‹ Vie de MahometChapitre 14 sur 14 · PORTRAIT DE MAHOMET. - CONSIDÉRATIONS SUR SA CARRIÈRE PROPHÉTIQDE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MAHOMET. - CONSIDÉRATIONS SUR SA CARRIÈRE PROPHÉTIQDE

Mahomet , d'après les traditions , était de jiioyenne taille , carré des épaules , nerveux , avec de grands pieds et de grandes mains. Dans sa jeunesse, il était d'une force et d'une agilité extraordinaires ; dans la seconde moitié de sa vie, il inclinait à l'obésité. Sa tête était grosse,. bien formée et placée sur un cou qui s'élevait comme un pilier de son ample poitrine. Son front était élevé , large aux tempes et traversé par des veines qui descendaient jusqu'aux sourcils et qui s'enflaient lorsqu'il était en colère ou animé. Il avait un visage ovale , des traits marqués et expressifs, un nez aquilin , des yeux noirs , des sourcils arqués qui se rejoignaient presque, une bouche large et flexible., indice d'éloquence; des dents très blanches, un peu écartées et irrégulières, des cheveux noirs retombant sur ses épaules et une longue barbe très fournie.

Son maintien en général était calme ; il se laissait aller quelquefois à la plaisanterie , mais il était com-

munément grave et digne, quoiqu'on dise que son sourire fût d'une douceur captivante. Son teint était plus coloré que ne Test d'habitude celui des Arabes , et , dans ses moments d'animation et d'enthousiasme, de son visage rayonnait un éclat que ses disciples regardaient comme la lumière surnaturelle de prophétie.

Ses facultés intellectuelles étaient sans aucun doute d'une nature extraordinaire. Il avait une inteUigence vive et une mémoire opiniâtre , une imagination brillante et' un génie inventif. Devant très peu à l'éducation , il avait exercé et développé son esprit par une observation constante , et l'avait orné d'une grande variété de connaissances relatives aux religions en vigueur à cette époque , ou transmises de l'antiquité par la tradition. Sa conversation ordinaire était grave et sentencieuse , pleine de ces aphorismes et de ces apologues si populaires chez les Arabes; parfois il s'animait et devenait éloquent, et son éloquence était servie par une voix musicale et sonore.

Il était sobre et modéré dans son régime, et scrupuleux observateur des jeunes. Il n'avait pas cet amour de la parure qui est l'ostentation d'un petit esprit, et sa simplicité à cet égard n'était pas affectée , c'était le résultat du dédain réel qu'il éprouvait pour une distinction provenant d'une source si vulgaire. Ses vêtements étaient quelquefois de laine , quelquefois en coton rayé d'Yémen, et souvent rapiécés. Il portait un turban, parce que, disait-il, c'est la coiffure des anges, et, en l'arrangeant, il laissait un bout pendre entre ses épaules , prétendant que les anges le portent ainsi. Il défendit l'usage des étoffes entièrement de

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soie et prohiba les vêtements rouges et les bagues d'or. Il avait une bague-cachet en argent, la partie gravée sous le doigt , à toucher la paume de la main , portant cette inscription : « Mahomet , le messager de » Dieu. » Il était d'une propreté minutieuse , et faisait de fréquentes ablutions. A quelques égards, c'était un voluptueux. « Il y a de\xi choses , dans ce monde, » disait-il, « qui me ravissent : les femmes et les parfums. » Ces deux choses charment ma vue et m'inspirent une » dévotion fervente. » Cette extrême propreté, l'usage des essences et de l'huile de senteur dont il se parfumait les cheveux , voilà sans doute la cause de cette odeur suave qui s'exhalait de sa personne , et que ses disciples considéraient comme innée et miraculeuse. Sa passion pour le sexe eut une influence très grande sur toutes ses affaires. — On dit que lorsqu'il était en présence d'une belle femme , il se caressait continuellement la chevelure et le front , comme s'il eût voulu paraître à son avantage.

Le nombre de ses femmes est incertain. Abulfeda qui écrit avec plus d'attention qu'aucun autre historien arabe, le limite à quinze, pendant que d'autres le portent à vingt-cinq. Au moment de sa mort , il en avait neuf, chacune ayant son habitation séparée , et toutes près de la mosquée à Médine. La raison qu'il alléguait pour se permettre un plus grand nombre de femmes qu'à ses disciples, c'était son désir d'engendrer pour son peuple une race de prophètes. Si tel était réellement son but, il ne l'atteignit pas. De tous ses enfants, Fatimeh seule, femme d'Ali, lui survécut. Elle mourut peu de temps après lui. Des descendants

de celle-ci, aucun, à Texception de son fils aine llafsan, ne s'assit sur le trône des Califes. Dans ses relations privées , il était juste. Il traitait

, amis et étrangers, riches ou pauvres, puissants et faibles avec équité , et il était aimé des gejis du peu-

; pie pour l'affabilité avec laquelle il les recevait et

l écoutait leurs plaintes.

\^ Il était naturellement irritable , mais il devint tellement maître de lui que même dans le laisser aller de son intérieur il était bon et tolérant. « Je l'ai servi » depuis ma huitième année, » disait Anas, son domestique, « et jamais il ne m'a grondé pour rien, quoique )) je gâtasse bien des choses. »

\x Maintenant se présente la question : Mahomet était- 'il l'imposteur éhonté que l'on a dit? Toutes ses visions

* et révélations étaient-elles autant de mensonges délibérés, et tout son système un tissu de fourberies? En examinant cette question , il ne faut pas perdre de vue qu'il n'est pas responsable de bien des extravagances débitées en son nom. Plusieurs des visions et rêvélations qu'on a données comme venant de lui sont apocryphes. Les miracles qu'on lui a attribués sont tous inventés par des musulmans fanatiques. Il a expressément et itérativement désavoué tout miracle , excepté le Coran qu'il proclamait le plus grand des miracles , vu son incomparable mérite et la façon dont il lui avait été communique. Et ici nous ferons quelques observations sur ce fameux document : Pendant que de zélés musulmans et quelques uns des docteurs les plus instruits tirent les preuves de sa divine origine de l'inimitable perfection de son style et de

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rignorartce avouée de Mahomet, des critiques moins v\ , ^ ''* ^^ dévots l'ont proclamé un chaos de beautés et de défauts; sans méthode, plein d'obscurités, d'incohérences , de répétitions , de fausses versions des histoires de l'écriture , et de contradictions manifestes. La vérité est que le Coran , tel qu'il existe , n'est pas le même Coran que Mahomet donna à ses disciples, mais qu'il a subi beaucoup d'altérations et d'interpolations. Les révélations qu'il contient furent faites à des époques diverses en des lieux et devant des personnages différents; quelquefois elles étaient écrites par ses secrétaires ou ses disciples sur du parchemin , des feuilles de palmier ou des palerons de mouton , et jetées pêle-mêle dans un coffre dont Tune de ses femmes avait la surveillance; d'autrefois elles étaient tout simplement confiées à la mémoire de ceux qui les entendaient. Il semble qu'il ne prît aucun souci de les arranger et coordonner pendant sa vie; à sa mort elles restèrent en fragments épars, beaucoup d'entr'elles à la merci de mémoires infidèles. Ce ne fut que quelque temps après sa mort, qu'Abou-Bekr entreprit de les réunir et de les faire copier. Seid-Ibn- Thabet, qui avait été l'un des secrétaires de Mahomet, fut chargé de ce travail. Il avait la prétention de savoir par cœur plusieurs parties du Coran pour les avou* écrites sous la dictée du prophète; il en recueillit d'autres, conservées d'après le procédé grossier que nous avons indiqué, enfin d'autres lui furent répétées par des disciples qui disaient les avoir entendues de la bouche même de Mahomet. De ces fragments hétérogènes ainsi rassemblés sans choix, sans ordre

chronologique, et sans système d'aucune sorte, on fonna un vokime qui fut copié par différentes personnes^ et répandu dans les villes musulmanes. Il se glissa dans ces exemplaires tant d'erreurs , d'interpolations et de contradictions qu'Othmann , le troisième calife, fit rentrer les divers manuscrits et, formant ce qu'il appela le vrai Coran, ordonna que tous les autres ftissent détruits.

Ce simple exposé suffît pour expliquer bien des incohérences, répétitions et autres disparates signalées dans ce singulier document. Mahomet, comme on l'a justement reinarqué, peut avoir donné les mêmes préceptes, ou raconté le même apologue à diverses époques , à des personnages et en des termes différents ; ou bien diverses personnes présentes en même temps peuvent avoir donné de ses paroles des versions différentes. Il se peut que beaucoup de révélations données par lui comme ayant été faites, dans les temps passés, aux prophètes ses prédécesseurs , aient été racontées comme faites à lui-même. 0n a suggéré qu'Abou-Bekr dans les premiers jourè de son califat avait trouvé politique de faire au Coran beaucoup d'interpolations destinées à lui venir en aide dans les circonstances et à confirmer l'empire de l'Islamisme. Combien de changements purent êti^e faits par d'autres mains moins scrupuleuses ? orï peut en juger par les libertés de co genre que prenait Abdallah-Ibn-Saad , l'un des secrétaires du prophète, lui vivant.

Ainsi les documents écrits concernant Mahomet sont pleins d'altérations, et la tradition est pleine de fables ; pe (jui augmeïite la difficulté de résoudre l'énigme de

son caractère et de sa conduite. Son histoire sembie se composer de deux grandes divisions. Durant la première partie de sa vie, nous ne pouvons apercestoir -ce. qu'il avait a gagner ^par rimposture impie et prodigieuse dont on l'accuse. La fortune ? Son mariage avec fcadîchali l'avait déjà rendu riche, /et"*]fëïldant les amîeëirqïn^ précédèrent sa prétendue vision, il n'avait îmanifesté aucun désir d^augmenter son avoir. La distinfctîûtt*^ H occupait déjà un rang élevé dans sa ville, nafalê^par^-son intelligence et sa probité. Jl était de^ l'illustre tribu de Koreisch, et dé la bramitô -la-plus honorée de cette trîbû. Le .pûuvûirLJ.a gard^»^ tst Caaba, et avec elle le commandement de la ville «aerée^ était depuis des générations l'apanage de sa femille t il pouvait, vu sa position et sa fortune, aspirer à e poste élevé. En essayant de détruire la foi dans aquelle il avait été relevé il frappa.it ces jayaxitage» à la racine. Sur cette foi reposaient l'influence et lea dignités de sa famille; l'attaquer c'était s'attirer rhostilité de ses proches , Find ignat r o n de ses concitoyens , rhorrêurtît i sr haine de tous ses compatriotes qui suivaient le culte à la Caaba,

Y eut-il rien de brillant au commencement de sa carrière prophétique pour le dédommager de ses sacrifices et l'entraîner? Au contraire, il débuta dans le oute et le secret. Pendant des années, il n'obtint ucun succès important. A mesure qu'il faisait conaître ses doctrines et proclamait ses révélations , elles l|exposaient au ridicule , au mépris , à la calonmie et alement à une persécution acharnée, qui ruina son avenir et celui de ses anais , obligea quelques uns des

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membres da sa famille et de ses prosélytes à se réfugier sur une terce étrangère , le força à se dérober aux regards de sa viHe «atalei et enfin le réduisit à cliercher ailleurs une retraite peu sûre. Pourquoi aurait-U persisté pendant des années dans un système d'impos ture qui renversait toute sa fortune ici-bas , à un âge trop avancé pour qu'il la pût reconstruire ? . * -

En l'absence de motifs humains suffisants , nous sommes amenés à chercher quelqu'autre explication de sa conduite dans cette phase de son énigmatique histoire ; et cette explication, nous avons essayé de la présenter dans la première partie de cet ouvrage, quand nous avons montré son esprit enthousiaste et visionnaire exalté peu à peu par la soUtude , le jeûne , la prière et la méditation, irrité par les douleurs physiques, tombant daiàs un état de délire temporaii'e pendant lequel il s'imagine qu'il reçoit une révélation du ciel et qu'il est déclaré prophète du Très-Haut. Nous ne pouvons que penser qu'il se trompa lui-même, dans cette circonstance, e^ qu'il crut à la réalité de ce rêve ou de cette vision, surtout après que ses doutes eurent été combattus par la zélée et confiante Kadichah, et par le savant et rusé Ouaraka.

Une fois persuadé de sa mission divine d'aller et de prêcher la foi , tous ses rêves et impulsions ultérieurs se purent interpréter dans le même sens, tous purent être considérés comme des manifestations de la volonté divine qui lui étaient communiquées de différentes manières en sa quaUté de prophète. Nous voyons qu'il était sujet aux extases dans ses moments d'agitation et d'excitation exti*aordinaires , alors qu'il

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peut s'imaginer être encore en communication avec ' ,^ < / ' la divinité , et ces moments étaient presque toujours - « * . / suivis de révélations, ^ ^

Sa conduite jusqu'au temps de sa fuite de la Mecque est en général celle d'un enthousiaste agissant sous une illusion mentale , |)rofondément pénétré qu'il est un agent divin chargé d'opérer une réforme religieuse ; et il y a quelque chose de frappant et de sublime dans, le lumineux sentier que son esprit exalté se fraya au milieu du dédale des religions opposées et des traditions grossières : le culte pur et spirituel du seul vrai Dieu , qu'il cherchait à substituer à l'aveugle idolâtre de son enfance.

Toutes les parties du Coran que l'on suppose avoir été promulguées par lui à cette époque, malgré l'incohérence avec laquelle elles nous» sont parvenues , et quoiqu'elles aient perdu leur beauté primitive en passant par tant de mains, sont d'un caractère pur et élevé et respirent une inspiration poétique, sinon < f^ " religieuse. Elles naontrent qrfil s'était abreuvé aux eaux vivitiantes du christianisme, et s'il ne les reçut pas dans leur pureté cristalline , ce fut peut-être parce qu'il lui fallut puiser à des citernes lézardées , à des torrents troublés et corrompus par ceux qui auraient dû en être les gardiens. La foi qu'il avait jusque là inculquée était plus pure que celle enseignée par quelques uns des pseudo-chrétiens d'Arabie, et sa vie jusqu'alors avait été réglée sur ses principes.

Telle est notre appréciation sur Mahomet et sa conduite pendant la première partie de sa carrière,, alors qu'il était encore dans la Mecque persécuté et ruiné.

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Un changement remarquable, cependant, se produisit, comme nous l'avons montré dans les précédents cliapitres, après sa fuite àMédine, quand au lieu du simple abri et de la protection qu'ii cherchait, il se vit révéré comme un prophète, aveuglément obéi comme chef et à la tête d'une armée puissante , croissante et belliqueuse de prosélytes. Depuis ce temps, les passions luimaines et les motifs mondains furent trop souvent les mobiles de ses actions , au lieu de cet enthousiasme visionnaire qui, s'il s'égarait, jetait sur ses premiers actes un éclat de piété. Ses anci^ines doctrines de tolérance , de longanimité et de résignaytionsont tout à coup rejetées; il devient vindicatif et .^bitieux. Ses doctrines , ses préceptes et sa conduite plëTns de contradictions, et sa carrière est irré- •e et flottante. Ses révélations à l'avenir viendront nt si à propos et s'adapteront si bien aux esis du moment, que nous sommes conduits à r qu'il soit sincère et plus longtemps victime de la même illusion en ce qui les concerne. Pourtant il faut se rappeler qu'il n'y a pas toujours lieu de croire aux récits de ses révélations. On a pu le représenter donnant comme volonté de Dieu ce qui peut-être n'était que l'expression de sa volonté propre. Souvent aussi, comme nous l'avons suggéré, il peut avoir considéré ses propres impulsions comme des inspirations divines et s'être imaginé qu'étant un agent envoyé pour propager la foi , tous ses actes et toutes ses manœuvres poiu- atteindre ce but devaient £ûre partie d'une inspiration divine continue. \ Si nous sommes loin de voir en Mahomet l'impos-

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teur groasier et impie que quelques uns nous ont représenté , de même nous ne sommes pas disposés à lui faire honneur de la longue prévoyance et de ce plan de conquête universelle profondément concerté, qui lui ont été attribuésy Ce fut sans doute un homme cTïïn grand génie et d'une imagination fertile , mais il nous semble avoir été, dans une large mesure, la créature de l'impulsion et de l'excitation , et beaucoup à la merci des circonstances. Ses plans furent la conséquence de ses succès, et non ses succès celle de ses plans. Il était âgé de quarante ans avant d'avoir, pour la première fois, communiqué ses doctrines. Quand il s'enfuit de la Mecque, treize ans s'étaient écoulés depuis qu'il avait annoncé sa mission, et de riche marchand il était descendu à être un fugitif ruiné. Quand il atteignit Médine , il n'avait aucune idée du pouvoir qui lui était réservé ; son unique désir était d'élever une mosquée où il pût prêcher, et son unique espoir, qu'on l'y laisserait prêcher avec impunité. Quand le pouvoir lui arriva subitement , il l'employa pendant quelque temps en chétives échauffourrées et en querelles locales. Ses plans militaires s'étendirent avec ses ressources, mais ne forent nullement remarqua* blés , quelquefois même forent-ils malheureux. Conçus sans hardiesse, exécutés sans décision, ils étaient parfois changés par déférence aux opinions des militaires qui l'entouraient et quelquefois à la suggestion d'esprits médiocres qui , en maintes occasions , l'égarèrçnt s'il avait réellement eu l'idée de réunir les tribus éparses et rivales d'Arabie en une seule nation par une fraternité de foi, dans le but de poursuivre un plan de con-

quête extérieure , il eût conçu là l'un des plus grands ^ ^ projets militaires ; mais cette idée semble avoir été une pensée tardive engendrée par le succès. Du moment qu'il proclama la religion de Tépée et offrit . aux Arabes la perspective de piller les étrangers , de ce moment, dis-je, il fut lancé dans une carrière i V ^ ^1g conquête qui l'emporta d'une force irrésistible. Le zèle fanatique qu'il avait inspiré à ses disciples fit plus pour ses succès que sa science militaire; ^ leur croyance en la prédestination enfanta des. victoires qu'aucun calcul n'aurait pu prévoir. A son début douteux comme prophète, il avait été encouragé par les conseils de son oracle biblique Ouaraka; ï dans sa carrière de conquérant il eut Omar , Khaled et l 'd'autres caractères énergiques à ses côtés pour le pousser en avant et l'aider à manier l'effrayante force qu'il avait mise en mouvement. Même avec leur concours, il eut plus d'une fois à se servir de ses moyens surnaturels comme prophète; et en agissant ainsi, il put bien se résoudre à la fraude , en considération du but pieux auquel il tendait.

Ses triomphes militsôres n'éveillèrent en lui ni orgueil, ni vanité, comme c'eût été le cas s'il les avait recherchés par des motifs personnels. Au temps de son plus grand pouvoir, il conserva la même simplicité et les mêmes dehors qu'aux jours de son adversité. .11 était tellement loin d'affecter aucune pompe royale qu'il était mécontent , si , quand il entrait dans un appartement^ on lui témoignait quelque marque de respect inusité. S'il visa à la domination universelle, ce fut à la domination de la foi; quant au

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pouvoir temporel dont il se trouva investi , de même qu'il en usa sans ostentation , de même il ne prit aucune mesure pour le perpétuer dans sa famille.

Les immenses richesses qui lui revinrent des tributs et des dépouilles de la guerre furent employées à préparer les victoires de la foi et à soulager les plus pauvres de ses adhérents ; au point que son trésor était souvent épuisé Jusqu'à la dernière obole. Omar- ■ :' Ibn-Al-Hareth déclare que Mahomet, à sa mort, ne \ laissa ni un denier d'or, ni un dirhem d'argent^ ni un esclave; rien enfin que sa mule ^ise, Daldad, ses armes et le terrain qu'il donnait à ses femmes, à ses enfants et aux pauvres. i *

Allah, dit un écrivain arabe, lui offrit les clés de tous les trésors de la lerre; mais il refusa de les accepter.

C'est cette complète abnégation , et cette piété en apparence si profonde, se continuant à travers les dififé- / , rentes phases de sa fortune , qui embarrassait quand V on veut se faire une juste iSée du caractè^ de Maho* met. Quoiqu'il montrât un certain alliage terrestre ^\ après qu'il eût le pouvoir en main , les premières aspi-* rations de son âme revenaient toujours, et rélevaient au de^us des choses de la terre. La prière , ce devoir vital de l'Islamisme, cet infaillible purificateur de l'âme, était son constant exercice. La confiance en Pieu fut sa consolation et son soutien dans les temps d'épreuve et d'infortune. C'est en la clémence de Dieu, nous dit- on, qu'il mettait tout son espoir dé céleste félicité. Aïescha rapporte qu'une fois elle lui dit:

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— prophète , estrce que personne n'entre dans le paradis que par la clémence de Dieu?

— Personne, personne, personne! répondit-il en appuyant sur le mot.

— Mais vous, ô prophète, n'entrerez- vous de même que par sa miséricorde ?

Alors Mahomet se mit la main sur la tête et répéta trois fois avec une grande solennité :

— Ni moi non plus , je n'entrerai pas dans le paradis, si Dieu ne me couvre de sa pitié.

Quand il était penché sur le lit de mort de son fils Ibrahim, il montra dans toute sa conduite, sous cette cruelle affliction , la résignation à la volonté de Dieu ; et sa seule consolation était l'espérance de rejoindre bientôt son enfant au paradis. Quand il le suivit à son tombeau , il recommanda à son esprit « de rester fidèle , lors du terrible interrogatoire qu'il allait subir, aux dogmes de la foi : l'unité de Dieu et sa propre mission comme prophète. » Même à l'heure de sa mort, Mahomet respirait^ encore la même dévotion et la même croyance dans sa mission apostolique , alors qu'aucun motif humain ne le poussait à la fourberie. Les dernières paroles qui tremblèrent sur ses lèvres exprimèrent l'espoir d'entrer promptement dans la bienheureuse société des prophètes qui l'avaient précédé.

Il est difficile de concilier une piété si ardente et si persévérante avec un système incessant d'imposture blasphématoire, et des préceptes aussi purs, aussi élevés et aussi bienveillants que ceux contenus dans le Coran, avec un esprit hanté d'ignobles passions et adonné à la poursuite d'intérêts purement humains.

Nous ne trouvons qu'une seule manière de résoudre rénigme de sa conduite et de son caractère , c'est de supposer que le rayon d'hallucination qui traversa son esprit pendant ses extases religieuses dans la grotte du mont Hérat, continua plus ou moins à l'égarer dans une sorte de monomanie jusqu'au bout de sa carrière , et qu'il mourut follement persuadé de sa mission prophétique.

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