DIVERS INCIDENTS DE LA BATAILLE DE BEDR
L'intervention des anges dans la bataille de Bedr a été le sujet de nombreuses diseussions entre les théologiens musulmans. Les uns croient qu'ils prirent une part active au combat ; les autres soutiennent qu'ils ne se montrèrent que pour donner confiance aux Musulmans et terrifier leurs ennemis. Allah sait la vérité (i).
(i) Plusieurs versets du Koran révélés les années suivantes rappellent Tintervention miraculeuse des anges à Bedr. La victoire était donc assurée dans tous les cas aux croyants. L'intervention des anges est considérée comme un fait authentique par les musulmans.
Mahomet tira argument de cette intervention supposée pour confirmer sa mission prophétique. Il n'hésita pas à attribuer tout le succès de Bedr à l'assistance miraculeuse de Dieu et cela lui lut facile en raison de la supériorité numérique des Koréish. Il déclara avoir reçu à ce sujet la révélation suivante :
« Quand vous avez imploré l'assistance du Seigneur» il vous a répondu:
« Assurément, j'enverrai à votre secours mille anges se suivant. ». Dieu vous les a annoncés pour réconforter vos coeur». Quant à la victoire elle vient de lui seul. (8. VIII,
9» lo)-
L'ennemi est tombé, non sous vos coups, mais sous les coups de Dieu. Et ce n'est pas toi, ô Prophète, qui a lanoé le gravier, mais Dieu, qui a voulu éprouver les croyants pat une épreuve venant de lui.
Il en fut ainsi. Dieu met à néant les plans des infidèles.
Yous (les infidèle s) avez voulu une action déoisive et vous
Les auteurs musulmans attachent une grande importance à la victoire de Bedr, car ce succès peut être regardé comme le point de départ de la puissance musulmane. 11 eut pour premier effet à l'extérieur d'éblouir le Négus, dont la sympathie et le respect turent dès loi»s acquis sans réserve à Mahomet. D*ailleurs, les Musulmans regardent cette victoire comme un miracle, caractérisé par : l'illusion que les Koréish se firent (aveuglés par Dieu) sur les forces, inférieures en nombre, du Prophète ; l'effet du geste et des paroles de Mahomet, mettant les Mecquains en déroute avec une poignée de gravier, l'assistance donnée aux Croyants par les anges, qui montaient, suivant les commentateurs « des chevaux mouchetés de blanc et de noir, et portaient sur leurs têtes des tiares jaunes et blanches, dont les bouts leur pendaient entre les épaules. »
Caussin de Perceval rapporte que :
« Un arabe idolâtre, de la tribu de Ghifàr raconta qu'étant placé avec un de ses cousins sur une montagne qui dominait Bedr, dans l'intention de voir auquel des deux partis resterait l'avantage et de se mêler aux vainqueurs pour piller, un nuage épais
Tavez eue. Il vaut mieux pour vous, vous retirer. Mais si vous retournez au combat nous y retournerons aussi. Votre nombre ne vous servirait de rien, car certainement Dieu est avec les croyants. (S. VIII, 16-18). »
Bien plus, l'aide promise par Satan à Tarmée de La Mecque lui a fait défaut :
« N'imite point ceux qui partirent en guerre par vanité et s'écartèrent de la voie de Dieu. Satan après les avoir flattés, affirma : a Nnl aujourd'hui ne prévaudra contre vou$, car je suis votre allié. » Mais quand les deux armées furent en présence, il tourna sur ses talons en disant : «r Je me lave les mains de vous, vraiment je vois ce que vous ne voyez pas. Je crains Dieu, car il est terrible dans sa vengeance. (S. VIU, 49-50).
s'était approché d'eux ; que du sein de ce nuage ils avaient entendu sortir des hennissements de chevaux et une voix qui disait : « Avance, Hayzoum » (nom du cheçal de Vange Gabriel).
Il ajoutait que son cousin, subitement frappé au cœur, était tombé sur la place et que lui-même avait failli mourir de saisissement.
Un Musulman raconta que, poursuivant un Mecquain le sabre à la main, il avait vu tout à coup la tête du fuyard rouler à terre, sans que son sabre Teût atteint. Il avait reconnu qu'une autre main que la sienne, la main invisible d'un être céleste, avait tué son ennemi (i). »
Au plus fort de la mêlée, Aassum B. Abu Awdzub rugit : « O Koréish, point de quartier pour celui qui méprise sa famille et sème la discorde (Mahomet). Que je périsse s'il a la vie sauve ! » Au moment où il criait ses mots, Abu Dujjânah, un des Anssars, d'un coup de sabre l'expédia aux régions infernales. Au même instant Moabd B. Muhub frappa Abu Dujjânah, qui tomba sur ses genoux, mais se releva aussitôt et porta à Moabd plusieurs coups qui n'eurent d'autre effet que de le troubler et de lui faire prendre la fuite. Il tomba dans un trou où Abu Dujjânah l'attaqua et le tua.
Au moment où Ion s'aborda, Naufîl B. Khowaylad cria : « O Koréish, à nous aujourd'hui l'honneur et le triomphe ! » Quand il vit commencer la déroute, il demanda quartier aux Anssars, leur promettant de nombreux chameaux pour sa rançon. Deux Ansssars le firent prisonniers et l'emmenaient, lorsqu'Ali les rencontra. Il porta à Naufil des coups de sabre à la tête et aux jambes et enfin l'acheva.
(i) Essai sur VHisloire des Arabes ; t. III,
En apprenant cela de la bouche d'Ali, le Prophète s'écria : « Louange à Dieu qui a écouté ma prière. » Il avait prononcé cette prière avant sa fuite de La Mecque lorsque Naufil eut attaché Ttolhah et Zobayr à un cheval pour les torturer (les écarteler).
On attribue à Abdurrahman B. Awuf le récit suivant :
« Avant la fuite, j'avais été lié d'amitié à La Mecque avec Ommyah B. Khuluf. Lors de la déroute de Bedr, il se réfugia vers moi avec son fils Ali en disant : « Sauve-nous, empêche qu'on nous tue, tu y gagneras plus que le prix de nos deux cuirasses (i). » Je jetai donc les deux cuirasses et, prenant par la main le pèi*e et le fils, je les emmenai. Tout d'un coup nous rencontrâmes Bellal, qu'Ommyah avait cruellement torturé à La Mecque pour lui faire abjurer l'Islam. Il s'écria : « O Anssars, serviteurs de Dieu et de l'Apôtre de Dieu, voici le chef des idolâtres. Qu'on prenne ma vie si onépargue la sienne ! » A cet appel les Musulmans se précipitèrent sur Ommyah, le sabre nu. J'eus beau dire que ces deux ennemis étaient mes prisonniers, ils firent tomber Ommyah à la renverse et, tandis que je m'efforçais de le couvrir de mon corps, Hubbab lui coupa le nez d'un coup de sabre. Se voyant ainsi mutilé, Ommyah me pria de l'abandonner à leurs coups et je cessai de le défendre. Habib le tua d'un coup de sabre et Hubbab porta à son fils Ali un coup si rude qu'il lui trancha les deux pieds. Le blessé jeta un cri tel que j'en ai jamais entendu de pareil. Ensuite Omar B. Yaser l'acheva. »
(i) Que le narrateur aurait eues en partage, s'il avait tué le» deux mecquains.
VIE t)K MAItOMEt SSq
Omar (plus tard commandeur des croyants) se battit contre son oncle maternel Aass B. Hesham et le tua.
Avant la bataille, le Prophète avait fait aux fidèles les recommandations suivantes : « Parmi les Béni Hashem qui sont ici, beaucoup sont venus contre leur gré ; épargnez leur vie, surtout celle d'Abbas B. Abd-ul-Muttaleb (oncle du Prophète). Epargnez aussi Abu-el-Bakhry qui a fait tout ce qu'il a pu pour anéantir rengagement que les Koréish avaient pris par écrit, d'écraser les Béni Hashem et qui ne s'est rendu coupable d'aucune insulte contre le Prophète et ses adhérents et même a empêché les idolâtres de les persécuter » Abu Khodhayfah se révolta contre ces injonctions :
— Faut-il que nous épargnions Abbas, alors que nous n'épargnerons ni nos pères ni nos frères ? Par Allah ! si j'en ai l'occasion je le frapperai de mon sabre. Alors l'Apôtre se tournant vers Omar lui dit : « As-tu entendu, Khodhayfah qui veut tuer l'oncle du Prophète ? » Omar répondit : « Permets-moi de décapiter ce mécréant. » Le Prophète répartit : « Ce n'estpasun mécréant, il parle ainsi à cause du chagrin qu'il ressent de la mort de son père, de son frère et de son oncle. »
Et comme Omar insistait, il ajouta : « Dieu destine Khodhayfah au martyre, en réparation du langage qu'il a tenu, et il lui accordera le Paradis. » Quand on rapporta à ce dernier ces paroles de l'Apô- , tre, il se repentit et craignit le châtiment éternel. Il assista à plusieurs combats et y exposa témérairement sa vie dans l'espoir d'obtenir le martyre. Son vœu fut exaucé dans la guerre contre Moseylama l'imposteur.
Selon une chronique, dans la journée de Bedr,
36o VIE DB MAttOMB'T
Muhdahrah B. Ziâd se trouva en face d' Abu-el-Bakhry et rinforma de Tordre du Prophète en sa faveur. Celui-ci demanda qu'on épargnât aussi son ami qui était à côté de lui. Muhdahrah répondit : « L'ordre de l'Apôtre ne concerne que toi. » Abu-el-Bakry répliqua : « Les femmes de La Mecque me reprocheraient d'avoir abandonné mon ami, pour sauver ma vie ; et il prononça le distique suivant :
Ebn Jargâ n'abandonnera pas son ami, Il le sauvera ou il périra.
Ensuite il combattit contre Muhdharah, qui le tua.
Ce dernier vint trouver Mahomet et lui dit : « Je me suis efforcé de faire prisonnier Abu-el-BahKry. Mais il n'a pas voulu se rendre et il est mort en combattant. »
Le Prophète avait également défendu de tuer Hareth B. Naufil, mais un Musulman le frappa mortellement par inadvertance.
Sayd B. Moadh qui était en faction à la porte de l'abri du Prophète, voyant qu'on faisait des prisonniers s'écria avec indignation : « Le Très Haut a condamné les idolâtres comme criminels ; on devrait les mettre tous à mort ! »
Les Musulmans avaient lié les prisonniers avec des cordes ; pendant la nuit, comme les liens d'Abbas le serraient trop, il poussa des gémissements qui empêchaient le Prophète de dormir. Ce que voyant, un Musulman alla desserrer les liens d'Abbas et l'Apôtre, l'ayant appris, ordonna qu'on soulageât de la même manière les autres prisonniers.
Par ordre du Prophète, on jeta dans un des puits de Bedr les corps des vingt principaux Koréish, y compris celui d'Otbah. En voyant son père ainsi traité, Abu Khodhayfah fut frappé au cœur et ohan-
VIE DE MAHOMET 36l
gea de couleur. Le Prophète lui dit : « Le sort de ton père a ébranlé ta foi ! »
Abu Khodhayfah répondit : « Je le jure par Allah, ma foi dans l'Islam est inébranlable ; mais mon père était noble, intelligent, de belles manières et plein de courtoisie. J'espérais que ces qualités lui feraient embrasser l'Islam. Il n'en a pas été ainsi; c'est là ce qui m'afflige et me désole. » Le Prince alors le bénit.
On rapporte que le troisième jour après la victoire de Bedr, l'Elu monta sur un chameau, se rendit escorté d'un certain nombre de ses compagnons sur l'emplacement du camp des idolâtres et appela à très haute voix :
« O Otbah B. Rabiah! ô Shaybah B. Rabiah ! »
etc. (tous les idolâtres qui avaient péri) ; puis il ajouta : « Ce que le Seigneur m'a promis s'est-il vérifié? Vous avez criminellement accusé de mensonge votre Prophète. D'autres m'ont cru, mais vous m'avez chassé. D'autres m'ont donné asile et m'ont été fidèles. Vous m'avez combattu, mais ils m'ont soutenu. »
Suivant une tradition, Omar alors s'écria : « O Prophète d'Allah, ne parles pas à des morts. »
Qobâdah affirme que dans cette occasion, le Très Haut ressuscita les idolâtres afin qu'ils entendissent les paroles de l'Apôtre ; et ils furent ensuite plongés plus profondément dans la perdition et le désespoir.