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défavorable à, sa santé, et l’on se mit à en chercher sur le littoral une autre qui fût à la fois plus digne et plus commode. On la trouva à Nervi, et le 10 novembre la reine y fut transportée. Là, au contraire, il semblait que tous les charmes de la nature méridionale se fussent réunis pour aider la malade à se rétablir. La maison, comme enfouie au milieu des orangers, était de l’aspect le plus gai, spacieuse et assez bien distribuée. L’appartement de la reine donnait sur la mer, et de son lit elle avait la vue du beau ciel et des belles eaux de la Méditerranée. Le bénéfice de cet agréable séjour fut cependant dans le principe entièrement perdu pour elle. Son état, au lieu de s’améliorer, s’aggrava; la fièvre catarrhale fut accompagnée d’accidents cérébraux et de délire; encore une fois, il fallut mander de Paris M. Chomel , et d’Angleterre les deux princes qui n’avaient point suivi leur mère. Lorsque, à la fin de novembre, le prince de Joinville et le duc d’Aumale arrivèrent à Nervi , le danger était éloigné ; mais il avait été grand , le retour des forces fut très-lent, et la Convalescente attendit de longues semaines avant de reprendre le train de sa vie habituelle. « Je suis décidément mieux, écrivait-elle le U janvier 1856, mais les progrès sont bien lents : j’ai été gravement malade; j’envisageais la mort av^c
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chagrin et frayeur, et je ne croyais pas voir cette nouvelle année. Dieu en a décidé autrement, et j’espère qu’il me fera la grâce de la bien employer à son service et au salut de mon âme. » Onze jours après, le 15 janvier : « J’ai encore, disait-elle, des hauts et des bas, et quelquefois des crises nerveuses très -pénibles. Je voudrais supporter avec plus de patience et de résignation les souffrances que Dieu m’envoie. » Ce n’est que dans le courant de février qu’elle écrit : « Ma santé va mieux ; le sommeil est revenu, les forces reviennent... Je vais tantôt aller en chaise à porteurs entendre la messe, en action de grâces pour mon rétablissement, â la chapelle de Saint-Hilaire, qui est sur la montagne. » Plus de deux mois après, dans les derniers jours d’avril, la reine était encore sous la visible impression du danger qu’elle avait couru dans sa maladie; elle remerciait avec effusion de cœur une personne amie qui, à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, ne s’était pas bornée « à faire des vœux pour sa santé et pour son bonheur pendant le peu de temps qui lui restait à vivre sur cette triste terre, mais lui avait souhaité aussi de se préparer à une bonne mort, ce qui était le plus cher objet de ses vœux ; car, ajoutait-elle, quand je pense à mes soixante-quatorze ans, qui se sont évanouis comme la fumée,
à toutes les grâces que Dieu m’a faites, à toutes mes ingratitudes envers lui et au compte que j’aurai à en rendre, j’en frémis. »
Ces sortes de frémissement n’appartiennent qu’aux plus saintes âmes. La reine, au même temps qu’elle écrivait ces lignes , en écrivait d’autres où elle exprimait son pieux contentement d’avoir pu se joindre à ses enfants dans l’accomplissement du devoir pascal à la paroisse de Nervi, où elle racontait le bonheur avec lequel elle avait assisté aux magnifiques offices de la semaine sainte dans la belle cathédrale de Gênes. Elle avait retrouvé là les pompes religieuses de l’Italie. Gênes, à d’autres égards, lui rappelait Naples, et lui procurait d’autres jouissances d’un ordre moins élevé, auxquelles elle ne laissait pas d’être sensible. C’était le même ciel, la même mer, c’était une population de pêcheurs, telle que celle de Sorrente et de Castellamare. La mauvaise odeur du port, tout aussi bien que le parfum des orangers, lui rendait les chères sensations de sa jeunesse, et elle pardonnait aux sales mendiants qui la persécutaient dans chacune de ses promenades, en faveur de leur ressemblance avec les lazzaroni déguenillés de Chiaja.
Il lui arriva un jour de voir venir à elle, la main tendue pour lui demander l’aumône, une
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petite fille d’une charmante figure. La reine ne crut pas faire assez en lui donnant une pièce de monnaie; elle la fit causer, l’interrogea sur ses parents, et informée de leur extrême misère, comprit tout le danger que la beauté de cette pauvre enfant lui réservait. Rentrée chez elle, son premier soin fut de faire venir le curé de Nervi, le respectable abbé Digari, et de s’entendre avec lui sur les moyens de procurer à Teresa Picasso une éducation chrétienne, assortie à sa condition, qui la dérobât aux inévitables périls que ne tarderait pas à courir son innocence. Ce qu’elle désirait fut immédiatement accompli , et Teresa confiée à de bonnes religieuses qui l’élevèrent dans de simples et pieuses habitudes. Chaque année le curé de Nervi rendait compte à la reine du succès des soins donnés à sa jeune protégée ; chaque année la reine lui fournissait les moyens de continuer cette bonne œuvre. Au commencement de l’année 1866, quelques semaines avant sa mort, elle étendait encore sur Teresa Picasso sa charitable sollicitude.
La vie retirée et presque recluse que la reine menait à Nervi n’avait pu laisser sa présence ignorée en Italie, et l’honneur d’être reçu par elle était recherché d’un assez grand nombre de visiteurs. Quand sa santé fut assez raffermie pour
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ne pas craindre la fatigue des conversations, elle ne se refusa pas plus là qu’à Claremont à l’empressement des personnes qui étaient en position de lui être présentées. Elle vit ainsi, sur leur passage vers Rome et vers Naples, un certain nombre de voyageurs français ou étrangers, qui ne fussent pas allés la chercher en Angleterre. Dans le courant du mois d’avril, elle reçut avec un mélange de satisfaction et d’embarras l’annonce qui lui fut faite de la visite de M. le comte de Chambord. Comme témoignage des relations amicales rétablies entre les deux branches de la maison de Bourbon, cette entrevue ne pouvait qu’être conforme au vœu de la reine, qui, je l’ai déjà dit, avait conservé pour son neveu un sincère attachement. Mais elle doutait que le prince apportât à Nervi des paroles de réconciliation politique, telles que la maison d’Orléans les pouvait accepter, et il était impossible que de ce doute ne résultât un pénible sentiment de contrainte. On se tint de part et d’autre dans les termes généraux d’un entretien de famille, et si M. le duc de Nemours, dans une conversation particulière avec son auguste cousin, toucha à l’un des points délicats de la fusion, ce lui fut une occasion de s’assurer que pour les deux branches il y avait autant que jamais impossibilité de s’entendre.
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Le vQyage de la reine à Nervi était la dernière des courses lointaines qu’elle dût fyire hors de l’Angleterre : désormais les prescriptions rigoureuses de son médecin devaient se joindre aux sollicitations pressantes de ses enfants pour la faire renoncer à, des déplacements qui étaient plus un péril qu’un bienfait pour sa santé. Une seule fois cependant elle passa encore la mer ; ce fut au mois de juillet de l’année suivante, pour se rendre en Belgique , et y assister au mariage de sa petite-fille avec l’archiduc Maximilien1. Elle avait transporté sur cette jeune princesse la tendresse qu’elle avait eue pour sa mère, et elle éprouva une vive satisfaction en la voyant entrer dans la maison d’Autriche, à laquelle des liens si chers l’attachaient elle-même. Il fut heureux pour elle de ne point posséder le secret de l’avenir. De retour à Claremont, elle y vit arriver le duc de Montpensier, avec sa femme et ses enfants, et elle alla tout aussitôt s’établir sous le même toit que lui à Richmond, dans la maison appelée le Old Palace , sur les bords de la Tamise. Madame la duchesse d’Orléans débarquait au même temps en Angleterre, avec l’intention d’y passer l’hiver, et elle prenait Drovisoirement sa résidence dans le village