‹ Vie de Mahomet d'après la traditionChapitre 53 sur 89 · DEUXIEME VERSION · texte numérisé non relu

DEUXIEME VERSION

Suivant l'ordre de Dieu (après que le Prophète et son céleste guide eurent atteint la limite du septième ciel), Gabriel emporta Mahomet, d abord à deux mers de lumière séparées par des espaces immenses, puis à un lac d'eau toute noire au bord duquel il traversa successivement les rangs des choeurs des anges : les Sadjedoun (ceux qui adorent), Mahaleloun (qui louent), Karouboun (chérubins), et Rohanoun (les spirituels) ; puis il se trouva en présence d'Azrail (i).

Cet ange occupait tout l'espace entre TOrient et rOccident et de son pied atteignait l'extrémité de la septième terre. Il avait des bouches sans nombre qui célébraient Dieu dans les idiomes de tous les lieux et de tous les temps. Il soutenait sur son cou le trône de Dieu. Il avait à la bouche un cornet au fond duquel était le dénombrement de tous les hommes. L'oreille et la vue tendus vers Dieu, il écoutait sa voix plus forte que le tonnerre, plus prompte que l'éclair ; quand elle prononce le mot : « Sois ! » tout ce que Dieu ordonne est exécuté à l'instant (2).

(i) Un ancien auteur arabe place l'ange de la création dans le septième ciel. « C'est la plus grande et la plus admirable de toutes les créatures (de Dieu). 11 a 70.000 têtes ; chaque tête a 70,000 visages ; chaque visage 70,000 bouches ; chaque bouche 70,000 langues ; chaque langue parle 70,000 idiomes différents, dans chacun desquels il (l'ange) célèbre les louanges de Dieu. »

C'est die la louange perpétuelle de cet ange que Dieu a créé les anges qu'on appelle spirituels, et cet Ange lui-même s'appelle Esprit

(2) Deus autem noster in cœlis, omnia qui voluit fecit (In exitu Israël).

Là dove si pubte quelche si vuole (Dante).

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Des anges debout soutenaient le trône ; ils étaient cVune si haute stature que les cieux et les terres ne leur venaient pas à la cheville.

Un ange, sous la forme diin coq, avançait la tête de dessous le trôi^e et glorifiait Dieu en battant des ailes (i). Son plumage est entremêlé d'émeraudes, de rubis et de perles ; les extrémités de ses ailes touchent rOrient et TOccident ; ses pieds sont posés sur Tair. Il chante un hymne au Seigneur à minuit et un à la naissance du jour. Tous les coqs de la terre chantent en même temps que lui pour glorifier Dieu. Sa voix est entendue des habitants de la terre et des cieux, excepté des génies et des hommes. Quand le jour de la résurrection approchera, le Très Haut lui imposera silence. Alors les habitants des cieux et de la terre connaîtront que l'heure est proche.

Guidé par un ange vêtu d'une robe rouge, marchant à la tête de 7,000 anges, Mahomet franchit 70,000 cloisons d'hyacinthes, puis 70, 000 voilesd'une étoile très ténue et enfin 70,000 voiles de ténèbres, chaque voile séparé du précédent et du suivant par un intervalle de 5oo années de chemin ; puis il traversa 70,000 voiles de feu, autant d'eau, autant faits de vide et de chaos ; il se fit jour au-delà du voile

(i) Duns le Talinud tU' Babylonc ou trouve la description d'un oiseau appelé Ziz, qui présente à peu près le même aspect et qui d'ailleurs, suivant le Paraphraste Chaldaïqne n'est autre chose qu'un gigantesque et merveilleux coq. En étendant ses ailes il obscurcit le soleil, et de même que celui que vit Mahomet, il chante tous les matins devant Dieu.

Quant au coq vu par le Prophète dans son ascension, Al Termedzi raconte que ses ailes sont enrichies d'émeraudes, d'escarboucles, de perles magnifiques et innombrables ; et qu'à rapproche du jour de la résurrection, il chantera les louanges de Dieu d'une voix forte et sonore.

(le la Beauté, et de ceux de la Perfection, de la Souveraineté et de l'Immensité ; et enfin il se trouva devant le voile de VUnité, celui de Dieu puissant et immense.

Le voile se leva par ordre de Dieu et le Prophète vit 70 millions d'anges qui se tiennent prosternés en adoration et qui resteront ainsi sans lever les yeux jusqu'au jour de la résurrection. Puis une voix l'invita par trois fois à s'avancer. Le sol sur lequel il se tenait debout, se souleva et l'éleva jusqu'à deux arcs de distance du Très -Haut (Koran) (i). Il vit l'éclat de la Majesté divine avec les yeux de l'esprit, ceux du corps ne pouvant le supporter. Il supplia Dieu et obtint que le Très-Haut communiquât avec lui pai* la voie de la vision nocturne.

Le Seigneur mit une de ses mains sur la poitrine et l'autre sur l'épaule du Prophète. Aussitôt un froid aigu pénétra ses os jusqu'à la moelle ; puis il éprouva un ravissement inexprimable et acquit la connaissance complète de tout ce qui est dans les cieux et sur la terre.

Puis Dieu s'entretint familièrement avec lui. Il lui demanda entre autres choses :

— Quels biens temporels désires-tu ?

- — Je désire avoir de quoi satisfaire à tous les besoins de la vie comme les autres hommes.

— Tu as raison (tu l'auras), pourvu que tu fasses la prière.

Le Prophète ajouta :

— Fais-moi du bien, ne me fais point de mal. Ai-

(1) Koran, cUap. XIII, V. a. « C'est Dieu qui éleva les cieux sans colonnes visibles et s'assit sur son trône. Il imprime le mouvement et l'ordre à tout ; il fait voir distinctement ses merveilles. Peut-être linirez-vous par croire fortement e(u'uu jour vous verrez votre Seigneur. »

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lie ton serviteur fidèle et qui aime les pauvres ; à la lin de mes jours, recueille-moi près de toi, pur de tout péché.

Jamais le Prophète n'entendit une mélodie si douce que les paroles de Dieu qui lui demanda :

— Me vois-tu de tes yeux ?

— Non, Seigneur, mais je te vois des yeux de mon cœur.

— Du moins, me toudies-tu, en me cliercliant de tes mains?

— Seigneur, il est impossible de l'atteindre ni par le touclier, ni j)ar la vue ; je sais seulement que tu es un roi géant.

— Oui, Mahonu't, mon êti'e est immense, le lieu que j'habite est si haut que l'œil ne peut me voir. Je suis le géant des géants, le vainqueur des vainqueurs ; je suis la terreur de ce monde et celle des siècles à venir (i). Demande-moi actuellement tout ce que tu voudras.

(i) Ce portrait rappelle celui que Krishua lait de luiluèiuc dans le Chant du Bienheureux (voir « Y Inde après le Boudda », de M. E. Lamairesse; Paris, G. Carré, éditeur).

Voici la délinition qu'a donnée du Dieu créateur de toutes choses, le dernier concile tenu au commencement de l'année 1870 pour la Constitution dogmatique de la foi catholique:

« 11 y a un Dieu vivaul et vérilable, créateur de toutes choses, Seigneur du ciel et de la terre, Tout Puissant, Eternel, immense, incompréhensible, intini en intelligence, en volonté et en perfection. Ce Dieu est distinct du monde. Par son libre conseil, il a créé de rien les créatures spirituelles, la nature angélique et la nature animale. Il a fait ensuite la nature humaine qui est un compose des deux autres. De i)lus il protège et gouverne toutes choses par sa providence, laquelle s'étend partout et répand sur tout l'harmonie. 11 voit tout, aucun acte « de la volonté libre » de l'homme n'est caclié à ses yeux. »

Mahomet ayant levé la tête vit suspendue devant le trône une épée dégouttante de sang et s'écria : « Oh mon Seigneur, détourne celte épée de dessus ma nation. » Dieu reprit : « Je t'envoie avec réj)ée, mais ta nation ne périra pas par l'épée. »

Alors Mahomet demanda qu'une faveur divine Texaltât au-dessus de tous les Prophètes qui l'avaient précédé. Allah lui déclara :

— J'ai associé ton nom au mien. On ne me nomme pas dans le ciel et sur la terre, sans qu'on te nomme en même temps. Je ne recevrai point la prière de ceux qui m'invoqueront, s'ils n'attestent qu'il n'y a point de dieu que Dieu et que tu es l'Apôtre de Dieu (i).

En supprimant les mots « de la volonté libre » ce texte donne la conception « actuelle » de Dieu chez les Musulmans, surtout chez les Khouan des ordres religieux.

De la révélation (concile de 1870). — Dieu peut être connu par les seules lumières de la raison humaine ; mais il lui a plu de se révéler et de faire connaître ses décrets éternels par des voies surnaturelles. De là les Saintes Ecritures. D'après le concile de 1870 aussi bien que d'après celui de Trente, nul ne peut interpréter les Saintes Ecritures d'une manière contraire au sens que leur donne la sainte Eglise, à qui seule appartient le droit d'interprétation.

Le principe contraire est la base du protestantisme. Renan nous fait voir comment s'est établie l'autorité de l'Eglise en matière de foi, pour étouffer les querelles théologiques. 11 n'y a pas de discipline religieuse chez les Musulmans pas plus que chez les protestants.

(i) En ce qui concerne la vie future, Mahomet a simplement adopté les idées courantes et la foi populaire de son temps, en accentuant les plaisirs promis dans le Paradis.

Les idées sur les peines et récompenses de la vie future avaient imprégné tout l'Orient: d'abord par la diffusion des doctrines indiennes jusqu'à Byzance et à Rome, puis par le prodigieux développement qu'elles prirent dans le judaïsme et le christianisme pendant les premiers siècles de notre ère.

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Les principales traditions relatives à V ascension de Mahomet an ciel se transmirent par les Compagnons et les épouses (veuves) du Prophète, à Al Shaféi, Kottada. Ahm. ibn Hanbal, et Al Zohari, qui le premier les écrivit et en forma un recueil, en 124 de V Hégire, Al Bockari en fit un second recueil expurgé, en 224 ^^ V Hégire, qu*il intitula Al Sahib (le sincère) parce que les traditions authentiques y sont séparées des traditions sns^ pectes,

2. Accueil fait au Prophète par les Incrédules, après son ascension.

D'après la clironique d'Ibn Kathir, le Prophète, de retour à La Mecque après son ascension, sut que

La mission archéologique française en Egypte a découvert récemment un long l'ragment grec du livre d'Henocli, dont on n'avait qu'une version éthiopienne, sorte d'apocalypse si célèbre que TcrtuUien et bien d'autres la croyaient échappée au déluge. C'est là qu'apparaissent pour la première fois la Géhenne avec ses tourments, le temple céleste avec ses parvis mystérieux, l'arbre de vie destiné aux Elus, le séjour où les âmes attendent le jugement : dans le livre d'Henoch on voit se former cet amalgame des notions d'immortalité et de résurrection dont se composent les conceptions religieuses des premiers siècles, dans l'Eglise comme dans la Synagogue.

La même mission a trouvé aussi un débris de l'apocalypse de PiexTe, ouvrage qui parait avoir eu dans ces siècles une action considérable. Outre les débris d'un discours eschatologique du Seigneur, ce fragment contient une description du séjour des justes et une description vivante des effroyables tortures réservées aux diverses classes de pécheurs. L'inilucnce de ce sombre tableau est sensible,, à travers la littérature populaire des premiers siècles (Apocalypse de Paul, d'Esdras, Actes de Thomas). Revue de l'histoire des religions (novembre, décembre 1892).

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les Koréish Taccuseraient d'imposture. Il était assis dans la Mosquée du Sanctuaire (la Kaaba,) l'air triste et préoccupé, quand Abu Jahl vint lui deuian der sarcastiquement s'il avait appris sa leçon la veille. — Oui. — Veux -lu conter au peuple cette histoire. — Oui ! Alors Abu Jahl de crier d une voix retentissante : « O Koréish venez ici. » De sorte que les gens s'approchèrent et le Prophète exposa ve qui lui était advenu. Certains d'entr'cux le crurent sans hésitation : tandis que d'autres se refusaient à admettre son récit.. On rapporte qu'Abu Jahl s'en vint accompagné de beaucoup d'idolâtres à la demeure d'Abu Beckr, lui dire :

— Ton ami Mahomet prétend que, cette nuit, il a a été enlevé à Jérusalem, bien qu'il soit resté depuis le soir parmi nous. — S'il le dit, ce doit être vrai. — Crois-tu qu'en quelques heures de la nuit, il ait pu se transporter à Jérusalem et être de retour ici le matin? — Je le crois, parce qu'il nous a fait voir que Gabriel, en un instant, descend du soptième ciel pour apporter un message du Tout Puissant, puis s'en retourne. Abu Jahl se retira tont confus avec ses compagnons. A partir de ce jour, Alm Beckr fut surnommé Sidiq (le Véridiqne) (i).

(i) Les docteurs musulmans sont partagés sur l'ascension de Mahomet au ciel. Les uns veulent qu'ils l'aient accomplie corporellement ; d'autres sont d'avis que le Prophète fut réellement transporté à Jérusalem, d'où il ne monta au ciel que spirituellement. D'autres enlin professent que toute cette histoire n'est une allégorie, ou bien que ce fut une vision de Mahomet.

Suivant certains auteurs, ijcndant que le Prophète redescendait sur la terre, il aurait dit à Gabriel : « J'appréhende fpie mon peuple ne m'accuse de mensonge et ne refuse de me croire |uand je lui raconterai mon voyage au ciel. » A quoi l'ange aurait répondu : « En ce cas, ô Mahomet, Abu

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On raconte que plusieurs idolâtres qui avaient visité Jérusalem vinrent pour éprouver TApôtre, le questionner sur les particularités qu'ofli*e cette ville. Comme il ne l'avait vue qu'en passant, il allait être à court de réponses, lorsque le Maître de la Gloire (d'autres disent Gabriel) fit apparaître Jérusalem Il ses yeux pendant tout le temps que dura l'examen dont il était l'objet.

3. L'Apôtre s'adresse aux pèlerins venant à La Mecque. Conversion de six habitants de Médine.

Le Propliète prêchait liabituellement dans la saison du pèlerinage et lors de la visite aux Lieux Saints. Il s'entretenait avec les chefs des tribus. Il leur demandait de le recevoir sur leur territoire et de le protéger contre toute insulte afin qu'il pût proclamer sa mission. « Je ne veux, leur disait-il, vous rien imposer. Seulement permettez à quiconque entend mon appel, d'adhérer à lo^ Foi et do me défendre, afin que je puisse vous réciter h» Livre d'Allah et promulguer son message. » Tous les chefs repoussèrent sa requête en se disant : « Les gens de sa tribu le connaissent mieux que nous (i). »

Beckr, le Témoin ^rfè^e justi liera Huflisaminciit toutes les circonstances do ce merveilleux événement, que tu leur rapporteras. » Ces auteurs ajoutent que les deux célestes voyageurs redescendirent à Jérusalem) où Borâk [Al Boràk) les attendait, et qu'il faisait alors assez jour pour quUls puissent découvrir une partie de l'Arménie et la province d'Aderbaidjan, « qui leur parurent comme deux jardins verts. » Gabriel accompagna Mahomet jusqu'à La Mecque, (i) Et, sous entendu : s'ils refusent de l'écouter, pourquoi nous, qui ne le connaissons pas, lui ferions-nous un meilleur accueil?

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Enfin arriva le moment où par décret du Tout* Puissant, sa Loi devait être déployée et les hommes arrachés aux ténèbres de l'incrédulité et de Tendeur ; Fépoque choisie fut celle du pèlerinage à la Kaaba dans le cours de la ii* année après la déclaration de la mission. Six habitants de Médine se présentèrent au Prophète, à Akaba (i), s'annonçant comme membres de la tribu des Khazraj. Il leur fît bon accueil, leur expliqua le Koran, et les exhorta à embrasser la vraie religion. Ils avaient souvent entendu dire aux Juifs de Médine que le temps était venu où apparaîtrait le Prophète des derniers jours (îi) : Ils dirent entre eux : « Certainement Mahomet est le Prophète dont la venue nous a été annoncée. Il faut croire en lui et ne nous laisser devancer par aucun habitant de Médine dans la profession de la foi. » Quand la noblesse de l'Islam leur eût été conférée, ils dirent à l'Apôtre : « Nous allons retourner dans nos tribus et y répéter ce que nous avons entendu. Lorsque nous les avons quittées, elles étaient déchirées par de cruels dissentiments ; entre deux de nos tribus existait une inimitié acharnée. Dieu te confiera leurs affaires; tu les réuniras autour de toi et tu les pacifieras, car tu es le Meilleur des hommes. »

Toutes les chroniques citent les noms de ces six croyants; celui sur lequel elles s'étendent le plus, AsradBenZasârah, le premier en rang, dit à l'Apôtre : « J'étais venu à La Mecque chercher aide pour ma tribu, mais ce que j'ai trouvé est cent fois plus précieux. » Alors fut instituée l'aumône légale (la Zechat). Quand les six Khazraj furent rentrés à

(i) Nom d'une colline située au nord de La Mecque.

(a) Les Juifs attendaient et attendent toujours le Messie.

Médine, ils invitèrent les habitants à professer TIslam et firent un si beau portrait du Prophète que sa renommée commença à se répandre ; et que la lumière de la foi s'alluma et rayonna dans toute cette contrée.

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