Meurtre d'Abu Rafi sur la route du Hedjaz
Quelques-uns des Béni Aws ayant ainsi prouvé leur zèle pour la religion, par la mise à mort de Kab, les Béni Khazraj furent jaloux d'obtenir le même mérite par un exploit semblable.
Après réflexion, ils s'arrêtèrent à l'idée de tuer le Juif Abu Rafi, frère de Kanânah (époux de Hafsa) dont il sera question dans le récit de la bataille du Khayber. 11 avait aidé de ses immenses richesses les idolâtres à combattre le Prophète, et il possédait un fort près du pays d'Hedjaz aux environs du Khayber. AbduUah B. Atbak, Abu Qofadah et trois autres s'associèrent pour l'exécution de ce projet ; ils demandèrent à l'Apôtre la permission de se rendre au Khayber et partirent avec sa bénédiction. Ils arrivèrent au fort au coucher du soleil, au moment où les animaux rentraient du pâturage. Abdullah que le Prophète leur avait donné pour chef, les laissant à une certaine distance, s'en vint auprès de la porte et s'accroupit comme pour satisfaire un besoin naturel, en relevant sur sa tête les pans de son manteau. Le gardien le prit pour un des journaliers qui, après leur travail, revenaient au fort, et l'invita à se hâter afin qu'il pût fermer la porte. Il
entra donc, remarqua l'endroit où le portier, après avoir fermé la porte, accrochait la clef à un clou, et il vint la dérober aussitôt que ce serviteur fut endormi. Puis il se mit à la recherche d'Abu Râfi et il le reconnut dans une pièce du haut du fort où il se faisait amuser par un conteur d'histoires. Quand celle qui était commencée fut finie, Abu Rafi s'endormit, ne se doutant guère de l'histoire qui allait s'accomplir. Alors AbduUah ouvrit les portes de toutes les pièces, qui se suivaient en enfilade, il les referma une à une intérieurement et pénétra ainsi jusqu'à la chambre où dormait le maître du logis. Mais comme il s'y trouvait également des membres de la famille, AbduUah ne put le reconnaître dans Tobscurité et l'appela par son nom. Il s'éveilla et demanda : « Qu'y a-t-il ? » AbduUah porta des coups du côté où il entendit parler, mais à cause de sa précipitation, ils furent sans effet. En conséquence, il sortit et, revenant quelque temps après, U dit en changeant sa voix : « O Rafi qui as-ta appelé? » Rafi répondit : « Malheur à nous ! un homme m'a frappé ici de son sabre ! » Alors AbduUah lui donna un coup qui le blessa encore sans le tuer ; puis il lui plongea son sabre dans l'abdomen et appuyant de tout son poids le fit sortir par le dos. Ensuite il prit la fuite. Mais en descendant l'échelle, il tomba et se cassa une jambe. 11 la banda avec son turban et, s'avançant sur l'autre, il put sortir du fort et rejoindre ses compagnons. Ceux-ci l'emportèrent et revinrent à Médine. A leur arrivée, le Prophète leur exprima toute sa joie de leur succès et caressa de sa main la jambe cassée d' AbduUah, à qui Dieu accorda une prompte guérison. Les Juifs du voisinage qui avaient appris son haut fait furent consternés et se dirent t
VIE DE MAHOMET SqS
« Quels terribles gens que ces sectateurs de Mahomet ! Ils vont tuer ses ennemis jusque dans leurs forts pendant que les portes en sont fermées. »
Ce récit est conforme à la tradition exacte de Bokhari.
L'alarme devint générale parmi les Juifs. Tous tremblaient d'éprouver le sort de Kab et d'ibn Sanua. Ils envoyèrent leurs notables en députation à Mahomet pour se plaindre de ce qu'il avait traîtreusement fait poignarder leur chef, sans offense ni motif apparent. « Si Kab s'était conduit comme vous, leur répondit le Prince, il n'aurait pas été frappé. Mais il m'a outragé par ses propos séditieux . et ses poésies envenimées. Et si quelqu'un de vous l'imite, il aura le même sort. >>
En même temps, il les invita à conclure avec lui un nouveau traité qui garantit les intérêts de l'Islam. Ils y consentirent; l'acte fut passé et déposé entre les mains d'Ali.
« Néanmoins, ajoute Wackidi, les Juifs continuèrent à vivre dans la crainte et l'anxiété. »