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CHAPITRE VINGT ET UNIEME

Erection du chapitre de Québec. — Son installation, — La cure de

Québec, érigée de nouveau, et unie au séminaire, — Paroles de Mgr Briand. 1684.

Lorsque l'on visite les grandes villes de l’Europe, et que l’on pénètre dans ces immenses basiliques qui font l’orgueil de l'Espagne, de l'Italie et de la France, on reste frappé d’admiration à la vue de ces monuments de la foi des âges passés, des richesses accumulées dans ces sanctuaires, du travail capitalisé, pour ainsi dire, au profit de la gloire de Dieu.

Tous les arts se sont donné la main pour enrichir ces splendides cathédrales: l’architecture, la sculpture, la peinture. Les plus grands génies ont passé par là, et leurs chefs-d’œuvre proclament bien haut la magnificence de Celui qui les a inspirés.

Mais ce qui frappe surtout le voyageur chrétien, c’est Ia vie qui règne dans ces impérissables monuments de la piété des peuples. Là tout parle au cœur de l’homme, non seulement ces colonnes élancées vers le ciel, ces bas-reliefs et ces tableaux si animés, ces orgues aux sons puissants et harmonieux, mais surtout la grande voix de la prière qui

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s’y fait entendre à tous les instants du jour. Rien de plus suave, et qui porte plus vers le Créateur, que le chant de l'office célébré par les chanoines.

Les pieux fondateurs de ces églises n’ont pas voulu que leur œuvre restât muette. Ils ont laissé des legs considérables pour l’entretien de ces chanoines, dont la principale occupation est de remplir le grand devoir de la prière. Chaque église importante a sa collégiale; et c’est ainsi qu’au milieu des plus grandes villes, et dans les centres les plus affairés, il y a toujours quelques sanctuaires où se fait entendre constamment la voix de la prière et où Dieu est publiquement honoré.

v'est même un des usages catholiques que les protestants ont conservés. Qu'on aille, par exemple, à Londres, dans l'immense église de Saint-Paul, ou dans l’abbaye de Westminster, ce beau monument de la foi catholique d’un autre âge, on y verra deux fois par jour un nombreux clergé protestant se réunir pour y célébrer les offices religieux.

Il est conforme à l'esprit de l’Eglise que chaque cathédrale ait son chapitre. Les chanoïnes n’ont pas seulement pour mission de chanter l'office divin: ils forment le conseil naturel de l’évêque, et sa cour d'honneur. Ils l’entourent à l’église, et l’assistent dans ses fonctions épiscopales. Ils le remplacent, au besoin, pour une foule de détails d'administration ; et surtout, à sa mort, ils sont chargés de pourvoir au gouvernement du diocèse pendant l’interrègne. Les chapitres font partie de coute Eglise parfaitement organisée.

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Les bulles d’érection de l'évêché de Québec faisaient à Mgr de Laval une obligation stricte d’ériger un chapitre le plus tôt possible: Quamprimum auctoritate nostra erigat et instituat. Cela supposait évidemment le nouveau diocèse dans un état plus avancé qu’il n’était pour le nombre des prêtres et pour les ressources matérielles.

Le prélat était bien disposé à exécuter promptement les volontés du saint-siège ; car, indépendamment de sa grande vertu d’obéissance, il n’avait rien de plus à cœur que la splendeur du culte et des officesreligieux. C’est bien à lui qu’on pouvait appliquer la parole du psalmiste : ‘J'ai aimé, Seigneur, la beauté de votre maison 1. ”

‘Il y a à Québec, disaient les bulles, une aidé et magnifique église paroissiale, abondamment fournie de riches ornements sacrés et de tous les objets nécessaires au culte. Les offices divins s’y célèbrent régulièrement, avec toutes les cérémonies voulues, et suivant le rite de la sainte Eglise romaine. La messe et les vêpres s’y chantent solennellement, tous les dimanches, avec accompagnement de musique instrumentale, sous la direction de plusieurs prêtres, et avec le concours de douze enfants de chœur, et celui des élèves du petit séminaire, qui a été érigé canoniquement, avec tant de dévouement, par notre vénérable frère François, évêque de Pétrée... ”

Mais où trouver les moyens de fonder vu’. chapitre” Les bulles d’érection du diocèse n’y pourvoyaient « unement. Elles assuraient bien un certain revenu à l’évêque, er.

1— Ps. XX V, 8.

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unissant définitivement à son évêché la mense abbatiale de l’abbaye de Maubec. Mais il n’y était nullement question ni de l’abbaye d’Estrées, ni de la mense conventuelle ou monacale de l’abbaye de Maubec, ou plutôt celle-ci était spécialement réservée. Le roi les avait données à Mgr de Laval ; mais tant qu’elles n'étaient pas unies canoniquement à son évêché, le prélat ne pouvait compter sur elles pour faire une fondation à son chapitre.

D’après la bulle pontificale, les dignités et autres membres du chapitre ne devaient pas avoir moins de vingtquatre ducats d’or par année.

‘# J'ai beau réfléchir, écrivait l évêque au cardinal Spada en 1675, je ne vois qu’un moyen de fonder ici un chapitre : ce serait d’affecter au soutien des chanoines la mense monacale de mon abbaye de Maubee. Prenez donc cette affaire en main; et, pour la faire réussir, usez de votre influence auprès de Sa Sainteté.”

En attendant, les prêtres du séminaire vouiurent bien, avec un désintéressement admirable, remplir, sans traitement spécial, les fonctions de chanoines, réciter l'office à la cathédrale, et acquitter toutes les intentions des fondateurs des abbayes unies à l’évêché de Québec. Ils formaient ainsi une espèce de chapitre amovible et révocable, dont M. de Bernières était le doyen.

Mgr de Laval avait chargé M. Dudouyt et son ami, le curé de Saint-osse, de s'occuper de l’union canonique de ses abbayes; mais l'affaire, comme nous l'avons vu, traîna en longueur.

En 1681, rien n’était encore fait à Rome ; mais le prélat pouvait écrire au cardinal Spada : ‘ Pour me conformer aux volontés du saint-siège, j’ai établi un corps de chanoines, comme il est prescrit dans la bulle d’érection de cet évêché. J'y ai travaillé avec soin, et je l’ai formé de cinq dignités principales, de huit chanoines et de quatre vicaires. Je les ai pris dans mon séminaire : ils se sont formés là à la discipline et à l’esprit ecclésiastique. J’ai l'espoir qu’ils se montreront toujours ce qu’ils doivent être : l'exemple et l'honneur de cette Eglise naissante.”

Ainsi, dès cette époque, le chapitre avait une existence officielle et reconnue.

Le prélat ajoutait: ‘ Ce qui importe le plus, maintenant, pour le soutien et l’avenir de cette Eglise, c'est que l’on unisse canoniquement l’abbaye d’Estrées à l’évêché de Québec, comme on lui a déjà uni l’abbaye de Maubec, dont les revenus ne sont pas suffisants pour faire vivre l’évêque. Il faudrait, de plus, un : à l'évêché les menses monacales de ces deux abbayes, afin que leur revenu pût fournir à l'entretien de notre chapitrs, Je supplie Votre Eminence de travailler auprès de Sa Sainteté pour m’obtenir cette grâce qui me paraît si nécessaire à mon Eglise.”

Le principal obstacle à l’union demandée, c'était l’opposition des religieux intéressés dans les abbayes !. La Cour

1 — ‘* J'ai reçu de M. l’internonce un bref du pape, avec une lettre du cardinal Cibo, pour vous, en réponse aux lettres que nous avions écrites à Rome de votre part, au sujet de la réunion des abbayes. Les

Religieux s'opposent à cette réunion, ” (Lettre de M. Dudouyt à Mgr de Laval, mars 1682.)

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