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lique ? M. de Denonwville ne l'avait pas vu à l’œuvre ; il parlait d’après l’opinion générale qu’il avait entendu exprimer : ‘ T1 me paraît, disait-il, par toute la colonie, qu’il a si fort le cœur de tous les peuples... ?”
Certes, M. de Saint-Valier, dans son court passage au Canada, avait, lui aussi, justement mérité l'estime des fidèles par son zèle et par sa charité ardente et inépuisable. Mais l'impression heureuse qu’il avait produite n’avait pu faire oublier Mgr de Laval, ses grandes vertus, son dévouement, la bonté de son cœur. Aussi dans les conjonctures difficiles où il se trouve, c’est vers le pieux fondateur de l'Eglise du Canada que se tourne M.de Denonville pour obtenir une assistance efficace. ‘‘ Sa présence, dit-il, serait ici très utile pour persuader avec douceur de faire de bon gré ce que l’on serait obligé de faire faire par force.”
De son côté, le prélat n’attendait pour revenir, que le retour en France de son successeur. Après avoir donné sa démission, il était resté à Paris, à la demande de M. de Saint-Valier lui-même, uniquement dans le but d’y être utile à l'Eglise du Canada.
‘Il m'était libre et facile de passer, la première et la seconde année, écrit-il ; le roi s'était déclaré sur cela. Mais la considération du bien de l’Eglise du Canada me fit rester ; et la condescendance que j’eus, la seconde, pour ce que M. de Saint-Valier m'écrivait que les mêmes raisons subsistaient encore, m’engagea à demeurer 1.”
1 — Lettre aux MM. du séminaire de Québec, 9 juin 1687.
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Il profita de son séjour en France pour aller voir sa famille à Montigny. Il y passa les mois de juin et juillet
M. de Saïint-Valier arriva à Paris dans le mois de jan-
vier 1687, et reçut à la Cour l’accueil le plus bienveillant.
On renouvela en sa faveur toutes les gratifications que l’on avait coutume de faire à l'Eglise du Canada, et l’on en ajouta même quelques-unes très importantes. C’est ainsi que la liste civile du Canada portait, en sus des crédits ordinaires, 2,000 francs pour les prêtres du séminaire, afin de les aider à soutenir ceux que l’âge ou les infirmités rendaient incapables de travailler; 1,200 francs pour quatre missionnaires en Acadie ; 300 francs afin de procurer des remèdes aux pauvres, et 400 francs pour un troisième régent au collège des jésuites. Enfin, le roi accordait à M. de Saint-Valier 15,000 francs, payables en trois ans, pour l’aider à se bâtir un palais épiscopal, afin qu’il ne fût plus à charge au séminaire.
Ce dernier article du budget canadien fit présager à Mgr de Laval ce qui arriva, en effet, quelques mois plus tard ; à savoir, que son successeur finirait par renoncer à l’expropriation, et peut-être même redemander au séminaire ce qu’il avait mis dans le fonds commun. Un incident fit bientôt éclater la chose.
Le séminaire de Québec se trouva, à Paris, dans quelques embarras financiers, auxquels Mgr de Laval et M. de
1 — Archives de l’archevêché de Québec.
Brisacier, supérieur des Missions étrangères, furent obligés .
de pourvoir.
Ces embarras furent la cause d’assez vifs démélés entre les deux prélats. Mgr de Laval prétendait que M. de Saint- Valier avait trop accru les dépenses du séminaire. M. de Saint-Valier, au contraire, se faisait fort de prouver qu’il avait plus donné qu’il n'avait causé de dépense, soit pour lui-même, soit pour les ecclésiastiques qu’il avait amenés
avec lui, soit enfin pour le surcroît de pensionnaires qu'il
avait fait entrer au petit séminaire et à la ferme de Saint- Joachim. Il prit cette affaire tellement à cœur, qu’il déclara se retirer de l’expropriation, à moins qu’on ne lui donnât la direction de toutes choses 1.
‘Je vous avoue, écrivait Mgr de Laval au séminaire, 1 que vous aveztrès mal fait d’avoir eu tant de facilité à vous #1 laisser aller à tous ces grands projets de dépenses. M. de Saint-Valier dit que vous avez eu autant d’ardeur pour vous y porter, qu’il en a eue de sa part... L'on va tomber, ajoute-t-il, dans de grandes extrémités, à moins que la Providence de Dieu n'ait des voies bien extraordinaires pour nous aider, qu’il est difficile de prévoir, n’en ayant présentement aucune pour pouvoir sortir de cet abîme de dettes et d’affaires 2.”
Il avait, l’année précédente, écrit dans le même sens à M. de Saint-Valier, Maintenant il acquérait la conviction que
2 — Lettre du 18 mars 1687.
non seulement l’on n’avait pas tenu compte de ses avis, mais que son successeur allait suivre une route toute différente de la sienne, renoncer à l’expropriation et à la vie du séminaire, et changer l’ordre de choses qu’il avait établi au Canada.
Il en fut profondément chagrin. Dans son désir de conserver son œuvre intacte, il crut qu’il fallait apporter un remède au mal qu’il appréhendait; et celui qui lui parut le plus efficace, ce fut de tâcher d’obtenir que M. C: Saint- Valier renonçât à l'évêché de Québec et fût transféré ailleurs. Il en était encore temps, puisque non seulement les bulles n'étaient pas encore arrivées, mais que le roi ne les avait pas même sollicitées.
Il fit donc des démarches en ce sens; elles furent inutiles.
On essaya de faire intervenir le P. Le Vallois, le P. La Chaise, M. de Seignelay, M. Tronson, le duc de Beauvilliers. Tout ce qu’ils purent obtenir fut que M. de Saint-Valier alla trouver Mgr de Laval, M. de Brisacier et M. Dudouyt pour leur donner des explications sur la conduite qu’il avait cru devoir tenir, et promettre pour l’avenir une modération rendue nécessaire par le peu de ressources que possédait encore l’Eglise naissante du Canada.
On lui signala un mémoire de M. de Belmont, de Saint- Sulpice de Montréal, auquel il paraissait avoir donné son approbation, et qui était de nature à semer la division dans le clergé. [l le désavoua et le fit brûler; puis il con-
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jura M. Dudouyt de l’avertir, à l'avenir, des erreurs que l’on pourrait remarquer dans son administration !,
M. Dudouyt rend hommage, dans ses lettres, aux bonnes intentions et à la bonne volonté de M. de Saint-Valier. Il ne faisait rien que ce qu’il se croyait obligé de faire.
I] a bonne volonté et bonne intention, dit-il, et croit bien faire en tout... Le mal n’est pas dans la volonté, mais dans l’entendement, et le désir excessif de porter toutes choses à une perfection outrée..….. Il ne garde aucun ressentiment contre vous autres, ni contre nous, de tout ce que vous avez écrit, et de tout ce que nous avons dit ici, quoique cela lui ait fait beaucoup de peine ; et il nous a dit que la meilleure manière d’agir avec lui, c’est de ne lui rien cacher 2...”
Cependant, Mgr de Laval se disposait à partir par les premiers vaisseaux du printemps pour retourner au Canada. Il alla donc se présenter au roi, qui l’accueillit avec beaucoup de bonté, etne mit aucuneopposition à son projet. Puis il écrivit aussitôt pour prévenir le séminaire de son prochain retour:
‘ Conformément aux sentiments que Notre-Seigneur m’a fait la miséricorde de me continuer, dit-il, je retourne au Canada comme au lieu où mon cœur est inséparablement attaché; en sorte que, quand je serais assuré de mourir sur la mer, je m'embarquerais, pour n'être pas privé, au moins, de la consolation de mourir dans l’accomplissement
1 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec, 2 — Lettre de M. Dudouyt aux MM. du séminaire de Qu ‘bec, 1687.
du bon plaisir de Notre-Seigneur, dans lequel doit congistor notre bonheur pour le temps et l'éternité 1.”
Quelques jours après, le marquis de Seignelay fit mander à Sceaux M. de Saint-Valier, et lui dit en présence de M. de Brisacier qui était là, que Mgr de Laval ne devait pas retourner au Canada, et que sa présence y serait une source de divisions et de troubles 2.
M. de Saint-Valier se hâta de communiquer cette nouvelle à l’ancien évêque, et lui dit que c'était le désir du ministre qu’il attendît le retour du roi, avant de se décider à partir pour le Canada 5.
Qu'était-il donc survenu ? E:t-ce M. de Saint-Valier luimême qui était au fond de cette affaire, et qui avait travaillé à faire retenir en France l’ancien évêque de Québec ?
Il est certain que, quand même il l’eût fait, on n'aurait pu y voir rien que de très naturel. Décidé à gouverner son diocèse par lui-même, et à réformer complètement l’œuvre de son prédécesseur, il pouvait désirer que celui-ci demeurât aussi éloigné que possible des affaires.
Il n’y a rien, cependant, qui prouve que M. de Saint- Valier ait agi de la sorte. Au contraire, le marquis de Seignelay ayant un jour répété de nouveau en sa présence que Mgr de Laval ne devait pas retourner en Canada, parce qu’il y serait une source de troubles et de divisions :
1 — Lettre à MM. de Bernières, de Maizerets et Glandelet, 18 mars
2 — Lettre de Mgr de Laval au P. La Chaise, 1687.
3 — Lettre de Mgr de Laval à M. de Seignelxy, 1687.
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Il serait bien dur à un évêque qui a fondé cette Eglise, répliqua M. de Saint-Valier, et qui désire y aller mourir, de se voir arrêté en France. Si Mgr de Laval demeurait ici, on en rejetterait la faute sur son successeur, contre qui, par cette considération, bien des gens seraient très indisposés. ”
Ce qui paraît le plus probable, c’est que ce furent les amis de M. de Saint-Valier qui s’interposèrent pour
. empêcher son prédécesseur de retourner au Canada.
Celui-ci voyant la trame ourdie contre lui, écrivit au P. La Chaise pour le supplier d’intercéder en sa faveur, afin qu'il obtînt la permission de partir. Il protestait de toutes ses forces contre la supposition qu’il pourrait être une source de troubles au Canada : ‘‘ C’est tout le contraire, dit-il. Je pourrais contribuer à la paix ; et c’est l’opinion de M. de Denonville. Je renoncerais moi-même à deman-
der de retourner au Canada, si je savais devoir y être l’occasion de quelques divisions 1.”
Il écrivit dans le même sens à M. de Seignelay, le priant de se hâter de décider l'affaire, afin qu’il püt profiter des bateaux qui allaient partir. ‘‘ Sije retourne au Canada, dit-il, ce n’est que pour achever d'y finir mes jours en repos, et avoir la consolation de mourir dans le sein de mon Eglise ?. J'espère que bien loin d’y mettre le moindre
1 — Lettre de Mgr de Laval au P. La Chaise, 1687.
2 — Marie de l’Incarnation écrivait, elle aussi, un jour: ‘* Vous avez raison de croire que j'ai envie de mourir en cette Eglise ; car je vous assure que mon cœur y est tellement attaché, qu’à moins que Dieu ne l’en retire, il ne s’en départira ni à la vie, ni à la mort. ” (Lettre spirituelle 101e.)
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obstacle à la paix, je serai un moyen de parfaite union 1...”
Tout fut inutile : la Cour avait décidé que l’ancien
‘évêque resterait en France.
Le P. La Chaise, communiquant au prélat cette pénible décision, lui suggérait de faire venir la chose, dans le public, comme de son propre choix.
Mgr de Laval lui répond avec une résignation parfaite, et le remercie en même temps du conseil qu’il lui donne:
“Il y a longtemps, dit-il, que Dieu me fait la grâce de regarder tout ce qui m'arrive en cette vie comme un effet de sa Providence. J'adore donc de tout mon cœur ce qui se passe à mon égard, et je ne puis assez vous remercier de la manière charitable dont vous tâchez de m’en adoucir la nouvelle. Le conseil que vous avez la bonté de me donner, de faire qu’il paraisse que c’est de mon choix que je laisse encore cette année partir les vaisseaux pour remettre ma pres est si sage, que je n’ai point d’autreparti à prendre.
.… Maïs comment préparer ses enfants du Canada au sacrifice qu'ils doivent faire de ne pas le revoir ? Il leur écrit d’abord aussitôt qu’il est question de le retenir en France : 4 Me voilà, par une conduite spéciale de Dieu sur moi, disposé à demeurer, tant qu'il lui plaira, dans le lieu de mon exil, que je ne pensais pas, à mon départ du Canada, venir trouver en France. Tout ce qui vient de sa main, nous doit être aimable et adorable. ”
1 — Lettre de Mgr de Laval au marquis de Seignelay, 1687.
uis il ajoute, avec les mêmes sentiments de résignation, au sujet des réformes que l’on appréhende:
‘© Il faut se disposer à voir tous les changements que la divine Providence permettra qu’il arrive dans l'Eglise du Canada. J'espère que la sainte Vierge en prendra un soin tout particulier, et spécialement du séminaire, consacré à la très sainte Famille de Jésus 1. ”
Mais quand il est parfaitement décidé qu’il reste en France, le pieux évêque en informe aussitôt les prêtres de son séminaire. Il leur adresse une lettre toute remplie des sentiments les plus chrétiens, la plus belle peut-être qui
soit sortie de sa plume.
‘Vous connaîtrez, dit-il, par les lettres ci-jointes, ce qui m'oblige de rester en France. Je n’eus pas plus tôt reçu ma sentence, que Notre-Seigneur me fit la grâce de me donner les sentiments d'aller devant le très saint sacrement lui faire un sacrifice de tous mes désirs et de ce qui m'est
le plus cher au monde.
‘Je commençai en faisant amende honorable à la justice de Dieu, qui me voulait faire la miséricorde de reconnaître que c'était par un juste châtiment de mes péchés et infidélités, que sa Providence me privait de la bénédiction d» . retourner dans un lieu où je l'avais tant offensé ; et je lui dis, ce me semble, de bon cœur, et en esprit d’humiliation, ce que le grand-prêtre Héli dit, lorsque Samuël lui déclara,
1 — Lettre aux MM. du séminaire de Québec, 9 juin 1687.
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de la part de Dieu, ce qui lui devait arriver: Dominus est ; quod bonum est in oculis suis faciat 1.
‘* Mais comme la volonté de Notre-Seigneur ne rejette point un cœur contrit et humilié, et que kumiliat et sublevat ?, il me fit connaître que c'était la plus grande grâce qu'il me pouvait faire que de me donner partaux états qu’il a voulu porter en sa vieet en sa mort pour notreamour; en actions de grâce de laquelle je dis un Te Deum avec un cœur rempli de joie et de consolation au fond de l’âme; car, pour la partie inférieure, elle est laissée dans l’amertume qu’elle doit porter.
“ C’est une blessure et une plaie qui sera difficile à guérir, et qui apparemment durera jusqu’à la mort, à moins qu’il ne plaise à la divine Providence, qui dispose des cœurs comme il lui plaît, apporter quelque changement à l’état des affaires. Ce sera quand il lui plaira, et comme il lui plaira, sans que les créatures puissent s’y opposer ?.?
Certes, ce n’était pas une vertu ordinaire qui faisait parler ainsi Mgr de Laval. Un cœur moins accoutumé de longue main à l'humilité et à la résignation n’eût pas récité un Te Deum avec cette joie et cette consolation pour remercier Dieu d’une des plus grandes épreuves de sa vie.
D'un autre côté, on voit bien, par les déchirements que renferme cette lettre, que sa résignation n’était pas le fruit d’une indifférence naturelle, mais d’une vertu éprouvée.
1 — ‘* Il est le Maître ; qu'il fasse ce qui est agréable à ses yeux.” (1 Rois, III, 18.)
2 — 1 Rois, II, 7.
3 — Lettre aux MM. du séminaire de Québec, 1687.
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De pareils sentiments durent profondément édifier le clergé et les fidèles du Canada. On aimait déjà, on vénérait partout Mgr de Laval : cetto affection et cette vénération ne firent que s'accroître, lorsqu'il apparut à ses enfants avec l’auréole de la persécution. Il r’y eut partout qu’un cri de douleur, lorsqu'on apprit qu’il était retenu en France.
Par contre, les esprits s’aigrirent conti, M. de Saint- Valier, que l’on soupçonnait, bien à tort toutefois, d’avoir tramé cette affaire.
Nous avons cité les paroles qu’il adressa un jour au marquis de Seignelay, en faveur du retour de Mgr de Laval au Canada.
Peut-être tout d’abord avait-il manifesté le désir que le prélat ne revînt pas, au moins pour le moment, afin de
n'être point gêné dans son administration. Mais ses dis-
positions changèrent entièrement, lorsqu'il apprit par M. de Denonville, ‘‘ que, s’il revenait seul, il trouverait toute la colonie terriblement contre lui.”
M. de Denonville avait écrit dans le même sens au marquis de Seignelay. 1 ajoutait que ‘ dans l’état présent des affaires publiques, il était nécessaire que l’ancien évêque revint, pour ménager les esprits, sur lesquels il avait un grand ascendant par son génie et par sa réputation de sainteté.”
I1 n’y eut que les sages conseils de MM. de Brisacier et Dudouyt qui purent calmer, au Canada, les esprits indisposés. En écrivant aux directeurs du séminaire de Québec
que leur vénéré fondateur était retenu en France, ils leur recommandaient de ne rien dire ou faire qui pût compromettre le bien du diocèse.
‘#“ Il faut passer l’éponge, leur disaient-ils, comme M. de Saint-Valier promet de le faire lui-même, sur tout ce qui a pu vous brouiller avec lui durant son séjour au Canada. Usez toujours avec lui de patience, de discrétion et de silence. Respectez l’autorité, et interprétez favorablement la conduite des supéricurs; surtout n’en écrivez jamais en France qu'avec retenue.
‘ Comme le séminaire est épiscopal, le supérieur doit entretenir une parfaite correspondance avec l’évêque, et inspirer à ses membres comme aux élèves tout le respect et la soumission possibles. Il doit prendre l’avis de l’évéque dans les choses importantes. .
‘Les séminaires ne sont pas tous obligés de rendre
compte à l’évêque de leur temporel ; mais, comme M. de Saint-Valier est de votre corps, — il n’avait pas encore renoncé officiellement à l’expropriation — on doit lui communiquer les affaires temporelles toutes les fois qu’il lui plaira s’en informer 1.” Telles sont, en substance, les admirables recommandations de MM. de Brisacier et Dudouyt au séminaire de Québec. Celui-ci les accepta avec reconnaissance, et s’efforça d’en faire la règle de sa conduite.
‘’ M. de Saint-Valier, ajoutaient-ils, peut faire beaucoup de bien ou de mal au séminaire. Il ne faut pas paraître trop
1 — Histoire manuscrite du seminaire de Quebec. ,
intéressés à son égard, sur ses demandes; et, au petit séminaire, il faut recevoir des surnuméraires pour lui faire plaisir.
‘* Commeil a l'esprit très vif, ne heurtez pas ses opinions ; mais faites-lui entendre raison insensiblement, en paraissant d’abord entrer dans ses vues, et vouloir suivre ses
volontés. Il est bon ami, il l'est avec zèle, et peut com--
penser abondamment les petits sacrifices par lesquels on se concilie son affection.”
M. de Brisacier, dans sa lettre au séminaire, ajoutait une autre considération très sérieuse:
‘ On a été sur le point, dit-il, d'abandonner le pays dès cette année (1687), comme M. de Callière 1 vous le dira. On l’abandonnera assurément dans la suite, s’il se joint au dégoût qu’on a déjà du mauvais état de la colonie, celui qu’on aurait de la mésintelligence des personnes qui doivent établir l’union. Quoi qu’il arrive, tenez-vous si uni avec l’évêque, avec les jésuites, avec les MM. de Saint- Sulpice, qu’on ne puisse vous entamer par nul endroit; car si on vous divise, vous êtes perdus.”
1 — Aiors gouverneur de Montréal. ‘‘ Il avait été nommé en 1684, sur la présentation du séminaire de Saint-Sulpice, investi de ce droit comme seigneur de l’île, ” (Histoire du Canada, par Garneau.)
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ons ; rais- CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME ‘ e ses 4 com- En 1s on
Bonnes nouvelles du Canada, à Paris. — Mgr de Saint-Valier, évêque de Québec. — Retour de Mgr de Laval au Canada. — Arrivée à { une Québec de son successeur. 1687-1688.
La Cour de France reçut du Canada, dans l’automne de
d 4e 1687, de bonnes nouvelles, qui la consolèrent un peu des dira. sacrifices qu’elle avait faits pour cette colonie. Le marquis ni Fe de Denonville venait de remporter sur les Iroquois des be Cinq Nations une victoire éclatante. Aussi, en partant de lu Québec, au commencement de mai, ce pieux gouverneur à ” avait-il mis sa flottille et sa petite armée sous les auspices Mess de la Religion.
roit ;
Ce fut un beau spectacle de voir, dans la rade de Québec, ses trois cents canots chargés de soldats, et prêts à partir du moment que l’autorité religieuse en aurait donné le 1684, signal ; tout le clergé de la ville descendant en procession de la colline jusqu’au bord du fleuve, et les grands vicaires, au nom de l’évêque absent, bénissant les drapeaux, et sollicitant sur l’expédition de M. de Denonville les grâces et Ia protection du Ciel 1.
1 — Archives de l’archevêché de Québec.
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1 l La flottille se mit en marche au bruit de l'artillerie et du canon du Fort, ainsi que de toutes les cloches de la ville. Elle se rendit d’abord à Montréal, d’où elle ne partit
que le 11 juin.
Au bout de quelques jours, l’armée canadienne, composée de 2,000 hommes, débarquait sur la rive sud du lac Ontario, dans le pays des Tsonnontouans. Huit cents
Iroquois essayèrent d'arrêter sa marche ; ils furent cul-
butés, prirent la fuite, et ne reparurent plus.
Dès lors, les Français n’eurent qu’à ravager le pays, et à
brûler les bourgades. Ils détruisirent surtout, avec un en-
thousiasme indescriptible, la capitale du pays, Gazéroaré,
‘* cette fameuse Babylone, dont parle Mgr de Saint-Valier, où , dit-il, l’on a tant fait de crimes, tant versé de sang,
tant brûlé d'hommes ?
M. de Denonville revint iriomphant à Québec, et se
hâta de rendre compte à la Cour du succès de son expédi-
tion.
Cette bonne nouvelle, ainsi que les exploits de M. D’Iberville à la baie d'Hudson contre les Anglais, l’année précédente, remplirent de joie le cœur de Mgr de Laval.
Cependant, M. de Saint-Valier, pour couper court aux instances qui lui avaient été faites de renoncer à l'évêché de Québec pour en accepter un autre en France, avait prié
1 — ‘‘ Mme de Denonville, dit la sœur Morin, demeura dans notre monastère, pendant que son époux était à la tête d’une armée de Français et de sauvages qui allais fondre sur les Iroquois. ” (Annales de l'Hôtel-Dieu de Montréal.)
2 — Etat présent de l'Eglise.
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et se pédi-
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le roi de solliciter au plus tôt ses bulles en Cour de Rome. Sa Majesté, se rendant à son désir, chargea le cardinal d’Estrées et le marquis de Lavardin de presser l'affaire.
Le souverain pontife Innocent XI fit expédier les bulles le 27 juillet 1687 1, et le roi voulut bien payer lui-même les frais de chancellerie.
Le nouveau prélat ne songea plus qu’à se préparer à sa consécration. Pour ne rien négliger de ce qui pouvait attirer sur son épiscopat les bénédictions célestes, il se rendit en pèlerinage, dans l'été de 1687, au tombeau du modèle des pasteurs, l’illustre évêque de Genève, saint François de Sales, ‘ afin de lui demander, dit une chronique, l'esprit d’humilité, de douceur et de simplicité 2.”
Puis il se disposa par la retraite et les rigueurs de la pénitence à recevoir la plénitude du sacerdoce. Sa consécration fut fixée au 25 janvier ? 1688.
En nommant M. de Saint-Valier évêque de Québec, et lui expédiant ses bulles, la Cour de Rome agréait la démission de Mgr de Laval. Mais cette démission ne devait être défnitive qu’à la consécration de son successcur. En attendant, il demeurait toujours évêque de Québec. Voilà pourquoi, dans quelques-unes de ses lettres au séminaire, il parle comme ayant encore la conduite du diocèse. C’est ainsi qu'il suggère de rem tt par un autre, comme curé de Québec,
1 — ‘ Ce furent les dernières 93e le pape accorda sur la demande de Louis XIV. ” (Mgr de Saint-Valier et l'Hôpital-Gfénéral, Québec, 1882.)
2— Chronique conservée aux archives de Thonon. (Abeille, XIe année, No 6.)
3 — Mgr Plessis fut aussi consacré le 25 janvier.
M. de Bernières, dont le ministère ne semble plus assez efficace, afin de faire plaisir à M. de Saint-Valier, qui se plaint que la paroisse de Québec est plongée dans
l'ignorance |.
I1 s'occupe aussi des missions de l’Acadie; et il écrit à M. Thury d’aller se fixer à Pentagouët, afin d’y prévenir les jésuites et les récollets, qui veulent y établir une mission. $’il faut donner de l’aide à MM. Petit et Thury, en Acadie, il conseille d’y envoyer les MM. Volant, plutôt que M. Gauthier. ‘‘ C’est un sujet, dit-il, qu’il ne faut pas éloigner du séminaire, dont il est capable de faire un bon membre ?.”
C’est à Mgr de Laval, en sa qualité d’évêque de Québec, que le Chapitre envoie, le 11 octobre 1687, une copie des statuts et règlements destinés à compléter ceux que le prélat a faits avant de partir, afin qu’il leur donne son approbation.
Il se rend à leur désir; et, en leur renvoyant ces statuts et règlements approuvés, il adresse aux chanoines une de ces lettres affectueuses dont il a le secret.
‘* Il ne me reste plus, messieurs et très chers frères, dit-il, qu’à vous remercier de la bonne affection que vous con-
servez en mon endroit, et à vous assurer qu'il ne tiendra pas
à moi que je n’aille au plus tôt me réunir avec vous dans une Eglise naissante, que j'ai toujours chérie comme la
1 — Lettre de Mgr de Laval aux MM. du séminaire de Québec, 9 juin 1687.
2 — Lettre aux MM. du séminaire de Québec, 18 mars 1687.
ai
les
portion et l'héritage qu’il a plu à Notre-Seigneur de me
conserver pendant près detrente ans.
‘Je supplie soninfinie Bonté, ajoute-t-il, que celui entre les mains duquel il l’a fait passer par ma démission, répare toutes mes fautes !. ”
Le pieux évêque n'avait pas perdu l’espoir de revoir son cher Canada. Aussi, à peine fut-il déchargé complètement de la conduite du diocèse de Québec par la consécration de son successeur, qu’il s’occupa de renouveler sa demande. Elle fut appuyée, cette fois, par Mgr de Saint-Valier luimême.
Sur la promesse de ne point causer d’embarras au nouvel évêque, Mgr de Laval obtint enfin la permission de retourner au milieu des siens. Il se hâta de qu.ter Paris le plus tôt vussible, dans la crainte qu’on ne revînt encore sur cette décision.
On était au commencement du printemps, Obligé de se rendre à La Rochelle à cheval, à cause du mauvais état des chemins, il eut à endurer beaucoup de fatigues, et ne put s’embarquer que vers le milieu d'avril? Mgr de Saint- Valier lui adressa à La Rochelle plusieurs lettres remplies de la plus douce affection.
Je souhaite de tout mon cœur, lui disait-il, que vous trouviez un vaisseau prêt à partir, afin de porter vousmême à Québec les premières nouvelles de votre retour.
1— Archives de l’archevêché de Québec, Lettre de Mgr de Laval au Chapitre, 18 janvier 1688.
2 — Mgr de Laval était, à La Rochelle, l'hôte des Pères jésuites,
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