sous le poids. »

N'oublions pas de dire que de pareils phénomènes ne se produisaient que dans le cinquième mode de révélation.

A la fin de sa vie Mahomet attribuait la blancheur de ses cheveux à Teffet produit sur lui par reflet des Sourates terribles : « la Sourate Hud et ses Sœurs. »

Ces sœurs sont les S. XI, XXI, LVI, LXIX, LXXVII, LXXVIII, LXXXI et CI, toutes révélées à LaMecqueet quelques-unes parmi les premières (i).

(i^ Tout indique que ces extases étaient un état psycholojçique parliculier à Mahomet. Il n'avait rien d'un thaumaturge et avait en horreur les sorciers, devins, poètes, etc. 11" redouta fort, à un certain moment, d'être sous l'empire des esprits du mal. Personnellement il repoussait toute attribution de pouvoirs miraculeux. Il était tout d'une pièce comme sa religion. C'est sans doute la cause de son siiccès et de la foi inébranlable de ses adeptes. Les chapitres du Koran s'adaptent merveilleusement aux circonstances et aux besoins de chacune des périodes de sa vie à laquelle ils ont été révélés, La politique la plus habile ne les aurait pas dictés autrement. On ne saurait en conclure nécessairement qu'ils sont une pieuse fraude. Ce que le génie de Mahomet concevait à un moment donné s'imprégnait profondément dans son cerveau et y produisait dans l'extase ce que Mahomet et ses disciples croyaient une révélation. Cette explication paraît fort admissible.

Page 1