‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Affection de Mgr de Laval pour son Eglise. — L'administration de MM. de Bernières et Dudouyt, durant l'absence du prélat, — Etat de la Nouvelle-France. — La baie d'Hudson. — Découverte du Mississipi. — Plusieurs pertes sensibles pour l'Eglise de Québec. — Lettre de Mgr de Laval au cardinal Spada.

Les évêques sont les gardiens et les protecteurs de l'Eglise de Jésus-Christ. Leur nom l'indique, ils doivent avoir l’œil toujours ouvert sur le dépôt sacré de la foi et des mœurs, conserver fidèlement les droits et les privilèges de l'Eglise, et s'attacher de toute leur âme à cette divine épouse dont le soin leur a été confié.

Ce doux nom d’épouse, Dieu le donne souvent, en effet, dans les saintes Ecritures, à son Eglise. Tantôt il nous la montre chargée d’ornements et de Pierres précieuses, ou

1 — Voir, à la fin de ce vol., la liste des évêques de Québec jusqu’à nos jours.

bien, il la compare à un jardin délicieux rempli de fleurs et de fruits de toutes sortes; tantôt il nous la représente tres-

saillant à la voix de son céleste époux: il nous assure que :

leur alliance est éternelle 1.

Les évêques, qui tiennent la place de Notre-Seigneur, doivent avoir pour l'Eglise la même tendresse et la même sollicitude que lui. Aussi reçoivent-ils, lors de leur consécration,-un anneau, emblême mystique de l’union qui les attache indissolublement à la sainte Eglise de Dieu, et spécialement à l'Eglise particulière qui leur est confiée 2.

Mgr de Laval revit avec une grande joie et une pieuse tendresse sa chère Eglise du Canada, dont il avait été séparé depuis quatre ans. Comme simple vicaire apostolique, il y avait déployé un zèle admirable. Maintenant que des liens plus étroits l’attachaient à l'Eglise de Québec, son âme d’apôtre dut éprouver avec un redoublement d'énergie ces saints tressaillements, que tout jeune—il l'avait un jou déclaré —il ressentait déjà pour les missions lointaines de l'Amérique, et il renouvela sans doute du fond de son cœur le souhait qu’il avait exprimé jadis avec tant d’ardeur : ‘ Fasse le Ciel que je me fasse tout à tous, et que je gagne toutes ces âmes à Jésus-Christ! ”

Elle méritait bien, du reste, l’affection de Mgr de Laval, cette Eglise du Canæa, dont la bonne renommée avait traversé les mers et s’était répandue jusqu’en Europe.

1 — Isaïe, LXI, 10; Apoc., XXI, 2 ; Cant., V, 1; Osée, II, 19. 2 — Pontificule romanum, De consecratione electi in episcopum.

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Durant son séjour en France, le premier évêque de Québec

, avait pu entendre ces paroles tombées d’une des chaires de

la capitale: ‘ Ce digne prélat, qui mériterait ici un éloge, s’il n’était pas encore vivant, disait de Mgr de Laval.un orateur chrétien, a la joie de voir le clergé séculier et régulier de son diocèse si saintement uni, et le peuple si bien réglé, que l’on peut dire que c’est le parfait modèle de la primitive Eglise; et j'ai vu des gens qui, ne me paraissant pas capables de flatterie, disaient hautement qu’ils voulaient retourner mourir à Québec, parce que l’on y vit vraiment e1. .. étien 1...”

En l’absence de Mgr de Laval, les affaires ecclésiastiques avaient été sagement conduites par MM. Dudouyt et de Bernières. Pénétrés de l’esprit du pieux pontife, ils se gardèrent bien de rien innover, et se contentèrent de marcher fidèlement sur ses traces.

Leur administration se recommande surtout par le fait qu’il n’y eut rien d’extraordinaire. La seule chose un peu digne de remarque, cousignée à cette époque dans les archives du diocèse, c’est la première dispense de parenté qui paraît avoir été accordée en ce pays. Elle le fut par M. Dudouyt le 11 juin 1673 2.

1 — Discours funèbre pour Mme la duchesse D’ Aiguillon, prononcé à

Paris dans la chapelle sa séminaire des Missions étrangères, par M.

de Brisacier, prieur commendataire de Saint-Pierre de Neuvilliers,

conseiller, et prédicateur ordinaire de la Reine, le 13 mai 1675,

Paris, Charles Angot, rue Saint-Jacques au Lion d'Or, 1675.

FE — Disp. du 4e degré de consang., à Louis Maheu et Geneviève isset.

Quelques jours plus tard, M. Dudouyt permettait aussi

à un Français, Nicolas Pelletier, d’épouser ‘‘en face de

l'Eglise ” une sauvagesse montagnaise, ‘à condition, disait:

il, qu’il résidera avec sa femme, non dans les bois parmi les

sauvages, mais en son habitation avec les Français, et que

leurs enfants seront élevés dans les mœurs et la langue

| françaises.” Le mariage eut lieu, sans publication, dans

la poisse de Sillery !.

| Nous verrons plus loin avec quel zèle, quel courage et

| quelle dignité M. de Bernières eut occasion de soutenir les

| droits et les priviièges de l’Eglise contre les prétentions

| injustes du Conseil souverain. Nous verrons aussi alcrs

[| Mgr de Laval reprendre à ce même Conseil la place que -

venait de lui assurer l’édit de 1675. Il y paraîtra avec un |

nouveau prestige, celui d’évêque de Québec. On ne pourra

plus contester la valeur de ses actes comme cheï de l'Eglise

du Canada, et il continuera à défendre noblement les droits

de la religion et de la morale, surtout dans la question de

la traite de l’eau-de-vie. K Un personnage important était apparu sur la scène de la |

Nouvelle-France, quelques mois après le départ de l’évêque

pour l’Europe En face de M. de Frontenac, dont les ; /

talents et les brillantes qualités jeitent tant d’éclat sur f «

l'administration civile de la colonie, Mgr de Laval gardera L

toujours une attitude calme et digne ; et lorsque le gouver-

neur voudra étendre son autorité au delà des boxnes, le

prélat saura faire respecter les droits de l'Eglise.

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