CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
Premières impressions de M. de Saint-Valier, à Québec. — Dispo+ sitions des esprits à son égard. — Beaux sentiments de confiance en Dieu de Mgr de Laval. — Conseils à M. de Saint-Valier. — Mémoire adressé de Paris au séminaire de Québec. 1684-1685.
M. de Saint-Valier, aussitôt après son arrivée à Québec, s’empressa de visiter tous les établissements religieux de la ville. T1 déclara qu’il ne voulait faire aucun changement dans ce qu'avait si bien réglé son prédécesseur depuis près de trente ans. Ecrivant un peu plus tard à l’un de ses amis, il faisait le plus bel éloge du prélat auquel il était appelé à succéder.
‘ La noble maison de Laval, dont il est sorti, dit-il, le droit d’aînesse de sa famille auquel il a renoncé en entrant dans l’état ecciésiastique, la vie exemplaire qu’il a menée en France avant qu’on pensât à l’élever à l’épiscopat, l’application avec laquelle il a gouverné si longtemps l'Eglise du Canada, la constance et la fermeté qu’il a eues à surmonter tous les obstacles qui se sont opposés en diverses occasions à la droiture de ses intentions et au bien de son cher troupeau: les soins qu’il a pris de la colonie des Français, et de la conversion des sauvages ; les navigations
8b2 VIE DE MGR DE LAVAL
qu’il a entreprises plusieurs fois pour les intérêts des uns
et des autres ; le zèle qui le pressa de repasser en France pour se chercher un successeur ; son désintéressement et
l'humilité qu’il à fait paraître en offrant et en donnant de si bon cœur sa démission pure et simple ; enfin, toutes les grandes vertus que je lui vois pratiquer chaque jour dans le séminaire où je demeure avec lui, mériteraient
bien en cet endroit de solides louanges; mais sa modestie
m'impose silence, et la vénération qu’on a pour lui partout où il est connu, est un éloge moins suspect que celui que
j'en pourrais faire...”
Au séminaire, il fut transporté d’admiration :
‘ Tout le monde, dit-il, y fit la retraite spirituelle avec tant de bénédiction, que depuis les plus jeunes clercs jusqu'aux ecclésiastiques les plus avancés dans les saints Ordres, chacun apporta de son propre mouvement, tout ce qu’il avait en particulier, pour être mis en commun. Il me sembla pour lors voir revivre dans l'Eglise du Canada quelque chose de cet esprit de détachement qui faisait une des principales beautés de l'Eglise naissante de Jérusalem
du temps des apôtres 1.”
Il fut vivement frappé de la paix et de l’union parfaite qui régnaient entre tous les membres du clergé, dont le séminaire était le lien commun. Il admira le bel ordre établi par Mgr de Laval, la stabilité assurée aux divers établissements du pays et surtout au séminaire. Dans le transport de son enthousiasme, il écrivit au pieux fonda-
1 — Elut présent dé l'Eglise.
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teur pour se plaindre de ce qu’il ne restait plus de bien à faire dans cette Eglise 1.”
Sa volonté de ne rien changer ne dura pas longtemps.
‘ À peine avait-il vécu quinze jours dans le séminaire, dit un mémoire du temps, que, dans les premières visites qu’il fit, il voulut opérer plusieurs changements... mettant de nouveaux règlements, Ôtant le chapelet pour augmenter, disait-il, le temps de l’oraison mentale, augmentant le nombre de 30 enfants jusqu’à 60 et 70, tant au petit s6minaire qu’à la ferme de Saint-Joachim, et faisant faire sans mesure, et sans consulter personne, des aumônes excessives et des établissements prématurés, aux dépens de son clergé, se regardant comme le maître et le dispensateur absolu de tous les biens ecclésiastiques ?.”
Cette disposition de M. de Saint-Valier, quoiqu’elle prît sa source dans le zèle le plus pur pour la gloire de Dieu et de la sainte Eglise, devait amener des conflits regrettables. Ils n’éclatèrent cependant que plus tard, après son retour de France comme évêque de Québec.
Pour le moment, il se montra plein de bienveillance pour le séminaire, et même l’un des partisans les plus enthousiastes de cette désappropriation qu’il devait tant combattre plus tard. Il mit en commun, dans la caisse du séminaire, tous ses biens, y compris une bibliothèque con-
1 — Lettre de Mgr de Laval à Mgr de Saint-Valier, 1696.
2 — Mémoire conservé à la Société Historique de Québec, cité dans l'Histoire manuscrite du séminaire. Ce mémoire est corroboré, en. substance, par une lettre de Mgr de Laval citée plus loin.
sidérable, beaucoup d’ornements d'église, et quelques mille livres d'argent monnayé qu’il avait apporté avec lui. Il ne voulut même pas que l’on dressât un catalogue de ses livres, mais les fit marquer au nom du séminaire et inscrire aves les autres.
Dans le cours de l'hiver 1686, il visita toute la côte Beaupré, et l’île d'Orléans, ainsi que la côte nord jusqu’à Montréal. Au printemps, il partit pour l’Acadie, ‘‘ afin de voir, disait-il, de ses propres yeux les merveilles de la grâce qu’on lui avait dépeintes.”
Son retour à Québec, après cette longue visite, causa d'autant plus de joie, qu'on savait les nombreux dangers auxquels il avait échappé.
En arrivant, il trouva une dépêche du marquis de Seignelay, remplie de bonnes nouvelles pour le Canada. Le roi renouvelait les gratifications qu’il avait coutume de faire pour le clergé, et les augmentait même avec largesse. Il procurait les moyens de fixer trente-six curés, au lieu vingt qu'il y avait l’année précédente.
Le marquis annonçait au préiat, à la fin de cette lettre, qu'on ne demandait pas encore de bulles pour lui cette année.
‘* Cette d’rnière nouvelle lui fit oublier ce qu’il y avait d'agréable dans les autres. Il ne cessait de répéter, en effet, qu’il espérait recevoir, avec la consécration épiscopale, toutes les grâces nécessaires pour conduire le diocèse, sans avoir besoin de conseils de la part des hom-
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mes, Un saint religieux !, qui l’avait entendu, ne put s'empêcher de prédire les maux que pouvait causer une semblable disposition ?, ”
Les esprits, accoutumés à la paternelle administration de Mgr de Laval, s’aigrirent peu à peu, à cause des observations trop minutieuses, paraît-il, de son successeur, durant cette visite générale, qu’il fit avec un zèle d’ailleurs si louable et d'immenses fatigues. Il laissa partout une impression de gêne et de chagrin, qui pouvait éclater au premier jour en funestes divisions.
Plus exposé que tout le reste du clergé, le séminaire, dans lequel il logea, crut pouvoir se plaindre de ce que, n'étant encore que grand vicaire de Mgr cle Laval, il voulait tout y conduire par lui-même, et ne rien laisser à ceux qui y avaient été établis pour le gouverner. Ils en écrivirent en France au prélat et à M. Dudouyt, qui en furent profondément affligés. On espérait cependant que le retour prochain de M. de Saint-Valier en France donnerait moyen d'apporter quelque remède.
Mgr de Laval, surtout, ne cessa jamais de mettre sa confiance en la divine Providence:
# Quand notre esprit est laissé à lui-même, écrivait-il de Paris aux MM. du séminaire, il se travaille bien inutilement. Il faut mettre toute notre confiance et toute notre force en Notre-Seigneur, en sa sainte mère, et sa sainte Famille. C’est l’œuvre de Dieu. Nous avons, par sa misé-
1 — Le P. Mouchy, de l'Oratoire.
2 — Histoire manuscrite du séminairé de Quebec.
ricorde, cherché uniquement sa gloire en ce que nous avons fait, ou, pour mieux dire, en ce que le sentiment des serviteurs de Dieu a fait unanimement. Ainsi, j'espère qu’il tirera de cette épreuve le bien de l'Eglise, et qu’il fortifiera de son divin £Esprit tous ceux qui auront eu part en ses souffrances 1. ?”
Dans les lettres qu'il adresse de Paris à M. de Saint- Valier, il ne cesse de lui parler avec la plus grande bienveillance, tout en lui faisant indirectement quelques reproches. Illui exprime le désir qu'il éprouve de le revoir prochainemest en France. Illui parle des grâces de la consécration épiscopale, ‘afin que la plénitude du Saint- Esprit que vous devez recevoir, dit-il, conjointement avec la puissance de l’épiscopat, puisse consommer tout ce que ce divin Esprit y trouvera d'opposition à l'esprit de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui est le véritable pontife et notre seul exemplaire. ÆRespice et fac secundium exemplar quod tibi in monte monstratum est ?.??
‘Ma santé, ajoute-t-‘l, n’est que trop bonne 1r le mauvais usage que j’en fais. Il semble néanmoins que l’ouverture que j’aieue au pied durant cinq ou six mois à Québec, se veuille rouvrir depuis trois semaines. La sainte volonté de Dieu soit faite !
‘ Quoiqu'il en soit, je me sens assez de force et de santé pour retourner cette année dans le lieu seul qui en ce
1— Archives du séminaire de Québec, Lettre du 9 juin 1687 2 — ‘‘ Regardez, et faites selon le modèle qui vous à été montré sur la montagne.” (Exode, XX V, 40.)
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monde puisse faire ma paix et mon repos. /n pace in idipsum dormiam et requiescam 1, Cependant, comme nous ne devons point avoir d'autre centre que le bon plaisir de Notre-Seigneur, quelque désir qu’il m’en donne, il me fait en même temps la grâce de lui en faire un sacrifice, et de me soumettre au jugement que vous avez porté que je dois demeurer encore cette année en France pour être présent à votre retour l’automne prochain.”
Il aura du plaisir à revoir le séminaire des Missions étrangères, où il y a une grande amélioration spirituelle, et où l’on ne reçoit plus que ceux qui sont déterminés à suivre en tout la volonté des supérieurs, et à aller en mission n'importe où, en Chine, en Perse, au Canada. Il aidera lui-même par son zèle et ses bons exemples. M. Dudouyt travaille beaucoup en ce sens; il est un des plus puissants appuis du séminaire.
Plusieurs bons sujets étaient décidés à partir pour les missions du Canada; ils en ont été détournés par de mauvais conseils.
‘La Provicence de Dieu, ajoute-t-il, dispose toutes choses suavement ; et toutes ces contrariétés et avortements de nos desseins et projets nous doivent beaucoup servir pour faire mourir en nous tous les mouvements déréglés d’une nature trop impétueuse. C’est au grand maître de la moisson d'envoyer des ouvriers en sa vigne. Toute notre industrie humaine et nos soins empressés n’avancent point
1 — ‘‘ Pour moi, je dormirai et je me reposerai en paix.” (Psaume IV,9.)
l’œuvre du bon Dieu. Il nous faut mourir au trop grand désir des bonnes choses, même de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Notre-Seigneur nous en a donné l'exemple, étant en ce monde, où il paraissait, suivant le raisonnement de l’esprit humain, comme insensible à la perte de tant d’âmes qu’il voyait périr et se damner....?”
Il lui exprime ensuite très délicatement ses craintes au sujet des grandes dépenses dans lesquelles il a entraîné le séminaire, et les engagements qu’il lui a fait prendre pour divers travaux et pour l'accroissement du nombre des écoliers.
‘ Magna est fides tua !, lui dit-il, et plus grande de beaucoup que la mienne. ous voyons que tous nos messieurs y ont correspondu avec la même confiance et entière soumission qu'ils ont cru et dû étre obligés d’avoir à vos sentiments, en quoi je les approuve fort.
‘# J'ai admiré en mon particulier, de voir par toutes vos lettres, et dans tous les mouvements de votre cœur, un si grand abandon en cette 2imable Providence de Dieu, qu’il ne vous a pas seulement permis d’avoir le moindre doute qu’elle ne pourvoie abondamment de quoi fournir au soutien de tcates les œuvres qu’il vous a inspirées, et que sur ce fondement, qui est la vérité bien solide, vous avez eu la résolution d’en venir à l’exécution.
‘Il est vrai qu’il y a longtemps que mon cœur soupirait après ce que vous avez fait ; mais je n’ai jamais eu assez de confiance ni d’apandon pour i’entreprendre. J’attendais
1 — ‘‘ Grande est votre £:i.” (Matth., XV, 28.)
toujours les moyens quæ Pater posuit in su& potestate 1, J’espère que, puisque la très sainte Famille de Notre-Seigneur vous à inspiré toutes ces œuvres, elle donnera des moyens et des ouvertures pour soutenir ce qui est si à la gloire de Dieu et pour le salut des âmes. Maïs, selon toutes les apparences, il se trouvera de grandes difficultés, qui ne serviront qu'à augmenter cette confiance et cet abandon.”
Et il ajoutait un peu plus loin cette reinarque d’un esprit si bien équilibré :
‘* Quelle que confiance que Dieu veut que nous ayons en sa Providence, il est assuré qu’il demande que nous gardions des règles d’une prudence non pas humaineet politique, mais qui soit chrétienne et de justice ?.”
Dans un long mémoire adressé aux MM. du séminaire de Québec, et apporté de France par M. de Saint-Valier (1685) %, Mgr de Laval, qui se considérait encore comme évêque de Quebec, — et il l’était en effet réellement tant que la Cour de Rome n'avait pas accepté sa démission et nommé son successeur —entrait dans une foule de détails qui montrent bien l’esprit pratique de ce grand évêque, et la sollicitude qu’il portait pour tout ce qui regardait le bien de son Eglise.
I] faut se hâter dès cette arnée, si possible, disait-il, de travailler au rétablissement de l’église de Sainte-Anne du Petit-Cap, ‘‘ où tout le pays a une si grande dévotion.” I]
1 — ‘* Que le Père a réservés en sa puissance.” (Actes, I, 7.) 2 — Lettre de Mgr de Laval à M. de Saint-Valier, 15 février 1636.
3 — Archives du séminaire de Québec.
faut travailler aussi à avancer le défrichement des terres de $aint-Joachim, ‘afin que l’on puisse y avoir trois saisons réglées à chaque ferme, et que les fermes suffisent aux besoins du séminaire.”
I] parle ensuite de la question des dîmes et de la subsistance des curés, de l’établissement des récollets à la haute ville, d’un projet de mission sédentaire à la baie Saint- Paul !, puis enfin de certains secours que le roi envoyait aux habitants du pays.
Il faudrait distribuer ces argents, dit-il, par parcelles, cinquante francs, dix écus, aux pauvres familles, nombreuses, disséminées sur les côtes, où il ya un grand nombre d’enfants obligés de coucher ensemble avec le père et la mère sous la même couverture.”
On voit que le prélat avait connu de près la misère des ‘pauvres habitants de la campagne, qu’il était rempli de commisération pour eux, et qu’il aurait voulu les secourir dans la mesure de leurs besoins.
Les réflexions qu’il fait sur quelques-uns des prêtres qui passent de France au Canada, accusent chez Mgr de Laval un grand esprit d'observation. Citons, par exemple, ce qu'il dit de M. d’Urfé 2:
‘Ce monsieur, dit-il, s’en va au séminaire ; mais j'ai des doutes sur l’emploi qu’on pourra lui donner, et sur sa vacation pour ie séminaire de Québec, au regard du déta-
1 — Voir plus haut, p. 77.
2.— Nous ne croyons pas qu'il s'agisse ici de M. d’Urfé, de Saint- Sulpice, dont il a été déjà question dans cet ouvrage.
chement, qui est l’esprit du séminaire. Il m'a demandé combien on y payait de pension. Je lui dis qu’on était admis avec ce qu’on avait, avec rien si l’on n'avait rien. Abiit tristis 1... Il faut prier la sainte Famille qu’elle ne permette pas que ceux qui ne seront pas animés de cet esprit, demeurent dans une maison qui lui est dévouée et consacrée si particulièrement.”
Il entre dans une foule de détails sur les Frères donnés et sur les domestiques du séminaire. Les portraits qu'il fait de quelques-uns de ces employés sont peints au naturel. Citons, par exemple, celui du cordonnier Thomas :
‘Il n’a pas grand génie, dit-il, mais c’est un bon cordonnier, qui fait ses trois souliers par jour. Seulement, il a un défaut : il peut passer jusqu’à trois heures de suite devant le saint sacrement, et négliger son ouvrage. Ayant été élevé et aidé par le frère Jean Osmond, surnommé Marie de la Croix, il peut avoir pris quelq'une de ses maximes pour l.raison. On l’emploiera peut-être à la cuisine, et là il faudra bien qu’il se presse.”
Citons encore le portrait du sieur Valet, employé à la procure, et à qui on avait donné la soutane :
‘“ A moins qu’il ne soit bien changé dans son humeur, il est à propos de le renvoyer en France ; et je puis même juger que, quelque changement qu’il y parût, il serait peu propre à administrer une cure, ayant le fond du génie fort rustique, grossier et dégoûtant, ce qui ne s’ajuste pas aux
1—"‘‘Ils’en alla triste.” (Matth., XIX, 22.)
fonctions ecclésiastiques, dans lesquelles on est obligé incessamment de converser et agir avec le prochain, enfants ou adultes. Lui ayant donné la soutane, et l’ayant admis au réfectoire, je ne vois guère d'autre moyen de s'en défaire que de le renvoyer en France. ”
Une question très importante, qui occupait Mgr de Laval, et sur laquelle il attire, dans ce mémoire, l’attention de M. de Saint-Valier et du séminaire, c’est celle de la juridiction de l’évêque de Québec sur les terres de la vallée du Mississipi et de la Louisiane.
L’évêque de Québec, d’après la bulle, a juridiction sur tous les pays de l'Amérique du Nord qui dépendaient de la couronne de France lors de l'érection du diocèse. I!
ne faut pas que l’on taille, sans le consentement du pape
et du roi, dans ce grand domaine spirituel. Or les récollets, qui ont suivi M. de la Salle dans ses expéditions, prétendent avoir juridiction dans ces contrées, à l’exclusion de l’évêque de Québec, et y faire établir un vicariat apostolique indépendant du Canada. Ils ont même réussi à préjuger en leur faveur quelques cardinaux à Rome, et certains personnages de la Cour.
Mgr de Laval informe le séminaire qu’il s'occupe activement, à Paris, de cette affaire importante. Mgr Pallu s’en était aussi occupé à Rome. Le roi en a confié le règlement à l’archevêque de Paris et au P. La Chaise. La juridiction de l’évêque à la Louisiane et au Mississipi sera probablement maintenue; mais on l’obligera à entretenir un grand vicaire à Paris pour les besoins de cette contrée lointaine.
‘# J'ai envisagé, disait-il, cette affaire de telle importance, que je l’ai jugée, lorsqu’on me proposa le voyage de France, seule capable de me le faire entreprendre; et il semble que Notre-Seigneur me donna un pressentiment de tout ce que nous voyons qui serait arrivé et qui était déjà bien avancé. Aussitôt que je fus arrivé à Paris, je ne perdis aucun moment.”
Ces paroles nous laissent clairement entendre que, lors même qu’il ne se serait pas décidé à passer en Europe pour offrir sa démission au roi, il y serait allé tout de même pour le règlement de plusieurs affaires importantes de son diocèse.
La juridiction de l’évêque de Québec fut maintenue dans son intégrité. Nous verrons plus tard le séminaire de Québec, à la demande de Mgr de Saint-Valier, envoyer plusieurs missionnaires à la Louisiane et au Mississipi.
M. de Saint-Valier, ayant achevé de remplir sa mission au Canada comme grand vicaire de Mgr de Laval, fit voile le 18 novembre 1686 pour repasser en France. Après quarante-cinq jours d’une navigation qui ne fut qu’une tempête continuelle, il aborda à La Rochelle le ler janvier 1687; et, après quelques jours de repos, il prit en toute hâte le chemin de Paris.