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le savez, est une grande machine pour remuer tout le
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Cette machine faisa: donc sentir son influence jusqu’en France, puisque Colbert venait de la rencontrer sur son chemin, et qu’il s'était vu refuser l’absolution par son confesseur sur la question de la traite de l’eau-de-vie.
Il n’y à rien d'étonnant dans ce fait. La morale chré-
tienne est la même partout ; et l'Eglise catholique, au tribunal de la pénitence, ne fait pas acception des personnes. Colbert était traité à Paris de la même manière que Frontenac au Canada, parce que, comme lui, il favorisait le commerce désordonné des boissons avec les sauvages.
Il voulut donc revoir M. Dudouyt ; et, après avoir pris quinze jours pour réfléchir, et faire étudier de nouveau par ses avocats l’opinion des Docteurs de la Sorbonne, il le fit mander par M. de Bellinzani, qui le conduisit à Sceaux, où devait avoir lieu l’entrevue.
‘Il me donna audience mardi le11 mai, écrit M. Dudouyt. Ce fut après que tout le monde fut expédié, et parti pour retourner à Paris. Il me fit appeler en la salle proche de son cabinet, et fit sortir ses domestiques, Je restai seul avec lui près de trois quarts d'heure, où il me parla et m'entendit avec patience, et même assez doucement, excepté quelque chose au fait du cas réservé.” ;
Ce cas réservé était, en effet, une menace terrible contre ceux qui favorisaient la traite de l’eau-de-vie avec les sauvages, et un obstacle sérieux aux confesseurs complai-
1 — Relations inédites de la Nouvelle-France, t. IE, p. 361.
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sants, qui, comme on soupçonnait les récollets d'en avoir le désir, auraient voulu se montrer indulgents envers Frontenac et ses adeptes.
—“ Je connais votre zèle, dit Colbert à M. Dudouyt : vous voudriez détruire les vices jusque dans la racine, et vous faites ce que de bons missionnaires doivent faire. Mais ne faut-il pas tolérer bien des choses, comme on fait partout ailleurs ? Vous voulez porter les choses à une trop grande perfection. ”
— ‘Si les sauvages, répondit M. Dudouyt, n'avaient pas plus de penchant à l'ivrognerie que la plupart des peuples de l’Europe, il ne faudrait pas songer à tenir au Canada une conduite différente de ce qui se pratique ailleurs. Toute la difficulté consiste donc à bien comprendre la différence qu’il y a entre nos sauvages et les peuples de l’Europe, par rapport à l’usage des boissons. ”
Puis il se mit en frais de lui prouver que les sauvages ont beaucoup plus d’inclination à l’ivrognerie que les peuples de l’Europe, qu’ils sont plus faibles pour résister à la tentation, que chez eux le penchant à l’ivrognerie est
général, et que les désordres qu’ils commettent dans leur ivresse sont innombrables !.
— “ Monseigneur, lui dit-il, s’il y a dans une bourgade de la boisson à la discrétion des sauvages, ils s’enivrent
1— Les Anglais honnêtes partageaient l'opinion des missionnaires sur les dangers de la tfaite de l’eau-de-vie, ‘* Le colonel Dongan, gouverneur de New-York, a défendu de donner à boire de l’eau-de-vie aux sauvages, à Orange (Albany), à peine du fouet et de 1,000 francs d'amende, ” (Lettre de M, de Denonville au ministre, 1688, )
ordinairement tous, vieux, jeunes, grands, petits, femmes et enfants, de sorte qu’à peine en reste-t-il quelqu'un qui ne s’enivre. S'il y a de la boisson pour deux jours, l’ivrognerie durera deux jours; s’il y en a pour une semaine, elle durera une semaine ; s’il y en a pour un mois, elle durera un mois.
‘“ Nous ne voyons pas en Europe que toute une ville s’enivre, ni que cela dure des semaines et des mois. Les peuples d'Europe, étant civilisés, ne commettent pas non plus de si nombreux ni de si grands désordres, dans leur ivresse, que les sauvages ; ceux-ci, au contraire, font alors tout ce dont les barbares sont capables. Ce que nous avons exposé aux Docteurs de la Sorbonne n’est que la stricte vérité.”
Le nom de la Sorbonne fit tressaillir Colbert: ‘ Vous exagérez les choses, dit-il; j'ai pris information de personnes qui connaissent bien le Canada : elles netiennent pas le même langage que vous.”
— “Tous ceux qui ne sont pas intéressés vous rendront 19 même témoignage que moi.”
— "Et qu'est-ce que vous entendez par personnes intéressées ? ?
— “ J'entends, Monseigneur, des personnes qui veulent avoir du castor, des sauvages, par le moyen de la boisson, sans se mettre en peine des désordres dont ils sont la cause, et sans s'occuper de leur propre salut ni de celui
des sauvages.” —“ M, Talon ne pense pas comme vous, répliqua
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Colbert ; et cependant ce n’est pas un homme intéressé dans l'affaire.”
— ‘M. Talon est la cause de tout le trouble et de toute la peine où nous nous trouvons présentement, C’est lui qui, un jour, à la veille de quitter le Canada pour la France, fit lever par le Conseil souverain toutes lez défenses qui, depuis trente ans, opposaient un frein salutaire à la vente désordonnée des boissons aux sauvages du Canada. Depuis ce temps, les désordres causés par la boisson n’ont point eu de bornes.”
M. Dudouyt indiquait bien ici la véritable source du mal. Frontenac n'aurait pas réussi à préjuger si fortement la Cour en faveur de la traite de l’eau-de-vie, sans la coopération habile et puissante de Talon.
Celui-ci, avant de quitter le Canada, en 16681, avait obtenu du Conseil un arrêt, en date du 10 octobre, permettant sans restriction la vente des boissons aux sauvages, et condamnant seulement à certaines pénalités ceux qui s’enivreraient. Tous les membres du Conseil, à l'exception de Mgr de Laval et de M. de Tilly, avaient signé cet arrêt,
et n’avaient pas craint de se déjuger ainsi d’une manière honteuse, en annulant leurs défenses si formelles du 5 janvier 1667 et du 29 février 1668. La porte était désormais toute grande ouverte aux désordres des boissons, et ces désordres allaient inonder la Nouvelle-France.
Talon s’occupait peu de l’état moral de la colonie, pourvu
1 — Il fut remplacé pendant deux ans par M. Bouteroüe,
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qu’il la vît prospérer sous le rapport du commerce, de l’industrie et des richesses.
Pour mieux assurer l'exécution de ses desseins, il s'était fait donner, quelques jours auparavant, une lettre qui le constituait l'interprète des désirs et des volontés du Conseil, auprès de la Cour, et lui donnait, pour ainsi dire, carte blanche en France.
‘‘ Puisque M. Talon a pris la résolution de passer en France, estimant sa santé assez forte pour supporter les fatigues du voyage, disaient les membres du Conseil à Colbert, nous n’ajouterons rien à la lettre que nous avons eu l’honneur de vous écrire. Comme il est parfaitement éclairé sur toutes les choses qui concernent le bien de ce pays, il pourra vous en donner de véritables lumières. Nous nous en remettons entièrement à lui...”
Dans l’autre lettre, à laquelle il est fait ici allusion, on demandait entr’autres choses à Colbert de travailler à diminuer l'importation des boissons au Canada, afin d’encourager les brasseries établies par Talon.
Afin de dissimuler ce qu’aurait pu avoir de compromettant l’absence de la signature de Mgr de Laval, on s'était contenté de signer ces lettres: ‘ Le Conseil souverain de la Nouvelle-France.”
Muni de ces documents, Talon se mit à travailler au succès de l’idée qu’il avait toujours caressée, mettre les gauvages sur le même pied que les Français, et ne pas traiter les uns différemment des autres dans le commerce des boissons.
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Jouissant d’un grand crédit auprès de Colbert, il ne réussit que trop, par ses insinuations, à lui représenter Mgr de Laval, les jésuites et les ecclésiastiques du Canada, comme des hommes ambitieux, avides de pouvoir, et dangereux pour l’autorité civile.
Au Canada, cependant, les désordres des boissons devinrent si grands, par suite de l’arrêt du 10 octobre 1668, que le Conseil se fit obligé, quelques mois après, de défendre, sous les peines les plus sévères, de porter des boissons aux sauvages, dans les bois, tout en permettant de leur en vendre, autant que l’on voudrait, dans les habitations françaises 1.
Cet arrêt du 26 juin 1669 fut tout ce que l’on put gagner pour la protection de la morale publique et des pauvres sauvages. Jamais dans la suite on ne peut obtenir davantage ; et encore, pour maintenir cette défense, fallut-il lutter de la manière la plus énergique.
Colbert, Talon et Frontenac voulaient la liberté absolue de la traite des boissons, suivant l’arrêt du 10 octobre 1668. M. Dudouyt voyant qu’il ne fallait plus songer à revenir aux anciennes défenses, concentra tous ses efforts pour le maintien de l'arrêt du 26 juin 1669.
— “Il faut nécessairement, dit-il à Colbert, garder la modération dans la traite des boissons aux sauvages. Si elle se fait uniquement dans les habitations, tout se passera à la vue et à la connaissance du public; et ainsi il sera facile de connaître les désordres et d’y apporter remède.
1 — J'ugements du Conseil Souverain, t. I, p. 351-558,
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‘ À Tadoussac, depuis vingt ans, les fermiers du roi voient à ce qu’il ne “oit jamais donné de boisson à un sauvage en quantité sufisante pour l’enivrer. On lui donne, par exemple, une pinte de vin; et, s’il en veut davantage, on le remet à un autre temps; etainsi on garde la modération nécessaire. Qu'il plaise à Votre Excellence d’ordonner qu’il en soit ainsi partout, et qu’Elle commande au Conseil souverain d'y tenir la main. ”
— ‘* Mais pourquoi, dit Colbert, faire un cas réservé pour ceux qui enivrent les sauvages ? En use-t-on de même en France et ailleurs ? ”
— ‘C’est parce que nos sauvages sont, par rapport aux boissons, dans une disposition différente de celle des peuples de l’Europe. C’est une chose bien sensible pour un évêque de voir périr son Eglise entre ses mains, par un semblable désordre, et de ne pas employer tous les remèdes pour l’empêcher. ”
— ‘ Le Christianisme a-t-il péri, depuis douze ans que le roi a pris le soin du Canada ? ”
— ‘On a toujours tâché, par les ordonnances, les peines et les amendes, d'empêcher les excès ; et, dans les lieux où l’on a abandonné la boisson aux sauvages, le Christianisme en a souffert : témoin, l’Acadie, où l’on a dû fermer deux ou trois églises. Ce que nous avons exposé aux Docteurs de la Sorbonne, est l’exacte vérité. ”
— ‘* Vous exagérez les choses. Il ne ut pas faire un cas réservé de ce . Si M. l’évêque excommunie, on en appellera comme w’abus. ”
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Colbert continua quelque temps sur ce ton. M. Dudouyt ne put réussir à le convaincre qu’il fallait apporter quelque restriction dans la traite de l’eau-de-vie avec les sauvages.
‘ Cependant, écrit-il à Mgr de Laval, si l’on peut, par l'information qui sera faite 1, lui faire connaître la vérité, je ne crois pas qu’il permette cette vente de boissons sans restriction; car on remarque par sa conduite que lorsqu'on lui fait connaître la vérité, et la justice, il la rend. ”
Magnifique témoignage, qui fait le plus grand honneur .
à Colbert!
Puis M. Dudouyt ajoute: ‘‘ Je crois qu’il serait à propos que vous fissiez une remontrance au roi, qui ferait voir nettement et sans exagération l’état de la chose, conformément à l’exposé en la Résolution de Sorbonne, qui coterait en particulier les désordres qui sont arrivés dans tout le passé, qui ferait mention de tous les arrêts, ordonnances, amendes, châtiments, et autres moyens dont la justice et ceux qui ont eu autorité se sont servis pour réprimer les désordres, que la trop grande quantité de boissons donnée aux sauvages à causés.
‘Il faut citer les faits et les circonstances en particulier, continue M. Dudouyt avec son grand sens pratique; car
1— Colbert avait reproché à M. Duchesneau de ne s'être pas informé bien exactement ‘‘ du nombre de meurtres, d’assassinats, d’incendies et d’excès causés par l’eau-de-vie. … ” Il ajoutaitque ‘si ces faits eussent été bien constants, Sa Majesté aurait fait une très sévère et très vigoureuse défense à tous ses sujets de faire ce trafic. ” (Ferland, t. II, p. 105.)
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les termes généraux ne prouvent rien. Il ne faut pas omettre que l’on a été contraint d'abandonner les églises de l’Acadie, à cause des excès de boissons et autres semblables, Il fat prendre les témoignages de personnes dignes de foi sur les faits qu’on avancera, marquer qu’on peut traiter des boissons avec motération, comme on fait à Tadoussac et ailleurs, envoyer copie des arrêts et ordonnances les plus considérables, citer les requêtes des sauvages ; en un mot, ne rien omettre de ce qui peut efficacement faire connaître la vérité, et ne pas dire choso contraire à l’information juridique de M. Duchesneau. ”
M. Dudouytindiquait ensuite à Mgr de Laval la manière dont il devait commencer son mémoire :
‘Il faut commencer, dit-il, en faisant voir que la première et la principale intention du roi, dans l’établissement de cette colonie, a été de procurer à ces pauvres peuples infidèles la connaissance du vrai Dieu et les moyens de leur salut, de les instruire et de les maintenir dans l'exercice du christianisme. Rien de plus glorieux à Sa Majesté, ni de plus capable d'attirer sur sa personne sacrée et sur son royaume les bénédictions du Ciel.
‘ Vous pourrez, ajoute-t-il, envoyer ce mémoire par les premier vaisseaux, afin que, s’il y a encore quelque chose à faire, l’on prie quelqu'un des Pères du collège de Ciermont d’y travailler ; et si l’on voit que le roi l’agrée, on le pourra faire imprimer, pour justifier au public la conduite de l'Eglise, ôter les fausses impressions que la calomnie produit tous les jours, et faire voir qu’il n’est pas vrai qu’il
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n’y ait point de chrétiens parmi les sauvages, comme on le publie en France, et même au Canada 1,”
Dans son désir de conciliation, M. Dudouyt allait jusqu’à conseiller à Mgr de Laval de ne pas insister, pour le moment, sur les nouvelles peines spirituelles qu’il voulait porter contre les désordres .les boissons :
‘‘ Je pense, dit-il, qu’il serait bon d'éviter encore cette année, autant que l’on pourra, d’en venir à l’excommuni-
cation au sujet des traiteurs, jusqu’à ce que l'information soit faite, et la chose réglée, pour ne pasirriter M. Colbert. Car ce point est un de ceux où il m’a paru le plus arrêté, et à presser qu’on levât le cas réservé 2.”
Les recommandations de M. Dudouyt furent observées à la lettre. Mgr de Laval fit préparer avec soin un mémoire sur la traite de l’eau-de-vie, indiquant avec précision tous les délits dont elle avait été la cause dans une période déterminée, les arrêts prononcés contre la vente des boissons, les peines qu’on avait dû porter contre les délinquants, en un mot, tout ce qui pouvait éclairer la Cour sur cette grave question.
L’intendant Duchesneau en fit autant, de son côté. Rien ne fut négligé pour bien établir la statistique criminelle au sujet de la traite de l’eau-de-vie avec les sauvages.
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4 Sur les entrefaites, le roi, qui ne demandait pas mieux
1 — Frontenac avait écrit au sujet des jésuites : ‘‘ La plupart de leurs missions sont de pures moqueries. ” (Relations inédites de la Nou- velle-France, t. IT, p. 359.) 2 — port sur les archives du Canada, Ottawa, 1885, p. XCVII, Lettre de À. Dudouyt à Mgr de Laval, 1677.
que d’être mis bien au fait dela question, avant de prendre une décision finale, ordonna à Frontenac, au printemps de 1678, de faire, conjointement avec le Conseil, une assemblée de vingt des principaux et plus anciens habitants de la Nouvelle-France, pour prendre leur avis au sujet de la traite de l’eau-de-vié avec les sauvages, et sur les conditions dans lesquelles cette traite pouvait être permise, Sa Majesté enjcignait en même temps au Conseil de lui envoyer ‘‘ un extrait de toutes les informations qui avaient été faites depuis six ans sur les crimes et meurtres, violements et incestes qui avaient été commis à l’occasion des boissons, et de tenir la main à ce que ces crimes fussent sévèrement punis.’?
Le Conseil tint séance le 10 octobre 1678, désigna ceux qui devaient faire partie de l'assemblée, et leur ordonna de se réunir au bout de quinze jours !.
Les personnes ainsi convoquées étaient MM. D’Ailleboût, Dugué, Le Ber, Berthelot, De Repentigny, Boucher, Saurel, Berthier, Saint-Ours, Verchères, Crevier, Lu Touche, Saint-Pierre, Duplessis, Saint-Romain, De Bécancour, Charron, Uvallon, Des Coulombiers et Jolliet.
Trois de ces messieurs refusèrent de prendre part à l’assemblée : MM. D’Ailleboût, Boucher et Saint-Pierre. Le Conseil les remplaça par MM. Bourdon de Dombourg, Laprade, et de La Salle, gouverneur du Fort Frontenac. Ce dernier avait, cette même année, adressé à Colbert un
1 — Jugements du Conseil Souverain, t, II, p. 247.
long mémoire, dans lequel il accusait les jésuites d'exercer en grand le commerce des pelleteries avec les sauvages.
On 8e réunit le 26 octobre, dans l'après-midi, Chacun donna son avis, puis l’on dressa un procès-verbal. Les conclusions étaient extrêmement favorables au libre com-
merce des boissons avec les sauvages.
‘ Ceux qui furent appelés à cette assemblée, dit Ferland, étaient engagés dans le commerce avec les nations sauvages ; aussi la plupart se déclarèrent en faveur de la liberté du trafic de l’eau-de-vie. ”
Il y eut cependant des exceptions. M. Bourdon de Dombourg, entr’autres, le digne fils de l’ancien procureur général Bourdon, fit un magnifique plaidoyer en faveur de la prohibition du commerce des boissons avec les sauvages 1.
Le 7 novembre, le Conseil chargea MM. Dupont et de Peyras, qui passaient en France, de transmettre au ministre le résultat de l’assemblée, en même temps que toutes les informations prises par M. Duc hesneau au sujet de la traite de l’eau-de-vie, et des désordres qu’elle avait causés 2.
Ces deux conseillers étaient peu favorables à l’évêque, et disposés à plaider fortement à la Cour en faveur de la liberté absolue du commerce des boissons. Ils allaient appuyer en France les idées de Colbert, Talon et Frontenac. La situation était des plus critiques pour l’avenir de l'Eglise du Canada.
1 — Ferland, t. II, p. 106.
k 2 — Jugements du Conseil Souverain, t. IT, p. 262.
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Mgr de Laval comprit qu’il devait partir lui-même sans délai pour la France, afin de se défendre contre 8e3 accusateurs, prêter main-forte à M. Dudouyt, et appuyer par sa parole et nar son autorité le mémoire qu’il avait fait préparer sur la traite des bc'ssons.
Bien des considérations, pourtant, auraient pu le retenir au Canada: les travaux de construction de son séminaire, l'administration de son diocèse, les fatigues de sa visite pastorale qu’il venait à peine de terminer, et surtout les graves indispositions qu’il éprouvait fréquemment !, Mais le salut de ses pauvres sauvages était en péril, la politique funeste de Frontenac et de Talon menaçait de triompher à la Cour, et, en autorisant le commerce illimité des boissons, on allait rendre inutiles les travaux des missionnaires pour la civilisation des peuplades barbares de l'Amérique du Nord.
Il résolut donc d’aller lui-même plaider auprès de Sa Majesté la cause des sauvages, afin de sauver de l’abîme, s’il était possible, ces âmes si précieuses rachetées au prix du sang de Jésus-Christ.
‘ Aujourd’hui, dit Berland, que les passions de l’époque se sont tues depuis longtemps, il est impossible dé ne pas admirer l'énergie que déployait le noble évêque, implorant la pitié du monarque pour les pauvres sauvages de la Nouvelle-France, avec tout le courage que montrait Las Casas,
1 — Un mois avant de partir, il avait été empêché par la maladie de se rendre au Vieux château pour la conférence où l’on devait s'occuper de la subsistance des curés. Le gouverneur et l’intendant durent se rendre au séminaire ; et c’est là qu’eut lieu la conférence du 7 octobre,
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Le Sa îme,
lorsqu'il plaidait la cause des sauvages de l'Amérique espagnole. Dédaignant les hypocrites clameurs de ces hommes qui prostituaient le nom de commerce pour couvrir leurs spéculations et leurs rapines, il s’exposa au mépris et aux persécutions pour sauver les restes de ces vieilles nations américaines, pour garantir son troupeau de la contagion morale qui menaçait de s’appesantir sur lui, et pour ramener dans la bonne voie les jeunes gens qui allaient se perdre au milieu des tribus sauvages 1,”
1— Cours d'histoire du Canada, t, II, p. 111.