‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 52 sur 89 · PREMIERE VERSION · texte numérisé non relu

PREMIERE VERSION

Une nuit d'orage, de tonnerre et d'éclairs, le Prophète était chez Omni Hani, sœur d'Ali, dans un état intermédiaire entre la veille et le sommeil, lorsque Gabriel lui apparut, accompagné de Michel et lui dit : « Lève-toi Mahomet, le Tout-Puissant t'appelle. » Puis il ouvrit sa robe depuis le cou jusqu'au pubis et Michel lui lava le cou, la gorge et la poitrine avec de l'eau du puits Zemzem pour le purifier de tout ce qui ne doit point souiller un Prophète (i). Cela fait, Gabriel le prit par la main et Temmena. Entre Es-Safà et Merva l'Apôtre rencontra un quadrupède d'une taille intermédiaire entre celle du mulet et de l'âne. Sa tête ressemblait à une figure humaine, son poitrail paraissait formé de rubis étincelants ; et son dos de perles blanches (2). Il

les collines d'As Safa et de Merwa » lorsque l'Ange lui apparut, tandis que, suivant d'autres il était comme on le verra plus loin chez Omm Hani.

U) Selon Abu Horeira et Al Jariidy « Gabriel ouvrit le cœur à Mahomet, en exprima la goutte noire, ou le principe du péché originel, le lava, le remplit de foi et de science, et ensuite le remit à sa place, d'où il l'avait tiré pour faire cette opération plus promptement et avec plus de commodité. » (Hist, universelle).

(2) Borâk avait tous les dons de Thomme excepté la parole. Il volait aveo la rapidité de l'éclair ; ses yeux brillaient comme les étoiles et dardaient des rayons comme ceux du soleil. Dieu lui donna la permission de parler, à l'occasion de Tascension du Prophète que Gabriel venait de lui présenter en énumérant toutes ses qualités et tous ses titres. Alors Borâk demanda : « O Gabriel, je te conjure par l'alliance qui est entre toi et Mahomet, obtiens de lui que je puisse entrer dans le Paradis par son intercession, au jour de la Résurrection. » Le Prophète, entendant ce

avait des ailes assez grandes pour couvrir ses jambes. Gabriel dit k Mahomet : « Monte sur Borâk, la monture des Prophètes. » Et il présenta Tétrier tandis que Michel tenait la bride. Lorsque le Prophète s'élança sur lui, Borâk se mit à faire des honds et Gabriel l'apostropha :

— Borâk, tu n'as jamais été mont« par un Propliète plus cher à Dieu que Mahomet.

A ces mots, Borâk effrayé sua à grosses gouttes et baissa la tête. 1/ Apôtre monta et partit pour le Temple lointain (Jérusalem). Chemin faisant on (i) lui offrit deux coupes, une de lait et une de vin. Il but le lait, et Gabriel lui dit : « Si tu avais choisi le vin, l'erreur aurait triomphé. » Il fut tenté ainsi encore trois fois. Un homme l'appela à sa droite. « Arrête-toi Mahomet ! » Il n'y fit point attention. De même à sa gauche. Plus loin une femme se tenant magnifiquement parée au bord du chemin, l'appela sans plus de succès. Alors, à sa prière, Gabriel lui expliqua :

« Le premier homme était un Juif ; si tu l'avais écouté, tes adhérents se seraient faits Juifs après ta mort. Le second était Chrétien ; ils seraient devenus Chrétiens. La femme parée, c'est le monde ; si tu t'étais entretenu avec elle, tes disciples auraient préféré le monde d'ici-bas au monde futur ». Gabriel fît arrêter l'Apôtre à Médine, lieu de son prochain exil, et au mont Sinaï, le temps nécessaire pour une prière. Il en fit autant à Bethléem, berceau d'Isa. A Jérusalem une troupe de Chérubins venus à sa rencontre

discours, lui dit : u Tiens-toi en repos, Borâk, tu seras par mon intercession avec moi en Paradis », etc.

{Al Bockari, Ahulféday Al Jarud, AL Beldawi, Ahm, Ibn Yahia, Abu Horeiray etc.)

(i) Voir page 109: Xote,

lui adressèrent ces paroles : « Salut à toi, le Premier, le Dernier, l'Elu qui rassemblera ! »

Gabriel lui expliqua ces qualifications : « Tu seras : Le premier des ressuscites du jardin du Paradis, de ceux dont Tintercession est acceptée. Le dernier des Prophètes. Au jour fixé, la résurrection qui rassemblera les hommes commencera^par toi. »

Gabriel fît mettre pied à terre au Prophète à la porte du temple qui est appelée porte de TAscension, et y attacha Borâk à l'anneau auquel les anciens Prophètes attachaient leurs montures. Entré dans le temple, Mahomet y trouva un grand nombre de Prophètes et sur l'invitation de Gabriel s'avança vers eux et récita les prières avec deux prosternations, ce que les Prophètes firent avec lui. Ensuite Gabriel remmena au désert, auprès d'une échelle d'une beauté si merveilleuse qu'aucun œil mortel n'avait jamais rien vu de pareil, et d'une longueur de 5oo années de voyage ordinaire, hauteur de chaque ciel au-dessus du ciel immédiatement inférieur; son pied reposait sur la terre au milieu d'un groupe d'anges et son sommet était dans le ciel. L'Apôtre monta en une heure au premier ciel, formé d'une vapeur subtile qu'on appelle le firmament. Gabriel frappa à la porte.

— Qui est>-ce ?

— C'est moi.

— Qui amènes-tu ?

— Mahomet.

— A-t-il été appelé ?

— Oui.

On ouvrit la porte. Sur la voflte du ciel qui recouvre notre monde, le Prophète aperçut un homme de haute stature et Gabriel lui dit : « Salue ton père Adam. » Adam, la paix soit avec lui, répondit

au salut par les mots : « Sois le bienvenu, fils pieux et Prophète pieux. »

Il y avait à la droite d'Adam une porte par où venait une odeur délicieuse, et à sa gauche, une autre porte d*où s'exhalait une affreuse puanteur. Quand Adam regardait à sa droite, il souriait ; quand il regardait à sa gauche, il pleurait.

Gabriel expliqua au Prince qu'à droite, était rentrée des Elus ; à gauclie, celle des Damnés.

Après avoir échangé des saints et des félicitations avec l'Ange Asmaïl qui préside à la garde du ciel du monde, le Prophète, sur les ailes de Gabriel, monta au second ciel, formé d'une sorte d'alliage (airain).

Pour y être admis, aussi bien qu'à chacun des autres ciels superposés, Gabriel dut donner, aux anges qui en gardaient l'accès, les mêmes explications qu'au premier ciel. Dans le second ciel se trouvaient deux liommes jeunes : Isa (Jésus), fils de Marie et Yahia (Jean-Baptiste), fils de Zacharie.

A la salutation du Prophète, ils répondirent comme l'avait fait Adam.

Au troisième ciel, fait d'une sorte d'airain de couleur olivâtre (Zaïboun), ils rencontrèrent Yusuf (Joseph).

Au quatrième ciel, d'un argent brillant, David et Salomon.

Au cinquième ciel, de lor le ^ilus pur, Edris (Enoch).

A chaque ciel, chaque personnage, mêmes salutations de Mahomet, mêmes réponses des Prophètes.

Au sixième ciel, fait d'une pierre précieuse et diaphane, préside Musa (Moïse), si velu que ses poils traversent son vêtement. Il a auprès de lui Haarun (Aaron) et il pleura en disant à Mahomet : « Il

îi'iG VIK DE MAHOMET

entrera en paradis beaucoup plus de croyants que d'enfants d'Israël. »

Au septième ciel, fait d'hyacinthe du rouge le plus éclatant, l'Elu vit Ibrahim (Abraham) appuyé contre le Tabernacle céleste, édifice qui, dans le ciel s'élève en face la Kaaba céleste, située sur la verticale de la Kaal)a terrestre, et qui est visitée tous les joui's par sept mille anges.

Ensuite on le conduisit à l'arbre Lotus qui marque la limite du septième ciel, (iabriel réside au centre de cet arbre dont les fruits sont gros c omme des rochers et les feuilles grandes comme des oreilles d'éléplumt.

De ses racines s'épanchent quatre cours d'eau ; deux découverts: le Nil et l'Euphrate, et deux souterrains, qui arrosent le Paradis.

Gabriel s'arrêta à l'arbre Lotus, et resta en arrière du Prince qui lui dit : « Ange qui apporte les révélations, continue à monter ! »

— Je ne puis aller au-delà. Je n'ose plus prendre (aucun) essor. Car si je m'élève encore (de l'épaisseur) d'un atome, les rayons de la Gloire divine brideront mes ailes !

Alors l'ange Michel prit le Prophète par la main, et écartant plusieurs milliers de rideaux, il l'introduisit dans un monde où tout était nouveau et dépassait de beaucoup tout ce qu'il avait vu jusque-là.

En même temps qu'il vit le Maître de la Gloire il entendit ces paroles :

— Viens à moi ; approche-toi !

Mais l'Elu resta immobile, et privé de l'usage de ses sens.

Il se sentit tout transport, tout extase et perdit dans son ravissement la notion de toutes choses.

Toutes ses facultés, tous ses sentiments étaient

exaltés par le plaisir délicieux de s'approcher de Dieu au point qu'il lui semblait s'être détaché, être sorti, de lui-même. Il souriait et il tremblait cpiand il entendit de nouveau ces mots : « Plus près . » Puis ceuxci : « Sois sans crainte. Calme-toi ! » Quand il se fut approché davantage, le Seigneur le salua dans des termes et avec des. accents d'une douceur infinie, et il ajouta : « Célèbre mes Louanges ! »

— Je ne puis le faire dignement. Tu es ce que toimême as dit que tu es.

— Dis ce que tu désires, ce que tu veux savoir.

— Permets-moi des questions pour éclaircir mes doutes.

Le Prophète exposa ses doutes et il fut éclairé. Alors furent fixés les principes de la Loi religieuse, les jeûnes, les prières, etc.. pour le gouvernement religieux et civil du monde (i). Cinquante flexions (génuflexions ou prosternations) par vingtquatre heures, pour l'accompagnement des prières, furent rendues obligatoires pour les Musulmans.

Ensuite Dieu combla VFAxi de faveurs et le congédia. Michel le ramena à la résidence de Gabriel qui le félicita, puis le promena dans les Jardins du Paradis, et enfin lui monti'a l'Enfer et les tourments des damnés (2). En le voyant à son retour, Moïse lui demanda :

(1) Par ces dernières lignes l'ascension du Prophète devient le simiiaire^ le pendant de la réception de la Loi par Moïse sur le mont Sinaï. Il est bon que le lecteur s'y reporte (voir la Bible de VIslam) pour comparer )

(2) Voici une description assez commune de la Géhenne ou Enfer.

Elle est aux limites de la septième terre, la flamme couvre un espace immense. Dans le goulîre, trônant sur un brasier ardent, les yeux lançant des étincelles, l'ange qui préside aux trésors du feu (cela paraît une réminiscence du

— (^u'as-tu rendu obligatoire pour tes fidèles ?

— Cinquante flexions de prières dans les oraisons, pendant un jour et une nuit.

Moïse objecta : « J'ai connu les hommes avant toi et ai éprouvé les enfants d'Israël. Tes fidèles sont beaucoup plus faibles que les hommes des anciens temps. Ils ne pourront faire cinquante flexions pendant leurs prières. Retourne auprès du Dieu unique et demande lui une réduction, » Mahomet y consentit et revint apprendre à Moïse qu'il n'y aurait que cinq flexions (prosternations) obligatoires.

Moïse insista pour que ce nombre fut encore diminué. Le Prophète répondit: « J'ai poussé mes sollicitations jusqu'à im point dont je rougis ; maintenant il ne me reste plus qu'à me rendre et à obéir. »

Quatre heures de la nuit s'était écoulées entre le départ de Mahomet de La Mecque et son retour.

sabéisme). Il lient à la main une lance de feu; devant lui sont posées des chaînes toutes de feu. De tous les anges, c'est le plus terrible, le plus difforme, le plus hideux. Depuis que Dieu l'a préposé à l'abîme, il ne cesse de lancer sur les ennemis du Très-Haut les flammes de sa colère.

Des hommes de feu, assis devant des tables de feu sur lesquelles sont d'un côté des viandes défendues et de l'autre des viandes permises, mangent les impures et laissent les bonnes. Ce sont ceux qui ont mangé ce qui est défendu.

Avec des épées de feu, on coupe en morceaux des réprouvées qui reprennent aussitôt leur forme, pour subir éternellement ce supplice. Ce sont les femmes qui ont manqué à la pudeur en découvrant ce qui doit être voilé. Les adultères des deux sexes mangent des pains de feu et rendent du. feu par toutes les ouvertures de leur corps, etc. {peutêtre les iMusulmans ont-ils pris le feu pour caractéristique de l'Enfer, par opposition aux Sabéens qui l'adoraient) .

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