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des infirmités précoces s’appesantirent de plus en plus sur cet intrépide serviteur de Dieu.
Une affection de cœur le réduisait quelquefois à ne pouvoir se lever de son lit; et il éprouvait, à la suite d’une étude un peu prolongée, des éblouissements qui le fatiguaient longtemps.
D'ailleurs, ‘son humilité, nous dit la sœur Juchereau, lui persuadait qu’un autre en sa place ferait plus de bien que lui, quoiqu'il en fît véritablement beaucoup, parce qu’il ne cherchait que la gloire de Dieu et le salut de son troupeau. ?
Et elle ajoute: ‘ Sa doctrine et ses éminentes vertus le faisaient regarder comme un très digne prélat; lui seul souhaitait d’être déchargé. Il partit pour la France en 1684, dans le dessein de faire sa démission 1.”
Fit-il part de sa résolution à ses prêtres et aux fidèles de son diocèse, avant de partir? Tout nous porte à le croire; mais on se flattait généralement qu’il reviendrait sur sa décision, et qu’il serait possible de lui faire accepter un coadjuteur ou un auxiliaire, au lieu d’un successeur.
Pour lui, sa détermination était pr'<e d’avance, et inébranlable. Il l’avait fait connaître à M. Dudouyt, qu’il avait chargé de voir secrètement à lui trouver un successeur. Il s'était adressé aussi au P. Le Vallois, jésuite de Paris, pour le prier de lui indiquer un homme vertueux et zélé, qui continuât au Canada le bien commencé.
1 — Histoire de l’Hôtel-Dieu de Quebec.
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Dans une lettre du 28 mars 1684, M. Dudouyt communiquait au prélat les vues du P. Le Vallois sur M. de Saint- Valier. Il lui donnait le pour et le contre sur cet abbé.
C'était un homme riche, de grande famille, l’un des aumôniers du roi. ‘ Pour éviter d’être évêque en France, lui disait-il, il consentirait plutôt à être évêque en Canada, et voudrait demeurer votre coadjuteur tant que vous
vivrez.
C'était la preuve d'une grande vertu et de beaucoup de désintéressement.
D'un autre côté, M. de Saint-Valier était épris d’un zèle trop ardent. Il avait peu d'expérience; il était jeune, austère, attaché à Mgr de Grenoble, et par conséquent suspect de la nouvelle doctrine ?.
‘# J'ai parlé de cette affaire à M. Tronson, disait M. Dudouyt à Mgr de Laval; il convient de tout cela, et pense néanmoins que M. de Saint-Valier ferait un bon évêque en France. ,
‘ Le P. Le Vallois, de son côté, admet les défauts de M. de Saint-Valier, mais espère qu’il va s'améliorer. Pesez le pour et le contre, et donnez-moi vous-même votre avis.”
M. Dudouyt n'était évidemment pas favorable à M. de Saint-Valier ; et quant au P. Le Vallois, confesseur de l’abbé, on aurait dit qu’il voulait s’en débarrasser 3% ‘IL dépeignit M. de Saint-Valier, dit la sœur Juchereau, comme un homme d’une grande piété, d’un rare exemple et d’un
1— Mgr F sienne Le Camus, nommé évêque de Grenoble en 1671. 11 mourut eu 1707.
2 — C'est ainsi qu’on appelait alors le jansénisme. 3 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec.
zèle ardent. En effet il s’était fort distingué à la Cour par sa modestie et sa régularité 1,”
Mgr de Laval crut avoir trouvé celui que la divine Providence lui destinait pour son successeur. Dans un temps où l'Eglise et l'Etat étaient si étroitement unis, en France, et dans une grande dépendance mutuelle, où, par conséquent, les évêques avaient besoin du bon vouloir et des secours du roi, on ne pouväit faire un choix plus propre à attirer sur l'Eglise du Canada les faveurs royales.
Cette raison parut, sans doute, péremptoire au pieux fondateur de cette Eglise, et il ne songea plus qu’à se démettre en sa faveur.
Peut-être aussi ne l’accepta-t-il que pour éviter un pisaller. M. Dudouyt, en effet, lui faisait entendre que les sulpiciens cherchaient à se reprendre, et à faire mettre quelqu'un des leurs sur le siège épiscopal de Québec 2: ce qui ne pouvait évidemment sourire à Mgr de Laval.
La Providence, qui dirige toutes choses, permit que le choix qu’il fit en cette circonstance fut pour lui l’occasion de bien de. chagrins.
Avant de partir pour la France, et äc quitter peut-être pour toujours son cher séminaire, le saint vieillard voulut donner à ses enfants un dernier témoignage de sa tendresse. En abandonnant tous ses biens au séminaire, en 1680, il avait fondé une messe qui devait être dite à perpétuité, après sa mort, pour le repos de son âme, dans la chapelle
1 — Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec.
2— Voir plus haut, p. 229.
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que l’on se proposait alors de construire. Il demandait que cette chapelle fûi bâtie au plus tôt.
Elle n’était pas encore construite. Le séminaire devait une somme considérable au sieur de la Chesnaie!, ou plutôt au sieur Guenet, par transport, pour certains travaux : il n'avait pu encore s'acquitter envers son vénéré fondateur.
Le 6 octobre 1684, un mois avant son départ pour la France, le saint évêque fait don de 8,000 francs à son séminaire, dont 4,000 payés comptant, à condition que dans cinq ans le séminaire achève de payer sa dette, et qu’il s'engage aussi à bâtir au plus tôt la chapelle.
‘Je déclare, dit-il, que ma dernière volonté est d’y être inLumé; et si Notre-Seigneur dispose de ma vie dans ce voyage, je désire que mon corps y soit apporté, pour y être inhumé. Je veux aussi que cette chapelle soit ouverte au public ?. ”
Ne croirait-on pas entendre le patriarche Jacob exprimant à ses enfants ses dernières volontés, et les suppliant de transporter ses restes mortels de la terre d'Egypte, où il se trouvait exilé, dans son ancienne patrie 3? Pour Mgr de
1 — En parlant de l'incendie de la basse ville en 1682, M. Ferland dit : ‘* La maison de M. Aubert de la Chesnaie, un des plus riches particuliers du pays, fut seule sauvée ; et cet homme, noble et généreux, voulut témoigner sa reconnaissance envers Dieu, en épuisant ses fonds pour faire des avances à ses voisins affligés. Ce fut une providence pour les habitants de la basse ville, dont un grand nombre furent obligés de recourir à lui pour rétablir leurs maisons. ” (Cours d'histoire du Canada, t. IT, p. 134.)
2 — Archives du séminaire de Québec.
3 — Genèse, XLVIT, 29-31.
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Laval, la France, où il allait passer pour la quatrième fois, n'était plus,.pour ainsi dire, sa patrie; il était devenu ‘plus canadien que français 1: ” son véritable pays, sa patrie d'adoption, c'était le Canada.
Le vœu du saint évêque devait être un jour providentiellement réalisé dans toute sa plénitude. Son corps ne devait pas seulement rester au Canada, mais il devait reposer dans la chapelle même du séminaire, dans cette chapelle qu’il souhaitait devoir rester toujours ouverte au public, ‘afin de profiter, disait-il, des prières qu’on irait faire sur sa tombe.”
Par le même écrit, Mgr de Laval donne 4,000 francs au séminaire pour bâtir une église en pierre à Saint-Joachim du cap Tourmente, et 8,000 francs pour la nourriture et l'entretien d’un prêtre, à condition que ce prêtre soit envoyé dès à présent par le séminaire pour desservir cet endroit.
‘Ce prêtre, dit-il, sera obligé d’avoir soin d’instruire dans la piété et les bonnes mœurs tous les enfants qui y seront élevés au travail, et tous ceux qui seront jugés nécessaires pour faire valoir les biens et domaines du dit lieu, afin de les maintenir les uns et les autres dans la crainte de Dieu, et qu’ils puissent avoir le moyen d'assister tous les jours au saint sacrifice de la messe. ”
C’est à cette époque que M. Louis Soumande, qui desservait la côte depuis la baie Saint-Paul jusqu’au Château- Richer, fut chargé de diriger la ferme modèle de Saint-
1 — Mandement de Mgr Taschereau, 30 avril 1878.
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Joachim. On lui donna pour assistant M. Denys, qui venait de prendre la soutane.
En même temps, on commença à bâtir une église en pierre à Saint-Joachim. Elle fut bénite le dimanche 7 juillet 1686 1.
Après avoir nommé ses grands vicaires, MM. de Bernières et de Maïzerets, pour administrer le diocèse en son absence, il partit pour l’Europe le 16 novembre 1684, emmenant avec lui un jeune prêtre canadien plein de promesses, M. Jean Guyon ?.
Il arriva à Paris juste à temps pour célébrer lui-même, au séminaire des Missions étrangères, le service funèbre de son ami de cœur Mgr François Pallu, évêque d'Héliopolis, décédé à Rome depuis quelques semaines, et celui de Mgr de Babylone, mort l’année précédente. ‘ Ce sont de grandes pertes pour les missions, écrivait-il ; mais le bon Dieu, qui n’a pas besoin de nous, saura bien les réparer, quand il lui plaira. ”
Il s’occupa aussitôt de faire agréer par le roi sa démission comme évêque de Québec. On insista pour le faire revenir sur sa décision et lui faire accepter un coadjuteur. Rien ne put l’ébranler dans la résolution qu’il avait prise de se démettre, et de laisser libre champ à son successeur. Il montra en cette circonstance, comme toujours, un désintéressement admirable.
1 — Elle était située à l’endroit appelé la Grande Ferme. 2 — Natif du Château-Richer, Il avait été ordonné prêtre le 21 novembre 1683.
‘’ Monseigneur a fait paraître bien de la vertu dans sa démission, écrivait M. Dudouyt. Je ne sache pas d’occasion où il ait montré si fortement combien il aime son Eglise; car il a fait tout ce qu'on a souhaité de lui pour lui procurer une personne capable de conserver et de perfectionner le bien qu’il y a commencé.”
Le roi accepta sa démission, et nomma pour le remplacer sur le siège épiscopal de Québec M. l'abbé de Saint-Valier.
I] fallait faire agréer cette démission par le souverain pontife, et ratifier la nomination du successeur. Mais on ne jugea pas opportun, pour le moment, de traiter de cette affaire, à cause des difficultés que la Déclaration du clergé de France et les prétentions à la Régale avaient soulevées entre ce pays et la Cour de Rome.
11 fut donc convenu que Mgr de Laval resterait évêque en titre jusqu’à la consécration de son successeur.
En attendant, celui-ci serait nommé grand vicaire, et irait au Canada en cette qualité, dès le printemps suivant, afin de voir le pays, et de prendre les mesures nécessaires pour y faire tout le bien possible. Mgr de Laval demeurerait en France pour obtenir des secours abondants à son grand vicaire, et profiter de la première conjoncture favorable pour faire solliciter ses bulles en Cour de Rome.
L’horizon était sans nuages; tout semblait présager aux deux prélats des jours heureux. Mgr de Laval reposait une confiance parfaite dans son successeur, et celui-ci se disposait à partir pour le Canada, le cœur débordant d’un pieux enthousiasme.
Il ne connaissait encore que bien imparfaitement le diocèse qui allait lui écheoir en partage. Cependant, dans l’ardeur de son zèle, avant même de quitter la France, il donne au séminaire de Québec la somme de 42,000 francs pour l'entretien de ses missionnaires. Bien plus, par un autre acte, il abandonne au séminaire tous les meubles, livres, chapelles, etc, qu’il pourra avoir au moment de sa mort 1,
Il regretta plus tard d’avoir fait cette donation de 42,000 francs, et en modifia quelque peu les conditions ?. Mais la fondation était faite; et le séminaire agréa les nouvelles conditions, qui ne lui étaient pas défavorables 3,
‘ Heureusement, écrivait Mgr de Laval, qu’il a fait cette donation dans un temps où il était bien disposé pour le séminaire. Si elle était encore à faire, il ne la ferait pas. La volonté de Dieu s’accomplit par les hommes, très souvent, sans qu’ils pénètrent dans ses desseins 1.”
M. de Saint-Valier quitta Paris pour le Canada le 10 mai 1685. Il s’embarqua à La Rochelle, au commencement de juin, sur un vaisseau du roi, avec M. de Denonville, qui venait d’être nommé gouverneur du Canada.
Le roi lui avait accordé le passage de vingt personnes. Il en profita pour emmener avec lui neuf ecclésiastiques
1 — Actes passés à Paris le 10 mai 1685.
2 — Le 13 mai 1687.
3 — Au lieu de six missionnaires chez les sauvages, on devait entretenir six enfants au petit séminaire, et quatre ecclésiastiques au grand séminaire.
4 — Lettre de Mgr de Laval aux MM. du séminaire de Québec, Paris, 9 juin 1687.
et quelques maîtres d'écoles, ainsi que des gens de métier pour le séminaire. Les prêtres se partagèrent : quelquesuns s’embarquèrent à bord de deux autres vaisseaux qui devaient partir en même temps que M. de Saint-Valier.
La traversée fut longue et extrêmement pénible. On avait entassé plus de cinq cents soldats sur un de ces navires. La maladie se déclara parmi eux; il en périt plus de cent cinqu . , et deux prêtres succombèrent au fléau.
M. de Saint-Valier n’arriva à Québec que le 29 juillet. Il fut reçu magnifiquement par le séminaire, comme le représentant de Mgr de Laval.
‘ MM. les directeurs de cette maison, dit-il, vinrent au devant de moi avec tout le respect et toute la cordialité que je pouvais attendre d'eux; et comme ce sont eux qui remplissent toutes les places de la cathédrale, ils me reçurent en chapitre dans les formes, en qualité de grand vicaire de Mgr de Québec 1.”
1 — Etat présent de l'Eglise.
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