septembre
le lendemain ; les grilles étaient fermées, et les deux cours occupées militairement; mais le jardin et les galeries qui l’entourent avaient été envahis par une foule, partie de curieux, partie de forcenés, qui ne ménageaient ni les injures ni les menaces à la personne royale. Je vois encore, derrière la grille qui fermait la galerie d’Orléans, un de ces misérables brandir un couteau et le montrer au roi, qu’il venait d’apercevoir sur le balcon; je vois le roi, qui n’était plus maître de lui-même, se portant en avant pour haranguer cette multitude insolente, et le duc d’Orléans courant après lui, le prenant à bras-le-corps, et le repoussant dans l’intérieur des appartements ; j’entends le maréchal Soult, plus aisément déconcerté devant les clameurs populaires que devant le canon ennemi, dire, en branlant la tête : « Mais ces gens-là sont fort redoutables. » Il suffit cependant de la résolution d’un brave officier, le commandant Castres, pour faire disparaître en peu d’instants tout le péril. Il ouvre I^l grille, s’élance au pas de course, avec une partie de son bataillon, dans les galeries, et, au moyen de quelques coups de baïonnette, délivre le palais des furieux qui l’assiégeaient. Il ne m’appartient de parler ici que de ce que vit et sentit la reine, dont le regard ne quittait pas le roi, au milieu de -ces
LES TOILERIES.
scènes si émouvantes; c’est à l’histoire de raconter et d’immortaliser les grandes luttes parlementaires, dans lesquelles Casimir Périer déploya alors, aux dépens des forces de son corps, l’indomptable énergie de son âme.
Un fait ressortait de ces derniers événements : c’est qu’il était impossible que le roi continuât à habiter le Palais-Royal, où l’émeute pouvait de si près l’insulter et le menacer. Les préparatifs, faits depuis quelque temps aux Tuileries pour le recevoir, furent hâtés : les dernières traces des dévastations de l’année précédente furent effacées, et le 30 septembre au soir, la royauté rentra dans son ancienne demeure. A peine le roi y était-il établi, qu’il ordonna l’exécution du projet antérieurement conçu d’éloigner le public des fenêtres du palais qui s’ouvraient sur le jardin, en creusant, à quelques pas en avant, un fossé planté de lilas et fermé par une balustrade en fer. « Je ne veux pas, lui ai-je ouï dire alors, que ma femme soit exposée à entendre toutes les horreurs que Marie-Antoinette a entendues là pendant trois ans. » On n’a pas oublié la mauvaise foi de l’opposition et de ses journaux, qui dénoncèrent au pays cette innocente et nécessaire construction, sous le nom aussi ridicule que mensonger de fortifications des Tuileries.