Mise à mort ou rachat des prisonniers
L'Apôtre confia a son aflranchi Shugran la garde des prisonniers. Ceux-ci intéressèrent facilement Abu Beckr à leur cause, mais ils trouvèrent Omar implacable. Dans le conseil du Prophète, Abu Beckr intercéda pour eux : « O Apôtre ! tes compagnons ont parmi eux des fils, des frères et des oncles. Ils sont de ta race et de ton clan. Il vaut mieux les épargner dans l'espoir que Dieu les mettra dans le droit chemin que de les faire périr dans leur erreur. Accepte d'eux une rançon pour enrichir les Musulmans. »
Omar était inexorable : « Ce sont les ennemis de Dieu et du Prophète, les chefs des infidèles. Il faut les exterminer pour glorifier et affermir l'Islam, pour anéantir l'incrédulité. »
Le conseil était partagé entre ces deux avis ; l'Apôtre tint un instant la balance suspendue en disant :
« Abu Beckr s'inspii*e, parmi les anges, de Michel qui invoque la pitié de Dieu pour ses serviteurs ; parmi les Prophètes, d'Abraham le plus clément de sa nation, lui qui, lorsqu'on le jeta dans le bûcher, allumé, s'écria : — Celui qui tne suit est avec moi, pour celui qui me contredit, il y a Dieu qui pardonne et qui a pitié. Et aussi d'Isa (Jésus) qui a dit ; ^— O Dieu, si tu punis, ce sont tes serviteurs que tu
châties ; mais si tu pardonnes, tu es dans la plénitude de ta gloire et de ta sagesse. »
Le Prince continua : « Omar au contraire prend pour exemple : — parmi les anges : Gabriel qui a dit: Malheur et tourments aux ennemis du Très Haut! — Parmi les Prophètes, Noé, au cœur plus dur que le roc, qui s'est écrié : Seigneur veux-tu semer les infidèles sur la terre ? Ou bien Moïse qui a fait cette imprécation : Seigneur ! aveugle leur esprit et endurcis leur cœur, afin qu'ils ne croient pas et qu'ils soient cruellement punis. »
Il conclut ainsi : « O mes amis, vous êtes pauvres, donc tout prisonnier paiera une rançon ou sera décapité. » Alors Abdullah B. Masud dit : « Excepté Sohayl B. Baydzah que j'ai vu professer l'Islam à La Mecque. » Après un silence le Prophète répéta : « Excepté Sohayl B. Baydzah » et il ajouta: « Dieu endurcit ou adoucit les cœurs à son gré (i ). »
Quand il eut décidé qu'on accepterait une rançon pour les prisonniers, le Prophète ordonna à ses amis de les bien traiter et en relâcha sans exiger de rançon quelques-uns qui étaient pauvres, notamment le poète Abu-el-Uzza qui s'engagea à ne jamais plus combattre les Musulmans et à n'exciter personne contre eux. Les prisonniers qui étaient pauvres et savaient écrire, durent enseigner l'écriture . chacun à deux enfants Anssars et obtinrent la liberté à ce prix (a). (Ce détail montre que les habitants de
(ij Cette conduite lut évidemment dictée à Mahomet par son désir de ne point créer contre lui et les Koréish des ressentiments qui les rendissent irréconciliables.
(2) D'après d'autres auteurs, chaque Mecquain lettré devait instruire dix enfants musulmans. Parmi ceux qui profitèrent le mieux de cet enseignement, on cite un Anssar, Zaïd B. Thabit, dont Mahomet avait remarqué l'intel-
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La Mecque même pauvres étaient lettrés, tandis que les Anssars étaient illettrés.)
La rançon des prisonniers riches fut fixée de im à quatre mille dirhems par personne, suivant leur fortime. Abbas prétendit ne rien payer parce qu'il se faii^ait musulman. Cette raison ne fut pas admise, parce ([u'il venait do se battre contre les Musulmans et d'aider de sa fortune les idolâtres.
Ensuite il affirma qu'il ne possédait rien. Mais le Prophète instruit par Gabriel lui dit : « Tu as laissé beaucoup d'or à ta femme pour, en cas d'accident, pourvoir à ses besoins et à ceux de tes enfants. » (iOmme personne au monde ne savait cela, Abbas connut par là que Mahomet avait réellement des révélations divines, et prononça la formule d'adhésion à l'Islam, en toute sincérité.
On exigea de lui non seulement sa rançon, mais encore celles de ses deux parents Ogail et Naufil.
Pendant que les Musulmans recueillaient les rançons, le Prophète eut la révélation du verset suivant :
« Il n'est permis à aucun Prophète de faire des prisonniers qu'après avoir fait un grand carnage (des infidèles), sur la terre. Vous cherchez les biens passagers de ce monde, mais Allah ne considère que la vie future et Allah est puissant et sage » (Koran, ch. VIII, 68).
Alors fut aussi révélé cet autre verset :
« Si vous n'aviez eu auparavant une communication d'Allah, assurément vous auriez été rudement
ligence et auquel il voulut, pour celle raison, que Ton enseignât, outre la langue arabe écrite, la langue hébraïque, afin que ce jeune musulman fût en état de lui servir de secrétaire plus tard dans ses relations avec les juifs.
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châtiés pour avoir accepté une rançon des captifs de Bedr » (Ibidem, 69),
On rapporte que, le lendemain, Omar étant venu visiter le Prophète, le trouva poussant des gémissements avec Abu Beckr, et lui en demanda la cause. « C'est, répondit-il, parce que nous avons accepté une rançon et que la punition de mes compagnons est plus proche que cet arbre. » Cet arbre était tout près de lui (i).
Amru B. Abu Sofian pris par Ali, tomba en partage à l'Apôtre de Dieu, et resta longtemps prisonnier à Médiûe. Par représailles, Abu Sofian fit arrêter dans le sanctuaire et mettre en prison Sad B. Noman, des Béni Amru B. Awuf, vieillard qui était venu avec sa femme en pèlerinage à La Mecque. A
(i) Wackidi rapporte qu'au moment où Omar et Abu Beckr discutaient devant Mahomet sur le sort des prisonniers, Gabriel apporta à celui-ci un message qui lui laissait Toption entre la mise à mort des prisonniers, et leur rachat à la condition qu'un nombre égal de croyants serait tué, dans une bataille, l'année suivante (ce qui eut lieu à Ohod). Le choix fait en faveur du rachat, Maliomet en éprouva un vif remords comme il est dit ici.
Sans doute Mahomet dans ses rigueurs contre les prisonniers s'inspirait d'un motif politique (la nécessité d'inspirer la crainte) qu'il justifiait à ses propres yeux par les exemples et récits des écritures juives concernant Josué, Samuel etc., si impitoyables envers les rois vaincus.
— O Prophète, dis aux prisonniers tombés dans tes mains : Si Dieu trouve dans vos cœurs de bons sentiments, il vous donnera quelque chose de meilleur (la Foi) que ce qu'on vous a pris (la liberté), car il est miséricordieux. Mais si vous êtes traîtres au Prophète vous êtes traîtres à Dieu qui a la Science et la Sagesse »
On voit que Mahomet envisage déjà la possibilité de convertir les prisonniers de guerre, et nous allons voir qu'il y réussit assez souvent.
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la sollicitation de son clan, le Prince l'échangea contre Amru B. Abu Sofian.