‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 39 sur 95 · RES · texte numérisé non relu

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de Rome ne voulait pas les forcer à renoncer à leurs droits.

Voyant qu’il ne pouvait compter, pour le moment, sur ces menses conventuelles pour fonder son chapitre, Mgr de Laval ne se décida à l’ériger définitivement qu’àprès de grandes hésitations.

‘# J'ai hésité longtemps, avant d’ériger mon chapitre, écrivait-il à M. Dudouyt au commencement de novembre 1683, parce que je n'avais pas d’autres bénéfices à leur attribuer que les menses monacales de Maubec et d’Estrées, qui ne sont pas encore supprimées à Rome. Je ne voulais rien faire qui pût être cassé par mon successeur. ”

Il songeait, en effet, depuis longtemps à donner sa démission comme évêque de québec. Dans l’automne de 1684, à la veille de partir pour la France, il résolut de passer par dessus tous les obstacles pour régler cette question du chapitre.

Le séminaire de Québec, voulant contribuer à la fondation des chanoïnes, lui avait remis, deux ans auparavant, les trois cinquièmes de la seigneurie de la Petite-Nation. Muni de cette fondation, plein de confiance, d’ailleurs, que la question des abbayes finirait par être décidée à Rome

en sa faveur, le prélat fit émaner ses lettres patentes pour l’érection du chapitre de Québec, le 6 novembre 1684, huit jours avant son départ pour la France.

Ce document est fort beau, et, comme tous les écrits latins de Mgr de Laval,remarquable par une grande pureté de style.

Le prélat rappelle d’abord l’origine des chapitres dans l'Eglise : ils remplissent, sous la loi de grâce, le rôle de ces hommes d'élite dont il est parlé dans l’ancien testament, que Moyse, sous l'inspiration de Dieu, s'était associés, les uns pour se tenir toujours en présence du Seigneur, dans le temple, servir aux cérémonies du culte, et présenter l’encens, les autres pour l'aider de leurs conseils et de leurs travaux dans le gouvernement du peuple de Dieu.

Mgr de Laval fait ensuite un exposé rapide de l’état présent du diocèse, et des circonstances qui amenèrent son érection par le souverain pontife, à la demande du roi de France. Il constate que ce prince lui a donné les abbayes de Maubec et d’Estrées, la première dans le diocèse de Bourges, la seconde dans le diocèse d'Evreux, pour le soutien de son évêché et de son chapitre.

I1 règle ensuite qu’il y aura, pour le présent, cinq dignités seulement, savoir, le doyen, le chantre, l’archidiacre, le théologal et le pénitencier, huit chanoines, et quatre chapelains ou vicaires pour remplir les offices de maîtres de cérémonies, de secrétaires, de chantres, et les autres fonctions inférieures, puis six enfants de chœur pour servir à l’église.

Quant au revenu du chapitre, il se composera, d’abord, des menses monacales des abbayes de Maubec et d’Estrées, après que l’union en aura été faite en Cour de Rome, les menses abbatiales devant rester à l’évêque ; puis, de la partie de la seigneurie de la Petite-Nation que le séminaire lui a généreusement abandonnée.

Ce sera à l’évêque à donner au chapitre les statuts et règlements qu’il devra observer.

Mgr de Laval nomme les titulaires des canonicats, suivant le pouvoir que lui en donne la bulle. M. Henri de Bernières est nommé doyen du chapitre, M. Jean Dudouyt, chantre, M. Louis Ango de Maiïzerets, archidiacre, M. Charles Glandelet, théologal, et M. Jean Gauthier de Brûlon, pénitencier.

Les huit autres chanoines étaient MM. Thomas Morel, Pierre de Caumont, Benoît Duplein, Charles-Amador Martin, Louis Soumande, Jean Pinguet, Jean Guyon, et Jean- François Buisson. MM. Paul Vachon, Nicolas Du Bos, François Grouart et Philippe Boucher étaient nommés chapelains ou vicaires.

Advenant une vacance par la mort, ou autrement, ce sera à l’évêque à nommer le successeur.

‘* Nous n'avons nullement intention, ajoute Mgr de Laval, de limiter le nombre des chanoïnes, ni le reveru du chapitre. Cerevenu pourra augmenter, soit par la munificence du roi Très Chrétien, soit par les largesses et les fondations des fidèles.

‘ Pour nous, dont les ressources personnelles sont si limitées, et qui avons d’ailleurs tant de frais à supporter pour le bien commun de nos ouailles, c’est tout ce que nous avons pu faire en faveur de notre chapitre, auquel nous portons une affection si grande, et à qui nous aurions désiré faire bien davantage.”

L'installation du chapitre eut lieu le dimanche 12 noyem-

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bre, immédiatement avant les vêpres, et fut présidée par l’évêque.

Tous les chanoines prirent possession de leurs stalles. Ceux qui étaient absents — plusieurs étaient employés dans le ministère paroissial, et M. Dudouyt était à Paris — furent représentés en cette circonstance par M. Francheville, promoteur de l’officialité!, Tous cependant devaient se présenter personnellement dans le cours de l’année, à l'exception de M. Dudouyt, que les affaires du diocèse retenaient à Paris.

‘ Cette pompeuse et nouvelle cérémonie de l'installation des chanoiïnes, dit un mémoire du temps, se fit en présence du général, du corps des officiers de la garnison, de l’intendant, des conseillers et autres magistrats. Elle dura une demi-journée, et fut terminée par un Te Deum solennellement chanté au son des cloches et des instruments de musique, au bruit de l'artillerie de la ville, les troupes et les milices étant sous les armes. Le plus grand nombre des citoyens y étaient accourus, y ayant été invités, et n’y ayant fait aucune opposition; mais au contraire ils s’en retournèrent, témoignant leur joie et leur contentement 2.”

La première assemblée générale du chapitre eut lieu le même jour, à la suite des vêpres, sous la présidence de

l’évêque. Celui-ci voulut bien soumettre à l'approbation des chanoines les statuts qu’il avait préparés. On avait

1— M. Francheville avait été nommé promoteur de l’officialité le 21 nov. 1676, au départ de M. Dudouyt pour la France. 2 — Archives de l’archevêché de Québec.

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consulté pour la rédaction de ces règlements un des plus habiles jurisconsultes de Paris, M. Chéron.

Ils furent signés, séance tenante, par Mgr de Laval et tous les chanoïines présents: MM. de Bernières, de Maizerets, Morel, Glandelet, Martin, Buisson et Du Bos.

Le lendemain, Mgr de Laval, sur le point de partir pour la France, donna aux chanoïnes la permission de faire, dans leurs assemblées capitulaires, pendant son absence, toutes les additions à leurs statuts, qu’ils croiraient nécessaires pour le bon règlement de la cathédrale et du cha-

pitre.

La bulle d’érection de l'évêché de Québec avait supprimé la paroisse. L'église paroissiale était devenue la cathédrale

de l’évêque, et celui-ci devait pourvoir au soin des âmes, soit en continuant dans ses fonctions le curé d’alors, soit par le chapitre qu’il devait é iger, soit de toute autre manière qu’il jugerait le plus convenable: Sive prout ülli meliès videbitur.

Or, dans le plan de Mgr de Laval, toutes les cures se rattachaient à son séminaire : à plus forte raison la paroisse de Québec devait-elle lui être unie. Cette union, il l'avait faite à plusieurs reprises, et il n’avait cessé d’en demander au saint-siège la confirmation: il pouvait espérer qu’elle lui serait accordée un jour. Il ne croyait pas, d’ailleurs, devoir faire moins pour son séminaire de Québec, qu’il n'avait fait pour Saint-Sulpice, auquel il avait uni les paroisses de l’île de Montréal.

Mais, de leur côté, les chanoïnes, d’après l’interprétation

qu'ils donnaient probablement à la bulle, pouvaient prétendre au droit d’être chargés de desservir la paroisse de Québec, et même se regarder comme obligés de le faire. Pour ôter tout obstacle possible au plan de Mgr de Laval, ils résolurent de se démettre entièrement de cette charge, ce qu’ils firent le lendemain même de leur installat'on.

‘‘ Les chanoïnes, dit le procès-verbal de l'assemblée, ayant fait réflexion sur la charge qu’ils ont d’administrer la cure de Québec, conformément à ce qui a été porté dans les bulles de Clément X, et après avoir mûrement considéré l’incompatibilité du soin de la cure avec les assistances qu'ils sont obligés d’avoir aux offices et autres fonctions de la cathédrale, n'étant comme ils sont qu’un très petit nombre, ils ont très humblement supplié Monseigneur de faire en sorte auprès de Sa Sainteté, que cette charge et obligation d’administrer la cure de Québec leur fût entièrement ôtée, étant tout à fait déterminés et résolus, autant qu'il était en eux, de se démettre de la dite cure, ainsi qu’ils s’en sont démis aujourd’hui entre les mains de Monseigneur.”

Après cet acte du chapitre, Mgr de Laval se trouvait encore plus libre, d’après les termes mêmes de la bulle, de pourvoir à la desserte de la paroisse de Québec comme bon lui semblerait — sive prout illi meliùs videbitur — et par conséquent de la confier à son séminaire, suivant le plan général de son administration.

Mais cette paroisse avait été, par la bulle, supprimée

comme paroisse. Comme il était sur le point de passer en

Earope, pour aller offrir sa démission au roi, et qu’il ignorait combien de temps durerait ou son absence ou l’interrègne, il crut devoir ne pas laisser cette paroisse dans un état aussi insolite, et l’ériger de nouveau, quitte à faire ratifier ensuite cette érection par le saint-siège ; puis il lui assigna, comme il avait fait en 1670, la chapelle et l’autel de la sainte Famille, dans sa cathédrale. Il l’unit ensuite «définitivement au séminaire de Québec.

Par cet acte d'union, le séminaire avait droit de présentation, et le sujet qu’il désignait recevait l'institution canonique de l’évêque. M. de Bernières, doyen du chapitre, continua ainsi de desservir la paroisse de Québec, comme il faisait depuis vingt-quatre ans.

“Il y avait, dit Mgr Taschereau, quelque chose d’irrégulier dans l'acte d'union de la paroisse de Québec au séminaire. Le droit exige que les unions de bénéfices ne soient faites qu'après une enquête de commodo et incommodo,

regardée comme une partie essentielle de ces actes d’union. Or, dans le cas actuel, pareille enquête n’avait pas eu lieu. Îl est vrai que l’on essaiera de réparer ce défaut en 1697;

anais l’on en ressentit les inconvénients pendant près de cent ans !.?”

Peut-être le prélat pensa-t-il que les intéressés, à savoir, les paroissiens de Québec, n’ayant pas été consultés pour la suppression de leur paroisse, il n’était pas nécessaire qu’ils le fussent pour les remettre dans l’état où ils étaient auparavant.

1 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec.

D'ailleurs, il les avait réunis en assemblée, dans les premières années de son administratiun 1, pour les prier d'abandonner au séminaire les sommes qu’ils avaient souscrites pour la construction d’un presbytère, le séminaire s’engageant à les desservir et à loger le curé. Ils y avaient consenti, Depuis ce temps, ils avaient toujours été desservis par le séminaire, à la satisfaction générale.

Le prélat crut devoir continuer cet état de choses, quitte à faire confirmer ensuite l’union par qui de droit.

‘Mgr de Saint-Valier, dit Latour, confirma par une ordonnance l’union faite par son prédécesseur. Le roi la confirma encore par lettres patentes du mois de décembre 1697. Le séminaire a toujours exercé son droit de nomination depuis la mort de M. de Bernières, premier curé. Les curés ont toujours été regardés comme le second directeur ou premier assistant de la maison: ils en ont été plusieurs fois supérieurs, et le séminaire a continué de donner du secours à la paroisse. Elle est fort bien servie ?.

Cet état de choses dura jusqu’en 1768. Le séminaire abandonna alors définitivement la cure de Québec.

Mgr Briand, écrivant à cette époque à M. de Villars, exprimait ses regrets au sujet de cette démission de la cure de Québec par le séminaire :

‘Vos messieurs, disait-il, ont voulu se décharger de la cure; je les ai priés de n’en rien faire. Ils ont persisté, et j'ai accepté leur renonciation, mais sans vouloir m'en

1— Voir t. I, p. 392.

2 — Latour, p. 181.

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