‹ Vie de MahometChapitre 5 sur 14 · PREMIER VOYAGE DE MAHOMET AVEC LA CARAVANE ALLANT EN SYRIE · texte numérisé non relu

PREMIER VOYAGE DE MAHOMET AVEC LA CARAVANE ALLANT EN SYRIE

Mahomet était alors âgé de douze ans, mais il avait, comme nous l'avons montré, une intelligence bien supérieure à son âge. L'esprit de recherche s'était éveillé en lui et devenait plus vif par un commerce journalier avec les pèlerins de toutes les parties de l'Arabie. Son oncle, Abou-Taleb , outre son caractère sacerdotal comme gardien de la Caaba, était encore l'un des marchands les plus entreprenants de la tribu de Koreisch, et avait de grandes relations avec ces caravanes établies par son aïeul Haschem qui trafiquaient avec la Syrie el l'Yémen. L'arrivée et le départ de ces caravanes qui encombraient . les portes de la Mecque et remplissaient ses rues d'un agréable tumulte, étaient des événements pour un jeune homme comme Mahomet et emportaient son imagination vers les contrées lointaines. Il ne pouvait plus réprimer son ardente curiosité ainsi excitée, et une fois, au moment où son oncle allait monter son chameau pour partir avec la caravane pour la Syrie, il s'attacha à lui et le

supplia de lui permettre de raccompagner; « car^ qui, ô mon oncle, dit-il, prendra soin de moi pendant votre absence ? »

Cet appel au bienveillant Abou-Taleb ne fut pas vain. Celui-ci s'avisa aussi que le jeune garçon était d'un âge à débuter dans les scènes actives de la vie arabe, et d'une intelligence à rendre certains services à la caravane ; il lui accorda donc volontiers ce qu'il demandait et le prit avec lui pour faire le voyage de Syrie.

La route traversait des pays sablonneux pleins de ces traditions que les Arabes se plaisent à raconter pendant les haltes du soir. Les vastes solitudes du désert, dans lesquelles ces peuples errants passent une si grande partie de leur vie , sont propres à engendrer des imaginations superstitieuses ; aussi les ontils peuplées de bons et de mauvais génies , et enrichies d'événements merveilleux et de récits d'enchantement. Dans ces haltes , le jeune Mahomet sans doute s'abreuvait de ces superstitions du désert qui finirent par se fixer dans sa mémoire et eurent une influence puissante sur son imagination. Nous pouvons noter surtout deux traditions qu'il doit avoir ouïes à cette époque et que nous trouvons racontées par lui dans le Coran. L'une se rapportait au district montagneux d'Iledjar. Là, comme la caravane suivait, en serpentant , sa route à travers des vallées silencieuses et désertes, on lui montra dans les flancs de la montagne, des cavernes autrefois habitées }»arles Beni-Thamud , ou fils de Thamud , l'une des « tribus perdues » de l*Arabie. Voici la tradition qui les concerne : « Ils appartenaient à une race fière et gigantesque

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existant avant le temps du patriarche Abraham. Comme ils étaient tombés dans une idolâtrie aveugle, Dieu leur envoya un prophète du nom de Saleh , pour les remettre dans le droit chemin. Us refusèrent de l'écouter, à moins qu'il ne prouvât la sainteté de sa mission , en faisant sortir une chamelle pleine, des flancs de la montagne. Saleh fit donc une prière, et, voyez! Un rocher s'ouvrit, d'où sortit une chamelle , qui aussitôt mit bas un faon. Quelques-uns des Thamudistes furent convaincus par ce miracle et abandonnèrent leur idolâtrie , le plus grand nombre néanmoins persista dans sa fausse croyance. Saleh laissa l'animal parmi eux comme un symbole , les avertissant que le ciel les punirait s'ils lui faisaient du mal. Pendant un certain temps,^ on le laissa vivre tranquillement dans les pâturages, sortir le matin et rentrer le soir. Il est vrai que quand le quadupède baissait la tète pour boire à un ruisseau ou à un puits, il ne la relevait qu'après l'avoir tari jusqu'à la dernière goutte ; mais qn retour il donnait assez de lait pour la consommation de toute la tribu. Comme, cependant, il effrayait les autres chameaux , et que ceux-ci s'enfuyaient des pâturages , il devint un objet de scandale pour les Thamudistes qui lui coupèrent les jarrets et le tuèrent. Aussitôt , cri terrible parti du ciel , grand fracas de tonnerre et dans la matinée tous les coupables gisaient la face contre terre, morts... Toute la race disparut ainsi, et le pays fut pour toujours sous l'anathème du ciel. »

Cette histoire fit une grande impression sur l'esprit de Mahomet , au point que bien des années après , il refusait de laisser ses gens camper dans le voisinage

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et les conduisait en hâte hors de cette région maudite.

Une autre tradition recueillie pendant ce voyage, se rapportait à la ville d'Eyla, située sur la mer Rouge. Cet endroit , lui disait-on , avait été autrefois habité par une tribu de Jui& qui avaient gUssé dans Fidolâtrie et proÊuié le Sabbat en péchant dans ce jour sacré , sur quoi les vieillards furent changés en pourceaux et les jeunes gens en singes.

Nous avons noté ces deux traditions spécialement, parce qu'elles sont toutes deux citées par Mahomet comme des exemples du jugement que Dieu porte contre le crime d'idolâtrie, et parce qu'elles montrent la pente que prenait son esprit sur cet important sujet.

Les écrivains musulmans nous parlent , comme d'habitude, de circonstances étonnantes qui accompagnèrent le jeune homme dans son voyage, et qui démontrent la continuelle protection du ciel. Une fois , comme il traversait les sables brûlants du désert, un ange plana au-dessus de lui , et l'abrita de ses ailes saïis qu'on le vît; miracle, cependant, qui ne repose

pas sur le récit d'un témoin oculaire Une autre

fois , il fut protégé de la chaleur en plein midi , par un nuage suspendu sur sa tête ; dans une autre occasion, comme il recherchait le peu d'ombre d'un arbre flétri , l'arbre aussitôt se couvrit de feuilles et de fleurs.

Après avoir côtoyé l'ancien territoire des Moabites et des Ammonites , souvent mentionné dans les Ecritures sacrées , la caravane arriva à Bosra , ou Bostra, sur les confins de la Syrie , dans le pays de la tribu de Manassé , au-delà du Jourdain. A l'époque des

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Ecritures , cette ville avait appartenu aux lévites , mais maintenant elle était habitée par dés chrétiens nestoriens. C'était un grand marché, visité annuellement par les caravanes; et là, nos voyageurs fuient une halte et campèrent près d'un couvent de moines nestoriens.

Abou-Taleb et son neveu reçurent de la communauté l'hospitalité la plus empressée. L'un des moines, appelé par les uns Sergius, par d'autres Bahira (*), en causant avec Mahomet , fut surpris de la précocité de son intelligence , et intéressé par son désir ardent de s'instruire, surtout, paraîtrait-il, en ce qui regardait les matières religieuses. Ils avaient ensemble de fréquentes conversations sur de tels sujets, pendant le cours desquelles les efforts du moiiie doivent avoir été principalement dirigés contre cette idolâtrie dans laquelle le jeune Mahomet avait été élevé; car les chrétiens nestoriens , dans leur zèle , condamnaient, non seulement le culte des images, mais encore leur exhibition fortuite. Ils poussaient si loin le scrupule à ce sujet , que la croix elle-même , cet emblème universel de la chrétienté , n'échappait pas , dans une limite étendue , à cette prohibition.

Bien des gens ont attribué la connaissance que Mahomet montra plus tard des principes et des traditions de la religion chrétienne, à ces premières conversations avec ce moine ; mais il est probable qu'il eut des relations ultérieures avec lui dans le cours de ses subséquents voyages en Syrie.

(1) Quelques-uns assurent que ces deux noms indiquent d^ux moines, qui eurent des conversations avec Mahomet.

Les écrivains musulmans prétendent que le moine portait tant d'intérêt au jeune étranger parce qu'il avait accidentellement vu entre ses épaules le sceau de prophétie. Il avertit Abou-Taleb, disent-ils, quand il fut sur le point de partir pour retourner à la Mecque , de prendre garde que son neveu ne tombât entre les mains des Juifs , prévoyant Topposition que devait lui faire ce peuple.

Pas n'était besoin , cependant , de signes miraculeux pour intéresser un moine sectaire , impatient de faire des proséljrtes, à un jeune homme intelligent et investigateur, neveu du gardien de la Caaba, et qui pouvait rapporter à la Mecque les semences du christianisme , déposées dans son esprit malléable ; il était donc naturel que le moine désirât préserver des séductions du judaïsme celui qu'il espérait convertir un jour, et dont les opinions religieuses étaient en ce moment si ébranlées.

Mahomet retourna à la Mecque, Fimagination pleine des récits sauvages et des traditions recueillis dans le désert, et l'esprit fortement impressionné par les doctrines qu'on lui avait exposées dans le couvent nestorien. Il semble avoir toujours conservé depuis pour la Syrie un respect mystérieux , probablement à cause des impressions qu'il y avait reçues. C'était la terre où Abraham, le patriarche, était venu de Chaldée, emportant avec lui son culte primitif du seul vrai Dieu. « En vérité, disait-il dans ses dernières années. Dieu a toujours maintenu en Syrie des gardiens de sa parole, au nombre de quarante ; quand un meurt, un autre est envoyé à sa place; et à cause

d'eux, la terre est bénie.» Et encore : «Salut au peuple de Syrie , car les anges du Dieu bon étendent leurs ailes au-dessus de lui. »

Note. — La conversion d'Abraham abandonnant l'idolâtrie dans laquelle le monde était tombé après le déluge , est rapportée dans le sixième chapitre du Coran. Le père d'Abraham, Azer ou Zérah , c'est le nom que lui donnent les Ecritures, était statuaire et idolâtre.

» Et Abraham dit à son père Azer : Pourquoi prends-tu pour Dieux des images gravées ? En vérité , toi et ton peuple , vous êtes dans Terreur.

» Alors le firmament fut déployé à Abraham , pour qu'il pût voir » comment le monde était gouverné.

D Quand la nuit vint et que l'obscurité enveloppa la terre ^ il vit » une belle étoile qui brillait au firmament , et cria à son peuple » qui était astrologue :

» Ceci , d'après vous , est le Seigneur.

» Mais rétoile se coucha , et Abraham dit : Je n'ai pas foi en » des Dieux qui se couchent,

» n vit la lune qui se levait et s'écria :

» Assurément , ceci est le Seigneur ; mais la lune se coucha 1> pareillement et il fut confondu , et pria Dieu , disant : Dirigez- » moi , mon Dieu , de peur que je ne devienne un de ces gens » qui s'égarent.

To Quand il vit le soleil' se lever, il cria : Celui-ci est le plus » glorieux de tous ; celui-ci est certainement le Seigneur. Itfais le » soleil se coucha aussi. Alors , dit Abraham , je ne crois pas, ô » mon peuple , en ces choses que vous appelez Dieux. En vérité , Tû je tourne mon visage vers Lui , le Créateur, qui a formé à la fois » les cieux et la terre. »

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