‹ Vie de MaupertuisChapitre 15 sur 18 · II. — A Pajus, daxs l'église Saot-Roch · texte numérisé non relu

II. — A Pajus, daxs l'église Saot-Roch

Ce monument mérite à plusieurs égards d'attirer tous les yeux. Cest un des premiers exemples que Ton ait vus en France, de ces souscriptions qu'un zèle généreux produit, et dont une nation, rivale de la nôtre, retire tous les jours tant d'avantages. Le célèbre M. de Maupertuis, né à Saint-Mal o, en 4698, et mort à Basle, en 4759, semblait mériter de sa patrie qu'elle rendît quelques honneurs â sa mémoire : M. de la Condamine, son ami, après avoir partagé ses travaux et sa gloire par son voyage à l'équateur, tandis que M. de Maupertuis faisait celui du cercle polaire, a cooçu le dessein de lui ériger un mausolée : H a suivi celte entreprise avec cette chaleur et cette constance qu'on lui connaît, toutes les fois qu'il s'agit d'un projet utile, ou d'une action honnête. La veuve, les parents, les alliés et les amis de M. de Maupertuis se sont empressés d'y contribuer *. M. d'Huez, sculpteur du Roi, élève de M. le Moyne', a été chargé de l'exécution. Enfin ce monu-

1 Cet article est extrait en entier du Journal det Damet, par M"* de Maisonneuve, pensionnaire du Roi. — Septembre 1766, in-19. — p. 109 et suiv.

* Voici les noms des principaux contribuants : M"»* de Maupertuis, la veuve, née de Borck, grande maîtresse de la maison de S. A. R. Madame Amélie, sœur du Roi de Prusse ; MM* Magon-Dubos, sœur de M. de Maupertuis; M. Ma~ gon, son neveu, ancien directeur de la compagnie des Indes, ci-devant gouverneur des Iles de France et de Bourbon, et depuis intendant à Saint-Domingue ; MM. ses frères; M. Moreau de la Primerais, procureur du Roi en l'Amirauté de Saint-Malo, cousin germain; M. du Velaër, comte de Lude, et Mwn Vincent Maçon, alliés; M. du Rouvre, chevalier de Saint-Louis, capitaine général, garde-cote à Saint-Malo, et M. de la Condamine de l'Académie française et de celle des sciences, anciens amis du défunt; etc.... (Note du Journal det Damet.)

8 Célèbre sculpteur, né en 170*, mort en 1778. (M. A.)

ment, est achevé, et il a été découvert dans l'église de Saint- Roch vers la fin du mois d'août 1766.

Il est adossé à l'un des piliers de la nef, du côté gauche près du chœur. C'est un tombeau à l'égyptienne soutenu par deux consoles, accompagné de guirlandes de chêne et chargé des armoiries de M. de Maupertuis. Le tombeau supporte un cippe, c'est-à-dire une colonne tronquée, sur laquelle on a gravé l'inscription. Le génie des sciences est appuyé sur ce cippe, dans une attitude qui exprime l'abattement et la douleur. Il couvre son visage d'une main, et de l'autre il tient une couronne d'étoiles parmi lesquelles on remarque une comète *. De l'autre côté est un enfant, entouré d'instruments de mathématiques, qui appuie une main sur le globe de la terre et l'aplatit à l'endroit du pôle arctique. De l'autre main il montre le médaillon de M. de Maupertuis, attaché à une pyramide et orné d'une guirlande de cyprès. On voit derrière cet enfant le secteur astronomique qui a servi aux observations sous le cercle polaire, et à ses pieds quelques livres qui portent le titre des principaux ouvrages de M. de Maupertuis. Au-dessus de la pyramide est une urne sépulcrale qui termine et couronne le mausolée. Cette composition simple et heureuse a été fort applaudie des connaisseurs, et elle fait le plus grand honneur à M. d'Huez; le génie, surtout, est d'une vérité et d'une expression admirables ; on se sent pénétré, en le voyant, d'un sentiment de compassion et de tristesse : on est tenté de mêler ses larmes à celles qu'on lui voit répandre.

M. d'Huez mérite principalement des éloges, en ce qu'il a évité cette superfluité d'ornements, cette pompe, cet éclat mal entendu qui séduit si souvent les artistes. M. de Maupertuis n'était point un monarque, ni un général d'armée, mais un simple particulier, un homme de lettres : l'artiste a saisi ce style de la chose, sans lequel il n'y a jamais de vraies beautés dans aucun genre ; il n'a point employé de trophées ni d'ac-

l Cette couronne sert à rappeler les ouvrages de H. de Maupertuis sur ta figure des astres et sur les comètes. (Note du Journal des Dames.)

cessoires fastueux; mais en s'interdisant un appareil qui n'est fait que pour éblouir, en s'imposant à cet égard les bornes les plus gênantes, il a déployé les véritables ricbesses de son art : il a su allier la noble simplicité et les belles formes de l'antique, avec l'élégance et la grâce des sculpteurs modernes.

Le mélange heureux du bronze et des différents marbres contribue aussi beaucoup à l'effet de ce mausolée. Le tombeau, les consoles et la pyramide sont de marbre bleu turquin; les génies, le médaillon et le cippe sont de marbre blanc ; les guirlandes, les armoiries, la couronne d'étoiles et l'urne sépulcrale sont de bronze.

M. d'Huez n'avait point connu M. de Maupertuis; mais M. le Moyne qui se rappelait de l'avoir vu, a bien voulu concourir à la perfection du mausolée. Sans autre secours qu'un très petit portrait et un jeton frappé à Berlin, dans lequel M. de Maupertuis n'était pas reconnaissable, M. le Moyne a modelé gratuitement un buste qu'il a fait voir à ceux qui avaient vécu avec cet homme célèbre : leurs observations lui ont servi à en faire un autre, beaucoup plus ressemblant que le premier, et il en a fait présent à M. de La Condamine. C'est d'après ce second buste que M. d'Huez a fait son médaillon, auquel M. le Moyne a donné encore quelques coups de ciseau pour rendre la ressemblance plus parfaite.

L'épitaphe latine qui a été gravée sur ce monument est de la composition de M. de la Condamine1. Nous la joindrons à ce journal avec la traduction en français.

Cette épitaphe se rapporte à M. de Maupertuis, le géomètre, et à son père. Il est aisé d'en sentir la raison. Le fils est mort à Basle et enterré dans l'église catholique de Dornac, qui en est éloignée de deux lieues. On voulait lui ériger un mausolée en France. On a choisi l'église de Saint-Roch, où le père avait

1 Elle fut renie par Le Beau, de l'Académie des Inscriptions, célèbre latiniste. La Beaumelle avait composé aussi une inscription pour le mausolée de Maupertuis dont il ne fut pas fait usage. Nous en avons retrouvé la minute dans ses papiers; elle est en vers latins. (H. A.)

été enterré, et à la suite de Tépitaphe du père, on a rappelé la mémoire des travaux et des ouvrages du fils. Quelques personnes ont trouvé celte épitaphe un peu longue; mais il faut observer que c'est celle de deux personnes. On se plaint souvent avec raison de ce que la plupart de ces inscriptions n'apprennent au lecteur que la date de la naissance et de la mort de ceux qui en sont l'objet, comme s'ils n'avaient rien fait de remarquable que de naître et de mourir. On blâme aussi celles qui ne contiennent que des lieux communs et des louanges vagues et enflées: ici c'est la vie entière d'un homme; ce ne sont que des faits; et il n'y a qu'une seule ligne d'éloges l.

1 En tête de cet article du Journal de» dames, et du même format, il y a une gravure à l'eau forte qui représente le mausolée de Maupertuis tel que le décrit l'article que nous venons de transcrire. La famille de Maupertuis en fit graver une autre d'un plus grand format, une belle estampe, qui fut exécutée par Miger », élève du célèbre Cochin ». Elle n'a pas été mise daus le commerce; la famille n'en distribua des exemplaires qu'à ses amis, et cette circonstance explique leur rareté. — Nous n'avons pu retrouver celui qui fut donné à La Beaumelle.

1 Né en 1136, mort en 1820.

1 Né «n 1715, mort en 1790.

— «8 - MAUPERTUISIORUM

31EMORIJ5 AC PKRE> MTATI.

nie jacbt RENATCS MOREAU

SAN-MACLOT1ANU8 FBUDI M AUPERTUISII DOMINU8, QCI POSTQUAM WAVES BELLICO-MKRCATOBIAS STRBNUB DUXBRAT, C1V1CM 8UOBUM PRO REBUS MAR1T1M19 A PCD RBGEM ORATOR XL ANNIS M1CHCL1CO TORQCB DONATUS, DBCESSIT V XUL. ANN. MDCCXLVI, MTATIS LXXXII } DE POSTBBITATE BENB MBR1TUS OB GENITUM EX 6B

pet Bru ludoticum MOREAU DE MAUPERTU1S,

SUO QUI L1TTERARUM OBBBM NOMIXB IRPLETIT HIC PRIVA JUYBXTUTE BQUITUM TURMM PROSPECTUS DIUTURNjB PACIS OTIO CONTBBSUS AD 8TUDIA, ALTIOBB8 GBOMETR1A SIKHS PENETRAT IT, NRWTONIANAM ATTRACTIONEM CARTESIANI8 AURIBUS A 880 NAM FB1MU8 IN GALLIA PROPUGN ATIT , NOTIS ARGUMBfTTIS SUFFULSIT ;

a LUDOVICO XV Misses ad bobbales plagas,

CRBSCBNTBS AD SEPTBXTRIONBM XEBIDIANI CIRCULI GRADUS, AC PROINDE COMPRESSA* IN POLO TBLLURIS MOLEM, SUIS SOCIORrMQUB OBSER VATI0N1BUS PR1MCS BTICIT ; ACADEMIJK GALLICM PRMCIPUORCMQ. EUROP E SOCICS, BBROLINBNSIS INSTAURATOR AC PR.S9ES TOCANTE FRID. III HDJC8 BBNEPICIO 0RD1NIS PRO MERITO BQUES, PHT81CEN, MATHBSIN, ASTRONOMIAM, NAUTICAM, MBTAPHYSICAM, BTUICAM, ILLUSTRA RB AMPLIFICARB PBOMOVKRR NON DESIIT; OB IMPEXSAM PRO BXTRUB5D0 BEROLINI TEMPLO CATHOLICO CURAV

scMjio poNTiFicj BEXEDICTO XIV gratus ;

TIR INGBN10 ACBR, ANIMO IN0BN8, INTBGBR FIDBI ; QUAM IN ARMORCM CONFLICTU MORTBM DBSPEXERAT IMPATIDUS LBNTO PASSU A DTBNTANTBM IN LBCTO 8BRBNUS BXCBPIT ; B PATRIA RBDUX, DUM BBROLINUM IBIQUB INTBRMISSA MU 5 LA RBPBTBRBT, RECRUDESCENTE MORBI DBCBNN1S TIOLBNTLA DBTBNTUS BASILE*, AM1C0S INTBR JOHANNIS BBRNOULLI HOSPITIS AMPLBXUS PIB PORTIS OBIIT JUL. XXVII. ANN. MDCCIIX TIXIT AN. LX MENS. X.

ELEONORA DE BORCK, uxor, MARIA, soror, sor. filh, fropinqui, amici;

HOC MONUMBNTUM DR SUO CBRTAT1M POSUERB

MDCCLXVI.

A la mémoire perpétuelle des Mauprrtuis. Ci-git Rrjcb Moreau, Seigneur de Maupertuis, né à Saiut-Malo, ancien Capitaine de vaisseaux armés en course, Député du Commerce de la Province pendant xl ans, Chevalier de l'Ordre du Roi, mort le 5 juillet 1746, âgé de 82 ans ; devenu cher à la Postérité comme Père

de PlKHIlE-LoUIS M ORRA U DR MAUPERTUIS,

qui remplit de son nom le monde Littéraire, Capitaine de Cavalerie dans sa première jeunesse, rappelé à l'étude dans le loisir d'une longue paix, il sonda les profondeurs de la Géométrie ; il soutint le premier en France, et appuya, de nouvelles preuves l'attraction newtonienne qui révoltait les oreilles des Cartésiens ; Chef des Académiciens envoyés par Louis XV. sous le cercle polaire, il prouva le premier par observation que les degrés du méridien croissent en approchant du Nord, et conséquemment que la terre est aplatie sous le pôle ; Membre de l'Académie française et des plus célèbres Académies de l'Europe,

appelé par Frédéric m, pour donner une nouvelle forme et présider celle de Berlin,

décoré de son Ordre du Mérite ; il ne cessa d'éclairer d'accroître et d'étendre la Physique, les Mathématiques, l'Astronomie, la Nautique, la Métaphysique, la Morale; son zèle pour la construction d'une Eglise catholique à Berlin lui mérita la faveur du Pape Bbnoit XIV ; Il eut l'esprit profond, l'âme élevée, le cœur droit ; après avoir bravé la mort dans les périls de la guerre, il la vit d'un œil serein s'approcher de son lit à pas lents; il retournait de France à Berlin pour y reprendre ses fonctions, lorsqu'arrêté par la violence d'un mal qui le minait depuis dix ans, il mourut à Bâle, avec une piété courageuse, dans les bras de Jean Bernoulli, son hôte et son ami, le 27 juillet 1759, âgé de soixante ans et dix mois.

Elkonorb de Borck, son épouse, Marie, sa sœur, ses neveux, ses proches, ses amis,

lui ont à l'envi érigé ce monument.

Digitiz

Pendant la révolution le mausolée de Maupertuis n'échappa pas aux fureurs du vandalisme. Il fut mutilé ; toutes les parties en bronze, l'urne, les guirlandes, les armoiries et la couronne d'étoiles en furent arrachées; plusieurs mots de l'épitaphe rappelant des idées aristocratiques, comme Jeudi Maupertuisii dominas, regem, et Ludovico XV furent effacés. Ce monument a été préservé d'une destruction complète par les soins éclairé - de M. Lenoir qui en fit transporter les parties restées intactes dans le Musée des monuments français fondé par lui, rue des Petits-Augustins *. Après 1815, ce mausolée a été rendu a l'église de Saint-Roch, où on le voit actuellement adossé contre le mur de la première chapelle à droite, tel à peu près qu'il est décrit dans la Description des monumens de sculpture réunis dans le Musée des monument français. La colonne tronquée supporte le médaillon de Maupertuis, à droite le génie de la science pleure la perte de ce savant, et à gauche un enfant semble aplatir d'une main le pôle arctique du globe terrestre, tandis que de l'autre il montre l'inscription latine gravée sur la colonne, et qui offre encore les lacunes que signale la description de Lenoir, et que nous venons de mentionner. Au pied de la colonne, on voit divers instruments de mathématique, qui rappellent les études favorites de Maupertuis, et deux volumes sur lesquels on lit : Figure de la terre et Cosmologie»

1 Voyez la Description historique et chronologique des monument de sculpture réunis au Musée des monumens français, par Alexandre Lenoir, fondateur et administrateur de ce musée, 6« édit. Paris, l'auteur, an X. in-8°. — Lenoir décrit à la page 302 le mausolée de Maupertuis tel qu'il était alors, et transcrit Tépitaphe à la suite de sa description avec les lacunes produites par les mutilations.

Nous aurions voulu donner des détails plus précis relativement à la restauration du mausolée de Maupertuis à Saint- Roch; mais nos recherches sur ce point ont été infructueuses. Il en a été de même de celles que nous avons faites pour savoir ce qu'étaient devenus les restes de Maupertuis réclamés par sa famille et qui ne sont plus à Dornach.

La pierre funèbre, conservée par ordre du sénat de Soleure, porte le millésime de MDCCCXXVI, nous l'avons déjà dit; on peut conjecturer que c'est en 1 826 qu'a eu lieu l'exhumation, et que les cendres de Maupertuis reposent aujourd'hui à Saint-Roch : on le croit à Saint-Malo. — Mais, nous le répétons, nous ne savons rien de positif.

Formey, dans son éloge de Maupertuis, raconte qu'il concourut avec zèle à la construction d'une église catholique à Berlin, et qu'il entra à cette occasion en correspondance avec Benoît XIY. On a vu que deux lignes de l'épitaphe reproduisent ces faits; il est à remarquer que ces deux lignes n'ont point subi de mutilation.

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