Meurtre de Kab B. Alashraf
Après la victoire de Bedr, il ne resta plus à Médine, en dehors des Fidèles, que des idolâtres infimes et avilis, et des Juifs. La plupart de ces der-
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uiers reconnurent que, désormais, le Prophète triompherait partout de ses ennemis. .Kab B. Alashraf, qui avait tenu un rang distingué parmi eux et s'était ensuite rendu méprisable par ses satires et son liostilité contre le Prophète, déclara :
« Après le massacre des princes et des diefs des KoréisI), il vaut mieux pour moi être en terre que sur terre. » Il se rendit à La Mecque sur l'invitation des chefs Koréisli et composa une complainte sur les idolâtres tués à Bedr ; en même temps, il excitait les infidèles à faire la guerre au Prophète. Les habitants de La Mecque, sur le conseil d'Abu Sofian, s'étaient abstenus de pleurer leurs morts, afin de ne pas réjouir les Musulmans du spectacle de leur affliction, mais aussitôt qu'ils eurent entendu l'élégie de Kab, ils commencèrent un deuil qui dura un mois.
Quand Kab eut quitté La Mecque, l'Apôtre apprit ses agissements et s'écria : « O Dieu ! punis Kab do ses menées et de ses vers! » Puis, s'adressant à ses amis : « Qui vengera Dieu et son Prophète des insultes de ce pervers! » Mohammed B. Mostamah s'offrit à le tuer. L'Apôtre le lui ayant permis, Mohammed demanda et obtint l'autorisation de tenir sur sa personne sacrée tel langage qu'il jugerait nécessaire pour atteindre son but. Puis il associa ti l'exécution de son dessein Abu Nàylak, frère de lait de Kab, Hareth B. Moadh et deux autres membres de la tribu des Béni Aws.
Abu Nâylah se présenta d'abord seul chez Kab et lui exposa :
« La venue de Mahomet est pour nous une calamité; tous les Arabes nous cherchent querelle et nous attaquent; nous ne pouvons plus circuler librement et avoir de rapports entre nous. Nos familles
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sont dans la misère et cependant c'est chaque jour de la part de cet homme quelque nouvelle demande. » Kab répondit : « Je vous l'avais prédit; mais pourquoi ne vous révoltez- vous pas? Je le jure par Dieu, vous serez opprimés et misérables! » Abu Nâylah reprit ; « C'est le sentiment de beaucoup d'entre nous; mais comme nous sommes réduits à l'indigence, nous voulons Remprunter des aliments et des dattes. Nous te laisserons tel gage que tu voudras, sauf nos femmes et nos enfants. » Kal3 demanda leurs armes et ils convinrent qu'on les lui apporterait dès qu'il ferait nuit. En le quittant, Nâylah s'^n alla rendre compte de l'entrevue à ses amis, et tous les cinq se rendirent près du Prophète et lui communiquèrent leur projet, qu'il approuva. En conséquence, le i4 du mois de Safar, Mohammed B. Moslamah partit de Médine avec ses quatre compagnons. Le Prophète les accompagna jusqu'à Baqyi où il leur dit avec son admirable éloquence : « Allez, au nom d'Allah!»
Arrivés à la porte de la demeure fortifiée de Kab, ces saints l'appelèrent et il se leva pour venir au devant d'eux. En vain une de ses femmes voulut le retenir, affirmant que la voix qu'elle avait entendue était un cri altéré de âang. « C'est, dit-il, la voix de mon frère Nâylah qui respecterait même mon sommeil. » Il descendit au bas de la maison et causa quelque temps avec Nâylah de l'affaire conclue. Puis Mohammed lui proposa de venir avec lui tout en se promenant et en causant au clair de lune, jusqu'à « la passe de la vieille femme ». Kab ayant accepté, Nâylah au cours de la promenade le complimenta sur l'odeur délicieuse qu'il exhalait. Kab, flatté, se vanta (pour expliquer comment il était si
bien parfumé), d'avoir pour épouse la femme arabe la plus belle, et « du sourire le plus suave ». Nâylah lui demanda la permission de sentir de plus près le parfum de ses cheveux ; il les prit doucement dans sa main, en fit respirer aussi Todeur à ses compajçnons, puis les laissa retomber.
Au bout de quelque temps, Nàylati manifesta de nouveau le môme désir de respirer le parfum répandu sur les cheveux de Kab : mais cette fois il les tint fortement serrés à pleine main, et cria : « Frappez de Tépée Tennemi de Dieu. » Les Musulmans obéirent, mais leurs sabres n'ayant point abattu Kab, Mohammed lui enfonça son poignard an nombril et lui fendit le ventre. Alors Kab poussa un cri si épouvantable qu'il jeta l'alarme dans les forts voisins et qu'on y alluma des torches de tous côtés.
Les Musulmans lui tranchèrent la tête et reprirent le chemin de Médine, emportant Hareth B. Moadh que l'un d'eux avait blessé involontairement d'un coup de sabre. Les amis et serviteurs de Kab se mirent à leur poursuite, mais ils s'égarèrent sur une fausse piste.
Arrivés près du cimetière de Médine, les cinq amis entonnèrent Le Takbir ; le Prince les entendit et devina leur succès. Quand ils se présentèrent à lui quelques instants après, il leur dit :
« Honneur à vous, sans doute? » Ils répondirent : « Honneur à toi, ô Apôtre d'Allah! » et ils jetèrent à ses pieds la tête de l'impie. Le Prophète, après avoir remercié Dieu, mit un peu de sa salive sur la blessure d'Hareth et elle fut guérie aussitôt.
Le lendemain du supplice de Kab, Mahomet donna aux Musulmans la permission générale de tuer tous les Juifs qu'ils rencontreraient. En conséquence, le Musulman Muheissa tua le marchand
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juif Sanua. Gomme son frère Huweisa lui reprochait d'avoir tué et dépouillé Sanua, qui était son associé, il répondit : « Si Mahomet m'avait ordonné de te tuer toi-même, je l'aurais fait. — Quoi! ton propre frère ! — Assurément ! — Si la nouvelle religion t'exalte à ce point, c'est une foi miraculeuse ! » Et Huweisa se convertit sur l'heure à l'Islam. (Wackidi, Tabari, Hishâm.)