‹ Vie de Marie-Amélie reine des FrançaisChapitre 57 sur 98 · avril · texte numérisé non relu

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M. Molé ne fit qu’achever ce que M. Thiers avait commencé , ou , pour parler plus exactement , l’honneur de cette transaction n’appartint à, l’un ni à l’autre; tout se fit entre le roi de Prusse et le ministre de France à Berlin, M. Bresson. Frédéric- Guillaume III, qui s’était pris de beaucoup d’estime et d’affection pour le duc d’Orléans, s’était mis dans l’esprit de lui donner pour épouse la princesse la plus accomplie qu’il connût en Allemagne, et il travailla à ce mariage avec un intérêt tout paternel. On se persuadera, sans que j’aie besoin de le dire, qu’il eût mieux convenu à la reine que son fils épousât une princesse catholique; mais elle ne songea pas à élever contre un choix qui n’eût pas été le sien d’inutiles objections, et ce qu’elle entendait dire d’ailleurs des grâces et des vertus de la princesse Hélène de Mecklenbourg la disposait à l’aimer comme sa fille. Lorsque, le 29 mai 1837, la jeune fiancée, au haut de l’escalier de la cour du Cheval-Blanc, à Fontainebleau, embrassa la reine , elle se sentit dans les bras d’une mère. La nature et l’éducation les avaient faites très-différentes l’une de l’autre; il y avait plus d’un point sur lequel leurs sentiments ni leurs pensées ne pouvaient être les mêmes; mais le nombre était bien plus grand de ceux sur lesquels elles ne firent qu’un cœur et qu’une âme, et ma-

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dame’ la duchesse d’Orléans, avec le charme de son caractère, entra bien vite dans les plus intimes affections de sa nouvelle famille.- Il n’est pas de mon sujet de raconter les cérémonies de ce mariage, ni les splendides divertissements dont fut alors le théâtre ce château de Fontainebleau, témoin de tant d’autres magnificences royales. Je ne dirai rien non plus de cette entrée à Paris, dont l’éclat fut si extraordinaire, et qui imprima dans l’esprit de celle qu’on croyait l’héritière prédestinée du trône une si forte idée de la grandeur de la France. Je dois enfin me refuser le plaisir de décrire la dernière, la plus grande, la plus mémorable de ces fêtes, celle de l’inauguration des galeries de Versailles, devenues un temple que le roi Louis-Philippe ouvrait au culte de toutes les gloires nationales. Ce qu’il faut que je dise, c’est l’impression que ces belles journées firent sur la reine, c’est son oubli passager de tout ce qu’elle était accoutumée à souffrir, c’est le sentiment momentané de bonheur qui rentra dans son âme, comme si cette union, célébrée sous les bienfaisants auspices de la concorde et de la paix publique, eût commencé pour la France une ère nouvelle. Elle avait acquis trop d’expérience des choses de ce monde pour se complaire longtemps dans cette illusion.

A cette heure cependant se préparait pour elle une autre journée de joie maternelle : le mariage de la princesse Marie avec le duc Alexandre de Würtemberg venait d’être décidé. La princesse Marie était entrée depuis deux ans avec une résolution admirable dans le grand travail de la perfection chrétienne. Elle était pour sa mère et pour sa sœur aînée, qui la suivaient d’un œil attentif, l’objet d’une sorte de vénération. Mais ces deux confidentes du secret de ses pensées la voyaient en même temps atteinte d’une profonde mélancolie, et elles craignaient, peut-être avec quelque raison, que l’action latente du corps ne fût pour quelque chose dans cet état maladif de l’àme. Cependant, étant allée passer seule auprès de la reine des Belges à Laeken les premières semaines du printemps, elle avait trouvé dans ce tête-à-tête prolongé une telle douceur, qu’elle en avait rapporté les fraîches couleurs de la santé et quelque chose même de sa gaieté d’autrefois. Ce fut alors quelle eut à se décider sur le mariage qui lui était proposé. Elle vit à Neuilly le duc Alexandre qui fut loin de lui déplaire, et après avoir donné quelques jours à la réflexion, porta à sa mère un conseil tement déterminé par les considérations les plus sérieuses et les plus élevées. Le mariage de la princesse Marie et du duc Alexandre de Würlcm-

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berg fut célébré le 17 octobre 1837 au palais de Trianon. Le roi et la reine des Belges vinrent assister à cette union qui était leur ouvrage. Le duc de Nemours et le prince de Joinville ne s’y trouvèrent pas : ils étaient en ce moment l’un et l’autre à Constantine. On remarqua qu’une grave émotion se répandit dans l’assistance lorsque, dans la lecture de l’acte civil, le chancelier Pasquier accompagna les noms des deux princes de ces simples mots : absents pour le service du roi. Quelques jours de fête suivirent la cérémonie : la joie y futr contrainte ; on savait qu’au bout d’une semaine les deux époux devaient partir pour l’Allemagne. C’était à la reine surtout que la princesse Marie allait manquer. Mais la mère comme la fille se souvenaient des scènes déchirantes qui, cinq ans auparavant, avaient attristé les adieux de Compiègne, et toutes deux s’étaient promis de ne les pas renouveler. Elles ne donnèrent cours à leurs larmes qu’après s’être séparées.

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